Faustine: Petit Journal

Le Petit Journal de Soeur Marie Faustine Kowalska

Sainte Faustine - Héléna Kolwaska
Le Petit Journal


édition numérique par Anne Speeckaert et www.JesusMarie.com
Petit Journal de Sœur Faustine

Cahier 1
1. Ô Amour Eternel, Vous me faites peindre votre sainte image,
Et Vous nous découvrez la source de miséricorde inconcevable
Vous bénissez ceux qui approchent Vos rayons,
Et l’âme noire deviendra blanche comme neige.

Ô Doux Jésus, c’est ici que Vous avez établi
Le trône de Votre Miséricorde,
Pour réjouir et aider l’homme pécheur.
De Votre Cœur ouvert, comme d’une source limpide,
Coule la consolation pour l’homme repentant.

Que l’honneur et la gloire pour cette image
Ne cessent jamais de jaillir de l’âme humaine !
Que la gloire de la miséricorde divine découle
De chaque cœur,
Maintenant et à chaque heure,
Et dans les siècles des siècles.

2. Oh mon Dieu,
Lorsque je regarde les lendemains, la peur me prend.
Mais pourquoi sonder le futur ?
Pour moi, ce n’est que le moment présent qui est cher,
Car l’avenir peut ne pas s’établir dans mon âme.

Le temps passé n’est plus en mon pouvoir,
Pour changer quelque chose, corriger ou ajouter.
Car ni le sage, ni les prophètes ne seront parvenus à le faire.
Donc, il faut remettre à Dieu ce que l’avenir contient.

Ô moment présent, tu m’appartiens tout entier.
Je désire tirer profit de toi selon mes possibilités,
Et bien que je sois petite et faible,
Vous me donnez la grâce de Votre Toute-Puissance.

C’est donc par la confiance en Votre miséricorde
Que j’avance dans la vie comme un petit enfant,
Et je vous offre chaque jour mon cœur
Brûlant d’amour pour Votre plus grande gloire.

3. J.M.J.
Dieu et les âmes.
Roi de Miséricorde, dirigez mon âme !
Sœur Marie Faustine
Du Très Saint Sacrement.

4. Ô mon Jésus, c’est en ayant confiance en Vous,
Que je tresse des milliers de guirlandes,
Et je sais qu’elles vont toutes fleurir,
Lorsque le divin soleil les illuminera.

Ô mon Dieu caché
Dans ce grand et Divin Sacrement !
Jésus, soyez avec moi à chaque moment !
Et mon cœur sera tranquillisé.

5. J.M.J.
Dieu et les âmes.
Soyez adorée, ô Très Sainte Trinité, maintenant et toujours. Soyez adorée dans toutes Vos œuvres et toutes Vos créatures. Ô Dieu ! que la grandeur de Votre Miséricorde soit admirée et louée !

6. Je dois noter les rencontres de mon âme avec Vous, mon Dieu, dans les moments de Vos visites particulières. Je dois parler par écrit de Vous. Oh ! inconcevable Miséricorde envers moi, pauvre créature. Votre sainte volonté est la vie de mon âme. Celui qui Vous remplace auprès de moi sur cette terre et m’explique Votre sainte Volonté, m’a donné cet ordre. Jésus, voyez comme il m’est difficile d’écrire, de noter clairement ce que mon âme éprouve .O! mon Dieu, la plume peut-elle matérialiser ce qui parfois n’a pas de mot ? Mais Vous m’ordonnez d’écrire, O ! mon Dieu, et cela me suffit.

7. L’entrée au couvent.
Dès l’âge de sept ans, je perçus l’appel définitif du Seigneur, la grâce de la vocation à la vie religieuse. Pour la première fois, j’entendis en moi la voix de Dieu, c’est-à-dire l’invitation à une vie plus parfaite ; mais je n’ai pas toujours été obéissante à cette invitation de la grâce. Je n’ai rencontré personne qui aurait pu m’expliquer ces choses.

8. A dix-huit ans, j’ai prié très instamment mes parents de me permettre d’entrer au couvent ; ils repoussèrent catégoriquement ma demande. Après quoi je me suis adonnée aux vanités de la vie, ne faisant aucune attention aux signes de la grâce, bien que mon âme ne trouvât contentement en rien.
Cet appel constant était un grand tourment pour moi ; je tâchais pourtant de l’assourdir par des divertissements. J’évitais intérieurement Dieu et me tournais résolument vers les créatures. Cependant la grâce de Dieu fut victorieuse.

9. Un soir, j’étais au bal avec une de mes sœurs. Pendant que tout le monde s’amusait, j’éprouvais des tourments intérieurs. Soudain, au moment où je commençais à danser, j’aperçus près de moi Jésus supplicié, dépouillé de ses vêtements, tout couvert de blessures, qui me dit ces mots : « jusqu’à quand vais-Je te supporter, et jusqu’à quand vas-tu Me décevoir ? »
A ce moment la charmante musique cessa pour moi, la société où je me trouvais disparut à mes yeux, il ne restait que Jésus et moi.
Je m’assis auprès de ma sœur, simulant un mal de tête, pour cacher ce qui venait de se passer.
Quelques instants plus tard, je quittai discrètement la société de ma sœur, et je me rendis à la cathédrale Saint Stanislas Kosta , l’heure commençait à prendre une teinte grise, il y avait peu de personnes dans la cathédrale ; ne faisant attention à rien de ce qui se passait autour de moi je me prosternai devant le Très Saint Sacrement et demandai au Seigneur qu’il daigne me faire connaître ce que je devais faire.

10. Tout à coup j’entendis ces paroles « pars tout de suite pour Varsovie; là tu entreras au couvent. » Me redressant après cette prière, je rentrai à la maison où je rangeai mes affaires. De mon mieux j’appris à ma sœur ce qui s’était passé. Je l’invitais à dire adieu de ma part à mes parents et ainsi, avec une seule robe, sans bagages, j’arrivai à Varsovie.

11. En quittant le train et en voyant que chacun des passagers prenait sa route, je fus saisie de frayeur : que faire ? A qui m’adresser ? Je dis à la Sainte Vierge « Marie, conduisez moi, guidez-moi ! » Aussitôt je perçus que je devais quitter la ville pour un village où je pourrais passer la nuit en sûreté. Je trouvais tout comme la Sainte Vierge me l’avait dit.

12. Le lendemain de très bonne heure, j’arrivai en ville. J’entrai dans la première église rencontrée, et me mis à prier pour connaître la volonté divine. Les messes se succédaient. Pendant l’une d’elles j’entendis ces mots: Va trouver ce prêtre ! et dis-lui tout. Il t’expliquera ce que tu dois faire. »
La messe finie, je suis allée à la sacristie. J’ai raconté au prêtre tout ce qui s’était passé et je lui ai demandé de m’indiquer dans quel couvent je devais entrer.

13. Le prêtre s’étonna d’abord mais il me dit avoir grande confiance, que Dieu disposerait de mon avenir. « En attendant je t’enverrai chez une pieuse dame qui t’hébergera jusqu’au moment où tu entreras au couvent. »
Pendant mon séjour chez cette dame qui me reçut avec beaucoup de bienveillance, je cherchais le couvent, mais à chaque porte où je frappai, on me refusait. La douleur serrait mon cœur et je dis au Seigneur Jésus: « Aidez moi, ne me laissez pas seule »

14. Enfin, je frappais à notre porte. La Mère Supérieure, l’actuelle Mère Générale Michèle, m’accueillit. Après une brève conversation, elle m’invita à aller chez le Maître de la maison demander s’Il me recevrait. Je compris tout de suite que je devais prier le Seigneur Jésus. Avec grande joie, je suis allée à la chapelle et lui dit : « Maître de cette maison, est ce que vous me recevrez ? c’est ce qu’une sœur m’a ordonné de demander. » Et tout de suite j’entendis : « J’accepte tu es dans mon cœur . » Quand je sortis de la chapelle, la Mère Supérieure me demanda : »Eh bien, est ce que le Seigneur t’a reçue ? » « Oui », lui répondis-je. « Si le Seigneur t’a reçue, je te reçois aussi. »

15. Telle fut ma réception. Mais pour plusieurs raisons, je dus rester dans le monde chez cette dame pendant plus d’une année, mais je ne suis plus retournée à la maison.
Entre temps, je dus affronter de nombreuses difficultés, mais Dieu ne m’épargnera pas ses grâces. Une nostalgie de Dieu, toujours grandissante, s’empara de moi.
Mon hôtesse, bien que très pieuse, ne comprenait pas le bonheur de la vie religieuse et, très honnêtement, elle commença à élaborer d’autres projets pour ma vie ; malgré tout, je ressentais que mon cœur était si grand que rien ici bas ne pouvait le combler.

16. Alors je me tournai vers Dieu de toute mon âme languissante. C’était pendant l’octave de la Fête-Dieu. Dieu me remplit d’une lumière intérieure, d’une connaissance approfondie de Celui qui est le plus Grand Bien et la plus Grande Beauté. Je reconnus combien j’étais aimée de Dieu de toute éternité.
Pendant les vêpres, par des mots tout simples, je fis vœu de chasteté perpétuelle. Depuis ce moment je sentis une grande intimité avec Dieu, mon Epoux, et fis une petite cellule dans mon cœur, où je demeurai toujours avec Jésus.

17. Enfin, vint le moment, où la porte du couvent s’ouvrit pour moi. C’était le premier août au soir, la veille de la fête de Notre-Dame des Anges. Je me sentais extrêmement heureuse, il me semblait que j’étais entrée au Paradis. Mon cœur n’était qu’action de grâce.

18. Mais après trois semaines, je m’aperçus que l’on consacrait peu de temps à l’oraison et, pour bien d’autres désirs de mon âme, je pensais que je devais entrer dans un couvent plus strict. Cette idée, ou plutôt cette tentation s’affermissait dans mon âme et devenait de plus en plus forte, bien qu’elle soit opposée à la volonté divine.
Un jour je me décidai à m’en expliquer avec la Mère Supérieure et à quitter immédiatement cette maison. Mais, Dieu dirigea les évènements de telle façon que je ne pus voir la Mère Supérieure. Avant d’aller me coucher, j’entrai en passant dans la petite chapelle et je demandai à Jésus de m’éclairer sur ce point, mais je ne fus pas, semble-t-il, exaucée : seule une inquiétude surprenante m’envahit. Malgré tout, je pris la résolution d’en parler à la Mère Supérieure et de lui faire part de ma décision, le lendemain après la messe.

19. C’est dans ces dispositions que j’entrai dans ma cellule, tourmentée et mécontente ; les sœurs étaient déjà couchées et la lumière éteinte. Je ne savais que faire de ma personne. Je me jetai à terre et commençai à prier intensément pour connaître la volonté de Dieu. Le silence régnait partout comme dans un tabernacle. Toutes les sœurs, telles de blanches hosties, reposaient, enfermées dans le calice de Jésus ; et c’est de ma cellule seulement que montaient vers Dieu les gémissements d’une âme. J’ignorais qu’il n’était pas permis de prier dans sa cellule, sans autorisation, après neuf heures. Après un moment, « Qui m'a fait une telle douleur ma cellule s’éclaira et sur le rideau j’aperçus le Visage très douloureux de Jésus. Il était couvert de plaies ouvertes, et de grosses larmes tombaient sur mon couvre-lit. J’ignorais tout ce que cela signifiait. Je demandai à Jésus : « Qui Vous a fait une telle douleur ? » Jésus me dit : « C’est toi qui Me fera souffrir, si tu quittes ce couvent. C’est ici et non ailleurs que je t’ai appelée et je t’y ai préparée de nombreuses grâces.» Je demandai pardon à Notre Seigneur et tout de suite j’oubliai la résolution que j’avais prise.
Le lendemain était jour de confession. Je racontai les faits de la nuit. Mon confesseur déclara que la volonté divine était évidente : je devais rester dans ce couvent, et il m’était même défendu de penser à un autre. Depuis ce moment je me suis toujours sentie heureuse et satisfaite.

20. Peu après je tombai malade. La chère Mère Supérieure m’envoya avec deux autres Sœurs en vacances à Scolimow non loin de Varsovie. C’est alors que j’ai demandé au Seigneur pour qui je devais encore prier. Je compris qu’Il me le ferait connaître la nuit suivante.
Je vis mon ange gardien qui m’ordonna de le suivre. En un instant je me trouvai dans un endroit enfumé, rempli de flammes, où se trouvaient une multitude d’âmes souffrantes qui prient avec ferveur, mais sans efficacité pour elles-mêmes ; nous seuls pouvons les aider. Les flammes qui les brûlaient ne me touchaient pas. Mon ange gardien ne me quittait pas un seul instant. Et je demandais à ces âmes quelle était leur plus grande souffrance. Elle me répondirent d’un commun accord que c’était la nostalgie de Dieu. J’ai vu la Sainte Vierge, visitant les âmes au Purgatoire. Elles l’appellent « Etoile de la mer ». Elle leur apporte du soulagement. Je voulais encore leur parler, mais mon ange gardien m’avait déjà donné le signal du départ. Nous sortions de cette prison de douleurs quand Dieu a dit : « Ma Miséricorde ne veut pas cela, mais la justice l’exige. » Depuis ce moment je suis en relations plus étroites avec les âmes souffrantes.

21. Fin du postulat. 29 .IV.1926 . Mes Supérieures m’envoyèrent à Cracovie, au noviciat. Une joie inconcevable inondait mon âme. Lorsque nous arrivâmes au noviciat, Sœur … .. était mourante. Quelques jours plus tard elle vint vers moi et me pria d’aller chez la Mère Maîtresse pour lui dire qu’elle demande à son confesseur l’ Abbé Rospond de célébrer une messe et de prier trois ferventes oraisons à son intention. Tout d’abord j’acceptai ; mais le lendemain après réflexion, je résolus de ne pas me rendre chez la Mère Maîtresse, car je me demandais si je n’avais pas rêvé. Je me rendis donc immédiatement chez elle.
Je n’y suis pas allée. La même chose se répéta plus distinctement la nuit suivante. Je n’avais plus aucun doute. Cependant, au matin, je résolus de n’en parler à la Maîtresse que lorsque je la verrais dans le courant de la journée. L’ayant rencontrée tout de suite dans un couloir, elle me reprocha de n’être pas allée immédiatement la voir et une grande inquiétude remplit mon âme. Je me rendis donc chez elle et lui racontai tout ce qui m’était arrivé. La Mère promit de régler cette affaire. Trois jours après, celle-ci vint me dire : « Que Dieu vous le rende ! »

22. Au moment de ma prise d’habit, Dieu me fit connaître combien je devrais souffrir. Je voyais clairement ce à quoi je m’engageais. Ce fut un moment de douleur. Mais, de nouveau, le Seigneur inonda mon âme de grandes consolations.

23. Vers la fin de la première année de noviciat, mon âme commençait à s’assombrir. Je ne ressentais aucune consolation dans l’oraison et devait faire beaucoup d’efforts pour méditer.
La peur commençait à s’emparer de moi. Rentrant profondément en moi-même, je ne voyais qu’une grande misère. Je découvrais aussi clairement l’immense sainteté de Dieu. N’osant lever les yeux vers Lui, je me jetais à ses pieds, dans la poussière, pour implorer Sa Miséricorde.
Près d’une demi-année s’écoula ainsi sans grand changement. Notre chère Mère Maîtresse m’encourageait dans ces moments difficiles, mais ma souffrance ne cessait de s’accroître. La seconde année de noviciat approchait et je me souviens qu’à l’idée de prononcer mes vœux un frisson me traversait l’âme. Je ne comprenais rien de ce que je lisais, je ne pouvais méditer. Il me semblait que mon oraison était désagréable à Dieu et que je l’offensais plus encore en m’approchant des Saints Sacrements. Cependant mon confesseur ne me permit jamais d’omettre une seule Communion. Dieu agissait étrangement en moi. Je ne comprenais absolument rien des enseignements de mon confesseur. Les simples vérités de la foi devenaient incompréhensibles pour moi. Mon âme était tourmentée et ne trouvait de satisfaction nulle part.
A un certain moment, l’idée que j’étais rejetée de Dieu s’empara de moi. Cette pensée affreuse me poursuivit au point que je crus agoniser de douleur. Je voulais mourir et je ne le pouvais pas. La tentation me vint aussi : « A quoi bon acquérir des vertus ? A quoi bon se mortifier lorsque tout déplait à Dieu ? » Quand j’ai parlé de cela à la chère Mère Maîtresse, elle me répondit : « Sachez ma Sœur, que Dieu vous prédestine à une grande sainteté. C’est un signe qu’Il veut vous avoir tout près de Lui au ciel. Ayez grande confiance en Notre Seigneur Jésus. »
Cette terrible idée d’être rejeté de Dieu, est le véritable supplice des damnés. Je recourus aux Plaies de Jésus. Je répétais des mots de confiance qui ne faisaient que s’ajouter à mon supplice. Je suis allée devant le Saint Sacrement et j’ai commencé à parler à Jésus : « Seigneur, Vous qui avez dit qu’une mère oublierait son nourrisson plutôt que Dieu sa créature et « même si elle l’oubliait, Moi, Dieu, Je n’oublierai pas Ma créature ». Jésus, entendez-vous mon âme ? Daignez entendre les cris de douleur et les plaintes de Votre enfant ! J’ai confiance en Vous mon Dieu, parce que le ciel et la terre passeront mais Votre parole durera éternellement ». Cependant je ne trouvais pas le moindre soulagement.

24. Un matin à mon réveil, en me mettant en présence de Dieu, le désespoir commença à me saisir. Dans une obscurité extrême je luttai de mon mieux jusqu'à midi. Dans l’après midi, des frayeurs vraiment mortelles m’envahirent, mes forces physiques commencèrent à m’abandonner. Vite j’entrai dans ma cellule, me jetai à genoux devant le Crucifix pour implorer Sa Miséricorde. Mais Jésus semblait sourd à mes appels. Complètement épuisée, je tombai à terre, en proie au désespoir, j’endurai de véritables douleurs infernales absolument semblables à celles que l’on éprouve en enfer. Au bout de trois quarts d’heures, je voulus aller chez la Maîtresse, mais je n’en avais pas la force. Je voulus appeler, mais je n’avais pas de voix. Heureusement une Sœur entra dans ma cellule, elle en informa la Mère Maîtresse qui vint aussitôt. Dès qu’elle entra dans ma cellule elle dit « Au nom de la sainte obéissance relevez-vous !» Aussitôt, une force me souleva de terre et me tint debout près de la chère Mère Maîtresse.
Elle me rassura affectueusement, me disant que cette épreuve venait de Dieu. : « Soyez très confiante. Dieu est toujours notre Père, même s’Il envoie des épreuves». Je revins à mes devoirs comme au sortir de la tombe, les sens pénétrés de ce que j’avais éprouvé.
Le soir au salut, mon âme commença à agoniser dans des ténèbres affreuses. J’avais la sensation d’être livrée au pouvoir du Dieu Juste et d’être l’objet de sa fureur. Dans ces moments redoutables, j’ai dit au Seigneur: « Jésus qui Vous comparez dans l’Evangile à la plus tendre des mères, j’ai confiance dans vos paroles, parce que Vous êtes la Vérité et la Vie. Jésus, malgré tout, j’ai confiance en Vous en dépit de ces sentiments intérieurs qui s’opposent à tout espoir. Faites ce que vous voudrez de moi. Je ne Vous quitterai jamais, car Vous êtes la source de ma vie. » Seul, celui qui a vécu de semblables moments, peut comprendre combien terrible est le tourment de l’âme.

25. Durant la nuit la Sainte Vierge me rendit visite, tenant Jésus dans ses bras. La joie remplit mon âme et j’ai dit : « Marie ma Mère, savez-vous quelles terribles souffrances j’endure ? » Et la Mère de Dieu me répondit : « Je sais combien tu souffres, mais n’aie pas peur, j’ai et j’aurai toujours compassion de toi. » Elle me sourit affectueusement et disparut. Aussitôt mon âme se trouva emplie de force et d’un grand courage. Mais cela n’a duré qu’un jour. C’était comme si l’enfer avait conspiré contre moi. Une haine terrible fit irruption dans mon âme, la haine de tout ce qui est saint et divin. Il me semblait que ces tourments de l’âme seraient le partage constant de mon existence. Je me suis tournée vers le Saint Sacrement et j’ai dit : « Jésus, Epoux de mon âme, ne voyez-Vous pas qu’elle agonise sans Vous? Pourquoi Vous dérober devant un cœur qui Vous aime si sincèrement? Pardonnez moi, Jésus, que Votre sainte Volonté se fasse en moi ! Je souffrirai tout en silence, comme une colombe, sans me plaindre. Je ne laisserai pas mon cœur pousser un seul gémissement, une seule plainte de douleur.»

26. Fin de noviciat. La douleur ne diminue pas. Affaiblie physiquement, je suis dispensée de tous les exercices spirituels, éventuellement remplacés par de courtes prières spontanées.
Vendredi Saint : Jésus plonge mon cœur en plein ravissement, dans le brasier même de l’amour. C’était pendant l’adoration du soir, la présence divine s’empara tout à coup de moi. J’oubliai tout. Jésus me fit connaître combien Il a souffert pour moi. Cela dura très peu de temps. J’en ressentis une nostalgie affreuse, la soif d’aimer Dieu.

27. Premiers vœux. Fervent désir de m’anéantir pour Dieu par un amour actif, mais imperceptible, même aux Sœurs les plus proches. Après les vœux, mon âme resta encore dans les ténèbres pendant près de six mois. Puis à la faveur d’une oraison, Jésus l’envahit.
Les ténèbres se retirèrent. Je perçus ces paroles : « Tu es Ma joie, tu es le délice de mon cœur ». Depuis ce moment, j’ai senti dans mon cœur – intérieurement – la présence de la Très Sainte Trinité. J’étais inondée de lumière divine et depuis lors, mon âme est en rapport intime avec Dieu, comme un enfant avec son Père bien aimé.

28. Un jour, Jésus me dit « Demande à la Mère Supérieure la permission de porter un cilice pendant 7 jours ; la nuit venue, tu te lèveras et tu viendras à la chapelle. » Je répondis : « Bien », mais j’eus une certaine difficulté à aller chez la Supérieure. Le soir Jésus me demanda : « Jusqu’à quand vas-tu différer ? » - Je résolus d’en parler à la Mère Supérieure dès la première rencontre. Le lendemain, avant midi, j’ai vu la Mère Supérieure se rendre au réfectoire. Et comme la cuisine, le réfectoire et la petite chambre de sœur Aloïse sont voisins, j’ai demandé à la Mère Supérieure d’entrer dans la petite chambre de Sœur Aloïse et là j’ai formulé la demande du Seigneur. La Supérieure répondit : « Je ne vous autorise absolument pas à porter un cilice ! Si Jésus vous donnait les forces d’un colosse, je vous permettrais cette mortification ». Après avoir demandé pardon à la mère de lui avoir pris du temps, je sortis de la chambre. Alors je vis le Seigneur Jésus qui se tenait debout dans l’embrasure de la porte de la cuisine et je dis : « Seigneur, Vous m’ordonnez d’aller demander cette mortification à la Mère Supérieure et elle me la refuse. » Jésus me dit : « J’étais ici pendant ta conversation avec la Supérieure. Je sais tout. Je n’exigeais pas tes mortifications mais l’obéissance. En te soumettant, tu me rends grande gloire et tu gagnes du mérite. »

29. Lorsqu’une des Mères apprit que je vivais dans une telle intimité avec Jésus, elle me dit : « vous êtes dans l’illusion. Le Seigneur Jésus, n’a de telles relations qu’avec les saints, pas avec les âmes pécheresses comme la vôtre, ma Sœur.»
A dater de ce moment, je me mis en quelque sorte à me défier de Jésus. Dans notre conversation matinale je dis à Jésus : « N’êtes-Vous pas une illusion ? » - Il me répondit « Mon amour ne trompe personne. »

30. Un jour je réfléchissais sur la Sainte Trinité, sur l’Essence divine. Je voulais absolument approfondir et connaître ce mystère de Dieu… Subitement mon esprit fut ravi dans l’autre monde. Je vis une clarté inaccessible où brillaient comme trois sources de lumière, que je ne pouvais comprendre. Il en sortait des paroles sous la forme de foudre, qui encerclaient le ciel et la terre. Ne comprenant rien, j’étais toute triste. Soudain de cette mer de lumière inaccessible je vis apparaître notre bien-aimé Sauveur, d’une beauté inconcevable. Ses plaies étaient brillantes. Et de cette clarté une voix se fit entendre: « Ce qu’est Dieu dans son être, personne ne peut le saisir, en profondeur, ni l’esprit angélique, ni l’esprit humain » Jésus me dit : « Fais la connaissance de Dieu par la contemplation de ses attributs. » Puis Jésus, de la main, traça le signe de la croix et disparut.

31. Une autre fois, j’ai vu une multitude de personnes qui se pressaient dans notre chapelle, devant notre chapelle et jusque dans la rue, car il n’y avait plus de place. La chapelle était solennellement parée. Près de l’autel se tenaient de nombreux Prêtres, nos Sœurs et beaucoup de Religieuses d’autres congrégations.
Tout le monde attendait quelqu’un qui devait prendre place sur l’autel. C’est alors que j’entendis une voix : c’était moi qui devait prendre place sur l’autel. Je me dirigeais vers la chapelle en suivant la voix qui m’appelait. Mais dès que je sortis du corridor pour passer dans la cour, tous ces gens commencèrent à jeter sur moi de la boue, des pierres, du sable, des balais, n’importe quoi ; si bien qu’au premier moment, j’hésitais à avancer mais la voix m’appelait encore plus fort. Malgré tout je me mis à avancer avec plus de hardiesse. Lorsque je passai le seuil de la chapelle les Supérieures, les Sœurs, les élèves et même les parents commencèrent à me frapper avec ce qu’ils avaient en main, si bien que, bon gré mal gré, je dus vite monter à la place qui m’étais destinée sur l’autel.
Dès que j’eus occupé cette place, cette même foule, les élèves, les Sœurs, les Supérieures et les parents, tous commencèrent à tendre leurs mains en demandant des grâces. Et moi, loin de leur tenir rigueur de m’avoir jeté toutes sortes de projectiles, c’est étonnant comme je me suis mise à aimer justement tous ces gens qui m’avaient forcés à monter plus vite à la place qui m’était destinée. Alors mon âme fut inondée d’un bonheur inconcevable, et j’entendis « : Fais ce que tu veux, distribue les grâces comme tu veux, à qui tu veux et quand tu veux ! » Et la vision disparut.

32. Une fois j’entendis ces mots ; « Vas chez la Supérieure et demande-lui la permission de faire une heure d’adoration chaque jour pendant 9 jours. Pendant cette adoration tâche d’unir ta prière à celle de Ma Mère. Prie de tout cœur en union avec Marie. Tâche aussi pendant ce temps de faire le chemin de la croix. » J’obtins la permission, mais pas pour une heure entière, seulement pour le temps qui me resterait une fois mes devoirs accomplis. Je devais faire cette neuvaine à l’intention de ma Patrie.

33. Le. Septième jour de la neuvaine, je vis la Très Sainte Vierge vêtue d’une robe claire, entre ciel et terre. Elle priait les mains jointes sur la poitrine, les yeux levés au ciel. De son cœur sortaient des rayons de feu dont les uns se dirigeaient vers le ciel, les autres recouvraient notre terre. Je mis mon confesseur au courant de certaines de ces manifestations. Il me dit que cela pouvait vraiment venir de Dieu, mais que cela pouvait n’être également qu’une illusion. Et comme je changeais souvent de confesseur, je n’en avais donc pas un de permanent.

34. Et de plus, j’avais d’incroyables difficultés à parler de ce que je vivais. Je priais ardemment que Dieu me fasse la grande grâce de me donner un directeur spirituel. Mais, cette grâce, je ne l’obtins qu’après mes vœux perpétuels, lorsque je vins à Wilno. Il s’agit de l’abbé Sopocko . Dieu me donna d’en avoir d’abord une vision intérieure, avant même d’arriver à Wilno.

35. Si j’avais eu un directeur de conscience depuis le début, je n’aurais pas gaspillé tant de grâces divines. Un confesseur peut beaucoup aider les âmes, comme il peut aussi leur causer beaucoup de difficultés. Oh ! Comme les confesseurs devraient être attentifs à l’action de la grâce divine dans l’âme de leurs pénitents, c’est tellement important. D’après les grâces reçues par l’âme, on peut savoir son degré d’intimité avec Dieu.

36. Une fois je fus appelée au jugement de Dieu. Je comparus, devant le Seigneur seule à seul. Je vis Jésus tel qu’il était durant sa passion. Après un moment Ses Plaies disparurent. Il n’en resta que cinq, celles des Mains, des Pieds et du Côté. Aussitôt je vis exactement l’état de mon âme avec le regard de Dieu. Je vis clairement tout ce qui déplaît. J’ignorais qu’on doive rendre compte même de ses menues souillures. Qui décrira un tel moment où l’on se tient devant le Dieu trois fois Saint ? Jésus me demanda : « Qui es-tu ? » Je répondis « Votre servante, Seigneur. » Tu es redevable d’un jour au feu du Purgatoire. » Je voulus tout de suite me jeter dans les flammes, mais Jésus me retint, disant : » Préfères-tu souffrir maintenant un jour au Purgatoire ou pendant un court espace de temps sur la terre ? » Je répondis : « Jésus, je veux souffrir au Purgatoire et je veux aussi souffrir sur terre les plus grands tourments, fût-ce jusqu’à la fin du monde. » Jésus reprit : « Un jour suffira, tu descendras sur la terre où tu vas souffrir intensément mais pour peu de temps. Tu accompliras ainsi Ma volonté et Mon souhait. Mon fidèle serviteur te viendra en aide. Maintenant pose la tête sur Ma poitrine, sur Mon Cœur et puise en lui des forces et de la vigueur pour supporter toutes les souffrances ; car ailleurs tu ne trouveras ni soulagement, ni aide, ni consolation. Sache que tu devras beaucoup, beaucoup souffrir, mais que cela ne t’effraye pas ! Je suis avec toi.

37. Peu après je tombai malade. Les malaises physiques étaient pour moi une école de patience. Seul Jésus sait combien d’efforts j’ai pu m’imposer pour accomplir mon devoir.

38. Voulant purifier l’âme, Jésus emploie les outils qu’Il veut. Mon âme éprouvait un délaissement complet de la part des créatures. Parfois la plus pure intention était mal interprétée par les Sœurs .Cette souffrance était très douloureuse, mais permise par Dieu, elle doit être acceptée, car de cette manière nous devenons semblables à Jésus. Pendant longtemps, je ne pouvais comprendre une chose : c’est que Jésus m’avait ordonné de tout dire à mes Supérieures qui ne me croyaient pas ; elles me témoignaient de la pitié, comme si j’étais dans l’illusion ou bien sous l’influence de mon imagination. Aussi, je pris la résolution d’éviter intérieurement Dieu par crainte des illusions.
Mais la grâce divine me poursuivait à chaque pas et lorsque je m’y attendais le moins, Dieu me parlait.

39. Un jour Jésus me dit qu’Il enverrait un châtiment sur la plus belle ville de notre patrie. Cette punition devait être celle subie par Sodome et Gomorrhe. J’ai vu la grande colère de Dieu et un frisson d’angoisse me traversa le cœur. Je priai en silence et bientôt Jésus me dit : « Mon enfant, unis-toi étroitement à Moi pendant le Saint Sacrifice et offre à mon Père Mon Sang et Mes Plaies, pour obtenir le pardon des péchés de cette ville. Renouvelle ceci sans interruption pendant toute la Sainte Messe. Fais cela pendant sept jours. » Le septième jour, Jésus m’apparut dans une nuée lumineuse et je lui demandai de jeter un regard sur cette ville et sur notre pays tout entier Il le fit de bonne grâce. Sa bienveillance m’encouragea à le supplier de le bénir. Alors Jésus dit : « Pour toi, Je bénis le pays tout entier. » Et il fit de la main un grand signe de croix sur notre Patrie. Cette bonté de Dieu inonda mon âme d’une grande joie.

40. L’année 1929. Pendant la Sainte Messe, je sentis une fois d’une manière plus particulière la proximité de Dieu, malgré mon opposition intérieure et ma fuite. Je fuyais Dieu souvent, car je craignais d’être la victime du démon comme on m’avait dit plus d’une fois que je l’étais. Cette incertitude se prolongea un certain temps.
Un jour de renouvellement des vœux pendant la Sainte Messe, alors que nous venions de quitter nos prie-Dieu et commencions à réciter la formule des vœux, soudain Jésus parut à côté de moi, portant une tunique blanche et une ceinture d’or. Il me dit : « Je t’accorde un amour perpétuel pour que ta pureté soit sans tache et tu n’éprouvera plus de tentations contre la pureté. En voici le gage ». Jésus ôta alors Sa ceinture d’or et m’en ceignit. A partir de cet instant je ne ressentis plus aucune tentation contre cette vertu ni dans mon cœur ni dans mon esprit. Je compris plus tard que c’est l’une des plus grandes grâces que m’avait obtenue la Très Sainte Vierge Marie, car je la lui avais demandée pendant de nombreuses années. Depuis lors, j’ai une plus grande dévotion envers la Sainte Vierge. C’est elle qui m’a appris à aimer Dieu intérieurement et m’a montré comment accomplir en tout Sa Sainte Volonté. « Marie, vous êtes la joie, car, par Vous Dieu descendit sur la terre et dans mon cœur.

41. Une certaine fois, je vis un serviteur de Dieu en danger de péché mortel. J’ai prié Dieu qu’il fasse descendre sur moi tous les tourments de l’enfer, toutes les douleurs qu’Il voudrait pour libérer ce prêtre et l’arracher à cette grande tentation. Je fus exaucée et au même moment je sentis sur ma tête la couronne d’épines dont les piquants pénétraient jusqu’à mon cerveau. Cela dura trois heures. Le serviteur de Dieu fut libéré et son âme fortifiée par une grâce particulière.

42. Une fois, le jour de Noël, je sentis la présence et la Toute Puissance de Dieu m’envelopper. Et de nouveau j’évitai la rencontre intérieure avec le Seigneur. Je demandai à la Mère Supérieure la permission d’aller à « Jozefinek » rendre visite aux Sœurs. Elle nous l’accorda et, tout de suite après dîner, nous commençâmes à nous préparer. Les Sœurs m’attendaient déjà à la porte. Je courus à ma cellule pour prendre ma pèlerine ; en revenant, alors que je passais près de la petite chapelle, je vis Jésus sur le seuil, qui me dit : « Vas-y, mais Moi je prends ton cœur ». A l’instant, je sentis que je n’avais plus de cœur dans ma poitrine.
Mais les Sœurs m’appelaient, se demandant pourquoi je n’arrivais pas plus vite, car il se faisait tard. Si bien que je les rejoignis aussitôt. Mais j’étais tourmentée par le mécontentement. Une sorte de langueur envahit mon âme. Personne, hormis Dieu ne savait ce qui s’était passé dans mon âme. Après quelques moments passés à « Josefinek », je dis aux Sœurs : « Rentrons à la maison. » Elles souhaitaient se reposer encore un peu, mais mon esprit ne pouvait s’apaiser. J’expliquais que nous devions revenir, avant qu’il ne fasse nuit, car nous avions un bon bout de chemin à faire. Nous sommes donc revenues tout de suite à la maison. Lorsque la Mère Supérieure nous rencontra dans le corridor, elle me demanda : « Est-ce que les Sœurs ne sont pas encore parties ou sont-elles déjà de retour ? J’ai répondu que nous étions déjà revenues, car je ne voulais pas rentrer le soir. J’ai ôté ma pèlerine et aussitôt, je suis allée à la petite chapelle. A peine étais-je rentrée que Jésus me dit : « Vas chez la Mère Supérieure et dis lui que tu es rentrée, non pas pour être à la maison avant le soir, mais parce que j’ai pris ton cœur. »
Bien que cela m’en coûtât beaucoup, je suis allée chez la Supérieure et je lui ai dit avec sincérité la raison pour laquelle j’étais revenue si tôt. Et j’ai demandé pardon au Seigneur pour tout ce qui avait pu Lui déplaire. A cet instant Jésus inonda mon âme d’une grande joie. Je compris qu’il n’y a de contentement nulle part en dehors de Dieu.

43. Une certaine fois, je vis deux Sœurs qui entraient en enfer. Une douleur indicible étreignit mon âme, j’intercédais pour elles auprès de Dieu et Jésus me dit ; « Va chez la supérieure et dis-lui que ces deux Sœurs ont l’occasion de commettre un péché grave ». Ce que je fis le lendemain. Aujourd’hui une de ces Sœurs vit dans une grande ferveur, l’autre mène un grand combat.

44. Un jour, Jésus me dit : « Je quitterai cette maison… car il y a ici des choses qui ne me plaisent pas. » Et l’Hostie sortit du tabernacle et se posa sur mes mains. Et moi, avec joie, je la remis dans le tabernacle. Ceci se répéta une seconde et même une troisième fois. Alors l’Hostie se transfigura, laissant apparaître Jésus vivant qui me dit : « Je ne resterai plus ici. » Aussitôt dans mon âme se réveilla un grand amour pour Jésus. Je répondis:« Et moi, je ne vous laisserai pas quitter cette maison. » Et Jésus disparut, et l’Hostie revint sur mes mains. Après l’avoir remise dans le Ciboire, j’ai fermé le tabernacle. Et Jésus est resté avec nous. Pendant trois jours, je tachai de faire une adoration expiatoire.

45. Une fois Jésus me dit : « Dis à la Mère Générale que dans cette maison …se commet telle chose …qui ne Me plaît pas et M’offense beaucoup. ». Je ne l’ai pas dit tout de suite à la Mère, mais le trouble que le Seigneur me fit sentir ne me permit point de différer plus longtemps. J’écrivis à la Mère Générale et la paix rentra dans mon âme.

46. J’éprouvai souvent, mais d’une manière invisible, la Passion du Seigneur Jésus dans mon corps. Je m’en réjouissais puisque Jésus le voulait. Cela durait peu de temps. Les douleurs enflammaient mon âme du feu de l’amour de Dieu et des âmes immortelles. L’amour endure tout, l’amour n’a peur de rien, l’amour survivra à la mort.

47. Un soir, dans ma cellule, je vis Jésus vêtu d’une tunique blanche, une main levée pour bénir, la seconde touchait son vêtement sur la poitrine. De la tunique entr’ouverte sortaient deux grands rayons, l’un rouge, l’autre pâle. Je fixais le Seigneur en silence, l’âme saisie de crainte, mais aussi d’une grande joie. Après un moment, Jésus me dit ; « Peins un tableau de ce que tu vois, de ce qu tu vois avec l’inscription « Jésus, j’ai confiance en vous ! »Je désire qu’on honore cette image, d’abord dans votre chapelle, puis dans le monde entier.

48. Je promets que l’âme qui honorera cette image, ne sera pas perdue. Je lui promets aussi la victoire sur ses ennemis dès ici bas, et, spécialement à l’heure de la mort. Moi-même je la défendrai comme Ma propre gloire. »

49. Lorsque j’en informai mon confesseur, il me répondit : « Oui, cela te concerne, peins l’image de Dieu dans ton âme. » Lorsque je sortis du confessionnal, j’entendis de nouveau ces paroles : « Mon image est en toi .Je désire qu’il y ait une fête de la Miséricorde. Je veux que cette image que tu peindras avec un pinceau, soit solennellement bénie le premier dimanche après Pâques : ce dimanche doit être la Fête de la Miséricorde.

50. Je désire que les prêtres proclament Ma grande miséricorde envers les âmes pécheresses. Quelles n’aient pas peur de s’approcher de Moi ! Les flammes de la miséricorde Me brûlent. Je veux les répandre sur les âmes. »
Jésus se plaignit ainsi: « La méfiance des âmes Me déchire le Cœur, mais la méfiance d’une âme choisie Me fait encore plus mal. Malgré la Miséricorde dont Je l’inonde, elle se méfie de Moi. Même Ma Mort ne lui suffit pas. Malheur à qui en abuse !».

51. Lorsque je dis à la Mère Supérieure ce que Dieu exigeait de moi, elle me répondit qu’il fallait que Jésus se fasse connaître plus clairement par un signe. Je demandai donc au Seigneur un signe qui me prouvât qu’Il était vraiment mon Dieu et Seigneur et que c’était bien de Lui que venait cette demande. J’entendis une voix intérieure qui disait : « Je le donnerai aux Supérieures par les grâces que J’accorderai par l’intermédiaire de cette image. »

52. Comme je voulais fuir ces inspirations intérieures, Dieu me dit qu’au Jour du Jugement, Il me demanderait compte d’un grand nombre d’âmes.
Une fois, lassée par toutes les difficultés soulevées par le fait que Jésus me parlait et me demandait de peindre cette image, je résolus de demander au père Andrasz, avant mes vœux perpétuels, de me délivrer de ces inspirations intérieures et de me dispenser de peindre cette image. Après avoir écouté ma confession, le père Andrasz me répondit: « Je ne vous dispense de rien et il ne vous est pas permis de vous soustraire à ces inspirations intérieures. Mais vous devez absolument en parler à votre confesseur, autrement vous tomberez dans l’erreur malgré ces grandes grâces de Dieu. Pour le moment c’est à moi que vous confessez, mais sachez que vous devez avoir un confesseur permanent, c’est-à-dire un directeur de conscience ».

53. J’étais bien affligée de cette situation. Je pensais que j’allais me délivrer de tout et voilà que c’était le contraire: un ordre formel de satisfaire les exigences de Jésus. A ceci s’ajoutait le tourment de ne pas avoir de confesseur permanent. Et si, pendant quelques temps, je me confessais au même prêtre, je n’arrivais pas à lui ouvrir entièrement mon âme en raison des grâces indicibles que je n’osais lui révéler, et cela me faisait souffrir. Je priai Jésus de donner ces grâces à quelqu’un d’autre, car je ne savais pas en profiter et je ne faisais que les gaspiller.
« Jésus, ayez pitié de moi, ne me commandez pas de si grandes choses. Vous voyez que je suis inexistante et incapable». Mais la bonté de Jésus est infinie. Il me promit une aide 53a . visible sur terre, et peu de temps après, je l’obtins à Wilno .
Je reconnus cette aide divine en la personne de l’abbé Sopocko. Avant d’arriver à Wilno je le connaissais déjà par une vision intérieure. Un jour, je l’avais vu dans notre chapelle entre l’autel et le confessionnal. J’avais alors entendu une voix qui me disait: « Voilà l’aide visible pour toi, ici bas, il t’aidera à accomplir Ma volonté. »

54. Lorsqu’une fois, fatiguée par ces incertitudes, je demandais à Jésus : « Etes-Vous Jésus ou quelque fantôme ? car mes Supérieures me disaient qu’il y avait des illusions et des fantômes de toutes sortes. Si Vous êtes mon Seigneur, je Vous en prie, bénissez-moi ! » Alors Jésus fit un grand signe de croix, au-dessus de moi .. Je me signai. Lorsque je lui demandai pardon pour cette question, Il me répondit que je ne Lui faisais aucune peine par cette question et que ma confiance lui plaisait beaucoup.

55. 1933. Le conseil spirituel que le Père Andrasz S.J. me donna : « Il vous est défendu de vous soustraire à ces inspirations intérieures mais informez-en toujours votre confesseur. Si vous reconnaissez que ces inspirations intérieures vous concernent, c'est-à-dire sont de quelque profit pour votre âme ou pour d’autres âmes ,je vous prie de les suivre car il n’est pas permis de les négliger, mais faites-le toujours en vous entendant avec votre confesseur.
Si ces inspirations ne sont pas en accord avec la foi ni avec l’esprit de l’ Eglise , il faut les rejeter tout de suite car cela vient du Malin.
Si ces inspirations ne concernent pas le bien des âmes, ni en général, ni en particulier, ne les prenez pas trop à cœur et n’y faites aucune attention. Mais ne vous guidez pas seule en cela. D’une manière ou d’une autre, vous pouvez tomber dans l’erreur malgré ces grandes grâces de Dieu. Humilité, humilité et toujours humilité car nous ne pouvons rien de nous-mêmes. Tout n’est que grâce de Dieu. Vous me dites que Dieu exige des âmes une grande confiance. Eh bien, montrez cette confiance, vous la première. Encore un mot : acceptez tout cela dans la paix. »
La réflexion d’un des confesseurs : « Ma Sœur, Dieu vous prépare de nombreuses grâces particulières mais tâchez que votre vie soit pure comme une larme devant le Seigneur. Laissez le monde vous juger sans en être troublée. Que Dieu vous suffise, Lui seul !».
Vers la fin du noviciat, mon confesseur me dit : « avancez dans la vie en faisant le bien pour que je puisse inscrire sur le livre de votre vie : elle a passé sa vie à faire le bien. Dieu le veuille !»
Une autre fois mon confesseur me dit : « Agissez envers Dieu comme la veuve de l’Evangile. Elle n’avait mis qu’une menue monnaie dans le trésor, mais cette obole, devant Dieu, avait plus de poids que les offrandes de prix des autres. »
Une autre fois, je reçus cette instruction : « Que tous ceux qui sont en contact avec vous, en retirent de la joie ! Semez le bonheur autour de vous puisque vous avez beaucoup reçu de Dieu, donnez donc beaucoup aux autres ! Qu’ils vous quittent heureux, même s’ils n’ont touché que la frange de votre vêtement ! Rappelez-vous bien ce que je vous dis maintenant. »
Une autre fois, il me dit : « Permettez à Dieu d’éloigner la barque de votre vie vers les profondeurs insondables de la vie intérieure.
Quelques mots d’un entretien avec la Mère Maîtresse vers la fin de mon noviciat : « que la simplicité et l’humilité soient les signes caractéristiques de votre âme ! Marchez dans la vie comme une enfant, toujours confiante, toujours pleine de simplicité et d’humilité, contente de tout, toujours heureuse ! Là où les autres âmes s’effrayent, passez tranquillement par la simplicité et l’humilité. Souvenez-vous de ceci, ma Sœur, durant toute votre vie : comme les eaux se déversent des montagnes dans les vallées, ainsi les grâces de Dieu se déversent seulement sur les âmes humbles.

56. Ô mon Dieu ! Je comprends bien que Vous exigez de moi cette enfance spirituelle, car par la voix de Vos remplaçants, Vous l’exigez continuellement de moi.
Les douleurs et les contrariétés au début de ma vie religieuse m’effrayaient et me décourageaient. Je priais sans cesse Jésus de m’aguerrir et de me donner la force de Son Esprit-Saint, pour accomplir en tout Sa Sainte Volonté, car dès le départ je connaissais ma faiblesse. Je sais bien que ce que je suis de moi-même, car Jésus m’a fait voir intérieurement tout l’abîme de misère que je suis. Et à cause de cela, je comprends bien que tout ce qu’il y a de bon en mon âme est uniquement dû à Sa Sainte Grâce. En prenant conscience de ma misère, je prends en même temps conscience de la profondeur infinie de Votre Miséricorde. Dans ma vie intérieure, je garde constamment sous les yeux l’abîme de misère et d’abjection que je suis, d’une part, et d’autre part l’abîme de Votre Miséricorde, ô mon Dieu.

57. Ô mon Jésus, Vous êtes la vie de ma vie ! Vous savez bien que je ne désire rien d’autre que la gloire de Votre Nom, et que les âmes aient la connaissance de Votre bonté. Pourquoi les âmes Vous évitent-elles, Jésus ? Je ne comprends pas cela. Oh ! si je pouvais découper mon cœur en menues parcelles et de cette manière, Vous offrir, Jésus, chaque parcelle comme un cœur entier, pour Vous dédommager ainsi pour les cœurs qui ne Vous aiment pas. Je Vous aime Jésus avec chaque goutte de mon sang. Je les verserais volontiers pour Vous, afin de Vous donner la preuve de la sincérité de mon amour. O Dieu, plus je Vous connais, et moins je puis vous concevoir, mais cette « incapacité » me fait comprendre combien Vous êtes grand, Ô Dieu. Et cette « incompréhension » de Vous, allume une nouvelle flamme en mon cœur pour Vous, Seigneur. Depuis le moment où Vous m’avez permis de fixer le regard de mon âme sur Vous, Jésus, je goûte le repos et je ne désire plus rien. J’ai trouvé ma destinée au moment où mon âme s’est noyée en Vous, l’unique objet de mon amour. Tout est néant en comparaison de Vous. Les douleurs, les contrariétés, les humiliations, les insuccès, les soupçons qui surviennent sont des échardes, qui enflamment mon amour pour Vous, Jésus. Mes désirs sont fous et inaccessibles. Je veux Vous cacher ma souffrance. Je désire ne jamais être récompensée pour mes efforts et mes bonnes actions.Ô Jésus, Vous seul êtes ma récompense. Trésor de mon cœur, Vous me suffisez. Je désire compatir à la souffrance de mon prochain et enfouir les miennes dans mon cœur, afin de les cacher non seulement aux yeux des autres, mais aussi aux Vôtres, Jésus.
La souffrance est une grande grâce. Par elle, l’âme devient semblable au Sauveur. L’amour se décante dans la souffrance ; plus la souffrance est grande, plus l’amour devient pur.

58. Une nuit, je reçus la visite d’une Sœur, morte depuis deux mois. C’était une Soeur du premier chœur. Je la vis dans une condition effrayante: toute en flammes, le visage tordu par la douleur. Cela dura quelques instants puis elle disparut. Un frisson me saisit l’âme, car j’ignorais si elle souffrait au Purgatoire ou en Enfer. Malgré cela, j’intensifiais mes prières à son intention. Elle revint la nuit suivante, dans un état encore plus effrayant, assaillie de flammes plus intenses, le désespoir peint sur ses traits. Je m’étonnai, après les prières que j’avais offertes pour elle, de voir que son état avait empiré, et je lui demandai : « Est-ce que mes prières ne vous ont pas aidée ? » Et elle me répondit que ma prière n’avait été et ne lui serait d’aucun secours. Je lui demandai : « Et les prières que toute la communauté a offertes pour vous ne vous ont-elles apporté aucune aide ? » Elle me répondit de même « Ces prières avaient profité à d’autres âmes ». Je lui répliquai : « Si mes prières ne vous sont d’aucun secours, veuillez cesser de venir me voir. » Elle disparut aussitôt. Malgré cela, je ne cessais de prier pour elle. Au bout d’un certain temps, elle m’apparut à nouveau, de nuit mais déjà dans un autre état. Elle n’était plus environnée de flammes comme auparavant, le visage rayonnant et les yeux brillants de joie, elle me dit que j’avais un véritable amour du prochain, que beaucoup d’autres âmes avaient profité de mes prières ; elle m’encouragea à persévérer dans mes prières pour les âmes du Purgatoire, et me dit qu’elle n’y resterait plus longtemps. Les jugements de Dieu sont surprenants !

59. 1933. Un autre jour j’entendis ces mots dans mon âme : « Fais une neuvaine pour ta Patrie. Elle se composera des litanies des Saints. Demandes-en la permission à ton confesseur ». En ayant obtenu la permission lors de la confession suivante, je commençai cette neuvaine le soir même.

60. Vers la fin des litanies, je vis une grande clarté et, dans cette clarté, Dieu le Père. Entre cette clarté et la terre, je vis Jésus cloué en Croix, placé de telle façon que lorsque Dieu voulait voir la terre, Il devait la regarder à travers les Plaies de son fils. Et je compris que c’est à cause de Jésus que Dieu bénit la terre.

61. « Jésus, je Vous remercie pour cette grand grâce, ce confesseur que Vous avez Vous-même daigné me choisir, et que vous m’avez fait connaître par une vision avant de l’avoir jamais rencontré. » Lorsque je me confessais au Père Andrasz, je lui confiais mon désir d’être libéré de ces inspirations intérieures. Le Père me répondit que ce n’était pas en son pouvoir et m’encouragea à prier pour avoir un directeur de conscience.
Après une courte et fervente prière, je vis une deuxième fois l’abbé Sopocko. Je le vis dans notre chapelle, entre le confessionnal et l’autel. J’étais alors à Cracovie. Ces deux visions fortifièrent mon esprit d’autant plus que je le trouvais tel que je l’avais vu dans mes visions, tant celle de Varsovie lors de ma troisième probation, que celle de Cracovie. Jésus, je Vous remercie pour cette grande grâce.
Maintenant, je suis maintes fois saisie de crainte lorsque j’entends des personnes dire qu’elles n’ont pas de confesseur attitré, c'est-à-dire de directeur de conscience. Car je sais quels grands dommages j’ai moi-même subi alors que je n’avais pas cette aide. Sans directeur, on s’égare facilement.

62. Ô vie grise et monotone, que de trésors tu recèles ! Aucune heure ne ressemble à une autre, car la grisaille et la monotonie disparaît quand je regarde tout avec l’œil de la foi. La grâce qui m’est donnée à cette heure-ci ne se représentera pas à l’heure suivante. La grâce me sera encore donnée, mais ce ne sera plus la même. Le temps passe et ne reviens jamais. Ce qu’il contient ne changera plus. Il est scellé du sceau éternel.

63. L’abbé Sopocko doit être très aimé de Dieu. Je le dis, parce que j’ai éprouvé avec quelle force Dieu le réclame à certains moments ; voyant ceci, je me réjouis infiniment que Dieu ait de tels élus.

64. 1928. – Excursion à Kalwaria.
J’avais été désignée pour remplacer pendant deux mois une Sœur de Wilno, partie pour sa troisième probation. J’y restai un peu plus longtemps.
Un jour, voulant me faire plaisir, la Mère Supérieure, m’autorisa à me rendre à Kalwaria en compagnie d’une Sœur pour faire ce qu’on appelle le tour des petits sentiers du Chemin de la Croix. J’en étais très heureuse. Nous devions faire le voyage en bateau bien que cela fût tout près. La veille au soir, Jésus me dit : « Je désire que tu restes à la maison. » Je répondis « Jésus tout est prêt pour partir demain matin ; que dois-je faire ? » Le Seigneur ajouta « Cette excursion serait préjudiciable à ton âme. » Je répondis : « Dirigez les circonstances pour que Votre Volonté soit faite ». A ce moment la cloche sonna le coucher. D’un regard je dis adieu à Jésus et je me rendis à ma cellule.
Le lendemain matin, la journée s’annonçait belle. Ma compagne se réjouissait à l’idée de tout visiter. Quant à moi, j’étais sûre que nous ne partirions pas. Cependant aucun obstacle ne semblait s’opposer au départ. Nous allions communier plus tôt et nous mettre en route immédiatement après l’action de grâce. Pendant la Sainte Communion, le temps changea. Des nuages assombrirent le ciel et une averse se mit à tomber. Tout le monde s’étonna d’un changement aussi soudain.
La Mère Supérieure nous dit : « Mes Sœurs, cela me peine que vous puissiez partir. » Je répondis : Petite Mère, cela ne fait rien ; c’était la volonté de Dieu que nous restions à la maison ». Cependant personne ne savait que c’était le désir exprès de Jésus pour moi. Je passai toute la journée dans le recueillement et la méditation : je remerciais le Seigneur de m’avoir retenue à la maison. Ce jour là, Dieu m’accorda beaucoup de consolations célestes.

65. Au noviciat, lorsque la Mère Maîtresse me destina à la cuisine des enfants, je m’en affligeais grandement, car j’étais incapable de maîtriser les énormes marmites. Le plus difficile pour moi était de vider l’eau des pommes de terre cuites dont la moitié parfois s’échappait avec l’eau de cuisson. La Mère Maîtresse à qui j’avais exposé mes craintes, me répondit que je m’accoutumerais et que j’allais acquérir de l’expérience. Cependant la difficulté demeurait. Et je sentais mes forces diminuer de jour en jour. Pour cette raison je m’écartais lorsque venait le moment de vider l’eau des pommes de terre. Les Sœurs s’aperçurent que j’évitais ce travail et s’en étonnèrent beaucoup car elles ignoraient que malgré tous mes efforts et sans me ménager, je ne pouvais arriver à les aider. A midi pendant l’examen de conscience je me plaignis à Dieu de ma faiblesse. Soudain j’entendis ces paroles. « A partir d’aujourd’hui tu n’auras plus aucune peine à faire ce travail. Je vais accroître tes forces. »
Le soir, lorsque vint le moment de ce service, je me hâtai la première, confiante dans la promesse du Seigneur. Je pris le récipient avec facilité et versai l’eau parfaitement. J’ôtai le couvercle pour faire évaporer les pommes de terre et que vis-je ? Des bottes de roses rouges d’une beauté indescriptible. Je n’en ai jamais vues de pareilles. Cela m’étonna beaucoup, je n’en comprenais pas la signification.
A ce moment, j’entendis une voix en mon âme : « Je change ton travail si pénible en bouquet des plus belles fleurs et leur parfum monte jusqu’à Mon trône.
Dès lors, je tâchais de vider l’eau des pommes de terre non seulement pendant la semaine qui m’était assignée, mais aussi durant celle des autres Sœurs. J’essayais de m’offrir la première pour tous les travaux pénibles, car j’avais expérimenté combien cela plaît à Dieu.

66. Ô trésor inépuisable de la pureté d’intention, qui rend toutes nos actions parfaites et si agréables à Dieu !
Ô Jésus, Vous savez combien je suis faible, soyez donc toujours avec moi ! Dirigez mes actes et tout mon être. Vous, mon Maître incomparable ! En vérité, Ô Jésus je suis saisie d’angoisse quand je vois ma misère. Mais je retrouve la paix dès que je vois Votre insondable miséricorde, qui de toute éternité, est plus grande que ma misère. Cette disposition intérieure me fait revêtir Votre puissance, et quelle joie de connaître ce que je suis. Ô Vous ,Vérité Inaltérable, Votre durée est éternelle.

67. Je suis tombée malade après mes premiers vœux. Malgré les soins affectueux et attentifs de mes Supérieures et les efforts du médecin je ne me sentais ni mieux, ni moins bien. J’appris que l’on croyait que je simulais. Cela me causa une grande souffrance morale et dura assez longtemps. Un jour que je me plaignais à Jésus d’être à charge de mes Sœurs, Il me répondit : « Tu ne vis pas pour toi, mais pour les âmes qui vont profiter de tes souffrances. Tes souffrances prolongées leur donneront lumière et force pour accepter Ma Volonté. »

68. La souffrance qui me pesait le plus était la pensée que ni mes prières ni mes bonnes actions ne plaisaient à Dieu. Je n’osais regarder le Ciel. Cela m’occasionnait une peine si profonde, durant les exercices spirituels communs, qu’un jour la Mère Supérieure me fit venir après les exercices et me dit : « Demandez à Dieu, ma Sœur la grâce de la consolation, car je vois bien moi-même ce que me disent les Sœurs. On a pitié rien qu’à vous voir. Je ne sais vraiment que faire de vous. Je vous ordonne de ne vous affliger de rien ». Mais ces entretiens avec la Mère Supérieure ne m’apportaient aucun soulagement, et ne m’éclairaient en rien. Des ténèbres encore plus épaisses me voilaient Dieu.
Je cherchais de l’aide au confessionnal, mais là non plus je n’en trouvais pas. Un saint prêtre voulut m’aider, mais j’étais si malheureuse que je ne savais même pas définir mes souffrances et cela ajoutait encore à mes tourments. Une tristesse mortelle saisissait mon âme à tel point que je ne pouvais pas la cacher et que cela transparaissait au dehors. Je perdis espoir. La nuit devint de plus en plus sombre. Le prêtre à qui je me confessais me dit : « Je vois en vous des grâces particulières, et je suis tout à fait tranquille en ce qui vous concerne. Pourquoi vous tourmentez-vous autant ? Cependant je ne comprenais pas alors, et j’étais très étonnée lorsque, pour pénitence, il me disait de réciter un Te Deum ou un Magnificat, parfois de faire un tour dans le jardin au pas de course le soir, ou encore de rire tout haut dix fois par jour. Ces pénitences me surprenaient beaucoup. Et pourtant ce prêtre ne me fut pas d’un grand secours. Manifestement Dieu voulait que je lui rende gloire par ma souffrance. Le prêtre cherchait à me consoler en me disant que j’étais plus agréable à Dieu dans cet état que si je jouissais en abondance des plus grandes consolations.
« Quelle grande grâce l’état de tourment où vous vous trouvez, ma Sœur ! Non seulement vous n’offensez pas Dieu, mais vous vous exercez à la vertu. En considérant votre âme, je découvre en vous de grands desseins de Dieu, des faveurs spéciales, et je Lui en rends grâce ».
Malgré cela, mon âme était à la torture, en proie à des tourments indicibles. Comme un aveugle qui se confie à son guide et lui tient fermement la main, je m’attachais à l’obéissance qui devint, pour moi, la main secourable durant cette épreuve.

Journal Faustine 3
« Jésus, Vérité éternelle, affermissez mes faibles forces. Vous pouvez tout, Seigneur. Je sais que sans Vous mes efforts sont inutiles. Ô Jésus, ne me cachez pas Votre Visage, car je ne puis vivre sans Vous ! Soyez attentif à l’appel de mon âme, ayez pitié de ma misère, parce que Votre miséricorde est inépuisable ! Votre amour infini dépasse l’intelligence des Anges et celle de l’humanité toute entière, et bien qu’il me semble que Vous ne m’entendiez pas, j’ai déposé ma confiance dans l’océan de Votre miséricorde et je sais que mon espoir ne sera pas déçu.
Jésus seul sait combien il est difficile et pénible de s’acquitter de ses devoirs, lorsque l’âme est tourmentée intérieurement, les forces physiques amoindries, et l’esprit assombri. Dans le calme de mon cœur, je répétais : « Ô Christ à Vous les délices, l’honneur et la gloire, à moi la souffrance. Je ne ralentirai pas d’un seul pas à Votre suite bien que les épines me blessent les pieds ».

71. Lorsque je fus envoyée pour une cure à la maison de Plock, j’eus le bonheur d’avoir à orner la chapelle de fleurs. C’était à Biala , Sœur Tekla n’en avait pas toujours le temps. Je fleurissais donc souvent, seule, la petite chapelle. Un jour j’avais cueilli de très belles roses pour fleurir la chambre d’une certaine personne. Comme j’arrivais près de la galerie, j’y aperçus Jésus qui me demanda gracieusement : « Ma fille, à qui portes-tu ces fleurs ? » Mon silence fut ma réponse, car au même moment, je reconnus que j’éprouvais pour cette personne un très subtil attachement dont je ne m’étais pas encore aperçue. Et Jésus disparut. A l’instant même, j’ai jeté les fleurs et me suis rendue devant le Saint Sacrement, le cœur comblé de gratitude pour la grâce de la connaissance de moi-même.
Ô Soleil divin ! A la lumière de vos rayons, l’âme voit les plus petits grains de poussière qui peuvent vous déplaire.

72. Jésus, Vérité éternelle, notre vie, j’implore et je mendie Votre miséricorde pour les pauvres pécheurs. Très doux cœur de mon Seigneur, empli de pitié et d’indicible bonté, je vous supplie pour les pauvres pécheurs. Ô Cœur Sacré, Source de Miséricorde dont les rayons de grâces inconcevables se répandent sur tout le genre humain, je vous en supplie, donnez la lumière aux pauvres pécheurs. Ô Jésus, souvenez-Vous de Votre Passion amère et ne permettez pas que périssent les âmes rachetées au prix de Votre précieux Sang. Ô Jésus, lorsque je considère le don de Votre Sang, je me réjouis de son inestimable valeur car une goutte aurait suffi pour tous les pécheurs. Bien que le péché soit un gouffre de méchanceté et d’ingratitude, le prix donné pour nous est sans commune mesure – c’est pourquoi chaque âme doit avoir confiance en la passion du Seigneur, confiance dans Sa miséricorde. Dieu ne refuse Son Pardon à personne. Le ciel et la terre peuvent changer, mais la Miséricorde de Dieu ne s’épuisera jamais. Oh ! Quelle joie brûle dans mon cœur quand je vois Votre inconcevable bonté ! Ô mon Jésus, je désire amener tous les pécheurs à Vos pieds pour qu’ils louent Votre Amour infini, pendant des siècles sans fin.

73. Mon Jésus, bien que la nuit soit obscure autour de moi et que de sombres nuages me voilent l’horizon, je sais que le soleil ne s’éteint pas. Ô Seigneur, bien que je ne puisse concevoir ni comprendre Votre action, j’ai confiance en Votre Miséricorde ! Si Votre Volonté, Seigneur, est que je vive toujours dans de telles ténèbres, soyez béni ! Je vous demande une chose, mon Jésus, ne permettez pas que je vous offense jamais, en quoi que ce soit. Ô mon Jésus, vous seul connaissez les langueurs et les douleurs de mon cœur ! Je me réjouis de pouvoir souffrir, si peu que ce soit, pour vous.
Lorsque je sens que la souffrance dépasse mes forces, j’ai recours au Seigneur dans le Saint Sacrement et un profond silence est ma façon de parler au Seigneur.


74 La confession d’une de nos élèves

Un jour, je fus poussée à faire des démarches pour obtenir la Fête de la Miséricorde et je ne pouvais goûter de repos avant que ne fût peinte l’image de Jésus Miséricordieux. Ce sentiment me pénétra entièrement, mais une certaine peur me prit : Est-ce que je n’étais pas dans l’illusion ? A vrai dire, ces incertitudes venaient toujours du dehors, car au fond de moi, je sentais que mon âme était toute pénétrée du Seigneur. Le confesseur, auquel je me confessais alors me dit que parfois on peut s’illusionner et je sentais que ce prêtre semblait avoir peur de me confesser. C’était pour moi un supplice. Voyant que je ne pouvais attendre beaucoup d’aide de la part des hommes, je recourus d’autant plus à Jésus, ce Maître incomparable. Une fois, dans l’incertitude où j’étais de savoir si la voix qui me parlait était ou non celle du Seigneur, je me suis adressée à Jésus intérieurement sans prononcer de paroles. Tout de suite une force me pénétra et je dis : « Si Vous êtes vraiment mon Dieu, si c’est Vous qui m’êtes présent et qui me parlez, je Vous en prie, Seigneur, que cette élève aille aujourd’hui encore se confesser. Ce signe me rassurera. » Au même moment, cette enfant demanda à se confesser. La Maîtresse de classe s’étonna de cette décision soudaine mais elle tâcha, tout de suite de trouver un prêtre et l’enfant se confessa avec grande contrition. Alors, j’entendis en mon âme cette voix : « Est-ce que tu Me crois maintenant ». Et de nouveau, une force étonnante me pénétra et m’affermit de telle sorte, que j’étais stupéfaite moi-même d’avoir pu me laisser envahir par le doute. Ces doutes viennent toujours de l’extérieur, ce qui me dispose à m’enfermer en moi-même.

75. Lorsque je perçois l’incertitude du prêtre pendant la confession, alors je ne dévoile pas mon âme plus profondément, je m’accuse seulement de mes péchés. Un tel prêtre ne me donnera pas la paix puisque lui-même ne la possède pas. Ô prêtres, vous, les cierges lumineux qui éclairent les âmes, que votre clarté ne s’obscurcisse jamais. J’ai compris alors que ce n’était pas la volonté de Dieu que je dévoile le fond de mon âme. Plus tard, Dieu me donna cette grâce.

76. « Mon Jésus, dirigez mon âme, prenez complète possession de tout mon être, enfermez-moi au fond de votre cœur et défendez moi contre les attaques de l’ennemi. En vous est ma seule espérance ! Parlez par ma bouche quand je serai avec les puissants et les savants, moi, la plus misérable des créatures, pour qu’ils reconnaissent que cette affaire est la Vôtre et qu’elle vient de vous ».
Ténèbres et tentations

77. Mon esprit était assombri d’une manière singulière ; aucune vérité ne me semblait claire. Quand on me parlait de Dieu, mon cœur était comme un roc. Je ne pouvais en tirer un seul sentiment d’amour pour lui.
Lorsque je m’efforçais de rester auprès de Dieu par un acte de volonté, j’éprouvais de grands tourments et il me semblait que je poussais Dieu à une plus grande colère. Je ne pouvais plus méditer comme auparavant. J’ai senti dans mon âme un grand vide que je ne pouvais remplir. J’ai commencé à souffrir la soif et la nostalgie de Dieu, mais je voyais toute mon impuissance. J’essayais de lire lentement, phrase par phrase, et de méditer de cette façon, mais cela aussi était vain. Je ne comprenais rien de ce que j’avais lu. Mon gouffre de misère m’était sans cesse présent. Chaque fois que j’entrais pour quelque exercice à la chapelle, j’éprouvais les pires tourments et tentations. Plus d’une fois j’ai dû combattre des pensées de blasphèmes qui, pendant toute la Sainte Messe, se pressaient sur mes lèvres. Je ressentais un désir de m’éloigner des Saints Sacrements. Il me semblait que je n’en profitais aucunement. Je ne les fréquentais que par obéissance à mon confesseur, et cette obéissance aveugle était pour moi le seul chemin sur lequel je devais marcher, la Voie du salut. Le prêtre m’expliquait que c’étaient des épreuves permises par Dieu et que dans l’état où j’étais, non seulement je n’offensais pas Dieu, mais que je lui étais très agréable.
C’est un signe, me disait-t-il que Dieu vous aime énormément, qu’Il a confiance en vous lorsqu’Il vous afflige par de pareilles épreuves. Mais ces mots ne me consolaient pas, il me semblait qu’ils ne s’appliquaient nullement à moi. Une chose m’étonnait : il m’arriva plus d’une fois, lorsque je souffrais terriblement ces terribles tourments, qu’au moment où je m’approchais du confessionnal, mais dès que je m’éloignais, ils revenaient à la charge avec encore plus d’acharnement. Alors je tombais face contre terre, devant le Saint Sacrement et je répétais ces paroles : « Même si vous me tuez, j’aurai confiance en Vous ! » Il me semblait que j’agonisais dans ces douleurs. Une pensée terrible pour moi était de croire que j’étais rejetée par Dieu. Puis d’autres pensées me venaient : - Pourquoi tâcher d’acquérir des vertus et de faire des bonnes actions ? Pourquoi se mortifier et s’anéantir ? A quoi bon faire des vœux ? A quoi bon prier ? A quoi bon se sacrifier et s’anéantir ? A quoi bon faire, à chaque pas, le sacrifice de soi-même ? A quoi bon ? Si j’étais déjà rejetée par Dieu, à quoi bon ces efforts ? Ici Dieu seul sait ce qui se passait dans mon cœur.

78. Un jour où ces souffrances terribles m’étreignaient, j’entrai à la chapelle et je dis ces mots du fond de mon âme : « Faites de moi ce qui Vous plaît, ô Jésus, je veux Vous adorer en tout. Que Votre volonté soit faite en moi, ô mon Seigneur et mon Dieu, et moi je vais louer votre infinie miséricorde !». Cet acte de soumission dissipa mes terribles tourments. Tout à coup, j’aperçus Jésus, qui me dit : « Je suis toujours dans ton cœur. » Une joie inconcevable pénétra mon âme et la remplit d’un grand amour de Dieu, ce qui enflamma mon pauvre cœur. Je vois que Dieu ne permet jamais plus que ce que nous pouvons supporter. Oh ! je n’ai peur de rien. Si Dieu envoie à l’âme un si grand tourment, il la soutient par une grâce plus grande encore, bien que nous ne nous en rendions pas compte. Dans de tels moments, un acte de confiance rend à Dieu plus de gloire que des heures entières passées en prières, remplies de consolation. Maintenant je vois que si Dieu veut maintenir une âme dans les ténèbres, aucun livre, ni aucun confesseur ne pourra l’éclairer.

79. Marie, notre Mère et notre Reine, je vous confie mon âme, mon corps, ma vie, ma mort et tout ce qui la suivra. Je dépose tout entre vos mains. Ô ma Mère, couvrez mon âme de votre manteau virginal et donnez-moi la grâce de la pureté du cœur, de l’âme et du corps ; défendez-moi par votre puissance de tous les ennemis et spécialement de ceux qui cachent leur méchanceté sous le masque de la vertu. Ô Lis ravissant, vous êtes pour moi un miroir, ô ma Mère !

80. Jésus, divin prisonnier de l’amour, lorsque je considère Votre amour et Votre anéantissement pour moi, mes sens m’abandonnent. Vous cachez Votre inconcevable majesté et Vous Vous abaissez vers mon néant. Ô Roi de gloire, bien que Vous cachiez Votre beauté, le regard de mon âme déchire le voile. Je vois les chœurs angéliques qui ne cessent de Vous rendre honneur et toutes les Puissances célestes, qui vous louent sans fin, chantant : « Saint, Saint, Saint. »

81. Oh ! qui comprendra Votre amour et Votre insondable miséricorde envers nous ! Ô prisonnier de l’amour, j’enferme mon pauvre cœur dans ce tabernacle pour qu’il vous adore sans cesse nuit et jour; je ne connais aucun obstacle à cette adoration et même quand je serai éloignée physiquement, mon cœur sera toujours avec Vous. Rien ne peut mettre des barrières à mon amour pour Vous. Les obstacles n’existent pas pour moi. Ô mon Jésus, je vais Vous consoler de toutes les ingratitudes, blasphèmes froideurs, haines et sacrilèges des impies ! Ô Jésus, je désire brûler comme une offrande pure, immolée devant le trône de Votre abaissement, Vous priant sans cesse pour les pécheurs agonisants…
Ô Sainte Trinité, Dieu Unique, Indivisible, soyez béni pour cet immense don et ce testament de Miséricorde ! Mon Jésus, en expiation pour les blasphémateurs, je garderai le silence quand on me réprimandera injustement, pour réparer au moins un peu. Je vous chante un hymne incessant dans mon âme, et personne ne s’en doutera, ni ne comprendra. Le chant de mon âme n’est connu que de Vous, ô mon Créateur et mon Seigneur.

82. Je ne permettrai pas que le tourbillon du travail m’absorbe au point d’oublier Dieu. Je passerai tous mes moments libres aux pieds du Maître, caché dans le Saint Sacrement. Là Il m’enseigne depuis mes plus tendres années.

83. « Ecris ceci : Avant de venir comme un Juge équitable, Je viens d’abord comme Roi de Miséricorde. Avant qu’advienne le jour de Justice, il sera donné aux hommes ce signe dans les cieux : toute lumière dans le ciel s’éteindra et il y aura de grandes ténèbres sur toute la terre. Alors le signe de la Croix se montrera dans le ciel ; des Plaies des Mains et des Pieds du Sauveur, sortiront de grandes lumières, qui, pendant quelques temps illumineront la terre. Ceci se passera peu de temps avant le dernier jour. »

84. Ô Sang et Eau, qui avez jailli du Coeur de Jésus, comme source de miséricorde pour nous, j’ai confiance en vous !
Wilno 2.VIII. 1934

85. Vendredi, après la Sainte Communion, je fus transportée en esprit devant le Trône de Dieu entouré par les Puissances célestes qui L’adorent sans cesse. Derrière le trône, je vis une clarté inaccessible aux créatures, uniquement réservée au Verbe Incarné, Médiateur. Lorsque Jésus pénétra dans cette clarté, j’entendis ces paroles : « Ecris tout de suite, ce que tu entends : Je suis le Seigneur dans Sa réalité et Je ne connais ni ordres, ni besoins. Si J’appelle la créature à la vie, c’est en vertu de Ma Miséricorde infinie. »
Et à ce moment je revins à la réalité ; j’étais dans notre chapelle, sur mon prie-Dieu, la Sainte Messe finissait. Ces paroles étaient déjà écrites.

86. Quand je vis combien mon confesseur aurait à souffrir à cause de cette œuvre que Dieu veut mener à bien par son entremise, la peur me prit un instant et je dis au Seigneur : « Jésus, cette affaire est vôtre pourquoi agissez-Vous de la sorte envers lui ? Il me semble que Vous lui suscitez des difficultés, tout en lui ordonnant d’agir. »
« Ecris que nuit et jour Mon regard se pose sur lui et que Je permets ces contrariétés pour augmenter ces mérites. Ce n’est pas la réussite que Je récompense, mais la patience et la peine prises pour Moi. »
Wilno , 26.X. 1934

87. Vendredi, quand je revenais du jardin avec nos élèves à l’heure du souper (il était six heures moins dix), je vis Jésus au-dessus de notre chapelle, exactement comme Il était lorsque je Le vis pour la première fois, tel qu’Il est peint sur l’image. Les deux rayons qui sortaient de Son Cœur couvraient notre chapelle et l’infirmerie, puis toute la ville, et ils se répandirent sur le monde entier. Cela dura environ quatre minutes, puis tout s’évanouit.
Une des enfants, qui m’accompagnait, un peu en arrière des autres, voyant également ces rayons, mais pas Jésus, ne pouvait imaginer d’où sortaient ces rayons. Elle était saisie et le raconta à ses compagnes. Les élèves riaient d’elle disant qu’elle avait rêvé ; peut-être était-ce la lumière d’un avion ? Mais elle s’obstinait et disait que jamais elle n’avait vu de tels rayons. Des compagnes lui dirent alors que ce pouvait être un réflecteur ; elle répondit qu’elle savait ce qu’était la lumière d’un réflecteur, mais qu’elle n’avait jamais vu de tels rayons. Après le souper, cette enfant me dit que ces rayons l’avaient tellement émue qu’elle ne pouvait rester tranquille. « J’en parlerai toujours ! » Cependant elle n’avait pas vu Jésus. Revenant sans cesse sur ces rayons elle me mit dans une position difficile, car je ne pouvais lui dire que j’avais vu Jésus. Je priais pour elle, demandant au Seigneur qu’Il lui donne les grâces dont elle avait tant besoin. Mon cœur se réjouit que Jésus seul se fasse connaître dans Son œuvre. Cela m’a causé de grands ennuis, mais on peut tout supporter pour Jésus.

88. Pendant mon adoration, je sentis la proximité de Dieu. Après un moment, j’aperçus Jésus et Marie. Cette vision emplit mon âme de joie, et je demandai au Seigneur : « Quelle est Votre volonté, Jésus, dans cette affaire ? Mon confesseur m’a ordonné de Vous le demander. » Jésus répondit : « Ma volonté est qu’il soit ici et qu’il ne se dispense de rien lui-même. »J’ai demandé à Jésus : « Est-ce que l’inscription peut-être comme suit : « Christ, Roi de Miséricorde » ? Il me répondit : « Je suis le Roi de Miséricorde – et il n’a pas dit « Christ ». – Je désire que cette image soit publiquement exposée le premier dimanche après Pâques, jour de la fête de la Miséricorde. Par le Verbe Incarné, Je fais connaître l’infini de ma Miséricorde. »

89. Il est étonnant de voir que les choses s’arrangèrent comme le Seigneur l’exigeait. La première fois, que cette image reçut les honneurs publics, elle était placée à Ostra Brama, au faîte de la fenêtre, et l’on pouvait l’apercevoir de très loin. A Ostra Brama, l’on célébrait solennellement, durant ces trois jours, la Clôture du Jubilé de la Rédemption du monde, 1900 après la Passion du Sauveur. Je comprends maintenant que l’œuvre de la Rédemption est unie à cette œuvre de la Miséricorde que le Seigneur exige.

90. Un jour, je vis intérieurement combien mon confesseur allait souffrir. Tous vont vous contredire et vos forces physiques diminueront. Je vous ai vu telle une grappe de raisins, choisie par le Seigneur et jetée dans le pressoir des souffrances. Votre âme, mon Père, sera à certains moments remplie de doute et d’incertitude à propos de cette œuvre et de moi. Et j’ai vu, comment Dieu seul vous contredisait. J’ai demandé au Seigneur pourquoi Il agissait de la sorte envers vous, comme pour rendre difficile ce qu’Il ordonnait Lui-même. Et le Seigneur dit : « J’agis ainsi envers lui pour témoigner que cette œuvre est Mienne. Dis-lui qu’il n’ait peur de rien, Mon regard repose sur lui nuit et jour. Il y aura tant de fleurons dans sa couronne et tant d’âmes seront sauvées par cette œuvre ! Je ne récompense pas le succès du travail, mais la souffrance. »

91. Mon Jésus, Vous seul savez quelles persécutions je souffre, uniquement parce que je Vous suis fidèle et que j’accepte Vos exigences. Vous êtes ma force – soutenez-moi, pour que j’accomplisse toujours fidèlement ce que Vous exigez de moi. Seule, je ne puis rien, mais toutes les difficultés s’évanouissent si Vous me soutenez. Ô mon Seigneur, ma vie est devenue un combat continuel et de plus en plus acharné dès le moment où mon âme reçut la faculté de Vous connaître. Chaque matin pendant la méditation, je me prépare au combat pour toute la journée ; la Sainte Communion est une garantie que je remporterai la victoire, et il en est ainsi. Je crains le jour où je ne pourrais recevoir la Sainte Hostie. Ce pain des Forts me donne toute l’énergie nécessaire pour accomplir cette œuvre, et le courage de faire tout ce qu’exige le Seigneur. Le courage et la force qui sont en moi ne viennent pas de moi, mais de Celui qui demeure en moi par l’Eucharistie.
Mon Jésus que l’incompréhension est grande ! Parfois, sans l’Eucharistie, je n’aurais pas le courage d’aller plus loin sur la voie que Vous m’indiquez.

92. L’humiliation est ma nourriture de chaque jour. Je comprends que l’épouse participe à tout ce qui concerne son Epoux, donc son manteau d’injures doit me couvrir aussi. Aux moments où je souffre beaucoup, je tâche de me taire, car je me méfie de ma langue qui, en de tels moments, est encline à parler de soi, alors qu’elle doit me servir à louer Dieu pour tant de bienfaits et de dons accordés. Quand je reçois Jésus dans la Sainte Communion, je Le prie avec ferveur de guérir ma langue pour que par elle, je n’offense ni Dieu, ni le prochain. Je veux qu’elle ne cesse de rendre gloire à Dieu. Les fautes que commet la langue sont graves. L’âme ne parviendra pas à la sainteté si elle ne maîtrise pas sa langue.

93. Abrégé du catéchisme des vœux religieux
Question : Qu’est-ce qu’un vœu ?
Réponse : Le vœu est une promesse volontaire, faite à Dieu d’accomplir un acte plus parfait.
Question : Est-ce que le vœu oblige dans une matière ordonnée par un commandement ?
Réponse : Oui. La réalisation d’un acte dans la matière ordonnée par un Commandement est à double valeur et mérite ; et sa négligence est double transgression et perversité, car si on viole un vœu, on ajoute alors au péché contre le Commandement, celui du sacrilège.
Question : Pourquoi les vœux religieux ont-ils une telle valeur ?
Réponse : Parce qu’il sont le fondement de la vie religieuse approuvée par l’Eglise, dans laquelle les membres réunis en une communauté religieuse, s’engagent à tendre toujours vers la perfection par trois vœux religieux : de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, observé selon les règles.
Question : Que veut dire : tendre à la perfection ?
Réponse : Tendre à la perfection veut dire que l’état religieux n’exige pas de perfection déjà acquise, mais oblige, sous peine de péché à un travail quotidien pour l’atteindre. Donc, le religieux qui ne veut pas se perfectionner, néglige son principal devoir d’état.
Question : Que sont les vœux religieux solennels ?
Réponse : Les vœux religieux solennels sont tellement absolus que, dans les cas extraordinaires, seul le Saint Père peut en relever.
Question : Que sont les vœux simples ?
Réponse : Ce sont des vœux moins absolus – Le Saint Siège peut relever des vœux perpétuels et des vœux simples.
Question : Quelle est la différence entre le vœu et la vertu ?
Réponse : Le vœu renferme seulement ce qui est commandé sous peine de péché. La vertu s’élève plus haut et facilite l’exécution de vœu. Au contraire en violant le vœu, on manque à la vertu et on la blesse.
Question : A quoi engagent les vœux religieux ?
Réponse : Les vœux engagent à s’efforcer d’acquérir les vertus et à se soumettre complètement à ses Supérieurs et aux Règles en vigueur ; ainsi le religieux donne sa personne à la Communauté, renonce à tout droit sur elle et sur ses actions qu’il sacrifie au service de Dieu.

Le vœu de pauvreté
Le vœu de pauvreté est un renoncement volontaire au droit de propriété ou à l’usage de cette propriété dans le but de plaire à Dieu.
Question : Quels objets concernent le vœu de pauvreté ?
Réponse : Tous les biens et objets appartenant à la Communauté, Tout ce que l’on a donné, choses ou argent : lorsque ces dons ont été acceptés, on y a plus droit. Tous les dons ou les présents à titre de remerciement ou autre, appartiennent de droit à la Communauté. On ne peut employer, sans violer le vœu, tout payement de travail y compris la rente viagère.
Question : Quand rompt-on ou viole-t-on le vœu selon le septième commandement ?
Réponse : On le rompt ou on le viole, lorsque sans permission :
- On prend pour soi ou pour quiconque une chose appartenant à la maison ;
- On garde une chose pour se l’approprier ;
- On vend ou on échange une chose appartenant à la Communauté ;
- On emploie un objet à un autre usage que celui auquel le Supérieur l’avait destiné ;
- On donne ou on accepte n’importe quoi ;
- On détruit ou abîme par négligence ;
- On emporte avec soi quelque chose en changeant de maison.
En cas de rupture de vœu, le religieux est obligé à la restitution envers la Communauté.

La vertu de pauvreté
C’est une vertu évangélique qui contraint le cœur à se libérer de l’attachement aux choses temporelles ; en vertu de sa profession, le religieux y est strictement obligé.
Question : Quand pèche-t-on contre la vertu de pauvreté ?
Réponse : Lorsqu’on désire une chose contraire à cette vertu. Lorsqu’on s’attache à quelque chose et lorsqu’on emploie des choses superflues.
Question : Quels sont les degrés de pauvreté ?
Réponse : Il y a pratiquement quatre degrés de pauvreté selon la profession :
- Ne disposer de rien ; dépendre des Supérieurs : la stricte matière du vœu.
- Eviter le luxe, se contenter des choses indispensables, cela dépend de la vertu.
- Se contenter volontiers des choses les moins bonnes en ce qui concerne la cellule, le vêtement, la nourriture etc. et en éprouver du contentement intérieur.
- Se réjouir de la gène.

Le vœu de chasteté
Question : A quoi oblige ce vœu ?
Réponse : A renoncer au mariage et à éviter tout ce qui est interdit par le sixième et le neuvième Commandements.
Question : Est-ce que une faute contre cette vertu est une violation de vœu ?
Réponse : Chaque faute contre cette vertu est en même tems une violation du vœu, car ici il n’y a pas de différence, comme dans la pauvreté ou l’obéissance, entre le vœu et la vertu.
Question : Est-ce que chaque mauvaise pensée est un péché ?
Réponse : Non, chaque mauvaise pensée n’est pas un péché, elle le devient seulement lorsque la complaisance de la volonté et le consentement se joignent à la considération de l’esprit.
Question : Qu’est-ce qui, outre les péchés contre la chasteté, nuit à cette vertu ?
Réponse : La liberté des sens, la liberté de l’imagination et la liberté des sentiments, la familiarité et les tendres amitiés, nuisent à cette vertu.
Question : Par quels moyens conserve-t-on cette vertu ?
Réponse : En repoussant les tentations intérieures par la pensée de la présence de Dieu et en les combattant sans peur. Et pour les tentations extérieures, en évitant les occasions de pécher.
Il y a en tout sept principaux moyens :
- Surveiller les sens ;
- Eviter les occasions ;
- Eviter l’oisiveté ;
- Eloigner promptement les tentations ;
- S’écarter de toute amitié, notamment des amitiés particulières ;
- Cultiver l’esprit de mortification ;
- Révéler toutes les tentations à son confesseur.
Outre cela il y a encore cinq moyens de préserver cette vertu :
- l’humilité ;
- l’esprit d’oraison ;
- la modestie ;
- la fidélité à la règle :
- une sincère dévotion à la Sainte Vierge Marie.

Vœu d’obéissance
Le vœu d’obéissance est supérieur aux deux premiers, car il est, à vrai dire, un holocauste. Et il est le plus nécessaire, parce qu’il forme et anime le corps monastique.
Question : A quoi oblige le vœu d’obéissance ?
Réponse : Par le vœu d’obéissance, le religieux promet à Dieu d’être obéissant à ses Supérieurs légitimes en tout ce qu’ils ordonneront au nom de la règle. Le vœu d’obéissance rend le religieux dépendant de son supérieur, au nom de la règle, dans toute sa vie et toutes ses affaires. Le religieux commettra un péché grave contre ce vœu, chaque fois qu’il désobéira à un ordre donné.
La vertu d’obéissance
La vertu d’obéissance va plus loin que le vœu, elle embrasse les règles, les règlements et même les conseils des supérieurs.
Question : Est-ce que la vertu d’obéissance est indispensable au religieux ?
Réponse : La vertu d’obéissance lui est tellement indispensable que, même s’il faisait des bonnes actions en dehors de l’obéissance, elles deviendraient mauvaises ou sans mérite.
Question : Peut-on pécher gravement contre la vertu d’obéissance ?
Réponse : On pèche gravement quand on méprise l’autorité ou l’ordre du Supérieur. Quand un dommage spirituel ou temporel pour la Communauté résulte de la désobéissance.
Question : Quelles fautes mettent le vœu en danger ?
Réponse : Etre prévenu contre le Supérieur ou avoir de l’antipathie pour lui, les murmures ou critiques, la lenteur et la négligence.


Les degrés de l’obéissance
1. L’exécution prompte et entière. 2. L’obéissance de la volonté, lorsque la volonté décide la raison à se soumettre à l’avis du Supérieur. Pour faciliter l’obéissance, Saint Ignace suggère trois moyens :
- Toujours voir Dieu dans son Supérieur, quel qu’il soit.
- Justifier en soi l’ordre ou l’avis du Supérieur.
- Accepter chaque ordre comme un ordre de Dieu, sans examiner ou réfléchir.
Moyen général : l’humilité par laquelle rien n’est difficile.

94. Ô mon Seigneur, enflammez mon cœur d’amour pour Vous, pour que mon esprit ne se lasse pas parmi les orages, les souffrances et les épreuves ! Vous voyez comme je suis faible. L’amour peut tout.

95. La connaissance plus profonde de Dieu peut effrayer l’âme. Au commencement, Dieu se révèle comme Sainteté, Justice, Bonté, c’est-à-dire Miséricorde. L’âme ne connaît pas tout à la fois, mais par étapes ou lueurs successives, qui la rapprochent, chaque fois de Dieu. Ces lueurs sont de courte durée, car l’âme ne pourrait supporter l’intensité de cette lumière. C’est pendant l’oraison que l’âme reçoit les éclairs de cette lumière, qui rendent impossible son ancienne manière de faire oraison. L’âme peut faire les efforts qu’elle voudra pour revenir à l’ancienne oraison, ce sera en vain ; il lui devient complètement impossible de continuer à prier de la même façon qu’avant d’avoir reçu cette lumière. La lumière qui a touché l’âme brille en elle, sans que rien puisse l’étouffer, ni l’obscurcir. Cette lueur de la connaissance de Dieu attire l’âme et allume son amour pour Lui. Mais cette vive clarté révèle en même temps à l’âme son état particulier ; elle se voit intérieurement toute entière dans la lumière d’en haut, et elle se lève effrayée et alarmée. Mais elle ne reste pas sous l’effet de cette frayeur et commence à se purifier, à s’humilier et à s’abaisser devant le Seigneur. Et ces lumières deviennent plus fortes et plus fréquentes. Plus l’âme s’épure et plus ces lumières sont pénétrantes. Dieu comble de Ses consolations et Se donne de manière sensible à l’âme qui répond fidèlement et courageusement à ces premières grâces. Elle entre par instants dans une sorte d’intimité avec Dieu et en éprouve une grande joie. Elle croit déjà avoir atteint le degré de perfection qui lui était destiné; ses imperfections et ses défauts sommeillent toujours en elle, mais elle croit les avoir perdus. Rien ne lui semble difficile, elle est prête à tout. Elle commence à se plonger en Dieu et à en goûter les délices. Portée par la grâce, elle ne se rend pas du tout compte que le temps de l’épreuve peut venir. Et en effet, cet état ne dure pas longtemps. Voici venir des moments d’une autre nature. Mais je dois souligner que l’âme répond plus fidèlement à la grâce divine, si elle a un confesseur éclairé à qui elle confie tout.

96. Les épreuves de Dieu dans une âme particulièrement aimée de Lui. Tentations et ténèbres, Satan.
L’amour de Dieu, en cette âme, n’est pas encore tel que Dieu l’exige. Elle perd tout à coup le sentiment de la présence de Dieu, toutes sortes de fautes et de défauts, qu’elle doit combattre avec acharnement, se lèvent en elle. Toutes ses propres imperfections réapparaissent, mais sa vigilance est grande. Au lieu de sentir la présence de Dieu, elle connaît la sécheresse spirituelle. Elle ne se sent plus aucun goût pour les exercices spirituels. Elle ne peut plus prier, ni comme autrefois, ni comme elle priait désormais. Elle s’élance de tous cotés et ne trouve nulle part de satisfaction.
Dieu s’est caché d’elle et elle ne trouvera de consolation en rien ni en personne. L’âme désire passionnément Dieu, mais elle voit sa propre misère et commence à ressentir la justice divine. Elle croit avoir perdu tous les dons de Dieu, sa raison en est comme affaiblie. Les ténèbres l’envahissent toute entière. C’est le commencement de tourments inconcevables. Elle tente d’exposer son état intérieur à son confesseur qui ne la comprend pas. Son trouble augmente encore. Satan commence son œuvre.

97. La foi de l’âme commence à chanceler, c’est une lutte acharnée. L’âme fait des efforts ; par un acte de volonté, elle reste auprès de Dieu.
Satan, avec la permission de Dieu, avance encore plus loin : l’espérance et l’amour sont mis à l’épreuve. Ces tentations sont terribles. Secrètement, sans qu’elle le sache, Dieu soutient l’âme ; autrement il lui serait impossible de se maintenir, et Dieu sait combien il peut permettre à l’âme de souffrir. L’âme est tentée par l’infidélité envers les vérités révélées, par le manque de franchise envers son confesseur. Satan lui dit : « Vois, personne ne te comprend, à quoi bon parler de tout cela ? »
Des paroles effrayantes sonnent à ses oreilles, et il lui semble qu’elle les prononce contre Dieu. Elle voit ce qu’elle ne voudrait ne pas voir. Elle entend ce qu’elle voudrait ne pas entendre ; et il est terrible en de tels moments, de ne pas avoir de confesseur expérimenté.
Elle porte seule tout le fardeau ; cependant, autant qu’il est en son pouvoir, elle doit s’efforcer de trouver un confesseur éclairé, car elle risque de succomber sous le poids, ce qui la mènerait au bord du précipice.
Toutes ces épreuves sont dures et pénibles ; et Dieu ne les envoie pas à une âme qui n’aurait pas d’abord été admise à une profonde intimité avec Lui, et qui n’aurait pas goûté aux délices divins. Il a aussi, dans tout cela, Ses desseins, qui nous sont impénétrables. Souvent, Dieu prépare de cette manière les âmes à de futurs desseins et à de grandes œuvres. Il veut les éprouver comme l’or pur, mais ce n’est pas encore la fin.
Il reste l’épreuve suprême : le complet délaissement de l’âme par Dieu.

98. L’épreuve suprême, le délaissement complet. Le désespoir.
L’âme sort victorieuse des batailles précédentes, même si elle a trébuché, elle se bat vaillamment ; elle appelle Dieu en toute humilité : « Sauvez-moi, je péris ! » Elle est encore capable de combattre.
Maintenant de terribles ténèbres enveloppent l’âme. Elle ne voit en elle que péché. Elle souffle cruellement. Elle se voit complètement abandonnée de Dieu, elle a le sentiment d’être pour Lui un objet de haine ; elle est au bord du désespoir. Elle se défend de son mieux, elle tâche d’éveiller la confiance. Mais l’oraison n’est pour elle qu’une plus grande peine ; il lui semble qu’elle attise la colère de Dieu. Elle se tient sur un sommet qui se perd dans les nuées, mais qui surplombe un gouffre.
L’âme brûle du désir d’être près de Dieu, mais elle se sent repoussée. Tous les supplices du monde ne sont rien, comparés au sentiment dont elle est la proie : l’abandon de Dieu.

Personne ne peut la soulager. Elle voit qu’elle est toute seule, qu’elle n’a personne pour la défendre. Elle lève les yeux au ciel, mais elle sait qu’elle n’a rien à en attendre ; pour elle, tout est perdu. Elle tombe dans des ténèbres de plus en plus épaisses ; Il lui semble qu’elle a perdu Dieu pour toujours, ce Dieu qu’elle a tant aimé. Cette pensée lui cause un tourment indescriptible. Mais elle n’y consent pas. Elle tente de regarder vers le ciel, en vain : et cela redouble son tourment.
Personne n’éclairera cette âme si Dieu veut la maintenir dans les ténèbres. Elle a le sentiment aigu et terrifiant d’être rejetée de Dieu. Des élans douloureux jaillissent de son cœur si douloureux, qu’aucun prêtre ne les comprendra, à moins qu’il ne soit lui-même passé par ces épreuves. Et en tout cela, Satan ajoute encore aux souffrances de l’âme par ses moqueries : « Tu vois bien ! Resteras-tu encore fidèle ? Voilà ton sort, tu es en notre pouvoir ! » Mais Satan n’a pas plus d’influence sur cette âme que Dieu ne le permet, et Dieu sait combien nous pouvons supporter. –« A quoi cela t’a-t-il servi de te mortifier ? D’être fidèle à la règle ? A quoi bon tous ces efforts ? Tu es rejetée de Dieu ! » dit Satan.
-Ce mot « rejetée » devient un feu qui brûle chaque nerf ; il transperce tout l’être jusqu’à la moelle des os. Le moment le plus important de cette épreuve arrive. L’âme ne cherche plus d’aide nulle part : elle se plonge en elle-même, perd tout le reste de vue. C’est comme si elle acceptait ce supplice du délaissement. C’est un moment que je ne saurais décrire. C’est l’agonie de l’âme

99. La première fois que j’eus à vivre un tel moment, j’en fus arrachée en vertu de la Sainte Obéissance. La Mère Maîtresse, effrayée à ma vue, m’envoya me confesser ; mais le confesseur ne me comprit pas, je ne sentis pas l’ombre d’un soulagement. Ô Jésus, donnez-nous des prêtres expérimentés ! Quand je lui dis que mon âme traversait les tourments de l’enfer, il me répondit qu’il était tranquille quant à l’état de mon âme, car il y voyait une grande grâce de Dieu. Mais je ne comprenais rien à tout cela, et pas un rayon de lumière ne pénétra dans mon âme.

100. Puis les forces physiques commencèrent à me manquer ; je n’étais plus en état de remplir mes devoirs. Je ne pouvais plus dissimuler mes souffrances, bien que n’en disant rien à personne, car la douleur que reflétait mon visage, me trahissait. La Supérieure me dit que les Sœurs venaient lui dire qu’elles étaient prises de pitié lorsqu’elles me voyaient à la chapelle, tant ma mine était effrayante. Malgré ses efforts, l’âme n’est plus en état de dissimuler cette souffrance.
 

101. Jésus, vous seul savez comment l’âme, enveloppée de ténèbres, gémit dans ces supplices et que, malgré cela, elle a faim et soif de Dieu comme une bouche brûlée a soif d’eau. Elle meurt et se dessèche, elle meurt d’une mort sans mort, c'est-à-dire qu’elle ne peut pas mourir. Ses efforts sont inutiles, une main puissante est posée sur elle.

Désormais elle est au pouvoir du Juste. Toutes les tentations extérieures cessent, tout ce
Qui l’entoure se tait. Comme l’agonisant, l’âme perd de vue tout ce qui est extérieur :
Elle est toute entière recueillie sous la puissance du Dieu Juste et Trois fois Saint.
« Rejetée pour l’éternité » : c’est le moment suprême, et Dieu seul peut éprouver l’âme de cette façon, car lui seul sait qu’elle est capable de le supporter. Quand l’âme a été entièrement consumée par ce feu infernal, elle est prise de désespoir.

Mon âme a vécu ce moment, alors que j’étais seule dans ma cellule. Quand elle commença à s’enfoncer dans le désespoir, j’entrais en agonie ; je saisis ma petite croix et la serrait convulsivement dans la main. Je sentis qu’en moi, le corps se détachait de l’âme, si bien que, désirant aller voir mes Supérieures, je n’en avais plus la force. J’ai alors prononcé les derniers mots : « Miséricorde de Dieu, j’ai confiance en vous ! » et il m’a semblé que j’avais augmenté la colère de Dieu.

Je sombrais dans le désespoir et seul, de temps en temps, un gémissement douloureux,
un gémissement inexprimable s’exhalait de mon âme, à l’agonie. Il me semblait que je resterais dans cet état, car je me sentais incapable d’en sortir par mes propres forces. Chaque souvenir de Dieu me plonge dans un océan d’indicibles souffrances ; et malgré cela, il y a quelque chose dans l’âme qui est attiré vers Lui, mais il lui semble que ce n’est que pour qu’elle souffre davantage. Le souvenir de l’amour dont Dieu l’entourait autrefois lui est un surcroît de tourment. Son regard la transperce, et sous ce regard, tout est brûlé dans l’âme.

102. Après un certain temps, une des Sœurs entra dans la cellule et me trouva presque morte. Effrayée, elle alla trouver la Mère Maîtresse, qui, en vertu de l’obéissance, m’ordonna de me lever. Aussitôt, je sentis des forces me revenir et je me relevai de terre, toute tremblante. La Maîtresse identifia d’emblée mon état, elle me parla de l’inconcevable miséricorde divine : « Ne vous affligez de rien, ma sœur, je vous l’ordonne en vertu de l’obéissance. » Elle ajouta : « Maintenant je sais que Dieu vous appelle à une haute sainteté, le Seigneur veut vous avoir bien près de Lui, puisque Il permet de telles choses si tôt. Soyez fidèle à Dieu, ma Sœur, car c’est le signe qu’Il veut vous avoir haut dans le ciel. » Mais je ne comprenais rien à ces paroles.

Quand je suis entrée à la chapelle, je sentis comme si tout se détachait de mon âme, comme si je venais de sortir de la Main de Dieu. Je sentis l’inviolabilité de mon âme. Je sentis que j »étais un tout petit enfant.

103. Soudain je vis intérieurement le Seigneur qui me dit : « N’aie pas peur, ma fille, Je suis avec toi. » A ce moment tous les tourments et les ténèbres prirent fin, mes sens furent pénétrés d’une joie indicible et les puissances de mon âme inondées de lumière.

104. Je veux encore mentionner que, bien que mon âme fut déjà sous les rayons de Son amour, les traces du tourment passé restèrent sur mon corps : pendant deux jours j’eus la figure mortellement pâle et les yeux injectés de sang. Jésus seul sait ce que j’ai souffert.

Ce que j’ai écrit est bien faible en comparaison de la réalité. Je ne sais comment l’exprimer, il me semble que je suis revenue de l’au-delà. Je sens un dégoût pour ce qui est crée. Je me blottis contre le Cœur de Dieu comme un nourrisson contre la poitrine de sa mère. Je vois tout avec un autre regard. Je suis consciente de ce que le Seigneur a achevé, d’un mot, en mon âme : je vis de cela. Au souvenir du supplice passé, un frisson me saisit. Je n’aurais pas cru qu’on pût tant souffrir si je n’étais pas moi-même passée par là. C’est une souffrance purement spirituelle.

105. Cependant au milieu de toutes ces souffrances et ces combats, je n’ai jamais omis la Sainte Communion. Quand il me semblait que je ne devais pas communier, j’allais avant la Messe chez la Maîtresse pour lui dire que je ne pouvais communier, car il me semblait que je ne le devais pas. Mais elle ne me permettait pas d’y manquer et je reconnais que l’obéissance seule m’a sauvée.
La Maîtresse me confia plus tard que ces épreuves avaient rapidement pris fin, parce que: « Vous étiez obéissante, ma Sœur. C’est par la force de l’obéissance que vous avez passé ceci, avec tant de courage. » C’est vrai, que, Seul le Seigneur fait sortir de ce tourment. Mais la fidélité à l’obéissance Lui plaît. Bien que ce soit là des supplices affreux, l’âme ne doit pas s’en effrayer ; car Dieu n’éprouve pas au-delà de ce que nous pouvons supporter. D’un autre côté, Il pourrait ne jamais nous donner de telles souffrances.

106. J’écris ceci, car s’il plait au Seigneur de faire passer une âme par de pareils tourments, qu’elle n’ait pas peur ; mais qu’elle soit, autant que cela dépend d’elle, fidèle à Dieu qui ne lui fera pas de tort. Car il est tout amour. Il l’a créée en vertu de cet amour inconcevable. Quand j’étais ainsi tourmentée, je ne comprenais pas.

107. O mon Dieu, je reconnais que je ne suis pas de cette terre :le Seigneur a fortement imprégné mon âme de ce sentiment. Je me trouve davantage en contact avec le Ciel qu’avec la terre, mais je ne néglige rien de mes devoirs.

108. A ce moment-là, je n’avais pas de directeur spirituel et je ne recevais aucune direction. Je demandai un directeur au Seigneur, mais il ne m’en donnait pas. C’est Jésus, Lui-même, qui est mon maître depuis l’enfance jusqu'à maintenant. Il m’a menée à travers tous les déserts et tous les dangers ; et je vois clairement que seul Dieu pouvait me faire traverser de tels dangers, sans qu’il n’en résultat aucun dégât, ni aucun dommage pour mon âme qui resta intacte. Je remportais la victoire sur toutes les difficultés, qui étaient inconcevables, et j’en sortais… Le Seigneur ne me donna un directeur que plus tard.

109. Après ces souffrances, l’âme connaît une grande pureté spirituelle et se trouve très proche de Dieu ; je dois cependant remarquer qu’au milieu de ces tourments spirituels, , elle est proche de Dieu, mais elle est aveugle. Le regard de l’âme est plongé dans les ténèbres ; Dieu est tout proche de l’âme qui souffre, seulement tout le secret est qu’elle n’en sait rien. Elle affirme que non seulement Dieu l’a délaissée, mais qu’elle l’objet de Sa haine. Quelle grave maladie que cet aveuglement de l’âme ! Frappée de la lumière divine, l’âme affirme que cette lumière n’existe pas, alors que justement elle est si forte qu’elle l’aveugle. Malgré tout, j’ai reconnu plus tard que Dieu est plus proche de l’âme dans ces moments qu’à d’autres, car elle ne pourrait pas endurer ces épreuves à l’aide d’une simple grâce. La toute –puissance de Dieu agit ici à l’aide d’une grâce extraordinaire, car autrement l’âme succomberait au premier choc.

110. O Divin Maître, Vous seul êtes à l’œuvre dans mon âme. O Seigneur, Vous ne craignez pas de placer une âme au bord d’un précipice où elle ressent peur et angoisse, et de nouveau vous la rappelez vers Vous. Voilà Vos inconcevables mystères.

111. Lorsque pendant ces tourments de l’âme, je tâchais de m’accuser dans la confession de toutes les plus petites choses, le prêtre s’étonnait que je ne commette pas de faute plus grave et il me dit « Si vous êtes aussi fidèle à Dieu pendant ces tourments, ceci, seul, est la preuve que Dieu vous soutient, ma Sœur, d’une grâce particulière ; et c’est aussi bien que vous ne le compreniez pas. » Mais c’est chose étonnante que dans cette matière, les confesseurs n’aies pu me comprendre, ni m’apaiser, jusqu’à ce que je rencontre le père Andrasz Sopocko.

112. Quelques mots sur la confession et les confesseurs. C’est seulement le souvenir de ce que j’ai éprouvé dans mon âme. Il y a trois choses qui empêchent l’âme de tirer profit de la confession dans ces moments exceptionnels :
a) Quand le confesseur connaît peu les voies extraordinaires et qu’il manifeste de l’étonnement lorsque l’âme lui dévoile les grands mystères que Dieu opère en elle. Cet étonnement effraye une âme sensible. Elle se rend compte que le confesseur hésite à donner son avis, elle ne s’apaise pas. Et elle éprouvera encore plus de doutes après la confession qu’avant, car elle sent que le confesseur s’efforce de la tranquilliser sans conviction.

Ou bien, ce qui m’arriva, le confesseur, ne pouvant pénétrer quelques uns des secrets de l’âme, refuse d’entendre sa confession et manifeste une certaine peur quand cette personne s’approche du confessionnal. Comment peut-on, dans ces conditions, puiser de l’apaisement au confessionnal ?

A mon avis dans ces moments d’épreuves divines peu ordinaires pour l’âme, il devrait lui indiquer un confesseur expérimenté et instruit, ou bien chercher lui-même la lumière pour donner à l’âme ce dont elle a besoin, mais non pas lui refuser la confession. Car en agissant ainsi, il expose le pénitent à u grand danger et plus d’une âme peut s’écarter de la voie où Dieu voulait la voir s’engager. C’est une chose très grave, je l’ai moi-même expérimentée. Je commençais déjà à vaciller malgré les dons tout particuliers de Dieu ; et bien que Dieu, Seul, m’apaisât, j’ai toujours désiré y ajouter le sceau de l’Eglise.

b) Quand le confesseur ne permet pas de s’exprimer en toute sincérité et qu’il montre son impatience. Alors l’âme se tait et ne dit pas tout. Et elle retirera moins encore si le confesseur commence à éprouver cette âme, sans la connaître ; car alors au lieu de l’aider, il lui fait du tort. Car elle sait que le confesseur ne la connaît pas, puisqu’il ne lui à pas permis de dévoiler complètement ses grâces et sa misère. L’épreuve n’est donc pas conforme. J’ai subi quelques épreuves qui m’ont fait rire.

J’exprimerai mieux ceci par une comparaison : le confesseur est le médecin de l’âme. Mais comment le médecin peut-il donner le remède qui convient s’il ne connaît pas la maladie ? Ou bien, le remède ne produit pas l’effet désirable, ou bien le remède sera trop fort et augmentera encore la maladie, ou provoquera même, parfois, la mort. Je dis cela, car j’ai éprouvé qu’en certain cas, le Seigneur, Seul, me soutenait directement.

c) Le troisième cas. Il arrive aussi que le confesseur méprise parfois les petites choses. Or, il n’y a rien de petit dans la vie spirituelle. Parfois un détail, en apparence insignifiant, permettra de découvrir une chose plus grave, et sera pour le confesseur le faisceau lumineux qui lui permettra de connaître l’âme. Les choses infimes recèlent beaucoup de nuances spirituelles. Si nous rejetons les petites briques, le magnifique édifice ne s’élèvera jamais. Si Dieu exige de telle âme une grande pureté,il lui donnera une connaissance plus profonde de sa misère. Et éclairée par la lumière d’en haut, elle découvrira mieux ce qui plait à Dieu et ce qui lui déplait. Le péché est selon la connaissance et la lumière de l’âme, le même mal que les imperfections, bien qu’elle sache que le péché est strictement la matière du sacrement.

Mais pour l’âme qui tend à la sainteté, ces petites choses sont d’une grande importance, et le confesseur ne peut les mépriser. La patience et la douceur du confesseur ouvrent la voie aux plus profonds secrets de l’âme. Elle dévoile à son insu, ce qui est au plus profond d’elle-même, et elle se sent plus forte et plus résistante. Elle combat plus courageusement, elle tâche de mieux faire, car elle sait qu’elle doit en rendre compte.
Je mentionnerai encore une chose, à propos du confesseur. Il doit mettre l’âme à l’épreuve, la sonder, l’exercer pour savoir s’il a affaire à de la paille, à de fer ou à de l’or pur. Ces trois catégories d’âmes ont besoin d’exercices différents. Il doit – et ceci absolument – se former un jugement clair sur chacune d’elles pour savoir ce qu’elles peuvent supporter dans de tels moments, telles circonstances, tel cas. Quant à moi, plus tard, après beaucoup d’épreuves, lorsque je voyais que je n’étais pas comprise, je ne dévoilais plus mon âme et je ne troublais plus sa paix. Mais je ne le fit qu’à partir du moment où toutes ces grâces étaient soumises au jugement d’un confesseur sage, instruit et expérimenté. Maintenant je sais comment je dois me conduire dans certains cas.

113. Et à nouveau je voudrais ajouter quelques mots pour les âmes qui désirent tendre à la sainteté et porter du fruit grâce à la confession.
Premièrement : entière sincérité, franchise absolue. Le plus saint et le plus sage des confesseurs ne peut faire violence à l’âme pour y infuser de force ce qu’il veut pour elle, si celle-ci n’est ni sincère ni franche. L’âme qui n’est pas sincère et qui dissimule, s’expose à de grands dangers dans sa vie spirituelle. Et Jésus, Lui-même ne se donnera pas d’une manière plus profonde à cette âme, car Il sait qu’elle ne profitera pas de ces grâces particulières.
Deuxièmement : humilité. L’âme ne profite pas comme il faut du sacrement de la confession, si elle n’est pas humble. L’orgueil la tient dans l’obscurité. Elle ne sait pas et ne veut pas rentrer avec précision au fond de sa misère. Elle se masque et évite tout ce qui pourrait la guérir.
Troisièmement : obéissance. L’âme désobéissante ne remportera aucune victoire, même si Jésus Lui-même la confesserait directement. Le plus expérimenté des confesseurs n’aidera en rien cette âme. L’âme désobéissante s’expose à de grands dangers. Elle ne progressera pas dans la perfection. Dieu comble très généreusement l’âme de Ses grâces, mais seulement l’âme obéissante.

114. Oh ! qu’ils sont beaux les hymnes que chante une âme souffrante. Elle enchante le ciel entier quand elle se répand en en lancinantes élégies, surtout quand Dieu l’éprouve. Sa beauté est grande, car elle vient de Dieu. Cette âme passe par le désert de la vie, blessée par l’amour divin. Elle ne touche pas terre, elle l’effleure.

115. Quand l’âme est sortie de ces tourments, elle est profondément humble. Sa pureté est grande. Sans réfléchir, elle sent mieux ce qu’elle doit faire à tel moment et ce à quoi elle doit renoncer. Elle ressent la plus légère touche de la grâce et elle est très fidèle à Dieu. Elle reconnaît Dieu de loin et se réjouit continuellement en Lui. Elle découvre très rapidement Sa Présence dans les âmes des autres, et en général dans son entourage. Elle est purifiée par Dieu seul. Dieu étant pur esprit, introduit l’âme dans une vie purement spirituelle. Dieu, Seul, l’a tout d’abord préparée et purifiée, c’est-à-dire, qu’Il l’a rendue capable d’une étroite intimité avec Lui. Reposant dans l’amour, d’une manière toute spirituelle, elle demeure avec le Seigneur. Elle parle à Dieu, sans s’exprimer avec les sens. Dieu remplit l’âme de Sa lumière. Son intelligence voit clairement et distingue les degrés de la vie spirituelle. Elle voit qu’elle était unie à Dieu de façon imparfaite : ses sens prenaient part à cette union, et le spirituel se trouvait mêlé au sensoriel d’une manière déjà supérieure et particulière, il est vrai, mais encore imparfaite. Il existe une union à Dieu plus haute et plus parfaite : c’est l’union spirituelle. L’âme y est davantage à l’abri des illusions. Sa spiritualité est plus profonde et plus pure. Dans la vie,où les sens jouent un rôle, on est plus exposé aux illusions. La prudence de l’âme elle-même, et des confesseurs, devrait être plus grande. Il y a des moments où Dieu introduit l’âme dans un état purement spirituel. Les sens s’éteignent et sont quasi morts. L’âme est unie à Dieu de la façon la plus étroite : elle est plongée dans la Divinité. Sa connaissance est complète et parfaite, non plus sporadique – comme auparavant, mais totale et entière. Elle en éprouve de la joie.

Mais je veux encore parler des moments d’épreuves : il faut alors que les confesseurs soient patients envers l’âme. Mais l’âme doit aussi avoir la plus grande patience avec elle-même.

116. Mon Jésus, vous savez ce que ressent mon âme au souvenir de ces souffrances. Plus d’une fois je m’étonnais que les anges et les Saints puissent se taire devant de telles souffrances de l’âme. Mais ils nous aiment particulièrement dans ces moments là. A maintes reprises, mon âme a crié vers Dieu, comme un petit enfant, quand sa mère se voile le visage et qu’il ne peut la reconnaître ; il crie alors de toutes ses forces. O mon Jésus, honneur et gloire Vous soient rendus pour ces épreuves d’amour. Votre miséricorde est grande et inconcevable. Toutes vos intentions envers mon âme sont imprégnées de votre miséricorde.

117. Je noterai ici que l’entourage ne devrait pas ajouter aux souffrances extérieures, car vraiment, lorsque le calice de l’âme est plein jusqu’au bord, c’est parfois justement cette petite goutte que nous ajoutons qui sera de trop, et la coupe d’amertume débordera. Et qui en sera responsable ?
Prenons garde de ne pas ajouter aux souffrances des autres, car cela ne plait pas au Seigneur. Si les Sœurs ou les Supérieures savaient ou soupçonnaient seulement qu’une âme est soumise à de telles épreuves, et lui ajoutaient des souffrances supplémentaires, elles pécheraient gravement et Dieu Lui-même revendiquerait Ses droits. Je ne parle pas des cas qui de par leur nature sont péché ; je parle de ce qui ne l’est pas d’habitude. Gardons-nous d’avoir de telles âmes sur la conscience. C’est grande faute dans la vie religieuse, d’ajouter des souffrances à une âme souffrante. Je ne parle pas pour tous, mais cela arrive. Ne nous permettons pas d’émettre des jugements de toutes sortes et de parler quand il vaudrait mieux se taire.

118. La langue n’est qu’un petit membre, mais elle fait de grandes choses. Une religieuse, qui n’est pas silencieuse n’arrivera jamais à la sainteté, c’est-à-dire qu’elle ne deviendra jamais sainte. Qu’elle ne s’illusionne pas. A moins que ce soit l’Esprit Divin qui parle par sa bouche ; il lui est alors défendu de se taire. Cependant pour entendre la voix divine, il faut garder le silence intérieur, et être silencieuse, non d’un silence morne, mais d’un silence de l’âme qui est recueillement en Dieu. On peut beaucoup parler sans rompre le silence, et par contre, parler peu et toujours rompre le silence.
Oh ! quel dommage irréparable cause le manque de silence ! On fait beaucoup de tort au prochain, mais plus encore à soi-même. A mon avis, et d’après mon expérience la règle concernant le silence devrait figurer à la première place. Dieu ne se donne pas à une âme bavarde qui bourdonne comme un faux-bourdon dans la ruche, mais n fait pas de miel : l’âme bavarde est vide à l’intérieur. Il n’y a en elle ni vertu fondamentale, ni intimité avec Dieu. Il n’est pas question pour elle, d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure le Seigneur. Celui qui n’a jamais goûté à la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet qui trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui étaient dans les gouffres de l’enfer pour n’avoir pas su garder le silence. Elles me l’ont dit elle mêmes, lorsque je les questionnais pour savoir ce qui avait causé leur perte. C’était des âmes religieuses. Mon Dieu, quelle douleur de penser qu’elles pourraient non seulement être au Ciel, mais même être Saintes.

119. O Jésus-Miséricorde, je tremble à la pensée de devoir rendre compte de ma langue. Elle peut engendrer la vie, mais aussi causer la mort et nous tuons plus d’une fois avec notre langue. Nous commettons de véritables meurtres. Et cela aussi nous devrions le considérer comme choses de peu d’importance ? Vraiment je ne comprends pas ceux qui ont la conscience ainsi faite. J’ai connu une personne, qui ayant appris d’une autre qu’on avait dit telle et telle chose sur son compte,…tomba gravement malade. Elle perdit beaucoup de sang, versa beaucoup de larmes et ainsi jusqu’au dénouement fatal… qui fut ainsi l’effet, non du glaive, mais de la langue.
O mon Jésus silencieux, miséricorde pour nous !

120. Je me surprends à parler du silence et ce n’est pas de cela que je voulais parler, mais de la vie de l’âme avec Dieu et comment elle répond à la grâce. Quand l’âme est purifiée, que le Seigneur à établi avec elle une relation d’intimité, elle commence à tendre vers Dieu de toute sa force. Mais elle ne peut rien par elle-même. Dieu seul fait tout, l’âme le sait et elle en a conscience. Elle vit encore en exil et elle sait bien qu’il peut y avoir encore des jours gris et pluvieux ; mais elle le voit d’une autre manière. Loin de s’endormir dans une fausse paix, elle tend au combat. Elle sait qu’elle appartient à une génération chevaleresque. Elle se rend mieux compte de tout maintenant. Elle sait qu’elle est de race royale et que tout ce qui est grand et saint la concerne.

121. De nombreuses grâces que Dieu accorde à l’âme après cette épreuve du feu, lui permettent de jouir d’une étroite union avec Dieu. Elle a un grand nombre de visions sensibles et spirituelles. Elle entend un grand nombre de paroles surnaturelles et plus d’une fois des ordres précis ; mais malgré ces grâces, elle ne se suffit pas à elle-même. D’autant que, comme Dieu la visite de Ses grâces, elle s’expose à toutes sortes de dangers et peut facilement tomber dans l’illusion. Elle devrait prier pour avoir un guide spirituel ; car il faut s’efforcer d’en trouver un qui s’y connaisse, tel un chef dont le devoir est de connaître les chemins par lesquels il doit mener ses troupes au combat. Il faut préparer l’âme unie à Dieu à soutenir de grandes batailles, des combats acharnés.
Après ces purifications et ces épreuves, Dieu demeure dans l’âme d’une façon singulière ; mais l’âme ne collabore pas toujours avec ces grâces. Non qu’elle se refuse d’elle-même œuvrer, mais elle rencontre de si grandes difficultés extérieures et intérieures que vraiment il faut un miracle pour qu’elle se maintienne sur ces hauteurs. Ici, elle a absolument besoin d’un directeur averti.

Faustine 5
Souvent, on emplissait mon âme de doute, quand ce n’était pas moi qui m’alarmais moi-même, en me disant qu’après tout, je n’étais qu’une ignorante, qui connaissait si peu, et en particulier aux choses spirituelles. Cependant, quand les doutes augmentaient, j’allais chercher de la lumière auprès de mon confesseur ou des Supérieures. Mais je n’obtenais pas ce que j’aurais désiré.

122. Quand j’ai dévoilé mon âme aux Supérieures, l’une d’elles reconnut mon âme et la voie où Dieu voulait me conduire. En mettant en pratique ses indications, j’ai commencé à progresser sur la voie de la perfection. Mais cela n’a pas duré longtemps. Quand je lui ai dévoilé mon âme plus à fond, je n’ai pas reçu ce que je désirais. Ces grâces semblaient invraisemblables à la Supérieure, je ne pouvais donc plus trouver aucune aide auprès d’elle. Elle me disait qu’il était impossible que Dieu ait de tels rapports avec une créature. « J’ai peur pour vous, ma Sœur, n’est-ce pas une illusion ? Consultez un prêtre. » Mais le confesseur, lui non plus ne m’a pas comprise, il me dit : « Il vaudrait mieux, ma Sœur, parler de ces choses avec vos Supérieures. » Et je passais ainsi des Supérieures au confesseur et du confesseur aux Supérieures, sans trouver aucun apaisement.
Les grâces divines devinrent, pour moi, de grandes souffrances. Plus d’une fois il m’arriva de dire carrément au Seigneur : « Jésus, j’ai peur de Vous. N’êtes-Vous pas quelque fantôme ?» Il me tranquillisait toujours mais je restais incrédule. Chose étonnante : plus j’étais, plus Jésus me donnait de preuves qu’il était l’auteur de ces choses.

123. Quand je me rendis compte que je ne recevais aucun apaisement de la part des Supérieures, je pris la résolution de ne plus leur parler de ces choses purement intérieures. A l’extérieur je tâchais, comme doit le faire une bonne religieuse, de tout dire aux Supérieures ; mais je ne parlais qu’au confessionnal des besoins de mon âme. Je reconnus pour maintes raisons très justes, que la femme n’avait pas été appelée à discerner de tels mystères. Je m’étais exposée à beaucoup de souffrances inutiles.
Pendant longtemps, je fus considérée comme une possédée du démon et on me regardait avec pitié. La Supérieure pris certaines précautions à mon égard. Il m’arrivait d’entendre que les Sœurs aussi me considéraient comme telle. Et l’horizon s’assombrit autour de moi. Je tentais d’éviter ces grâces divines, mais ce n’était pas en mon pouvoir. Soudain, un tel recueillement s’empara de moi que, contre ma volonté, je me plongeai en Dieu et le Seigneur me garda auprès de Lui.

124. Mon âme toujours un peu alarmée au début, connut ensuite une paix ineffable et une force envahissante.

125. Tout était encore à supporter car, lorsque le Seigneur exigea que je peigne ce tableau, on se mit à parler de moi et à me regarder vraiment comme une hystérique, une illuminée, et on commença à en parler un peu ouvertement. Une Sœur vint me parler cœur à cœur. Elle commença à s’apitoyer sur moi : « J’entends dire de vous, ma Sœur, que vous êtes illuminée, que vous avez des visions. Ma pauvre Sœur, défendez-vous de cela. » Elle était sincère et me rapportait fidèlement qu’elle avait entendu. Mais c’est chaque jour que je devais écouter de semblables choses : Dieu seul sait combien cela me fatiguait.
126. Je résolus, malgré tout, de tout supporter en silence et de ne pas m’expliquer quand on me questionnait. Les uns étaient irrités de mon silence, surtout les plus curieux ; d’autres, qui réfléchissaient plus profondément disaient : « Pourtant Sœur Faustine doit être très près de Dieu puisqu’elle a la force de tant souffrir. » Et je voyais devant moi comme deux groupes de juges. Je tâchais d’être silencieuse intérieurement et extérieurement. Je ne parlais pas de ce qui concernait ma personne, malgré les questions directes de certaines Sœurs. Ma bouche devint muette. Je souffrais sans me plaindre comme une colombe. Mais certaines Sœurs trouvaient, semble-t-il, du plaisir à me vexer d’une manière ou d’une autre. Ma patience les irritait, mais Dieu me donnait tant de force intérieure que je supportais cela paisiblement.

127. J’ai compris qu’en de tels moments, personne ne m’aiderait, et j’ai commencé à prier et à demander au Seigneur de me donner un confesseur. Je désiras qu’un prêtre me dise seulement : « Soyez tranquille, vous êtes en bonne voie » ; ou bien : « Rejetez tout ceci, car cela ne vient pas de Dieu. » Mais je ne trouvais aucun prêtre aussi résolu, qui m’aurait ainsi parlé clairement au nom du Seigneur. L’incertitude se prolongeait donc. O Jésus, si c’est Votre volonté que je vive dans une telle incertitude, que Votre nom soit béni. Je Vous prie, Seigneur, dirigez Vous-même mon âme et soyez avec moi, car de moi-même, je ne suis rien.

128. Voilà que je suis jugée de tous côtés. Il n’y a plus rien en moi, qui n’ait échappé aux jugements de mes Sœurs. Mais bientôt tout se tassa en quelque sorte, et on commença à me laisser en paix. Mon âme exténuée se reposa un peu. Mais j’ai reconnu que le Seigneur était plus proche de moi au temps de ces persécutions. Cela ne dura pas longtemps. Un violent orage éclata à nouveau. Les soupçons d’autrefois étaient devenus désormais une sorte de certitude. Et il me fallut, à nouveau, écouter les mêmes chansons. C’est ainsi qu’il plut au Seigneur. Mais, chose singulière, même à l’extérieur je rencontrais des insuccès.

Cela me causa beaucoup de souffrances de toutes sortes, connues de Dieu seul. Je faisais tout mon possible pour tout faire avec la plus grande pureté d’intention. Je voyais désormais que j’étais partout surveillée, comme un voleur, comme un voleur : à la chapelle, pendant mon travail, dans ma cellule. Je sais que maintenant, outre la présence de Dieu, une présence humaine était sans cesse près de moi. Cette présence humaine me fatiguait beaucoup. A certains moments je me demandai si je devais oui ou nom me déshabiller pour me laver. Mon pauvre lit était décidément souvent contrôlé. Le rire me prit quand je vis qu’on ne laissait même pas mon lit en paix. Une Sœur me dit elle-même, que chaque soir, elle venait voir dans ma cellule comment je me comportais.
Mais malgré tout, les Supérieures sont toujours des Supérieures, et en dépit des humiliations personnelles que j’en reçus plus d’une fois et des doutes de toutes sortes dont elles me remplirent, elles me permettaient toujours ce que le Seigneur exigeait de moi, Non comme je le demandais, mais d’une autre façon, elles satisfaisaient les exigences du Seigneur, et me donnaient la permission de ces pénitences et de ces rigueurs

Un jour, une de ces Mères se fâcha si fort contre moi, et m’humilia tellement que je crus que je ne pourrais pas le supporter. Elle me dit : « Extravagante, hystérique, visionnaire allez-vous-en de cette chambre, que je ne vous voie plus. » Elle déversa sur moi tout ce qui lui passait par la tête. Arrivée dans ma cellule, je suis tombée devant la croix et je regardais Jésus, ne pouvant plus prononcer un mot. Pourtant je gardai ceci secret devant les autres et je fis comme si rien ne s’était passé entre nous.

129. Satan profite toujours de tels moments; des pensées de découragement commencèrent à me venir à l’esprit ; « Voila la récompense de ta fidélité et de ta sincérité. Comment peut-on être sincère lorsqu’on est si incomprise ? » Jésus, Jésus, je n’en puis plus. Et je tombais de nouveau à terre sous le poids de ce fardeau. La sueur commença à m’inonder, et je fus saisie de frayeur. Je n’avais personne sur qui m’appuyer intérieurement. Tout à coup, j’entendis une voix dans mon âme : « N’aie pas peur, Je suis avec toi ». Une singulière lumière éclaira mon esprit et je compris que je ne devais pas me laisser aller à une telle tristesse. Une force me remplit et je sortis de la cellule avec un nouveau courage pour souffrir.

130. Cependant j’ai commencé à me négliger un peu. Je ne prêtais plus attention à ces inspirations intérieures et m’appliquais à me dissiper. Mais malgré le bruit et la dissipation, je voyais ce qui se passait en mon âme. La parole de Dieu est éloquente et rien ne peut l’assourdir. J’ai commencé à éviter les rencontres du Seigneur dans mon âme, car je ne voulais pas être victime d’illusions. Mais Lui me poursuivait pour ainsi dire de Ses dons. Et vraiment je ressentais tour à tour tourments et joie. Je ne mentionne pas ici les diverses visions et grâces que Dieu m’accorda dans ces moments, j’en ai parlé ailleurs. Je noterai seulement ici que ces souffrances, ayant déjà atteint un sommet, je pris la résolution d’en finir avec mes doutes avant mes vœux perpétuels.

131. Pendant tout ce temps d’épreuve, je priais pour que Dieu éclaire le prêtre auquel je devais dévoiler mon âme à fond. Je demandais à Dieu, de m’aider Lui-même et de me donner la grâce de pouvoir exprimer les choses les plus cachées qui ont lieu entre le Seigneur et moi, et de me disposer à accepter toutes les décisions de ce prêtre comme venant de Jésus Seul. Sa décision m’importait peu. Je ne désire que la vérité, et une réponse décisive, à certaines questions. Je m’en remets complètement à Dieu, et mon âme désire la vérité. Je ne puis rester plus longtemps dans le doute, tout en ayant dans mon âme une si grande certitude que ces choses proviennent de Dieu, que je donnerai ma vie pour cela. J’ai cependant placé l’avis du confesseur au-dessus de tout. Et j’ai décidé de faire ce qu’i déciderait, et d’agir d’après les indications qu’il me donnera. Je regarde ce moment comme étant décisif pour le progrès de toute ma vie. Je sais que de cela dépendra tout. Peu importe, si ce qu’il me dira, sera en accord avec mes inspirations, ou tout à fait contraire, cela ne me trouble pas. Je désire connaître la vérité et la suivre.
« Jésus, vous pouvez m’aider ! » Et depuis ce moment j’ai pris une nouvelle voie. Gardant secrètes toutes les grâces reçues, j’attends ce que le Seigneur m’enverra. Ne doutant de rien, dans mon cœur, je priais le Seigneur qu’il daigne m’aider dans ces moments, et un certain courage entra dans mon âme.

132. Je dois encore mentionner que certains confesseurs aident l’âme et sont comme des pères spirituels quand tout va bien. Mais quand l’âme se trouve dans de plus grands besoins, alors ils sont perplexes et ne peuvent ou ne veulent pas comprendre l’âme. Ils tâchent de se débarrasser d’elle au plus vite ; mais si l’âme est humble, elle peut en retirer au moins un peu de profit. Dieu seul jettera parfois un faisceau de lumière au fond de cette âme, à cause de son humilité et de sa foi. Quelquefois le confesseur dit des choses qu’il n’avait pas du tout l’intention de dire, sans s’en rendre compte lui-même. Oh ! que l’âme croie bien que ce sont les paroles mêmes du Seigneur. Certes nous devons croire que chaque mot entendu dans le confessionnal a un caractère divin, mais les paroles dont je viens de parler proviennent, elles, directement de Dieu. Et l’âme sent que le prêtre ne parle pas de lui-même, il dit des choses qu’il n’avait pas l’intention de dire. Voilà comment Dieu récompense la foi.

J’ai éprouvé cela moi-même à maintes reprises. Il y avait un prêtre très savant et fort estimé – il m’arrivait parfois d’aller me confesser à lui – qui était toujours très sévère. Et il s’opposait à ces choses. Mais une fois il me répondit « Sachez, ma Sœur que si Dieu exige que vous acheviez ceci, il ne faut pas vous y opposer. Dieu veut parfois être loué justement de cette façon. Soyez tranquille, ce que Dieu a commencé, Dieu le finira. Mais je vous le dis : fidélité envers Dieu et humilité. Une fois encore : humilité. Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit aujourd’hui. » Je me suis réjouie et j’ai pensé que peut-être, ce prêtre m’avais comprise. Mais les circonstances changèrent de telle sorte que je ne me suis plus jamais confessée à lui.
133. Une fois, une des Mères plus âgées m’appela et ce fut sur ma tête comme un coup de foudre dans un ciel qui semblait serein, à tel point que je ne savais pas ce dont il s’agissait. Je compris assez vite que c’était pour des choses qui ne dépendaient pas de moi. Elle me dit : « Ôtez-vous de la tête, ma Sœur, que Jésus soit si intime avec vous. Une telle misère, une telle imperfection ! Rappelez-vous que Jésus n’est en rapport si intime qu’avec les Saints. » J’ai avoué qu’elle avait raison, que j’étais misérable, mais néanmoins confiante en la Miséricorde divine. Quand j’ai rencontré le Seigneur, je me suis humiliée et j’ai dit : « Jésus Vous n’êtes pas, à ce qu’il parait , en rapport intime avec des misérables comme moi ? »-« Sois tranquille, ma fille, c’est justement par une telle misère, que je veux montrer la puissance de Ma Miséricorde. » J’ai compris que cette Mère voulait seulement m’humilier.

134. O mon Jésus, Vous m’avez bien éprouvée pendant cette courte vie, j’ai compris beaucoup de choses, tellement même que cela m’étonne maintenant. Oh ! Comme il est bon de se livrer totalement à Dieu et de lui permettre d’agir pleinement dans l’âme !

135. Pendant la troisième probation, le Seigneur me fit comprendre que je devais me sacrifier pour Lui, afin qu’il puisse faire de moi tout ce qu’il Lui plairait. Je dois me placer devant Lui en attitude d’oblation. Au premier moment, j’étais toute effrayée, sentant que j’étais un abîme de misère, moi qui me connaissais bien. J’ai répondu encore une fois au Seigneur : « Je suis la misère même, comment puis-je être un otage ? » -« Tu ne le comprendra pas aujourd’hui. Demain, pendant ton adoration, je te le ferai connaître. » Mon cœur frémit autant que mon âme. Ces mots s’enfoncèrent profondément dans mon âme. La parole de Dieu est vivante.

Lorsque je suis venue pour l’adoration, j’ai senti intérieurement que j’étais entrée dans le temple du Dieu vivant dont la Majesté est grande et inconcevable. Et Il me fit connaître ce que sont vis-à-vis de Lui les esprits les plus purs. Bien que ne voyant rien, la présence divine me pénétra jusqu’au fond de moi-même. Dans le moment même, mon esprit fut singulièrement éclairé. Devant les yeux de mon âme passa une vision, comme la vision de Jésus au Jardin des Oliviers. D’abord les souffrances physiques et toutes les circonstances qui augmenteront, puis les souffrances spirituelles dans toute leur étendue et celles aussi dont personne ne saura jamais rien. Tout entra dans cette vision : les soupçons injustes, la perte de la bonne renommée. Je l’ai écrit en résumé, mais cette connaissance était déjà si nette, que tout ce par quoi je suis passée plus tard, n’a rien changé au moment où je l’ai connu. Mon nom doit être : »sacrifice ».

Quand la vision fut finie, une sueur froide baignait mon front. Jésus me fit savoir que m^me si je n’y consentais pas, je pouvais me sauver. Il ne me donnerais pas moins de grâces, et Il continuerait a avoir avec moi les mêmes rapports intimes. Donc, même si je ne consentais pas à ce sacrifice, la largesse de Dieu ne diminuerait pas en ma faveur. Et le Seigneur me fit savoir que tout le mystère dépendait de moi, de mon consentement volontaire au sacrifice avec la pleine connaissance de mon esprit. C’est cet acte volontaire et conscient qui fait toute sa puissance et sa valeur aux yeux de Sa Majesté. Même si rien de ces choses pour lesquelles je me suis offerte n’arrivait, tout était déjà comme consommé pour le Seigneur.

136. A ce moment je connus que j’entrais directement en communication avec la Majesté inconcevable. Je sentis que Dieu attendait ma réponse, mon consentement. Alors mon esprit se plongea dans le Seigneur et je dis : « Faites ce qu’il Vous plaira de moi, Seigneur. Je me livre à Votre volonté qui sera désormais ma nourriture. Je serai fidèle à Vos exigences, avec l’aide de Votre grâce. Faites de moi ce qu’il Vous plaira. Mais je vous en supplie, Seigneur, soyez avec moi à chaque instant de ma vie. »

137. Au moment où j’ai consenti au sacrifice avec ma volonté et mon cœur, la Présence divine me pénétra. Mon âme fut plongée en Dieu et inondée d’un tel bonheur, que je ne puis le décrire, même en partie. Je sentais que la Majesté divine m’entourait. J’étais singulièrement unie à Dieu. Je voyais à quel point je plaisais à Dieu et réciproquement, mon esprit s’abîmait en Lui. Consciente de cette union avec Dieu, je sens que je suis particulièrement aimée, et, en retour, je L’aime de toute la force de mon âme. Un grand mystère eut lieu pendant cette adoration. Un mystère entre le Seigneur et moi. Il me semblait en voyant l’amour dans Son regard que j’allais expirer. J’eu une longue causerie avec le Seigneur, sans prononcer un mot. Et il me dit : « Tu es le délice de mon Cœur. A partir d’aujourd’hui, le moindre de tes actes, est un plaisir à Mes yeux, quoi que tu fasses. » De ce moment je me sentis consacrée. L’enveloppe du corps reste la même, mais l’âme est autre. Dieu demeure en elle et se complait en elle. Ce n’est pas un sentiment, mais une réalité consciente que rien ne peut assombrir. Un grand mystère s’est accompli entre Dieu et moi. Mon âme en fut affermie et fortifiée.

138. L’adoration finie, je sortis, regardant paisiblement en face tout ce dont j’avais tellement peur avant. Quand j’arrivai dans le corridor, une grande souffrance et une humiliation m’attendaient infligées par une certaine personne. Je les acceptais en soumission à une volonté plus haute et je me suis fortement serrée contre le Sacré-Cœur de Jésus montrant, de cette façon, que je suis prête à ce à quoi je me suis offerte. La souffrance semblait surgir sous mes pas, même Mère Marguerite Gimbutt en fut étonnée. Beaucoup de choses échappaient aux autres, car vraiment il n’y avait pas de quoi y faire attention. Mais à moi rien n’échappait, chaque mot était analysé, chaque pas observé.

Une Sœur me dit : « Préparez-vous, ma Sœur à recevoir une petite croix, que vous réserve la Mère Supérieure, j’ai pitié de vous, ma Sœur. » Et mon âme se réjouit, car j’y étais prête depuis longtemps ; quand elle perçut mon courage elle fut étonnée. Je vois maintenant que l’âme seule ne peut grand-chose par elle-même, mais avec Dieu elle peut tout. Telle est la puissance de la grâce de Dieu. Peu d’âmes restent toujours attentives aux inspirations de Dieu; et encore moins, suivent ces inspirations divines.

139. Cependant l’âme fidèle à Dieu ne peut pas décider seule de ses inspirations, elle doit les soumettre au contrôle d’un prêtre prudent et avisé et tant qu’elle n’a pas acquit la certitude, il faut qu’elle reste incrédule. Quelle ne se fie pas, seule, à ces inspirations et à toutes ces grâces reçues d’en haut ; car elle peut s’exposes à de grands désastres.
Bien que l’âme discerne les fausses inspirations de celles de Dieu, qu’elle soit cependant prudente. Car il y a beaucoup de choses incertaines. Dieu aime et apprécie quand l’âme ne croit pas en Lui, par amour pour Lui, quand elle demeure prudente, qu’elle demande et cherche de l’aide pour se prouver à elle-même que c’est vraiment Dieu, qui agit en elle. Et si un confesseur éclairé le lui affirme, quelle soit tranquille et se rende à Dieu suivant les indications du confesseur.

140. L’amour pur est capable de grandes actions et ni les difficultés ni les contrariétés ne peuvent le briser. Quand l’amour surmonte de grandes difficultés, il est aussi persévérant dans la vie monotone et ennuyeuse de chaque jour. Il sait qu’une seule chose plaît à Dieu : tout faire, même les moindres choses avec un grand amour – l’amour et l’amour seul.

L’amour pur ne s’égare pas et ne fait rien qui pourrait déplaire à Dieu. Il est ingénieux pour faire ce qui est le plus agréable à Dieu et personne ne l’égalera ; son bonheur est de s’anéantir et de brûler comme une offrande pure. Plus il se donne, plus il est heureux. De plus, personne ne sait deviner les dangers d’aussi loin que lui. Il sait démasquer et il sait aussi à qui il a affaire.

141. Mais mes tourments arrivaient à leur fin. Le Seigneur me donna l’aide promise. Je la vis en la personne de deux prêtres : le Père Andrasz et l’abbé Sopocko. Pendant la retraite, avant mes vœux perpétuels, je fus, pour la première fois, tranquillisée à fond. Et plus tard, je fus guidée dans la même direction par l’Abbé Sopocko. Ainsi s’accompli la promesse du Seigneur.

142. Lorsque je fus tranquillisée et instruite de la façon dont je devais avancer dans les voies divines, mon esprit s’est réjoui dans le Seigneur, et il me semblait que je ne marchais pas, mais que je courrais. Les ailes déployées pour le vol, j’ai commencé à planer en plein soleil, et je ne descendrai pas jusqu’à ce que je repose en Celui en qui mon âme s’est perdue pour l’éternité. Et je me suis totalement soumise à l’influence de la grâce ; les abaissements de Dieu envers mon âme sont bien grands. Je ne m’écarte ni ne me refuse; mais je me noie en lui, comme mon seul trésor. Je suis un avec le Seigneur. Le gouffre qui nous sépare : le Créateur et sa créature, semble avoir disparu.

Pendant quelques jours, mon âme vécut comme en une incessante extase. La présence de Dieu ne me quittait pas un instant. Et je restais en continuelle union amoureuse avec le Seigneur. Cependant cela ne m’empêchait pas d’accomplir mes devoirs. Je sentais que j’étais transformée en amour, je brûlais toute mais sans me consumer. Je m’anéantissais continuellement en Dieu. Dieu m’attirait à Lui avec une telle force et une telle puissance que par moment je ne me rendais plus compte que j’étais sur terre.
Si longtemps j’avais gêné et craint la grâce ! et maintenant Dieu, par l’intermédiaire du Père Andrasz éloignait toutes les difficultés. Mon esprit fut tourné vers le soleil et s’épanouit dans sa lumière pour Lui seul, je ne comprends plus…(ici la phrase s’interrompt et Sœur Faustine commence une toute autre pensée à la ligne suivante

143. J’ai gaspillé bien des grâces divines, car j’avais toujours peur d’être dans l’illusion. Dieu m’attirait à Lui avec une telle puissance que souvent il n’était pas en mon pouvoir de résister à Sa grâce lorsque j’étais soudain plongée en Lui. Dans ces moments, Il me remplissait d’une telle paix que, même quand je voulais, par la suite, m’inquiéter, je ne le pouvais pas.. Et, un jour, j’entendis dans mon âme ces paroles : « Pour que tu sois assurée que c’est Moi qui suis l’auteur de toutes ces exigences, Je t’accorderai une paix si profonde que, même si tu voulais t’inquiéter et t’effrayer, aujourd’hui ce ne sera pas en ton pouvoir ; l’amour va inonder ton âme jusqu’à l’oubli de toi. »

144. Plus tard, Jésus me donna un autre prêtre, devant lequel il m’ordonna de dévoiler mon âme. Je le fis au premier moment avec un peu d’hésitation ce qui me valut une sévère réprimande de Jésus, à la suite de laquelle mon âme fut envahie par une profonde humilité. Sous sa direction cependant, mon âme progressait rapidement dans l’amour de Dieu, et de nombreuses demandes du Seigneur furent extérieurement accomplies. Plus d’une fois, son courage et sa profonde humilité retinrent mon attention

145. Oh ! que mon âme est misérable, elle a gaspillé’ tant de grâces ! Je fuyais Dieu et il me poursuivait de Ses grâces. Le plus souvent je recevais des faveurs de Dieu lorsque je ne m’y attendais pas. Depuis que le Seigneur m’a donné un directeur, je suis plus fidèle à la grâce. C’est avec ce directeur, et en vertu de sa vigilance pour mon âme que j’ai expérimenté ce qu’est la direction spirituelle, et comment Jésus la conçoit. Jésus m’avertissait de la plus petite faute. Il insistait sur le fait que c’est Lui qui décide dans toutes les affaires que je soumettais à mon directeur et que tous les manquements envers celui-ci L’atteignaient Lui-même.

Quand mon âme commença à goûter un profond recueillement et la paix, sous cette direction, j’entendis souvent ces mots, plus d’une fois répétés : « Fortifie-toi pour le combat. »

Jésus m’a souvent révélé que ce qui lui déplait en moi, et plus d’une fois, Il m’a réprimandée pour des choses minimes en apparence, mais qui, à vrai dire, avaient une grande signification. Il m’avertissait et m’exerçait comme un Maître. Pendant de nombreuses années c’est Lui-même qui m’a élevée, jusqu’au moment où Il me donna un directeur de conscience. Auparavant, il m’expliquait Lui-même ce que je ne comprenais pas ; maintenant il m’ordonne de questionner en toutes choses mon confesseur. Il m’a souvent dit : « Je te répondrai par sa bouche, sois tranquille. »

Il ne m’est jamais arrivé de recevoir une réponse contraire à ce que le Seigneur exigeais de moi, dans le cadre de ce que j’avais soumis à mon directeur. Parfois Jésus me recommandait certaines choses, ignorées de tous, et quand je m’adressais à mon confesseur, celui-ci me recommandait la même chose. Cela n’arrivais pas souvent.

Lorsqu’une âme a longtemps reçu lumière et inspiration en abondance et que ses confesseurs ont confirmé sa paix et la provenance divine de ces inspirations, si son amour est grand, Jésus lui indique qu’il est temps d’utiliser ce qu’elle a reçu et de passer à l’action. L’âme réalise que le Seigneur compte sur elle et cette connaissance augmente ses forces. Elle sait que, pour rester fidèle, elle devra, plus d’une fois s’exposer à des difficultés, mais elle a confiance en Dieu et, grâce à cette confiance, elle arrive là où Dieu l’appelle. Les difficultés ne l’effrayent pas, elles sont pour elle comme le pain quotidien. Elles ne l’effrayent ni ne l’épouvantent, de même que le fracas des canons ne terrifie pas le chevalier qui est constamment au cœur du combat. Loin d’avoir peur elle écoute, afin de remporter la victoire, de quel côté l’ennemi attaque. Elle ne fait rien aveuglément, mais elle scrute, elle réfléchit profondément et, ne comptant pas sur elle-même, elle prie avec ferveur et consulte des chevaliers expérimentés et sages. Lorsqu’elle agit de la sorte, elle remporte presque toujours la victoire

Il y a des attaques où l’âme n’a le temps ni de réfléchir ni de consulter, alors il faut combattre à la vie, à la mort Il est bon parfois de se réfugier dans la Blessure du Cœur de Jésus, sans répondre un seul mot, par cela même l’ennemi est déjà vaincu.
En temps de paix l’âme doit aussi s’imposer des efforts comme au moment du combat, Elle doit s’exercer et bien s’exercer, sinon elle n’a aucune chance de victoire. J’estime le temps de paix comme un temps de préparation à la victoire. Elle doit veiller sans cesse ; vigilance et encore vigilance. L’âme qui réfléchit reçoit beaucoup de lumière. L’âme dissipée s’expose à la chute ; qu’elle ne s’étonne pas si elle tombe. O Esprit divin, Directeur de l’âme, sage est celui que vous avez exercé. Mais pour que l’Esprit divin puisse agir dans une âme, la paix et le recueillement sont nécessaires.

146. L’oraison : Par l’oraison, l’âme s’arme pour le combat ; en quelque état qu’elle soit, elle doit prier. L’âme pure et belle doit prier, sous peine de perdre sa beauté. L’âme qui tend vers cette pureté, sinon elle n’y arriverait pas. L’âme qui vient de se convertir doit prier, pour persévérer. L’âme pécheresse, plongée dans le péché, doit prier pour pouvoir se relever. Ainsi il n’y a pas d’âme qui ne soit obligée de prier, car s’est par la prière que la grâce descend sur elle.

147. Je me rappelle que j’ai reçu beaucoup de lumière pendant les adorations que je faisais pendant une demi-heure chaque jour, pendant le Carême, prosternée devant le Saint-Sacrement. C’est alors que j’approfondis la connaissance que j’avais de moi-même, ainsi que celle de Dieu. Bien qu’ayant la permission des Supérieures, j’eus beaucoup de difficulté à faire ainsi oraison. Que l’âme sache que pour prier et persévérer dans l’oraison, il faut s’armer de patience et surmonter courageusement toutes les difficultés intérieures t extérieures. Les difficultés intérieures : les découragements, les sécheresses, les lourdeurs, les tentations. Les difficultés extérieures: c’est l’opinion humaine. Il faut savoir sauvegarder les moments destinés à l’oraison. J’en ai fait moi-même l’expérience, car si je ne faisais pas mon oraison au moment fixé, je la négligeais parce que, plus tard, mes devoirs m’en empêchaient ; et m^me si j’avais la chance de la faire, c’était à grande peine, car ma pensée fuyais vers mes devoirs.

J’avais aussi une autre difficulté: quand l’âme a bien fait son oraison, elle reste ensuite profondément recueillie intérieurement; et si d’autres personnes contrarient, alors, son recueillement, elle doit être patiente pour persévérer dans l’union à Dieu. Plus d’une fois il m’est arrivé que lorsque mon âme était très profondément abîmée en Dieu elle retirât un plus grand profit de l’oraison. Et Dieu m’accompagnait de sa présence durant la journée Et; je restais recueillie pendant mon travail et je réalisais avec plus de soins et de précision. Et c’est justement alors qu’il m’est arrivé de recevoir le plus de reproches : sur mon manque de fidélité à mon devoir, sur mon indifférence à tout. Car les âmes moins recueillies veulent que les autres, qui sont pour elles un remord incessant, leur ressemblent.

148. L’âme noble et sensible qui peut même être très simple, mais qui a des sentiments délicats, voit Dieu en tout et Le rencontre partout, elle sait trouver Dieu même dans les choses les plus secrètes. Tout a de l’importance pour elle. Elle apprécie tout, elle remercie Dieu pour tout, elle tire un profit spirituel de tout, et tout lui est une occasion de louer Dieu. Elle a confiance en Lui et ne de trouble pas quand vient le temps des épreuves. Elle sait que Dieu est toujours le meilleur des Pères,et elle fait peu de cas de l’opinion humaine. Attentive au moindre souffle de l’Esprit Saint elle jouit de cet hôte spirituel et se tient près de Lui comme un enfant près de sa mère.
Là, où d’autres âmes s’arrêtent et ont peur, elle passe sans crainte et sans difficulté.

149. Quand le Seigneur veut être Seul près de l’âme et la conduire, Il éloignera d’elle tout ce qui est extérieur. Lorsque je tombai malade et qu’on me transporta à l’infirmerie, cela me causa des ennuis. Nous étions deux malades à l’infirmerie. Les Sœurs venaient voir Sœur N., personne ne venait me voir. Il est vrai que c’est une infirmerie, mais chacune a sa cellule.
Sœur N., personne ne venait me voir. Il est vrai que c’est une infirmerie, mais chacune a sa cellule. Les soirées d’hiver étaient longues, Sœur N. avait de la lumière, un récepteur de radio, moi je ne pouvais même pas préparer ma méditation, faute de lumière.
Près de deux semaines plus tard, un soir, je me plaignis au Seigneur de beaucoup souffrir et de ne même pas pouvoir préparer ma méditation, faute de lumière. Et le Seigneur me répondit que chaque soir Il viendrait et m’indiquerait les points à méditer le lendemain.. Ces points concernaient toujours Sa douloureuse Passion. Il me disait : « Considère Ma Passion devant Pilate ». – Et ainsi, pendant toute la semaine, je considérais, un par un, les différents moments de Sa douloureuse Passion. A partir de ce moment, une grande joie pénétra dans mon âme, et je ne désirais plus ni visites ni lumière : Jésus me suffisait en tout. La sollicitude des Supérieures pour les malades était bien grande, pourtant le Seigneur en avait disposé ainsi : je me sentais délaissée. Pour pouvoir agir Seul, ce Maître incomparable éloigne tout ce qui est crée.
Parfois j’éprouvais de telles persécutions et souffrances que, même Mère Marguerite me dit : sur votre voie, ma Soeur, les souffrances surgissent comme d’elles-mêmes sous vos pas. Je vous vois, ma Sœur, comme une crucifiée. Cependant j’ai remarqué que Jésus y est pour quelque chose. Soyez fidèle au Seigneur.

150. Je désire noter un rêve que j’ai eu : j’ai rêvé de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. J’étais encore novice et j’avais certaines difficultés que je ne pouvais surmonter. Ces difficultés étaient intérieures et des difficultés extérieures s’y mêlaient. Je faisais des neuvaines à divers Saints. Mais l’épreuve devenait de plus en plus lourde. Mes souffrances étaient si grandes que je ne savais plus comment vivre et soudain l’idée me vint de prier Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. J’ai commencé une neuvaine à cette Sainte. Avant mon entrée au couvent, j’avais une grande dévotion envers elle. Je l’avais un peu négligée depuis. Mais dans la nécessité où je me trouvais, j’ai recommencé à la prier avec une grande ferveur.

Le cinquième jour de la neuvaine, Sainte Thérèse m’apparut en rêve, mais elle me semblait être encore sur la terre. Elle m’avait caché qu’elle était Sainte et elle me consolait, disant que je ne devais pas tellement m’attrister de cette affaire, mais être plus confiante envers Dieu. Elle me disait « Moi aussi, j’ai beaucoup souffert ». Je ne croyais pas trop qu’elle avait tant souffert, et je lui dis : « Il me semble que vous ne souffrez pas du tout. » Cependant Sainte Thérèse me répondit d’une manière convaincante. Elle: ajouta, « Sachez ma Soeur que dans trois jours cette affaire arrivera à bonne fin. » Comme je ne voulais pas trop la croire, elle me révéla qu’elle était Sainte. A ce moment une grande joie emplit mon âme et je lui dis : « Vous êtes Sainte ? » Elle me répondit : « Oui, je suis Sainte. Ayez confiance, cette affaire sera réglée en trois jours. » Et je lui dit : « Sainte Thérèse, dites-moi, est ce que j’irai au ciel ? » Elle répondit: « Oui, vous irai au Ciel, ma Sœur. » « Et serais-je Sainte ? » - « Oui, vous serez sainte » répondit-elle. – « Mais, Thérèse, serais-je sainte comme Vous, sur les autels ? » Et elle répondit : « Oui, vous serez Sainte comme moi.. Mais vous devez avoir une grande confiance en Jésus. »
Et je lui demandai alors si mon père et ma mère iraient au Ciel, si…( ici Sœur Faustine a interrompu la phrase). Elle me répondit qu’ils iraient au Ciel. – « Et mes frères et mes sœurs iront-ils au Ciel ? » Elle ne me donna pas une réponse sûre, mais elle me dit que je devais beaucoup prier pour eux. Je compris qu’ils avaient besoin de beaucoup de prières.

C’était comme un rêve et, comme dit le proverbe : « Dieu est foi, songe est mensonge. Cependant le troisième jour, je réglai cette difficulté très facilement. Tout s’accomplit exactement comme elle me l’avait dit. C’est un rêve, mais il avait sa signification.

151. Une fois, alors que j’étais à la cuisine avec Sœur N., elle s’est un peu fâchée contre moi ; et comme pénitence elle me fit asseoir sur la table. Elle-même s’activait, elle nettoyait, frottait ; et moi je restais assise sur la table. Les sœurs venaient et s’étonnaient de me voir ainsi. Chacune disait son mot ; - Elle est désoeuvrée… - Quelle extravagante ! – Quelle Sœur fera-t-elle ? (Je n’étais alors que postulante).
Néanmoins, au nom de l’obéissance, je ne pouvais descendre, puisque la sœur m’avait ordonné, au nom de l’obéissance de rester assise jusqu’à ce qu’elle me dise de descendre. Vraiment, Dieu sait combien d’actes d’abnégations je fis alors. Il me semblait brûler de honte. Plus d’une fois, Dieu m’éprouva de la sorte pour me tremper intérieurement, mais il me récompensa de cette humiliation par une grande consolation. Pendant la Bénédiction, je le vis très beau. Jésus me regarda avec bienveillance et dit : « Ma fille, n’aie pas peur des souffrances, Je suis avec toi. »

152. Une autre fois j’étais de service pendant la nuit, et la peinture de ce tableau me faisait beaucoup souffrir. Je ne savais plus à quoi m’en tenir tant on m’avais persuadé que c’était une illusion. Par ailleurs, un prêtre m’avait dit que peut-être justement, Dieu voulait être honoré par ce tableau et qu’il fallait donc tâcher de le faire peindre. Cependant mon âme était très fatiguée. Quand je suis entrée dans la petite chapelle, j’ai approché ma tête du tabernacle, j’ai frappé à la porte et j’ai dit : « Jésus, voyez quelles grandes difficultés me cause ce tableau. » J’entendis alors une voix venant du Tabernacle : « Ma fille, tes souffrances ne vont plus durer longtemps. »

153. Un jour je vis deux routes : l’une large, sablonneuse et semée de fleurs, pleine de joie, de musique et de toutes sortes de plaisirs. Les hommes passaient sur cette route dansant et s’amusant. Ils arrivaient au terme sans s’en apercevoir. Or à la fin de cette route il y avait un horrible gouffre, l’abîme infernal. Les âmes y tombaient aveuglément et en si grand nombre qu’on ne pouvait les compter ;

La deuxième était plutôt un sentier, car elle était étroite, semée de ronces et de pierres. Et ceux qui avançaient sur cette route étaient en larmes, la souffrance était leur part. Les uns tombaient sur les pierres, mais ils se relevaient aussitôt et continuaient à avancer. Au bout de la route, il y avait un magnifique jardin rempli de toutes sortes de bonheurs. Toutes les âmes y entraient et dès qu’elles en avaient franchi le seuil, elles en oubliaient leurs souffrances.

154. Une fois il y avait l’adoration chez les Sœurs de la Sainte Famille, j’y suis allée le soir, avec une de nos Sœurs. Dès que je suis entrée dans la petite chapelle, la présence de Dieu envahit mon âme. Je priais comme en de tels moments, sans prononcer de paroles. Soudain je vis le Seigneur qui me dit : « Sache que si tu néglige la peinture de ce tableau et toute l’œuvre de la miséricorde, tu devras rendre compte au Jour du Jugement, d’un grand nombre d’âmes. » A ces paroles du Seigneur, la frayeur s’empara de moi. Je n’arrivais pas à me tranquilliser. Ces mots sonnaient à mes oreilles. Ainsi je ne devrai pas répondre seulement pour moi-même au Jour du Jugement de Dieu, mais aussi pour d’autres. Ces mots se gravèrent profondément dans mon cœur.

Rentrée à ma maison je suis allée chez le Petit Jésus, je me suis prosternée devant le Saint Sacrement et j’ai dit au Seigneur : « Je ferai tout mon possible, mais je Vous en supplie, soyez toujours avec moi et donnez-moi la force d’accomplir votre Sainte Volonté. Car Vous pouvez tout, et moi je ne peut rien de moi-même. »

155. Il m’arrive depuis quelque temps que mon âme sente aussitôt quand quelqu’un prie pour moi ; et de même si une âme désire (même sans me le dire) que je prie pour elle, je le ressens aussi dans mon âme, au point que j’éprouve une certaine inquiétude, comme si quelqu’un m’appelait. Et, quand je prie, je recouvre la paix.

156. A un certain moment je désirais beaucoup communier. Mais j’avais un doute, et je ne suis pas allé à la Sainte Table. J’en souffrais terriblement. Tandis que j’étais occupée à mon travail ; il me semblait que mon cœur éclatait de douleur. Tandis que j’étais occupée à mon travail, le cœur plein d’amertume, Jésus se trouva soudain près de moi et me dit : « Ma fille, n’omets pas la Sainte Communion, à moins que tu sache que tu es tombée gravement. De plus qu’aucun doute ne t’arrête pour t’unir à Moi dans Mon mystère d’amour. Tes menues fautes disparaîtront dans mon amour, comme un brin de paille jeté dans une grande fournaise. Sache que tu M’attristes beaucoup quand tu Me délaisses dans la Sainte Communion. »

157. Le soir, quand je suis entrée dans la petite chapelle, j’entendis : « Ma fille, médite ces paroles : Étant tombé en agonie, Il priait plus instamment. » - Lorsque j’ai commencé à réfléchir plus profondément, mon âme fut envahie par une grande lumière. J’ai reconnu qu’il nous faut beaucoup de persévérance dans l’oraison et que notre salut dépend souvent d’une prière bien difficile.

158. J’étais à Kiekrz pour peu de temps, pour remplacer une de mes Sœurs. Or un après midi, passant par le jardin, je me suis arrêtée au bord du lac. Pendant un long moment je restais là, pensive. Soudain, je vis Jésus près de moi. Il me dit avec bonté : « J’ai crée tout ceci pour toi, Mon épouse. Mais sache que toutes ces beautés ne sont rien comparées à ce que Je t’ai préparé dans l’éternité. » Mon âme fut inondée d’une si grande consolation que je restai là jusqu'au soir. Et il me sembla que ce n’était qu’un moment bien court. C’était mon jour libre destiné à la retraite d’un jour, j’avais donc liberté complète de tester en oraison. Oh ! que la bonté de Dieu est infinie ! Il nous poursuit de Sa bonté. Il arrive le plus souvent que le Seigneur me donne les plus grandes grâces alors que je m’y attends le moins.

159. O Sainte Eucharistie ! Pour loi,
Vous êtes enfermé dans le ciboire d’or,
Pour que, dans le grand désert de l’exil je puisse passer immaculée, intacte
Par la puissance de Votre amour.

O Sainte Eucharistie ! Pour moi,
Vous êtes enfermé dans le ciboire d’or,
Pour que, dans le grand désert de l’exil, je puisse passer immaculée, intacte,
Par la puissance de votre amour.

O Sainte Eucharistie ! Hôte de mon âme,
Le plus pur amour de mon cœur,
Que votre clarté dissipe les ténèbres.
Vous ne refusez pas vos faveurs au cœur plein d’humilité
.O Sainte Eucharistie ! Enchantement du ciel,
Bien que vous cachiez Votre beauté,
Et que Vous Vous présentiez à moi dans une parcelle de pain,
La force de la foi déchire ce voile.

160. Le jour de la croisade, qui est le cinquième jour du mois, tombait le premier vendredi du mois. Aujourd’hui c’est mon jour pour monter la garde d’honneur devant Jésus. Mon devoir était de réparer tous les outrages et les manques de respect envers le Seigneur, de prier qu’en ce jour aucun sacrilège ne soit commis. Mon esprit était ce jour là d’un singulier amour pour l’Eucharistie. Il me semblait être changée en brasier. Quand je m’approchai de la Sainte Communion et que le prêtre me donna Jésus, une seconde hostie s’accrocha à sa manche et je ne savais pas laquelle des deux je devais recevoir. Alors que je réfléchissais un instant, le prêtre impatient me fit de la main le signe de recevoir l’hostie qu’il me présentait. Dès que je l’eus reçue, l’autre tomba sur mes mains. Le prêtre continua à donner la Sainte Communion jusqu’au bout de la table de Communion, cependant que moi je tenais Jésus sur mes mains pendant tout ce temps. Quand le prêtre revint, je lui présentai l’hostie pour qu’il la remette dans le ciboire. Car, après avoir reçu Jésus, je ne pouvais, avant de L’avoir consommé, dire que l’autre hostie était tombée…
Mais pendant tout le temps où j’ai eu l’hostie en main, je ressentais une telle puissance d’amour que, de toute la journée, je ne pus ni manger ni reprendre connaissance. J’ai entendu ces paroles venant de l’hostie : « Je désirais reposer sur tes mains et pas seulement dans ton cœur. » Et soudain, au même instant, je vis Jésus. Mais quand le prêtre s’approcha, je ne vis plus que l’hostie à nouveau.

161. O Marie, Vierge Immaculée,
Pur cristal pour mon cœur,
Vous êtes ma force, ô ancre puissante.
Vous êtes le boulier et la défense du cœur pauvre.

O Marie, vous êtes pure, incomparable,
Vierge et Mère en même temps,
Vous êtes belle comme le soleil, sans tache.
Incomparable est votre âme !

Votre beauté a charmé le regard du Trois fois Saint,
Quittant le Trône éternel, Il descendit du Ciel,
Et Il a reçu Son Corps et Son Sang de Votre Cœur,
Pendant neuf mois se cachant dans le cœur d’une Vierge.

O Vierge Mère, personne ne concevra ceci :
Dieu infini devint homme.
Par Son amour et Son insondable Miséricorde.
Par vous, Mère, Il nous est donné de vivre éternellement avec Lui.

O Marie, Vierge, Mère et Porte du Ciel
Par vous le salut nous est venu.
De vos mains jaillit chaque grâce pour nous,
Une fidèle imitation de vous peut seule me sanctifier.

O Vierge Marie, le plus beau des Lys,
Votre Cœur était pour Jésus le premier tabernacle sur terre.
C’est parce que votre humilité était la plus profonde
Que vous êtes élevée au dessus des Chœurs angéliques et des Saints.

O Marie, ma douce mère,
Je vous rends mon âme, mon corps et mon pauvre cœur,
Soyez gardienne de ma vie,
Et particulièrement à l’heure de la mort, dans le combat suprême.

162. J.M.J. 1er janvier 1937

Jésus, j’ai confiance en vous.
La carte du contrôle intérieur de l’âme. L’examen particulier.
S’unir au Christ Miséricordieux.
Pratique : le silence intérieur, garder strictement le silence.

La conscience
     Janvier :
Dieu et l’âme, le silence. Victoires: 41; chutes 4.
Court acte de piété : « Et Jésus gardais le silence. »
     Février
Dieu et l’âme, le silence. Victoires 36 ; chutes 3
     Mars :
Dieu et l’âme, le silence. Chutes :3.
Court acte de piété : « Jésus, enflammez mon cœur d’amour.»
     Avril :
Dieu et l’âme, le silence. Victoires : 61 ; chutes : 4.
Court acte de piété : « Avec Dieu, je peux tout. »
     Mai :
Dieu et l’âme, le silence. Victoire : 92 ; chutes : 3.
Court acte de piété : « Dans Son Nom est ma force. »
     Juin :
Dieu et l’âme, le silence. Victoires : 64, chutes : 1.
Court acte de piété : « Tout pour Jésus. »
     Juillet
Dieu et l’âme, le silence. Victoires : 62 ; chutes : 8.
Court acte de piété : « Reposez-Vous, Jésus, dans mon cœur. »
     Août
Dieu et l’âme, le silence. Victoires :88 ; chutes : 7.
Court acte de piété : « Jésus, Vous savez… »
     Septembre
Dieu et l’âme, le silence. Victoires : 99 ; chutes 1.
Court acte de piété : « Jésus, cachez-moi dans Votre Cœur. »
     Octobre :
Dieu et l’âme, le silence. Victoires : 41 ; chutes : 3.
Court acte de piété : « Marie, unissez-moi à Jésus. »
(Ici c’est une nouvelle page. Retraite.)
     Novembre :
Dieu et l’âme, le silence. Victoires, chutes
Court acte de piété : « O mon Jésus, miséricorde ! »
     Décembre :
Dieu et l’âme, le silence. Victoires, chutes.
Court acte de piété : « Salut, vivante Hostie ! »

163. J.M.J. Année 1937

Exercices généraux

O très Sainte Trinité,je désire adorer Votre Miséricorde par chaque souffle de mon être, chaque battement de mon cœur, chacune de mes pulsations.

Je désire être toute transformée en Votre Miséricorde et être ainsi un vivant reflet de Vous, Seigneur. Que le plus grand des attributs divins Votre insondable Miséricorde, se déverse par mon âme et mon cœur sur le prochain.

Aidez-moi, Seigneur, pour que mes yeux soient miséricordieux, pour que je ne soupçonne jamais ni ne juge d’après les apparences extérieures, mais que je discerne la beauté dans l’âme de mon prochain et que je lui vienne en aide.

Aidez-moi, Seigneur, pour que mon oreille soit miséricordieuse, afin que je me penche sur les besoins de mon prochain et ne reste pas indifférente à ses douleurs ni à ses plaintes.

Aidez-moi, Seigneur, pour que ma langue soit miséricordieuse, afin que je ne dise jamais du mal de mon prochain, mais que j’aie pour chacun un mot de consolation et de pardon.

Aidez-moi, Seigneur, pour que mes mains soient miséricordieuses et remplies de bonnes œuvres, afin que je sache faire du bien à mon prochain et prendre sur moi les tâches les plus lourdes et les plus déplaisantes.

Aidez-moi, Seigneur, pour que mes pieds soient miséricordieux, pour me hâter au secours de mon prochain, en dominant ma propre fatigue et ma lassitude. Mon véritable repos est de rendre service à mon prochain.

Aidez-moi, Seigneur, pour que mon cœur soit miséricordieux afin que je ressente toutes les souffrances de mon prochain. Je ne refuserai mon cœur à personne. Je fréquenterai sincèrement m^me ceux qui, je le sais, vont abuser de ma bonté ; et moi, je m’enfermerai dans le Coeur Très Miséricordieux de Jésus. Je tairai mes propres souffrances. Que Votre miséricorde repose en moi, Seigneur.

Vous m’ordonnez Vous-même de m’exercer aux trois degrés de la miséricorde. Le premier : l’acte de charité quel qu’il soit ; le second : la parole miséricordieuse : si je ne puis aider par l’action, j’aiderai par la parole ; le troisième : la prière. Si je ne peux témoigner la miséricorde ni par l’action, ni par la parole, je le pourrai toujours par la prière. J’envoie ma prière même là où je ne puis aller physiquement. O Jésus, transformez-moi en Vous, car Vous pouvez tout. (Ici quatre pages sont restées libres).

164. J.M.J. Varsovie, 1933

Probation avant les vœux perpétuels

Lorsque j’appris que je devais partir pour la probation, mon cœur fut empli de joie à la perspective d’une telle joie : mes vœux perpétuels ! Je suis allée devant le Saint Sacrement et je me suis plongée dans l’action de grâce. J’ai entendu : « Mon enfant, tu es mon délice, tu es le soulagement de Mon Cœur. Je t’accorde autant de grâces que tu es capable d’en supporter. Parle au monde entier de Ma grande et insondable Miséricorde, si tu veux Me faire plaisir. »

165. Quelques semaines avant l’annonce de mon entrée en probation, je suis allée passer un moment à la chapelle, et Jésus me dit : « A cet instant les Supérieures annoncent quelles Sœurs prononceront leurs vœux perpétuels. Elles ne recevront pas toutes cette grâce, mais c’est leur faute. Qui ne profite pas des petites grâces n’en reçoit pas de grandes. Mais à toi, mon enfant, cette grâce est donnée. »
Un joyeux étonnement envahit mon âme, parce que, quelques jours auparavant, une des Sœurs m’avait dit : « Vous ne ferez pas la troisième probation, ma Sœur. Je vais déconseiller moi-même de vous laisser faire vos vœux ; » Je n’ai rien répondu à cette Sœur, mais j’en ai grandement souffert ; pourtant je tâchais de cacher ma douleur. O Jésus, comme vos actions sont singulières. Je vois maintenant que les gens ne peuvent grand’chose par eux mêmes, car je vas en probation comme l’a dit Jésus.

166 Je trouve toujours lumière et force de l’âme dans la prière. Bien qu’à certains moments particulièrement lourds et pénibles il me soit difficile d’imaginer que ces choses puissent avoir lieu dans un couvent. Dieu le permet parfois étrangement ainsi, mais toujours pour que la vertu se manifeste dans l’âme ou s’y développe. Voilà la raison d’être des ennuis.

167. Novembre, 1932. Je suis arrivée aujourd’hui à Varsovie pour ma troisième probation. Après avoir salué affectueusement les chères Mères, je suis entrée dans la petite chapelle. Soudain la présence divine inonda mon âme et j’entendis ces paroles : « Ma fille, je désire que ton cœur soit semblable à Mon Cœur miséricordieux. Tu dois être toute imprégnée de Ma miséricorde. »

Ma chère Mère Maîtresse me demanda tout de suite si j’avais fait une retraite cette année ; je répondis que non. « Eh bien ma Sœur, il faut que vous fassiez une retraite de trois jours au moins. » Dieu merci il y avait à Valendov une retraite de huit jours, je pouvais donc en profiter. Mais des difficultés survinrent quant au départ pour cette retraite. Une certaine personne y était opposée et il était déjà décidé que je ne partirais pas. Après dîner, j’entrai à la chapelle pour une adoration de cinq minutes. Tout à coup je vis Jésus, qui me dit : « Ma fille, je te prépare beaucoup de grâces. Tu les recevras pendant la retraite que tu commenceras demain. » Je répondis : « Jésus, cette retraite est commencée et je ne dois pas partir. » Et Il me dit : « Prépares toi à commencer demain la retraite. Et c’est moi qui arrangerai ton départ avec les Supérieures. » Et soudain Jésus disparut. Je me suis demandée comment cela allait arriver. Mais tout de suite j’ai rejeté toute réflexion, et j’ai consacré tout mon temps à la prière, demandant au Saint-Esprit la lumière pour connaître toute la misère que je suis. Et après un moment, je sortis de la chapelle pour aller à mon devoir. Bientôt la Mère Générale m’appela et me dit : « Ma Sœur, vous partirez aujourd’hui avec Mère Valéria à Valendov. Vous pourrez ainsi commencer votre retraite demain. Mère Valéria est là, vous partirez avec elle. » Pres de deux heures après, j’étais à Valendov. Je rentrai un instant en moi-même, et je reconnus que seul Jésus peut arranger des affaires de la sorte.

168. Dès que la personne qui était si fortement opposée à ce que je fasse cette retraite me vit, elle manifesta son étonnement et son mécontentement. Sans y prêter attention, je l’ai saluée affectueusement, et je suis allée chez le Seigneur pour savoir comment me conduire pendant la retraite.

169. Dans une conversation avec Lui, avant la retraite, Jésus m’apprit que cette retraite serait un peu différente des autres : « Tu vas tâcher d’avoir une grande paix dans tes rapports avec Moi. J’éloignerai tous tes doutes à cet égard. Je sais que maintenant, quand je te parle, tu es tranquille. Mais, dans un moment, quand J’aurai cessé, tu recommenceras à chercher des raisons de douter. Sache cependant que J’affermirai si bien ton âme que même si tu voulais t’inquiéter, ce ne sera pas en ton pouvoir. Et, comme preuve que c’est Moi qui te parle, tu iras le deuxième jour de la retraite te confesser au prêtre qui la prêche. Tu iras à lui dès qu’il aura fini sa conférence. Tu lui exposeras tes craintes envers Moi, et je te répondrai par sa bouche. Alors tes craintes se dissiperont. Pendant cette retraite, garde un silence complet, comme si rien n’existait autour de toi. Tu ne parleras qu’avec Moi et ton confesseur ; à tes Supérieures tu ne demanderas que des pénitences. » J’éprouvai un immense bonheur de voir le Seigneur Jésus me montrer tant de bienveillance et S’abaisser ainsi jusqu’à moi.

170. Le premier jour de la retraite, j’ai tâché d’être la première le matin à la chapelle. Avant la méditation, j’avais un moment pour prier le Saint Sacrement et la Sainte Vierge. Je demandais ardemment à la Mère de Dieu qu’Elle m’obtienne la grâce de la fidélité aux inspirations intérieures et à la volonté divine, quelque qu’elle soit. J’ai commencé cette retraite avec un singulier courage.

171. Combat pour garder le silence. Comme il est de coutume, des Sœurs de toutes les maisons se réunissent pour la retraite. Une Sœur,que je n’avais pas vue depuis longtemps, vint dans ma cellule et me dit qu’elle voulait me parler. Ne lui ayant rien répondu, elle s’ aperçut que je ne voulais pas rompre le silence et me dit : « Je ne savais pas que vous étiez si étrange. » Et elle s’en alla. J’ai compris que cette personne n’avait d’autre souci que de rassurer sa propre curiosité. O mon Dieu, maintenez-moi dans la fidélité.

172. Le Père qui prêchait la retraite arrivait d’Amérique. Il était venu faire un court séjour en Pologne et les circonstances avaient fait qu’il nous prêchait la retraite. Une profonde vie intérieure l’animait, c’était visible. Son aspect respirait l’intelligence ; l’esprit de mortification et de recueillement caractérisait ce prêtre. Mais malgré ses hautes vertus, j’éprouvais d’immenses difficultés à lui dévoiler entièrement mon âme. Pour ce qui est des péchés, c’est toujours facile ; mais quand au grâces reçues, je devais vraiment faire un grand effort, et encore je ne disais pas tout.

Les tentations du démon pendant la méditation

Une singulière peur me prit que le prêtre ne me comprenne pas ou qu’il n’aie pas assez de temps pour me laisser m’exprimer jusqu’au bout. Comment lui parler de tout cela ? Si encore il s’agissait du Père Bukowski, je l’aurais fait plus facilement. Mais c’était la première fois que je voyais ce Jésuite. Ici, je me suis rappelée un conseil du Père Bukowski, qui m’avait dit que, lorsque je faisais une retraite, je devais prendre au moins quelques notes au sujet des lumières que Dieu m’envoyait, et lui en faire un bref compte rendu.
Mon Dieu, pendant une journée et demie tout allait si bien ; et voilà que commençait. un combat à mort. Dans une demi heure il y aurait la conférence, et ensuite la confession. Le démon me persuada que, si les Supérieures avaient dit que ma vie intérieure était une illusion, à quoi on questionner et fatiguer encore le confesseur ? Mère X t’a dit que Jésus ne vivait pas en intimité avec des âmes aussi misérables. Ce confesseur te répondra de même. Pourquoi en parler ? Ce ne sont pas des péchés, et Mère X t’a dit bien précisément que toute cette intimité avec Jésus n’est que rêverie ou pure hystérie. Pourquoi en parler au confesseur ? Tu ferais mieux de rejeter toutes ces illusions. Vois, tu as souffert tant d’humiliations déjà, et beaucoup d’autres t’attendent encore. Et les Sœurs savent que tu es hystérique. J’ai appelé de toutes les forces de mon âme : « Jésus ! » - A ce moment, le Père commença la conférence.

174. Il a parlé peu de temps, comme s’il se dépêchait. Après la conférence il alla au confessionnal. Voyant qu’aucune des Sœurs ne s’y rendait, je me suis élancée de mon prie-Dieu et m’agenouillai dans le confessionnal. Je n’avais pas le temps de réfléchir. Au lieu de dire au Père tous les doutes qu’on avait formulé à l’égard de mes rapports avec Jésus, j’ai commencé à parler de toutes ces tentations que j’ai décrites plus haut. Mais le confesseur comprit tout de suite ma situation, et il dit : « Vous vous méfiez, ma Sœur, de Jésus, parce qu’il est si bienveillant envers vous. N’est-ce pas ? Soyez donc complètement tranquille. Jésus est votre Maître, et vos rapports avec Jésus ne sont ni hystérie, ni rêverie, ni illusion. Sachez que vous êtes dans la bonne voie. Tâchez d’être fidèle à ces grâces ; il vous est défendu de vous en écarter. Vous n’avez pas du tout besoin d’en parler à vos Supérieures, sauf quand Jésus vous donne un ordre précis et dans ce cas, il faut d’abord vous entendre avec votre confesseur. Mais si Jésus exige quelque chose d’extérieur, alors, après vous être entendue avec votre confesseur, vous devez accomplir ce qu’exige le Seigneur, même si cela doit vous coûter énormément. D’un autre côté, vous devez tout dire à votre confesseur. Il n’y a absolument pas d’autre voie pour vous, ma Sœur.
Priez pour avoir un directeur spirituel, car autrement vous gaspillerez ces grands dons de Dieu. Je le répète encore une fois : soyez tranquille. Vous êtes dans la bonne voie. Ne faites attention à rien de ce que l’on dit de vous. C’est justement avec de telles âmes misérables que Jésus est en intimité et plus vous vous abaisserez, plus Jésus s’unira à vous. »

175. Quand j’ai quitté le confessionnal, une joie inconcevable inonda mon âme, de sorte que je m’écartais dans un endroit solitaire du jardin, pour me cacher des Sœurs et permettre à mon cœur de s’épancher intérieurement en Dieu. La présence divine me submergea et, en un instant, mon être s’anéantit totalement en Dieu et je sentis, je discernai alors les Trois Personnes Divines qui demeuraient en moi. Et j’éprouvais une si grande paix dans mon âme que je m’étonnais d’avoir pu tellement m’inquiéter.

176. Résolution : fidélité aux inspirations intérieures, quoi qu il pût m’en coûter. Ne rien faire de moi-même sans m’être entendue avec mon confesseur.

177. La rénovation des vœux. Dès le matin, lorsque je m’éveillai, mon esprit fut tout entier immergé en Dieu, cet océan d’amour. Je sentais que j’étais toute plongée en Lui ! Pendant la Sainte Messe, mon amour pour Lui arriva à une grande puissance. Après la rénovation des vœux et la Sainte Communion, je vis soudain Jésus, qui me dit avec bienveillance : « Ma fille, regarde Mon Cœur miséricordieux. ». Fixant mon regard sur ce Cœur Très Saint

176. Résolution : fidélité aux inspirations intérieures, quoi qu il pût m’en coûter. Ne rien faire de moi-même sans m’être entendue avec mon confesseur.

177. La rénovation des vœux. Dès le matin, lorsque je m’éveillai, mon esprit fut tout entier immergé en Dieu, cet océan d’amour. Je sentais que j’étais toute plongée en Lui ! Pendant la Sainte Messe, mon amour pour Lui arriva à une grande puissance. Après la rénovation des vœux et la Sainte Communion, je vis soudain Jésus, qui me dit avec bienveillance : « Ma fille, regarde Mon Cœur miséricordieux. ». Fixant mon regard sur ce Cœur Très Saint je vis en sortir des rayons comme du Sang et de l’Eau, les mêmes que sur le tableau, et je compris combien la miséricorde du Seigneur est grande. Et de nouveau, Jésus me dit gracieusement : « Ma fille, parles aux prêtres de mon inconcevable Miséricorde. Les flammes de Ma Miséricorde Me brûlent, Je veux les déverser sur les âmes, mais les âmes ne veulent pas croire en ma bonté. » Et tout à coup Jésus disparut. Mais mon esprit resta toute la journée plongé en Dieu, dans sa présence divine, sensible malgré le bruit et les conversations qui suivent habituellement une retraite. Cela ne me dérangeais pas. Mon esprit était en Dieu, tout en prenant part aux conversations. Je suis même allée visiter Derdy.

178. Aujourd’hui nous commençons la troisième probation. Nous nous sommes rassemblées, toutes les trois, chez Mère Marguerite, car les autres Sœurs avaient leur troisième probation au noviciat. Mère Marguerite commença par une prière, elle nous expliqua en quoi consiste la troisième probation, et rappela combien la grâce des vœux perpétuels était grande. Soudain j’ai commencé à pleurer à haute voix. En un instant, toutes les grâces de Dieu parurent devant le regard de mon âme. Et je me voyais tellement misérable et ingrate envers Lui. Les Sœurs commencèrent à me réprimander disant : « Pourquoi éclate-t-elle en sanglots ? » Cependant Mère Marguerite pris ma défense et dit qu’elle ne s’en étonnait pas.
L’heure finie, je suis allée devant le Saint Sacrement et, consciente de mon immense misère, Je Lui demandai miséricorde afin qu’il daigne purifier et guérir ma pauvre âme. Alors j’entendis ces paroles : « Ma fille toutes tes misères sont brûlées dans le feu de Mon amour, comme un brin d’herbe jeté dans un brasier dévorant. Par cet abaissement, tu attires sur toi et sur d’autres âmes toute l’immensité de Ma Miséricorde. » Je répondis : « Jésus, façonnez mon pauvre cœur à votre gré. »

179. Pendant tout le temps de la troisième probation, j’avais le devoir d’aider la Sœur au vestiaire. Ce devoir me donna de nombreuses occasions de m’exercer à la pratique des vertus. Parfois il fallait aller par trois fois chez certaines Sœurs avec le linge, et encore on ne pouvait les satisfaire. Mais j’ai découvert aussi les grandes vertus de certaines sœurs, qui demandaient toujours de leur donner ce qu’il y avait de pire dans tout le vestiaire. J’admirais cet esprit d’humilité et de mortification.

180. Pendant l’Avent, une grande nostalgie de Dieu s’éveilla dans mon âme. Mon esprit, de toutes les forces de son être, s’élançait vers Dieu. Et le Seigneur m’accorda de nombreuses lumières dans la connaissance de Ses attributs. Le premier attribut que le Seigneur me fit connaître, ce fut Sa Sainteté. Cette Sainteté, est si grande que toutes les Puissances, les Vertus, tremblent devant Lui. Les purs esprits voilent leur face et s’abîment dans une incessante adoration. La Sainteté de Dieu se répand sur l’Église de Dieu et sur chaque âme vivant en elle – à des degrés divers. Il y a des âmes toutes pénétrées de Dieu, et il y en a qui vivent à peine.
La seconde connaissance que Dieu m’accorda, ce fut celle de Sa Justice. Elle est si grande et si pénétrante qu’elle atteint les choses dans leur essence. Tout se présente à Lui dans sa vérité, mi à nu, et rien ne pourrait Lui résister.
Le troisième attribut fut l’Amour et la Miséricorde. Et j’ai compris que c’est là le plus grand, celui qui unit la créature au Créateur. Le suprême Amour et l’infini de la Miséricorde se manifestent dans l’Incarnation du Verbe et dans la Rédemption. Et c’est ainsi que j’ai découvert que cette qualité était première en Dieu.

181. Aujourd’hui je mettais de l’ordre dans la chambre d’une des Sœurs. Je tâchais de nettoyer avec le plus grand soin ; cependant cette personne me suivait partout en disant : « Ici il reste une poussière. Et là une petite tâche sur le plancher. » A chacune de ses remarques, je corrigeais un détail, refaisant jusqu’à dix fois la même chose dans le but de la satisfaire. J’étais moins fatiguée par le travail que par ces bavardages et exigences immodérées. Mon martyre de toute la journée ne lui ayant pas suffi, elle est encore allée se plaindre chez la Maîtresse : « Ma Mère, quelle est cette Sœur qui ne sais pas se dépêcher ? » Le lendemain je suis allée faire la même besogne sans protester. Lorsqu’elle s’en prit à moi, j’ai pensé : « Jésus, on peut être une martyre silencieuse ; ce n’est pas le travail qui m’affaiblit mais ce martyre… »
Je me suis aperçue que certaines personnes ont l’art de vexer les autres. Elles s’y emploient de leur mieux et la pauvre âme qu’elles ont sous la main n’y pourra rien : les meilleures choses seront critiquées avec malice.

182. Veille de Noël. Aujourd’hui je me suis unie étroitement à la Mère de Dieu et j’ai vécu ses sentiments intérieurs. Le soir, avant la cérémonie pendant laquelle on rompt le pain azyme, je suis allée à la chapelle pour le rompre, par la pensée avec les êtres qui me sont cher, et j’ai demandé à Notre Dame des grâces pour eux. Mon esprit était entièrement plongé en Dieu. Pendant la Messe de minuit, j’ai vu l’enfant Jésus qans l’Hostie et mon esprit s’est aimé en Lui. C’est un petit Enfant, mais sa Majesté submergeait mon âme. J’ai pénétré ce mystère très profondément : ce grand abaissement de Dieu et Son inconcevable anéantissement. Ce sentiment resta vivant dans mon âme pendant la durée des fêtes. Oh ! nous ne comprendrons jamais ce grand abaissement de Dieu – plus je le considère…(ici la pensée est interrompue).

183. Un matin, après la Sainte Communion, j’entendis cette voix : « Je désire que tu M’accompagnes quand J e vais chez les malades. ». Je répondis que j’étais d’accord. Après un moment de réflexion je me suis demandée comment je pourrai le faire : Les Sœurs du second chœur n’accompagnent pas le Saint Sacrement, ce sont les Sœurs directrices qui y vont toujours. J’ai pensé que Jésus y remédierait.
Peu après, Mère Raphaële m’envoya chercher : « Ma Sœur, vous allez accompagner Jésus quand le prêtre ira chez les malades. » Et pendant tout le temps de ma probation, j’ai pu porter le flambeau en accompagnant le Seigneur. Et comme chevalier de Jésus, je tâchai toujours de me ceindre d’une ceinture de fer, cela me paraissait s’imposer pour avancer devant le Roi. Et j’offrais chaque fois cette mortification pour les malades.

184. L’Heure Sainte. Pendant cette heure je tâchais de méditer la Passion du Seigneur. Cependant la joie inonda mon âme et, soudain je vis le petit Enfant Jésus. Mais Sa Majesté me pénétra tellement que je dis : « Jésus, Vous êtes si petit, mais je sais que Vous êtes mon Créateur et mon Seigneur. » Jésus me répondit : « Oui, Je le suis et c’est pour t’apprendre l’humilité et la simplicité, que je suis avec toi sous l’aspect d’un enfant. »
Je déposais comme un bouquet pour Jésus toutes mes souffrances et mes difficultés, le jour de nos épousailles perpétuelles. Rien ne m’était difficile lorsque je me souvenais que c’était pour mon Epoux, comme preuve de mon amour pour Lui.

185. Mon silence pour Jésus. Je tachais de garder un grand silence pour Jésus. Au milieu du plus grand bruit, Jésus trouvait toujours le silence dans mon cœur, bien que cela me coûtât parfois beaucoup. Qu’est-ce qui serait trop grand pour Jésus, pour Celui que j’aime de toute la force de mon cœur ?

186. Aujourd’hui Jésus me dit : « Je désire que tu connaisses plus profondément l’amour dont brûle mon cœur. Tu le comprendras en méditant Ma Passion. Appelle Ma Miséricorde sur les pécheurs, Je désire leur salut.
Quand tu réciteras cette prière pour un pécheur d’un cœur contrit et avec foi, Je lui donnerai la grâce de la conversion. Voici cette petite prière :

187. « O Sang et Eau, qui avez jailli du Cœur de Jésus comme source de Miséricorde pour nous, j’ai confiance en Vous! »

188. Pendant les derniers jours du carnaval, alors que je faisais mon heure sainte, je vis comment Jésus avait souffert pendant la flagellation. C’est un supplice inconcevable. Quelles terribles douleurs Jésus a endurées lorsqu’Il a été flagellé ! Pauvres pécheurs, comment ferez-vous pou rencontrer, au Jour du Jugement, Jésus que vous torturez tellement aujourd’hui ? Son sang a coulé à terre, et la chair commençait à se détacher en certains endroits. Et j’ai vu dans Son dos quelques os à nu… Jésus gémissait et soupirais en silence.

189. Un jour, Jésus me fit comprendre combien Lui est agréable une âme qui observe fidèlement la règle. L’âme reçoit une plus grande récompense pour l’observance de la règle que pour des pénitences et de grandes mortifications. Si elles sont entreprises en plus de la règle, elles recevront aussi leur récompense, mais elles ne surpasseront pas la règle.

190. Au cours d’une adoration, Jésus exigea de moi que je m’offre à Lui comme oblation, pour endurer certaines souffrances, en expiation, non seulement pour les péchés du monde en général, mais en particulier pour les fautes commises dans cette maison. J’ai dit à l’instant : « Très bien, je suis prête. » Cependant Jésus me fit connaître ce que j’allais souffrir ; et instantanément, je vis défiler devant mes yeux toutes les parties successives de ce supplice. Premièrement, mes intentions seraient mal interprétées ; puis viendraient nombre de soupçons et méfiances, humiliations et contrariétés de toutes sortes – et j’en passe.
Tout cela se présenta à mes yeux comme un sombre orage, dont la foudre allait tomber ; elle n’attendait que mon consentement. Un moment, ma nature s’effraya. Soudain la cloche sonna pour le dîner. Je sortis de la chapelle tremblante et indécise..
Mais ce sacrifice restait toujours présent à mon esprit, car sans le refuser au Seigneur, je ne me décidais pas à l’accepter. Je voulais me rendre à Sa volonté. Si Jésus Seul me l’imposait, j’y étais prête. Mais Jésus me fit connaître que je devais moi-même y consentir volontiers, sinon il n’aurait pas de valeur. Toute sa force devant le Seigneur résidait dans mon acte volontaire. En même temps il me fit comprendre que tout était en mon pouvoir : Je pouvais le faire, mais je pouvais aussi ne pas le faire. Je répondis donc aussitôt : « Jésus, j’accepte tout ce que Vous voudrez m’envoyer, j’ai confiance en Votre bonté. » Et au même instant, je ressentis que j’avais ainsi rendu grande gloire à Dieu. Cependant je m’armai de patience. Dès que je sortis de la chapelle, je rencontrai la réalité. Je ne veux pas la décrire en détail, mais il y en avait autant que je pouvais en supporter. Je n’aurais pu en venir à bout, si il y avait eu une goutte de plus.

191. Un certain matin, j’entendis ces paroles dans mon âme : « Vas chez la mère Générale, et dis que cette chose ne Me plaît pas dans telle et telle maison. » Quelle chose et dans quelle maison ? Je l’ignore, mais je l’ai dit à la Mère Générale, bien que cela m’ait bien coûté.

192. Un jour je me suis engagée à prendre sur moi une terrible tentation dont souffrait une de nos élèves dans la maison de Varsovie : la tentation du suicide. J’ai souffert pendant sept jours, au bout desquels Jésus lui donna la grâce demandée, et moi aussi j’ai cessé de souffrir. C’était une grande souffrance. Je prends souvent sur moi les tourments de nos élèves. Jésus me le permet, mon confesseur aussi.

193. Mon cœur est la demeure permanente de Jésus. Personne n’y a accès qu Lui. C’est en Jésus que je puise la force de combattre les difficultés et les contrariétés. Je désire passer en Jésus pour pouvoir me donner complètement aux âmes. Sans Lui, je ne pourrai m’approcher d’elles. Car je sais ce que je suis. J’absorbe Dieu en moi pour le donner aux âmes.

194. Je désire de toutes mes forces, travailler, m’anéantir pour notre œuvre de salut des âmes immortelles. Peu importe si ces efforts doivent raccourcir ma vie. Elle ne m’appartient plus, mais elle est la propriété de la Congrégation. Je désire être utile à toute l’Eglise par ma fidélité à notre Congrégation.

195. O Jésus, mon âme est comme assombrie par la souffrance. Pas un seul rayon de lumière. La tempête fait rage, et Jésus dort. O mon Maître, je ne Vous réveillerai pas, je n’interromprai pas Votre doux sommeil. Je crois que Vous me donnez la force sans que je le sache. Pendant des heures entières, je Vous adore, ô Pain vivant, dans une grande sécheresse d’âme. O Jésus, pur amour, je n’ai pas besoin de consolations, je me nourris de Votre volonté. O Puissant ! Votre volonté est le but de mon existence. Il me semble que le monde entier me sert et qu’il dépend de moi. Seigneur, Vous comprenez mon âme dans toutes ses aspirations.
Jésus, lorsque je ne puis moi-même Vous chanter l’hymne de l’amour, j’admire alors le chant des Séraphins, eux que Vous aimez tant. Je désire m’abîmer en Vous de la même manière. Rien ne fera obstacle à un tel amour, et aucune puissance, et aucune puissance n’a la force de le détruire. Il est semblable à l’Eclair, qui illumine les ténèbres, mais n’y reste pas.
O mon Maître, formez mon âme selon Votre volonté et Vos desseins éternels

196. Une certaine personne s’est fait comme un devoir de m’exercer de toute façon dans la vertu. Un jour elle m’arrêta dans le corridor et, pour commencer, elle me dit qu’elle n’avait aucun motif de me faire des remarques, mais qu’elle m’ordonnait de rester debout pendant une demi-heure, en face de la petite chapelle et d’attendre la Mère Supérieure, qui devait passer là après la récréation. Je m’accuserai alors de différentes choses qu’elle m’ordonna de dire. Mon âme était totalement étrangère à ces choses, mais je fus obéissante et j’ai attendu pendant toute la demi-heure la Supérieure. Chaque Sœur qui passait me regardais avec un sourire. Quand je me suis accusée à la Mère Supérieure, elle me renvoya à mon confesseur. Quand je me suis confessée, ce prêtre remarqua aussitôt que c’était quelque chose qui ne venait pas de mon âme, que je n’avais aucune idée de ce dont il s’agissait. Et il était très étonné que cette personne ait pu se décider à donner de tels ordres.

197. O Divine Église, vous êtes la meilleure des mères. Vous seule savez élever et faire grandir l’âme. Oh quel grand amour et quelle déférence j’éprouve pour l’Église, cette Mère incomparable.

198. Une autre fois, le Seigneur me dit : « Ma fille, ta confiance et ton amour retiennent Ma Justice. Et Je ne puis punir, car tu M’en empêches. » Oh quelle grande force possède l’âme pleine de confiance.

199. Quand je pense aux vœux perpétuels, et qui est Celui qui désire s’unir à moi, cette pensée m’absorbe pendant des heures entières, pendant lesquelles je médite sur Lui. Comment cela arrivera-t-il ? Vous êtes Dieu et moi Votre créature. Vous le Roi immortel, et moi une mendiante et la misère même. Mais maintenant tout est clair pour moi. Votre grâce et votre amour, Seigneur vont combler cet abîme qui existe entre Vous, Jésus, et moi.

200. O Jésus, comme l’âme est profondément blessée lorsqu’elle tâche d’être sincère, et qu’on la soupçonne d’hypocrisie et qu’on la traite avec méfiance. O Jésus, vous avez souffert tout cela pour donner satisfaction à Votre Père.

201. Je désire si bien me cacher, qu’aucune créature ne connaisse mon cœur. Jésus, Vous Seul le connaissez et le possédez tout entier. Personne ne connaît notre secret. Nous nous comprenons mutuellement d’un regard. Depuis ce moment où nous avons fait connaissance, je suis heureuse. Votre grandeur est ma plénitude. Jésus, quand je suis la dernière, plus bas que les postulantes, même les plus jeunes, c’est alors que je me sens à ma place. Je ne savais pas que dans ces petits coins sans éclats le Seigneur avait placé tant de bonheur. Je comprends maintenant que, même en prison, peut jaillir d’une poitrine pure vers Vous, Seigneur, la plénitude de l’amour. Les choses extérieures n’ont pas d’importance pour le pur amour, il pénètre tout. Ni les portes de la prison, ni les portes du Ciel n’ont de force contre lui. Il atteint Dieu Seul et rien ne peut le faire mourir. Il n’y a pas d’obstacle pour Lui, il est libre comme un roi, et peut passer librement partout. La mort même doit baisser la tête devant Lui…

202. Aujourd’hui, ma sœur est venue me voir. Quand elle me fit part de ses épreuves, la peur me saisit. Etait-ce possible ? Une petite âme, si belle devant Dieu, et cependant environnée de telles ténèbres qu’elle ne savait pas comment se tirer d’affaire. Elle voyait tout en noir. Le Bon Dieu me l’a confiée et pendant deux semaines je pouvais m’occuper d’elle. Mais combien cette âme m’a coûté de sacrifices, Dieu seul le sait. Pour personne d’autre je n’ai porté devant le trône de Dieu autant de sacrifices, de souffrances et de prières. Je sentais que j’avais forcé Dieu à lui accorder Sa grâce. Je considère ceci comme un vrai miracle. Je vois maintenant quelle force a, devant Dieu, la prière d’intercession.

203. En ce moment, au cours de ce carême, je ressens souvent la Passion de Jésus dans mon corps et j’endure profondément dans mon cœur ce qu’Il a souffert. Cependant rien ne trahit extérieurement mes souffrances, seul mon confesseur les connaît.

204. Une courte conversation avec la Mère Maîtresse. Je lui ai demandé quelques conseils de conduite dans la vie intérieure. Cette sainte Mère me répondit à tout avec une grande clarté. Elle me dit : « Si vous continuez à collaborer ainsi avec la grâce de Dieu, vous serez, ma Sœur, bien près de l’intime union avec Dieu. Vous comprenez, ma Sœur, ce que je veux dire. Que votre trait caractéristique soit la fidélité à la grâce du Seigneur ! Dieu ne mène pas toutes les âmes par cette voie. »

205. La Résurrection. Aujourd’hui, pendant la célébration de la Résurrection, je vis Jésus dans une grande clarté. Il s’approcha de moi et dit : « Que la paix soit avec vous, Mes enfants ! » Il leva la main et nous bénit. Les plaies de Ses Mains, de Ses Pieds et de Son Côté n’étaient pas effacées, mais lumineuses. Il me regarda avec une telle bonté et un tel amour que mon âme entière se fondit en Lui. Il me dit : « Tu as pris une grande part à Ma Passion, c’est pour cela que Je te donne cette grande part à Ma gloire et à Ma joie. » Tout le temps de la Résurrection me sembla durer une minute à peine. Un singulier recueillement envahit mon âme et y demeura pendant toute la durée des fêtes. La grâce de Jésus est si grande que je ne puis l’exprimer.

206. Le lendemain, après la Sainte Communion, j’entendis une voix qui disait ; « Ma fille, regarde l’abîme de Ma Miséricorde. Honore-la et glorifie-la de la façon suivante: rassemble tous les pécheurs du monde entier et plonge-les dans le gouffre de Ma Miséricorde. Je désire Me communiquer aux âmes. Je désire les âmes, Ma fille. Pendant Ma fête, la Fête de la Miséricorde, tu vas parcourir le monde entier et amener les âmes défaillantes à la source de Ma Miséricorde. Je les guérirai et les fortifierai. »

207. Aujourd’hui, j’ai prié pour une agonisante, qui mourait sans les Saints Sacrements qu’elle désirait pourtant ardemment. Mais il était trop tard. C’est une parente, la femme de mon oncle. Cette âme était agréable à Dieu. A ce moment là, l’espace n’existait pas entre nous.

208. Ô vous, menues offrandes, vous êtes pour moi comme les fleurs des champs dont je jonche les pieds de mon Bien-Aimé Jésus. Je compare ces petites choses aux vertus héroïques, car pour les renouveler constamment, il faut de l’héroïsme.

209. Dans les souffrances, je ne cherche pas l’aide des créatures, mais Dieu est tout pour moi. Cependant, plus d’une fois il m’a semblé que même le Seigneur ne m’entendait pas. Je m’arme de patience et de silence comme un pigeon qui ne se plaint pas et n’a pas de rancune quand on lui prend ses petits. Je veux planer sans cesse dans l’air embrasé du soleil, et ne veux pas m’arrêter dans les brumes. Je ne faiblirai pas, car de Vous je reçois tout, ô Vous, ma force.

210. Je prie le Seigneur qu’Il daigne fortifier ma foi, pour que je ne me conduise pas dans la grisaille de la vie quotidienne selon des dispositions humaines, mais selon celles de l’esprit. Oh ! Comme tout retient l’homme à terre, mais la foi vive attire l’âme vers les régions supérieures, et remet l’amour propre à la place qui lui est due, c'est-à-dire la dernière.

211. De nouveau les ténèbres commencent à descendre sur mon âme. Il me semble que je suis sous l’influence de l’illusion. Quand je suis allée me confesser pour puiser de la lumière et de la paix, je ne les ai pas trouvées. Le confesseur m’a créé encore plus de doutes que je n’en avais d’abord. Il m’a dit : « Je ne puis discerner quelle force agit sur vous, ma Sœur, peut-être Dieu, ou peut-être le mauvais esprit ? » En m’éloignant du confessionnal, j’ai reconsidéré ses paroles. Plus je les méditais, plus mon âme se plongeait dans les ténèbres. Jésus, que faire ? Quand Jésus s’approchait gracieusement de moi, j’avais peur. Etes-vous vraiment Jésus ? D’un côté l’amour m’attire, de l’autre la peur me retient. Quel supplice, je ne sais le décrire !

212. Lorsque je suis allée me confesser à nouveau, je reçus cette réponse : « Je ne vous comprends pas, ma Sœur, il vaudrait mieux que vous ne confessiez pas à moi. » Mon Dieu, je dois me faire violence avant de dire quoi que ce soit de ma vie intérieure. Et voilà que je reçois comme réponse : « Je ne vous comprends pas, ma sœur ! »

213. Quand j’ai quitté le confessionnal, une multitude de tourments s’abattirent sur moi. Je suis allée devant le Saint Sacrement et j’ai dit : « Jésus, sauvez-moi ! Vous voyez combien je suis faible. » Soudain j’entendis ces paroles : « Pendant la retraite avant les vœux, Je te donnerai de l’aide. »
Réconfortée par ces mots, j’ai commencé à progresser, ne demandant plus conseil à personne. Mais j’éprouvais une telle méfiance envers moi-même que je résolus d’en finir une fois pour toutes avec ces doutes. J’attendais donc spécialement cette retraite qui devait précéder les vœux perpétuels. Plusieurs jours auparavant déjà, je ne cessais de demander à Dieu la lumière pour le prêtre qui allait me confesser, afin qu’il décide une bonne fois nettement ce qui en était. Et je pensais que je serais tranquillisée une fois pour toutes. Mais je continuais à m’affliger à l’idée que personne ne voudrait m’écouter dans toutes ces affaires. Je me résolus à ne plus penser à tout cela et à faire confiance au Seigneur. Ses paroles à propos de la retraite résonnaient à mes oreilles.

214. Tout est prêt. Demain matin nous partons en retraite à Cracovie. Aujourd’hui je suis entrée à la chapelle pour remercier Dieu des innombrables grâces qu’Il m’avait accordées pendant ces cinq mois. Mon cœur était tout attendri à la vue de tant de grâces et de la protection des Supérieures.

215. « Ma fille, soit tranquille, Je prends sur Moi toutes tes affaires. Je vais Seul arranger les choses avec tes Supérieures et avec le confesseur. Parle au Père Andrasz comme tu me parles, avec la même simplicité et la même confiance. »

216. 18.4.1933. Nous sommes arrivées aujourd’hui à Cracovie. Quelle joie de me trouver de nouveau ici où j’ai appris à faire mes premiers pas dans la vie spirituelle ! La chère Mère Maîtresse est toujours la même, gaie et pleine d’amour du prochain. Je suis entrée à la chapelle pou y passer un moment. En un éclair je me suis rappelée les flots de grâce qui me furent accordés ici, étant encore novice.

217. Et aujourd’hui nous nous rassemblons pour passer une heure au noviciat. Mère Marie-Josèphe nous dit quelques mots et prépare le programme de la retraite. Pendant qu’elle nous parlait, se présenta mes yeux tout ce que cette chère Mère avait fait de bon pour nous et j’en ressentis en mon âme une grande reconnaissance. A la pensée que c’était la dernière fois que j’étais au noviciat, une douleur serra mon cœur. Je dois déjà combattre avec Jésus, travailler avec Jésus et souffrir avec Jésus. En un mot : vivre et mourir avec Jésus. Désormais la Maîtresse ne va plus marcher pas à pas derrière moi, pour m’instruire ici, m’avertir là ou m’adresser des reproches, des encouragements ou encore des blâmes. J’ai singulièrement peur de rester seule. Jésus, veuillez arranger les choses. J’aurai toujours une Supérieure, pourtant je me sentirai très seule.
Cracovie, le 21. 4.1933

218. A la plus grande Gloire de Dieu
La retraite de huit jours avant les vœux perpétuels.
Je commence aujourd’hui la retraite. Jésus, mon Maître, dirigez-moi ! Gouvernez-moi selon votre volonté, purifiez mon amour pour qu’il soit digne de Vous, faites de moi ce que désire Votre Cœur très miséricordieux ! Jésus, nous resterons pendant ces jours en tête à tête jusqu’au moment de notre union. Gardez-moi ô Jésus dans le recueillement de l’esprit !

219. Le soir le Seigneur me dit : « Ma fille, que rien ne t’effraye ni ne te trouble. Garde une paix profonde ! Tout est dans Ma main. Je te ferai tout comprendre par la bouche du Père Andrasz . Sois comme un enfant envers lui !»

220. Un moment devant le Saint Sacrement
Ô mon Seigneur et mon Créateur éternel, comment dois-je vous remercier pour cette grande grâce d’avoir daigné me choisir pour Votre épouse, moi misérable, et de m’unir à Vous par un vœu perpétuel. Ô bien-aimé Trésor de mon cœur, je dépose devant Vous toute les adorations et les actions de grâce des âmes saintes, de tous les cœurs angéliques, en m’unissant tout spécialement à Votre Mère. Ô Marie, Mère chérie, je vous le demande humblement, couvrez mon âme de votre manteau virginal en ce moment si important pour moi, afin que je devienne plus agréable à votre Fils et que je puisse dignement glorifier Sa miséricorde à la face du monde entier et pour toute l’éternité.

221. Aujourd’hui je n’ai pu comprendre la méditation. Mon esprit était singulièrement noyé en Dieu. Je n’arrivais pas à me forcer à penser à ce que le Père disait pendant la retraite. Il m’est souvent difficile de méditer selon les points donnés. Mon esprit est avec le Seigneur et c’est là ma méditation.

222. Quelques mots de mon entretien avec la Mère Maîtresse Marie-Josèphe . Elle m’a éclairée et tranquillisée en beaucoup de choses quant à ma vie intérieure, disant que je suis dans la bonne voie. J’ai remercié Jésus pour cette grande grâce, car c’est la première des Supérieures à ne pas avoir de doutes à ce sujet. Oh ! que la bonté de Jésus est infinie !

223. Vivante Hostie, ma seule force, Source d’amour et de miséricorde, emparez-vous du monde entier, fortifiez les âmes défaillantes ! Oh ! béni soit l’instant et le moment où Jésus nous laissa Son Coeur Très Miséricordieux !

224. Souffrir sans se plaindre, consoler autrui et noyer ses propres souffrances dans le Cœur très saint de Jésus. Je passerai toutes mes heures libres auprès du Saint Sacrement. Aux pieds de Jésus je vais chercher lumière, consolation et force. Je vais témoigner au Seigneur une incessante reconnaissance pour sa grande miséricorde envers moi. Je n’oublierai jamais les bienfaits que le Seigneur m’a accordés, et surtout la grâce de la vocation…
Je me cacherai parmi les Sœurs comme une petite violette entre les lis… Je veux fleurir pour mon Créateur et mon Seigneur, m’oublier moi-même, m’anéantir complètement au profit des âmes immortelles, voila ce qui fait mon délice.

225. Certains de mes avis
Quant à la Sainte Confession : je vais choisir ce qui m’humilie et me coûte le plus. Parfois un rien coûte davantage qu’une chose plus importante. A chaque confession, je me rappellerai la Passion de Jésus et je veux ainsi susciter le repentir dans mon cœur. Autant que possible, avec la grâce de Dieu, m’exercer toujours à la contrition parfaite. J’y consacrerai davantage de temps. Avant de m’approcher de confessionnal, j’entrerai d’abord dans le Cœur ouvert et très miséricordieux de Jésus. Après la confession, j’éveillerai dans mon âme ma profonde reconnaissance envers la Sainte Trinité, pour ce merveilleux et inconcevable miracle de Miséricorde, qui s’opère en elle. Et plus mon âme est misérable, plus je sens que l’océan de la Miséricorde divine me pénètre et me donne force et vigueur.

226. Les règles contre lesquelles je suis le plus souvent fautive : rompre le silence, ne pas obéir au signal de la cloche, me mêler des affaires d’autrui. Je ferai mon possible pour m’en corriger.
Je vais éviter les Sœurs qui murmurent et, si je ne peux pas les éviter, au moins je me tairai devant elles, pour montrer ainsi combien il est pénible de les écouter.
Ne pas faire attention à l’opinion des autres, mais écouter sa propre conscience, pour savoir quel témoignage elle nous donne. Avoir Dieu pour témoin de toutes nos actions. Je vais me conduire ainsi maintenant et régler toutes mes affaires comme je voudrais me conduire et les régler au moment de la mort. C’est pourquoi je dois vivre constamment sous le regard de Dieu.
Eviter les permissions présumées. Expliquer aux Supérieures les choses mineures, et si possible, en détail. Fidélité aux exercices, ne pas recourir facilement aux dispenses. En dehors du temps de la récréation, me taire. Eviter les plaisanteries et les bons mots qui provoquent le rire et rompent le silence. Accorder une grande importance aux plus minimes prescriptions :
Ne pas me laisser absorber par le tourbillon du travail, mais savoir l’interrompre un instant pour regarder vers le ciel. Parler peu avec les gens – mais beaucoup avec Dieu. Eviter la familiarité.
Ne pas tenir compte de ce qui est pour moi et qui est contre moi. Ne pas faire de confidence sur ce que j’ai enduré.
Eviter de parler avec quelqu’un à haute voix pendant le travail.
Garder la paix et l’équilibre dans les souffrances.
Aux moments difficiles recourir aux Plaies de Jésus ; chercher en elles la consolation, le soulagement, la lumière et la force.

227. Dans les épreuves, je vais tâcher de voir la main aimante de Dieu. Il n’y a rien d’aussi durable que la souffrance : elle tient toujours fidèlement compagnie à l’âme. Ô Jésus, je ne permettrai à personne de me devancer dans mon amour pour Vous.

228. Jésus, caché dans le Saint Sacrement
Jésus, caché dans le Saint Sacrement, Vous voyez qu’en prononçant mes vœux perpétuels, je sors aujourd’hui du noviciat. Vous connaissez ma faiblesse et ma petitesse. Eh bien ! Dès aujourd’hui je passe d’une manière toute particulière dans Votre noviciat. Je continue à être novice, mais Votre novice, Jésus, et Vous serez mon Maître jusqu’au dernier jour. Me tenant à Vos pieds, je vais chaque jour me mettre à Votre école. Je ne ferai pas la plus petite chose de moi-même, sans Vous avoir d’abord consulté comme mon Maître.
Jésus, je suis si heureuse que Vous m’ayez attirée et agréée à Votre noviciat, c'est-à-dire au tabernacle. En prononçant mes vœux, je ne suis pas une parfaite religieuse – non, non ! Je continue à être une toute petite et faible novice de Jésus et je vais tâcher d’acquérir la perfection, comme pendant les premiers jours du noviciat. Et je vais m’efforcer d’avoir la même disposition d’âme que le premier jour, quand la porte du cloître s’ouvrit pour moi. Avec la confiance et la simplicité d’un petit enfant, je me rends aujourd’hui à Vous, Jésus mon Maître. Je vous laisse la liberté complète de diriger mon âme. Conduisez-moi par les voies que Vous voulez, je ne vais pas chercher à pénétrer Vos raisons ! Confiante, je vous suivrai ! Votre Cœur Miséricordieux peut tout ! La petite novice de Jésus – Sœur Faustine.

229. Au commencement de la retraite Jésus me dit : « Pendant cette retraite Je vais, Moi-même, diriger ton âme. Je veux t’affermir dans la paix et l’amour. » Et ainsi passèrent les premiers jours. Le quatrième jour, des doutes commencèrent à me tourmenter. Ne suis-je pas dans une fausse paix. Soudain j’entendis ces paroles : « Ma fille, figure-toi que tu es la souveraine de toute la terre et que tu as le pouvoir de disposer de tout selon ton bon plaisir. Tu as tout pouvoir pour faire le bien. Quand soudain, un petit enfant frappe à ta porte. Il est tout tremblant, les larmes aux yeux, mais avec une grande confiance en ta bonté, il demande un morceau de pain pour ne pas mourir de faim. Comment agiras-tu envers cet enfant ? Réponds-Moi, ma fille !»
Et j’ai dit : « Jésus, je lui donnerais tout ce qu’il demande et encore mille fois plus » Et le Seigneur me dit : « J’agis de la même manière envers ton âme. Au cours de cette retraite, Je t’accorde non seulement la paix, mais aussi une telle disposition d’âme que, même si tu voulais t’inquiéter, tu ne le pourrais pas. Mon amour s’est emparé de ton âme et Je veux que tu t’affermisses dans cet amour. Approche ton oreille de Mon Cœur oublie tout et contemple Mon inconcevable Miséricorde ! Ton amour te donnera la force et le courage, qui te sont nécessaires dans ces affaires. »

230. Jésus, Vivante Hostie, Vous êtes une Mère pour moi, Vous êtes mon tout ! C’est avec simplicité et amour, avec foi et confiance que je viens à Vous, Jésus ! Je vais tout partager avec Vous, comme un enfant avec sa mère aimée, mes joies et mes souffrances, en un mot, tout.

231. Quand je pense que Dieu s’unit à moi par les voeux, c'est-à-dire moi à Lui, personne n’est en état de concevoir ce que ressent mon âme. Déjà maintenant Dieu me donne la connaissance de toute l’immensité de l’amour dont Il m’aimait bien avant les siècles ; et moi je viens de commencer à L’aimer dans le temps. Son amour était grand, pur et désintéressé, et mon amour pour Lui provient de ce que je commence à Le connaître.
Plus je Le connais, plus je L’aime et de plus en plus ardemment et fortement, et mes actes deviennent de plus parfaits. Cependant quand je me souviens que, dans quelques jours, je dis devenir un avec le Seigneur par les vœux perpétuels, mon âme est inondée d’une joie inouïe, que je ne peux décrire. Depuis le premier instant où je fis la connaissance du Seigneur, le regard de mon âme se perdit en Lui pour l’éternité. A chaque fois que le Seigneur S’approche de moi et que je Le connais plus profondément, un amour plus parfait grandit dans mon âme.

232. Avant de me confesser j’ai entendu ces paroles : « Ma fille, dis-lui tout et dévoile ton âme comme tu le fait avec Moi. N’aie peur de rien, c’est pour te tranquilliser que Je place ce prêtre entre toi et Moi, et les paroles par lesquelles il te répondra seront Mes paroles. Dévoile les choses les plus secrètes de ton âme ! Je lui accorderai la lumière qui lui fera connaître ton âme. »

233. Quand je me suis approchée du confessionnal, j’ai ressenti dans mon âme une si grande facilité pour lui parler de tout, que plus tard, j’en fus moi-même très surprise. Ses réponses établirent une paix profonde dans mon âme. Ses paroles étaient, sont et resterons toujours des colonnes flamboyantes, qui ne cesseront d’éclairer mon âme dans son élan vers la plus haute sainteté.
J’ai noté sur une autre page de ce cahier les indications que j’ai reçues du Père Andrasz.

234. Après avoir fini cette confession, mon esprit s’anéantit en Dieu. Je restai en oraison pendant trois heures mais il me sembla que ce n’était que quelques minutes. Depuis lors je ne fais plus obstacle à la grâce qui agit dans mon âme. Jésus savais pourquoi j’avais peur des rapports intimes avec Lui, et cela ne L’a pas du tout offensé. Depuis que le confesseur m’a assuré que ce n’était pas une illusion mais la grâce de Dieu, je tâche d’être en tout fidèle à Dieu. Je vois maintenant qu’il y a peu de prêtres qui comprennent toute la profondeur de l’action divine dans l’âme. Depuis ce temps j’ai les ailes déployées pour voler et je désire planer dans le brasier même du soleil. Mon vol ne s’arrêtera que lorsque je reposerai en Dieu pour l’éternité.
Si nous planons très haut, toutes les vapeurs, les brumes, les nuages se trouvent sous nos pieds : c’est ainsi que tout notre être sensible doit être soumis à l’esprit.

235. Ô Jésus, je désire le salut des âmes, des âmes immortelles. C’est dans le sacrifice que je donnerai libre cours à mon cœur, un sacrifice dont personne ne se doutera. Et je vais m’anéantir et me consumer invisiblement dans les saintes flammes de l’amour de Dieu. La présence divine m’aidera pour que mon sacrifice soit parfait et pur.

236. Que les apparences sont trompeuses et les jugements injustes ! Que la vertu souffre souvent seulement parce qu’elle est silencieuse ! Il faut beaucoup d’abnégation pour avoir des relations sincères avec ceux qui vous piquent incessamment. On sent que le sang diminue, mais on ne voit pas les blessures. Ô Jésus, que de choses ne seront dévoilées qu’au dernier jour ! Quelle joie ! Rien ne périra de nos efforts.

237. L’Heure Sainte. Pendant cette heure d’adoration j’ai perçu tout le gouffre de ma misère. Ce que j’ai de bon en moi est tout à Vous, Seigneur. Mais parce que je suis petite et misérable, j’ai le droit de compter sur Votre infinie Miséricorde.

238. Le soir. Jésus, demain matin, je vais prononcer mes vœux perpétuels. J’ai prié tout le ciel et toute la terre et tous les êtres. Je les ai appelés pour qu’ils glorifient Dieu de cette grâce immense, inconcevable. Soudain, j’entendis ces paroles : « Ma fille, ton cœur est mon ciel. »
Encore un moment de prière et puis il faut fuir. On nous chasse de partout, car pour demain on arrange la chapelle, le réfectoire, la salle et la cuisine et nous devons aller dormir.
La joie m’a ôté le sommeil. Je pensais : « Qu’est ce qu’il y aura au Ciel, si déjà ici, dans cet exil, Dieu comble mon âme de cette façon ? »

239. Prière, pendant la Sainte Messe, le jour des vœux perpétuels : je dépose aujourd’hui mon coeur sur cette patène où repose votre cœur, et je m’offre aujourd’hui, avec Vous à Dieu, Votre Père et le mien, en oblation d’amour et de louanges. Père de Miséricorde, jetez un regard sur le sacrifice de mon cœur, offert par la Plaie du Cœur de Jésus !

1933 année, V . Première journée.
L’union avec Jésus, le jour de mes vœux perpétuels. Jésus, Votre Cœur est ma propriété depuis aujourd’hui comme mon cœur est exclusivement Vôtre. La seule évocation de Votre Nom, Jésus, fait le délice de mon cœur. En vérité, je ne saurai vivre un seul moment sans Vous, Jésus. Aujourd’hui mon âme s’est fondue en Vous qui êtes mon unique trésor. Aucun obstacle n’empêchera mon amour d’en donner des preuves à mon Bien-Aimé.
Les paroles de Jésus pendant les vœux perpétuels : « Mon épousée, nos cœurs sont unis pour tous les siècles. Rappelle-toi à Qui tu as fait tes vœux…. » Tout ne se peut dire. Ma demande. Pendant que nous étions étendues sous le drap noir. J’ai demandé au Seigneur qu’il m’accorde la grâce de ne jamais L’offenser, volontairement et sciemment par aucun péché, même le plus minime, par aucune imperfection. Jésus, je Vous aime de tout mon cœur ! Dans les moments les plus difficiles, Vous êtes ma Maman.
Je meurs aujourd’hui complètement à moi-même par amour pour Vous, Jésus, et je commence à vivre pour la plus grande gloire de Votre Saint nom !

L’amour. C’est par amour que je m’offre à Vous, Très Sainte Trinité, comme une offrande de louange, un holocauste de complet anéantissement de soi. Par cet anéantissement de moi-même, je désire que votre nom soit sanctifié, Seigneur. Je me jette à Vos pieds, Seigneur, comme un tout petit bouton de rose. Que le parfum de cette fleur ne soit connu que de Vous, Seigneur !


240. Trois demandes au jour des vœux perpétuels. Je sais, Jésus, qu’aujourd’hui Vous ne me refuserez rien.
La première demande. Jésus, mon Epoux Bien-Aimé , je prie pour le triomphe de l’ Eglise , surtout en Russie et en Espagne. Bénissez le Saint Père Pie XI et tout le clergé. Je demande la grâce de la conversion pour tous les pécheurs endurcis, et une bénédiction particulière, et la lumière, pour tous les prêtres auxquels je vais me confesser durant ma vie.
La deuxième demande. Je demande Votre bénédiction pour notre congrégation ; dotez-la d’un grand zèle ! Bénissez, Jésus, la Mère Générale, la Mère Maîtresse et tout le noviciat et toutes les Supérieure ! Bénissez mes parents bien-aimés ! Accordez, Jésus, Votre grâce à nos élèves ! Fortifiez-les puissamment dans Votre grâce, pour que celles qui quittent nos maisons ne Vous offensent plus par aucun péché ! Jésus, je prie pour ma Patrie, défendez-la contre les assauts de l’ennemi !
La troisième demande. Jésus, je Vous prie pour les âmes qui ont le plus besoin de prières. Je Vous prie pour les agonisants, Soyez miséricordieux envers eux ! Je Vous prie aussi pour la libération de toutes les âmes du Purgatoire ! Jésus, je Vous recommande particulièrement mes confesseurs, les personnes qui se sont recommandées à mes prières, une certaine personne…, le Père Andrasz , l’abbé Czaputa et ce prêtre dont j’ai fait la connaissance à Wilno, et qui doit être mon confesseur.
Ensuite, telle âme…, tel prêtre, tel religieux, à qui, Vous le savez, Jésus, je dois tant. Jésus, en ce jour, Vous pouvez tout faire pour ceux pour lesquels je vous prie. Pour moi, Seigneur, je Vous le demande, transfigurez-moi complètement en Vous, maintenez-moi constamment dans un saint zèle pour Votre gloire, donnez-moi la grâce et la force d’esprit pour accomplir en tout Votre Sainte Volonté !
Je Vous remercie, mon Epoux bien-aimé, pour la dignité que Vous m’avez accordée. Et spécialement pour les armoiries royales que je reçois dès aujourd’hui, et que les Anges mêmes ne possèdent pas : la croix, le glaive et la couronne d’épines. Mais, ô mon Jésus, par-dessus tout, je Vous remercie pour Votre Cœur : Il va me suffire en tout.
Marie, Très Sainte Mère de Dieu, ma Mère, Vous l’êtes maintenant, tout particulièrement, puisque Votre Fils bien-aimé est mon Epoux, nous sommes donc tous deux Vos enfants. Par égard pour Votre Fils, Vous devez m’aimer, Marie, ma Mère bien aimée, dirigez ma vie intérieure pour qu’elle soit agréable à Votre Fils !
Dieu Saint et Tout-Puissant, en ce moment où Vous me faites la grande grâce de m’unir à Vous pour l’éternité, moi, tout petit néant, je me jette à Vos pieds avec la plus profonde gratitude, comme une petite fleur inconnue ; et le parfum de cette fleur d’amour va s’élever chaque jour jusqu’à Votre trône.
Dans les moments de combat et de souffrances, de ténèbres et d’orages, de nostalgie et de tristesse, dans les moments de dure épreuve, dans les moments où je ne serai comprise par aucune créature, et où je serai même condamnée et dédaignée, je me souviendrai de ce jour de mes vœux perpétuels, jour d’inconcevable grâce divine.

241 J.M.J.
Résolutions particulières de la retraite 1933. V. I.
L’amour du prochain.
Premièrement : empressement envers les sœurs.
Secondement : ne pas parler des absents et défendre la réputation du prochain.
Troisièmement : se réjouir des réussites du prochain.

242. Ô Dieu, comme je désire être une petite enfant. Vous êtes mon père. Vous savez comme je suis petite et faible, je Vous supplie donc, gardez-moi près de Vous, dans tous les moments de ma vie et particulièrement à l’heure de la mort. Jésus, je sais que Votre bonté surpasse la bonté de la plus tendre mère.
Je remercierai Jésus pour chaque humiliation, je prierai particulièrement pour la personne qui me donne l’occasion de m’humilier. Je vais m’anéantir au profit des âmes. Ne compter aucun sacrifice, m’étendant sous les pieds des Sœurs comme un tapis sur lequel elles peuvent, non seulement marcher, mais aussi s’essuyer les pieds. Ma place est sous les pieds des Sœurs. Je tâcherai de mettre ceci en pratique de façon imperceptible pour l’œil humain. Il suffit que Dieu le voie.
Le jour gris et quotidien a déjà recommencé. Les instants solennels des vœux perpétuels sont passés, mais cette grande grâce de Dieu demeure en mon âme. Je sens que je suis toute à Dieu, je sais que je suis Son enfant. Je sens que je suis toute entière propriété de Dieu. J’expérimente ceci même de façon physique et sensible. Je suis parfaitement tranquille en tout, car je sais que c’est l’affaire de l’ Epoux de penser à moi. Je ne me soucie plus du tout de moi-même. Ma confiance dans son Cœur très Miséricordieux est sans bornes. Je Lui suis continuellement unie. Il me semble que Jésus ne pourrait pas être heureux sans moi, ni moi sans Lui. Je comprends bien cependant qu’étant Dieu Il est heureux en Lui-même et qu’Il n’a besoin d’absolument aucune créature. Mais sa bonté le contraint à Se communiquer à Sa créature, et cela avec une inconcevable générosité.

245. Mon Jésus, je vais faire des efforts maintenant, pour l’honneur et la gloire de Votre Nom, combattant jusqu’au jour où Vous Seul me direz : Assez ! Je vais tâcher de secourir chacune des âmes que Vous m’avez confiée, je vais tâcher de les secourir par la prière et le sacrifice, pour que votre grâce puisse agir en elles. Ô grand amant des âmes, mon Jésus, je vous remercie pour cette grande confiance avec laquelle Vous avez daigné confier ces âmes à notre protection !
Jours de travail et de routine, vous n’êtes pas du tout monotones, car chaque moment m’apporte de nouvelles grâces et la possibilité de bien faire.

246. 25.III.1933. Les permissions mensuelles
En passant, entrer à la chapelle.
Prier aux moments libres.
Accepter peu de choses, donner, prêter.
Pour le deuxième petit déjeuner et goûter.
Parfois je ne pourrai participer à la récréation.
Je ne pourrai pas toujours assister aux exercices communs.
Je ne pourrai pas toujours réciter en commun les prières du soir et du matin.
Parfois rester un moment à mes devoirs après neuf heures.
Parfois faire les exercices après neuf heures.
Ecrire ou noter quelque chose quand j’aurai un moment.
Téléphoner.
Sortir de la maison.
Entrer à l’église lorsque je suis en ville.
Rendre visite aux Sœurs malades.
Entrer dans la cellule d’une autre Sœur en cas de besoin.
Boire parfois un peu d’eau, en dehors du temps prescrit.

Petites mortifications
Réciter le chapelet à la Miséricorde Divine les bras en croix.
Le samedi, une partie du rosaire, les bras en croix.
Parfois réciter une prière, prosternée.
Jeudi, l’Heure Sainte.
Vendredi quelques plus grandes mortifications pour les pécheurs agonisants.

247. Jésus, ami du cœur solitaire, Vous êtes mon port, Vous êtes ma paix, Vous êtes mon seul secours. Vous êtes le calme dans mes combats et dans mes doutes. Vous êtes le lumineux rayon qui éclaire la route de ma vie. Vous êtes tout pour l’âme solitaire. Vous comprenez l’âme, même quand elle se tait. Vous connaissez nos faiblesses comme un bon médecin. Vous consolez et soignez, ménageant les souffrances, parce que Vous nous connaissez bien.

248. Les paroles que Monseigneur l’ Evêque, prononça pendant la cérémonie des vœux perpétuels : « Acceptez ce cierge en signe de la lumière céleste et de l’amour enflammé. » Donnant l’anneau : « Je vous unis à Jésus-Christ, le Fils du Père, du Très Haut, qu’Il vous garde sans tache ! Recevez cet anneau en signe de l’éternelle alliance que vous contractez avec le Christ, Epoux des Vierges. Qu’Il soit pour vous l’ Anneau de la foi, le signe de l’ Esprit- Saint , pour que vous vous appeliez épouse du Christ, et que vous soyez couronnée pour l’éternité, si vous Le servez fidèlement ! »

249. Ô Jésus, j’ai confiance en Vous, j’ai confiance en Votre inépuisable Miséricorde, Vous êtes ma Maman !

250. Cette année 1933 est particulièrement solennelle pour moi, car en cette année du Jubilé de la Passion du Seigneur, j’ai prononcé mes vœux perpétuels. J’ai déposé mon offrande, tout particulièrement avec l’ Offrande de Jésus Crucifié, pour être par là-même plus agréable à Dieu. Je réalise toutes mes actions avec Jésus, par Jésus, en Jésus.

251. Après les vœux perpétuels, je restai encore tout le mois de mai à Cracovie. Je devais aller soit à Rabka, soit à Wilno. Un jour la Mère Générale me demanda : « Eh bien ! ma Sœur, Vous restez tranquille et Vous ne Vous disposez à partir nulle part » ? Je répondis : « Je veux la volonté de Dieu à l’état pur. Où Vous m’ordonnerez d’aller, petite Mère, là je saurai que c’est la pure volonté de Dieu, sans aucune addition de ma part. » « Très bien ! » me répondit-elle.
Le lendemain, la Mère Générale m’appela et me dit : « Vous vouliez, ma Sœur, avoir la volonté de Dieu à l’état pur. Eh bien, vous partirez pour Wilno. » J’ai remercié et j’attendis le jour de mon départ. Cependant une certaine joie mêlée de peur remplit mon âme. Je sentais que Dieu me préparait là bas de grandes grâces, mais aussi de grandes souffrances. Mais je suis restée à Cracovie jusqu’au 27 mai. Je n’avais pas d’emploi stable, j’allais seulement aider au jardin et, comme je travaillais seule, j’ai pu, pendant tout un mois, faire les exercices de Saint Ignace, bien qu’assistant à la récréation commune. J’ai obtenu pendant ce temps beaucoup de lumières divines.

252 .Quatre jours ont passé depuis mes vœux perpétuels. Je tâchais de faire l’ Heure Sainte. C’était le premier jeudi du mois. Dès que je suis rentrée dans la chapelle, je fus envahie jusqu’au plus profond de moi-même par la présence de Dieu. Je sentais nettement que le Seigneur était près de moi. Après un moment je vis le Seigneur, tout couvert de plaies. Il me dit : « Vois, Celui que tu as épousé. » J’ai compris la signification de ces mots, et je répondis à Jésus : « Je vous aime plus, en vous voyant ainsi blessé et anéanti, que si je Vous voyais dans Votre Majesté. » Jésus demanda « Pourquoi ? » Je répondis : « Une grande Majesté me fait peur, à moi, le petit néant que je suis tandis que Vos Plaies m’attirent vers Votre Cœur et me parlent de Votre grand amour pour moi. »
Un silence régna après cette conversation. Je fixais mes yeux sur Ses Saintes Plaies, et je me sentais heureuse de souffrir avec Lui. Souffrant ainsi, je ne souffrais pas, car je me sentais heureuse en reconnaissant la profondeur de Son amour, et cette heure passa comme une minute.

253. Ne jamais juger personne, avoir un regard indulgent pour les autres et, pour soi-même, un regard sévère. Tout rapporter à Dieu et, me montrer à mes propres yeux, telle que je suis, c’est-à-dire la plus grande misère et le néant. Garder la patience et la tranquillité dans les souffrances, sachant que tout passe avec le temps.

252. Il ne faut pas parler des moments que j’ai vécus pendant les vœux perpétuels.
Je suis en Lui, et Lui en moi. Au moment où Monseigneur l’ Evêque mettait l’anneau à mon doigt, Dieu envahit tout mon être. Je ne sais l’exprimer, je passe donc ce moment sous silence. Mes rapports avec Dieu sont, depuis ces vœux perpétuels, si étroits que je n’en ai jamais connus de tels auparavant. Je sens que j’aime Dieu et que Lui m’aime. Mon âme ayant goûté Dieu, ne saurais plus vivre sans Lui. Une heure passée au pied de l’autel, dans la plus grande sécheresse de l’âme, m’est plus agréable que cent ans de délices mondains. J’aime mieux être au couvent un souffre-douleur insignifiant, que reine dans le monde.

255. Je vais cacher aux yeux des hommes ce que je pourrais faire de bien, pour que Dieu seul soit ma récompense. Comme la petite violette cachée dans l’herbe ne blesse pas le pied qui la foule, mais exhale son parfum, ainsi, m’oubliant moi-même, je tâcherai de faire plaisir à la personne qui m’a foulée aux pieds. C’est très dur pour la nature, mais la grâce de Dieu me vient en aide.

256. Merci, Jésus, pour cette grande grâce de m’avoir permis de mesurer tout l’abîme de ma misère. Je sais que je suis un gouffre de néant et, si Votre grâce ne me soutenait pas, je retournerais en un instant au néant. C’est donc par chaque battement de mon cœur que je Vous remercie, mon Dieu, pour Votre grande miséricorde envers moi.

257. Demain je dois partir pour Wilno. Je suis allée me confesser au Père Andrasz , ce prêtre qui est tellement habité par l’esprit de Dieu. Il a délié mes ailes pour me permettre de voler sur les hauteurs les plus élevées. Il m’a tranquillisée en toutes choses et m’ordonne de croire en la Providence. « Ayez confiance, avancez courageusement. » Une singulière puissance divine fut mon partage après cette confession.
Le Père a insisté pour que je sois fidèle à la grâce divine. Et il m’a dit : « Rien ne vous arrivera de mal si, à l’avenir, vous gardez la même simplicité et la même obéissance. Ayez confiance en Dieu, vous êtes dans la bonne voie et en bonnes mains : dans les Mains de Dieu. »

258. Le soir, je suis restée un peu plus longtemps à la chapelle. Je causais avec Jésus à propos de… Encouragée par sa bonté, j’ai dit : « Jésus, Vous m’avez donné ce Père qui m’a comprise dans mes inspirations ; et de nouveau, Vous me prenez. Que ferai-je à Wilno ? Je n’y connais personne, même le langage de là-bas m’est étranger. » Et le Seigneur m’a dit : « N’aie pas peur, je ne te laisserai pas seule. » Mon âme s’abîma alors dans la louange, pour toutes les grâces que Dieu m’a accordées par l’intermédiaire du Père Andrasz.
Tout à coup, je me suis rappelée cette vision, dans laquelle j’avais vu un prêtre entre le confessionnal et l’autel. J’ai confiance que je ferai un jour sa connaissance, et les mots que j’avais entendus alors résonnèrent vivement à mes oreilles : « Il t’aidera à faire Ma volonté sur terre. »

259. Aujourd’hui, le 27 mai 1933, je pars pour Wilno. Quand je suis sortie de la maison, j’ai regardé le jardin, la maison, et lorsque mon regard s’arrêta, les larmes jaillirent soudain de mes yeux. Je me suis souvenue de tous les bienfaits et grâces que le Seigneur m’avait accordés. Subitement, d’une manière inattendue, j’aperçus, près de la plate-bande, le Seigneur qui me dit : « Ne pleure pas, Je suis toujours avec toi ! » La présence de Dieu, qui m’enveloppa quand Jésus parlait, dura pendant tout le voyage.

260. J’avais la permission d’entrer dans le sanctuaire, en passant à Czestochowa. C’était la première fois que je voyais l’icône de la Mère de Dieu. A mon arrivée, à cinq heures, on dévoilait l’image. Je priai sans interruption jusqu’à onze heures, et il me semblait que je venais d’entrer. La Mère Supérieure de là-bas envoya une Sœur me chercher pour que j’aille déjeuner.
Elle s’affligeait de ce que j’allais manquer mon train. La Mère de Dieu m’a beaucoup parlé. Je lui ai renouvelé mes vœux perpétuels, je sentais que j’étais son enfant et qu’elle était ma Mère. Elle ne m’a rien refusé de ce que je lui ai demandé.

261. Je suis arrivée à Wilno. Le couvent est constitué de petites cabanes dispersées. Cela semble étrange en comparaison des grands bâtiments de Jozefow. Il n’y a que dix-huit Sœurs. La maison est petite, mais la vie commune est admirable. Toutes les Sœurs m’accueillirent très affectueusement. Ce fut pour moi un grand encouragement pour endurer les fatigues qui m’attendaient. Sœur Justyna a même nettoyé le plancher pour mon arrivée.

262. Quand je suis allée à la Bénédiction, Jésus m’éclaira sur la façon dont je devais me comporter avec certaines personnes.
Je me suis serrée de toutes mes forces contre le Très Doux Cœur de Jésus, lorsque je vis combien je serais exposée extérieurement à la dissipation puisque l’emploi que je vais avoir ici, au jardin, me forcera à avoir des relations avec des personnes laïques.

263. La semaine de la confession arriva et, à ma grande joie, j’aperçus ce prêtre que je connaissais déjà avant de venir à Wilno . Je le connaissais pour l’avoir vu en vision. J’entendis à ce moment ces paroles dans mon âme : « Voila Mon fidèle serviteur, il t’aidera à accomplir Ma Volonté sur terre. » Mais je ne me fis pas connaître à lui, comme le Seigneur le désirait. Pendant quelques temps, je résistai à la grâce. A chaque confession, la grâce divine me pénétrait singulièrement. Cependant je ne dévoilais pas mon âme à ce prêtre et me proposai de ne plus me confesser à lui. Dès que j’eus pris cette décision, mon âme fut en proie à une terrible inquiétude. Dieu me réprimandait bien fort.
Quand, enfin, j’ai dévoilé toute mon âme à ce prêtre, Jésus y versa une surabondance de grâces. Je comprends maintenant, ce qu’est la fidélité à une grâce particulière : elle attire toute une série d’autres grâces.
264. Ô mon Jésus, gardez-moi près de Vous, voyez comme je suis faible. Seule je ne puis faire un seul pas en avant ! Vous donc, Jésus, devez être constamment avec moi, comme une mère auprès d’un faible enfant, et plus encore.

265. Les jours de travail, de combat et de souffrances ont commencé. La vie religieuse va son train. On est toujours novice, on doit apprendre beaucoup de choses et les connaître. La règle est la même. Malgré cela chaque maison à ses habitudes, donc chaque changement est un tout petit noviciat.

266. 5.VIII.1933. La fête de Notre-Dame de la Miséricorde.
Aujourd’hui j’ai reçu une grande grâce, purement intérieure, pour laquelle je suis reconnaissante à Dieu dans cette vie et pour l’éternité…

267. Jésus m’a dit que je Lui serai le plus agréable lorsque je méditerai Sa Douloureuse Passion, et que cette méditation ferait descendre sur mon âme de nombreuses lumières. Que celui qui veut apprendre la véritable humilité considère la Passion de Jésus. J’ai une claire conception de beaucoup de choses que je ne pouvais comprendre d’abord. Je veux être semblable à Vous, Jésus, à Vous crucifié et humilié. Jésus, que Votre humilité se reflète dans mon âme et dans mon Cœur ! Je Vous aime, Jésus, à la folie, Vous, anéanti, tel que le prophète Vous montre, lorsqu’il dit ne plus pouvoir discerner en Vous l’être humain, si grandes étaient Vos douleurs. C’est dans cet état que je vous aime, Jésus, à la folie. Qu’a fait de vous l’amour, Dieu éternel et infini ?...

268. 11.X.1933. Jeudi je tâchais de faire l’ Heure Sainte, mais j’ai eu beaucoup de peine à la commencer. Une certaine langueur commença à me pénétrer le cœur. Mon esprit s’assombrit tellement que je ne pouvais comprendre les plus simples formules de prière. Ainsi passa une heure d’oraison ou plutôt de combat.
Je résolus de prier une seconde heure, mais les souffrances intérieures grandissaient; grande sécheresse et découragement.
Je résolus de prier une troisième heure. Pendant cette troisième heure, que j’ai décidé de faire à genoux, sans aucun appui, mon corps commença à réclamer un peu de relâche… Mais je ne lui ai rien accordé. J’ai étendu les bras et, sans un mot, je persistai par un acte de volonté. Après un moment, j’ai ôté l’anneau de mon doigt et j’ai demandé à Jésus de regarder ce signe de notre éternelle union. J’ai offert à Jésus les sentiments que j’avais le jour des vœux perpétuels. Après un moment j’ai senti qu’une vague d’amour commençait à envahir mon cœur.
Puis l’esprit soudain recueilli, les sens silencieux, la présence de Dieu m’enveloppa. Je sais seulement que Jésus est là. Je Le vis à nouveau tel que je L’avais vu, immédiatement après mes vœux perpétuels, pendant l’ Heure Sainte. Là aussi, Jésus se tint soudain devant moi, dépouillé de ses vêtements, le Corps couvert de plaies, les yeux noyés de sang et de larmes, le Visage défiguré et couvert de crachats. Alors le Seigneur me dit : « L’épouse doit être semblable à son époux. » J’ai compris ces paroles à fond. Il n’y a pas l’ombre d’un doute ici. Ma ressemblance avec Jésus doit passer par la souffrance et par l’humilité. « Vois ce qu’a fait de Moi Mon amour, Ma fille. Dans ton cœur Je trouve tout ce que Me refuse un grand nombre d’âmes. Ton cœur est un repos pour Moi, Je te réserve souvent de grandes grâces pour la fin de l’oraison. »
Une fois, ayant fini une neuvaine au Saint-Esprit à l’intention de mon confesseur, le Seigneur me répondit ainsi : « Je te l’ai dit bien avant que tes Supérieures ne t’envoient ici : J’agirai envers toi comme tu agiras envers ton confesseur. Si tu lui caches quelque chose, serait-ce même la plus petite grâce, Moi aussi, Je me cacherai de toi et tu resteras seule. » Je me conformai donc au désir de Dieu et une profonde paix régna dans mon âme. Je comprends maintenant comment Dieu défend les confesseurs et comment il prend leur parti.

270. Conseil de l’ Abbé Sopocko
« Sans humilité, nous ne pouvons plaire à Dieu. Exercez-vous au troisième degré d’humilité. C'est-à-dire que, non seulement il ne faut pas s’expliquer ni se justifier quand on nous reproche quelque chose, mais se réjouir de l’humiliation. Si ces choses dont vous me parlez viennent vraiment de Dieu, alors préparez votre âme à de grandes souffrances. Vous rencontrerez la désapprobation, la persécution ; vous passerez pour une hystérique, une toquée, mais Dieu vous comblera de Ses grâces. Les véritables œuvres de Dieu rencontrent toujours des difficultés, et sont marquées du sceau de la souffrance. Si Dieu veut mener quelque chose à bonne fin, tôt ou tard, Il y arrivera malgré les difficultés. Et vous, en attendant, armez-vous d’une grande patience. »

271. Lorsque l’abbé Sopocko partit pour la Terre Sainte, le Père Dabrowski, S.J., confessa la Communauté. Pendant une des confessions, il me demanda si j’étais consciente de la grandeur de la vie de mon âme. J’ai répondu que j’en étais consciente et que je savais ce qui se passait en moi. A quoi le Père répondit : « Il ne vous est pas permis, ma Sœur, de détruire ni de changer quoi que ce soit dans votre âme, de vous-même. Le bonheur et la grâce d’une vie intérieure de grande élévation ne sont pas visibles dans chaque âme, comme ils le sont chez vous, ma Sœur. Faites attention de ne pas gaspiller de si grandes grâces divines, une grande… »-ici, Sœur Faustine a interrompu sa pensée.
272. Cependant, ce Père m’a d’abord exposée à beaucoup d’épreuves. Quand je lui avais dit que ce que le Seigneur exigeait de moi, il s’était moqué de moi et il m’avait dit de venir me confesser à huit heures du soir. Quand je suis venue à huit heures, un Frère fermait déjà l’église. Lorsque je lui ai dit qu’il fasse savoir au Père que j’étais là, ainsi qu’il me l’avait ordonné, le brave Frère y est allé.
Le Père me fit répondre que les Pères ne confessaient plus à cette heure là. Je suis rentrée à la maison, les mains vides et j’ai cessé de me confesser à lui. Mais j’ai fait une heure d’adoration et certaines mortifications pour lui obtenir la lumière de Dieu, afin qu’il connaisse les âmes. Lorsque l’abbé Sopocko, partit et qu’il le remplaça, je fus forcée de me confesser à lui. Et bien qu’auparavant il n’ait pas voulu me croire, maintenant, il m’engageait à une grande fidélité envers ces inspirations intérieures. Dieu permet parfois cela ; qu’Il soit loué en tout ! Il faut cependant une grande grâce pour ne pas chanceler.

273. Retraite annuelle 10.1.1934.
Mon Jésus, de nouveau approche le moment où je resterai en tête-à-tête avec Vous. Jésus, de tout mon cœur je Vous prie de me faire connaître ce qui ne Vous plait pas en moi. Et, en même temps, faites-moi connaître ce que je dois faire pour Vous être plus agréable. Ne me refusez pas cette grâce et restez avec moi. Je sais que sans Vous, mes efforts ne conduiraient pas à grand-chose. Oh ! Comme je me réjouis de Votre grandeur, Seigneur. Plus je Vous connais et plus je Vous désire ardemment et soupire après Vous.

274. Jésus m’a accordé la grâce de me connaître moi-même. Dans cette lumière divine j’ai vu mon défaut dominant : c’est l’orgueil qui a pris la forme du repliement sur moi-même, et du manque de simplicité envers la Mère Supérieure.
La seconde lumière concerne la parole : Il m’arrive de trop parler. Je passe trop de temps à régler des affaires pour lesquelles deux ou trois mots suffiraient. Et Jésus voudrait que je passe ce temps à réciter de petites prières pour les âmes souffrantes du Purgatoire. Et le Seigneur dit que chaque mot sera pesé au jour du jugement.
La troisième lumière concerne notre règlement. J’évite trop peu les occasions qui mènent à l’enfreindre, surtout la règle du silence. Désormais, j’agirai comme si la règle n’était écrite que pour moi. La façon dont les autres agissent ne me regarde pas, pourvu que moi j’agisse comme Dieu le désire.
Résolution. Quand il s’agit de choses extérieures, j’irai immédiatement dire aux Supérieures tout ce que Jésus exige de moi. Et dans mes relations avec la Supérieure, je tâcherai d’être franche et sincère comme un enfant.

275. Jésus aime les âmes cachées. La fleur cachée renferme le plus de parfum. M’efforcer de créer à l’intérieur de mon âme un endroit retiré pour le Cœur de Jésus. Dans les moments pénibles et douloureux, je fredonnerai pour Vous Ô mon Créateur, un hymne de confiance. Car le gouffre de ma confiance envers Vous, envers Votre Miséricorde, est sans bornes.

276. Depuis que je me suis mise à aimer la souffrance, elle a cessé d’être souffrance. C’est la nourriture quotidienne de mon âme.

277. Je n’irai pas parler avec telle personne, car je sais que cela déplait à Jésus, et elle n’en tire aucun profit.

278. Aux pieds du Seigneur. Jésus caché, Amour éternel, notre vie, Vous oubliant Vous-même, Vous ne voyez que nous. Avant de créer le ciel et la terre, Vous nous portiez déjà dans Votre Cœur. Ô Amour, ô profondeur de votre abaissement, ô mystère du bonheur, pourquoi si peu d’âmes Vous connaissent-elles ? Pourquoi ne trouvez-Vous pas de réciprocité ? Ô Divin Amour, pourquoi cachez-Vous Votre beauté ? Ô Inconcevable et Infini, plus je Vous connais, moins je Vous comprends. Mais parce que je ne puis Vous comprendre, je conçois mieux Votre grandeur. Je n’envie pas leur feu aux Séraphins, car un don plus grand est déposé en mon coeur.
En extase, eux Vous admirent, mais Votre Sang s’unit au mien. L’Amour , c’est le ciel qui nous est déjà donné ici sur la terre. Oh ! pourquoi Vous cachez-Vous dans la foi ? L’Amour déchire le voile. Il n’y a pas de voile. Il n’y a pas de voile devant le regard de mon âme. Car Vous-même, Vous m’avez attirée au sein du mystérieux amour, pour l’éternité. Gloire et louange à Vous, ô Indivisible Trinité, Dieu unique pour tous les siècles !
 

Partie 278

Jésus m’a accordé la grâce de me connaître moi-même. Dans cette lumière divine j’ai vu mon défaut dominant : c’est l’orgueil qui a pris la forme du repliement sur moi-même, et du manque de simplicité envers la Mère Supérieure.

La seconde lumière concerne la parole. Il m’arrive de trop parler. Je passe trop de temps à régler des affaires pour lesquelles deux ou trois mots suffiraient. Et Jésus voudrait que je passe ce temps à réciter de petites prières pour les âmes souffrantes du purgatoire. Et le Seigneur dit que chaque mot sera pesé au jour du jugement.

La troisième lumière concerne notre règlement. J’évite trop peu les occasions qui mènent à l’enfreindre, surtout la règle du silence. Désormais, j’agirai comme si la règle n’était écrire que pour moi. La façon dont les autres agissent ne me regarde pas, pourvu que moi j’agisse comme Dieu le désire.

Résolution . Quand il s’agit de choses extérieures, j’irai immédiatement dire aux Supérieures tout ce que Jésus exige de moi. Et dans mes relations avec ka Supérieure, je tacherai d’être franche et sincère comme un enfant.

  1. Jésus aime les âmes cachées. La fleur cachée renferme le plus de parfum. M’efforcer de créer à l’intérieur de mon âme un endroit retiré pour le cœur de Jésus. Dans les moments pénibles et douloureux, je fredonnerai pour Vous, ô mon Créateur, un hymne de confiance. Car le gouffre de ma confiance envers Vous, envers Votre Miséricorde, est sans borne.
  2. Depuis que je me suis mise à aimer la souffrance, elle a cessé d’être souffrance. C’est la nourriture quotidienne de mon âme.
  3. Je n’irai pas parler avec telle personne, car je sais que cela déplaît à Jésus, et elle n’en tire aucun profit.
  4. Aux pieds du Seigneur. Jésus caché, Amour éternel, notre vie, Vous oubliant Vous-même, Vous ne voyez que nous. Avant de créer le ciel et la terre, Vous nous portiez déjà dans Votre Cœur. O Amour, ô profondeur de Votre abaissement, ô mystère du bonheur, pourquoi si peu d’âmes Vous connaissent-elles ? Pourquoi ne trouvez-Vous pas de réciprocité ? O Divin Amour, pourquoi cachez-Vous votre beauté ? O Inconcevable et Infini, plus je Vous connais, moins je Vous comprends. Mais parce que je ne puis Vous comprendre, je conçois mieux Votre grandeur. Je n’envie pas leur feu aux Séraphins, car un don plus grand est déposé en mon cœur. En extase, eux Vous admirent, mais Votre Sang s’unit au mien. L’amour c’est le ciel qui nous est déjà donné ici sur la terre. Oh ! pourquoi Vous cachez-Vous dans la foi ? L’ Amour déchire le voile. Il n’y a pas de voile devant le regard de mon âme. Car Vous-même m’avez attirée au sein du mystérieux amour pour l’éternité. Gloire et louange à Vous, ô indivisible Trinité, Dieu unique pour tous les siècles !
  5.   Dieu m’a fait comprendre en quoi consiste l’amour et Il m’a accordé la lumière pour que je sache comment je dois Lui témoigner en pratique.

Le véritable amour de Dieu consiste à accomplir la volonté divine. Pour manifester l’amour de Dieu dans nos actions, il faut que toutes, même les plus petites, découlent de notre amour pour Dieu. Et le Seigneur me dit : " Mon enfant, tu Me plais davantage par la souffrance. Dans les souffrances physiques, comme dans les souffrances morales. Ne cherche pas, Ma fille, de compassion auprès des créatures. Je veux que le parfum de tes souffrances soit pur et sans mélange. J’exige que tu te détaches, non seulement des créatures, mais aussi de toi-même. Ma fille, Je veux Me désaltérer à l’amour de ton cœur, un amour pur, virginal, immaculé et sans aucune éclipse. Plus tu aimeras la souffrance, Ma fille, plus pur sera ton amour envers Moi. "

  1. Jésus me donne l’ordre de célébrer la fête de la Miséricorde Divine, le premier dimanche après Pâques. Avec un grand recueillement intérieur, portant la ceinture pendant, en guise de mortification extérieure, je n’ai cessé de prier pour les pécheurs, et pour obtenir la miséricorde divine dans le monde entier. Alors Jésus me dit : " Mon regard repose aujourd’hui avec plaisir sur cette maison. "
  2. Je sens bien que ma mission ne finira pas à ma mort, mais qu’elle commencera alors. O vous, âmes qui doutez, j’écarterai pour vous le voile qui vous cache le Ciel, afin de vous convaincre de la bonté de Dieu, pour que votre incrédulité ne blesse plus le doux Cœur de Jésus. Dieu est Amour et Miséricorde.
  3. Une fois le Seigneur me dit : " Mon Cœur s’est ému d’une grande miséricorde envers toi, Mon enfant très chère, quand Je t’ai vu réduite en lambeaux à cause de la grande douleur que tu as endurée, en te repentant de tes péchés. Je vois ton amour si pur et si sincère que Je te donne la primauté entre les vierges. Tu es l’honneur et la gloire de Ma Passion. Je vois chaque abaissement de ton âme, et rien n’échappe à Mon attention. J’élève les humbles jusqu’à Mon trône, car Je le veux ainsi. "
  4. Dieu unique en la sainte Trinité


Je désire vous aimer plus que personne ne vous a jamais aimé. Et malgré ma misère et ma petitesse, j’ai ancré ma confiance à une grande profondeur dans le gouffre de Votre miséricorde, mon Dieu et mon Créateur ! Malgré ma grande misère, je n’ai peur de rien, mais je garde l’espoir de chanter éternellement mon chant de louange. Que nulle âme ne doute, même si elle est la plus misérable, et tant qu’elle est en vie, de pouvoir devenir une grande sainte. Car grande est la puissance de la grâce divine. C’est à nous de ne pas résister à l’action divine.

  1. O Jésus, si je pouvais devenir un brouillard devant Vous pour couvrir la terre, afin que Votre regard n’en voit pas les horribles crimes ! Jésus, lorsque je regarde le monde et son indifférence envers Vous, cela fait jaillir les larmes de mes yeux, mais quand je vois la froideur chez une âme religieuse, alors mon cœur saigne.
  2. 1934. Un jour en arrivant dans ma cellule, j’étais si fatiguée que j’ai du me reposer un instant avant de me déshabiller. Lorsque je fus déshabillée, une des Sœurs vint me demander de lui apporter de l’eau chaude. Malgré ma fatigue, je m’habillai rapidement et lui apportai l’eau quelle désirait, bien qu’il y eu une bonne distance entre la cuisine, et qu’on eût de la boue jusqu’au chevilles.


En rentrant dans ma cellule, j’aperçus le ciboire avec le Saint sacrement et j’entendis : " Prends ce ciboire et transporte-le au Tabernacle. " J’hésitai un moment, mais lorsque je me suis approchée et que j’ai touché le ciboire, j’entendis ces mots : " Approche-toi de chacune des Sœurs, avec le même amour que tu as pour Moi, et tout ce que tu leur fais, fais-le pour Moi. " Après un instant je m’aperçus que j’étais seule.

  1. Un jour, après une adoration faite à l’intention de notre Patrie, une douleur m’enserra l’âme, et je me mis à prier ainsi : " Très Miséricordieux Jésus, je vous supplie de bénir ma Patrie. Je vous le demande par l’intercession de Vos Saints, et surtout de Votre Très Aimable Mère, qui Vous a élevé depuis Votre Enfance. Jésus, ne regardez pas nos péchés, mais les larmes des petits enfants, la faim et le froid dont ils souffrent. Jésus, à cause de ces êtres innocents, accordez-moi la grâce que je vous demande pour ma Patrie. " A ce moment, je vis Jésus, les yeux pleins de larmes, qui me dit : " Vois, Ma fille, comme j’ai pitié d’eux. Sache que ce sont eux qui maintiennent le monde. "
  2. Mon Jésus, lorsque j’observe la vie des âmes, je vois que beaucoup Vous servent avec défiance. Et à certains moments surtout, lorsqu’elles en ont l’occasion de montrer leur amour envers Dieu, comme elles quittent alors le champ de bataille ! Et Jésus me dit à ce moment ; " Veux-tu toi aussi, mon enfant, agir ainsi ? " - J’ai répondu : " Oh ! non, non Jésus, je ne déserterai pas le champ de bataille. Quand même une sueur mortelle inonderait mon front, ma main ne lâchera pas le glaive, jusqu’à ce que je repose aux pieds de la Sainte Trinité. " Quoi que je fasse, je ne compte pas sur mes forces, mais sur la grâce de Dieu. Avec la grâce de Dieu l’âme peut triompher des plus grandes difficultés.
  3. Une fois je parlai très longtemps avec Jésus de nos élèves ; encouragée par Sa bonté, j’ai demandé : " Avez-Vous parmi nos élèves parmi nos élèves des âmes qui pourraient être une consolation pour Votre Cœur ? " - Le Seigneur me répondit : " Il y en a mais leur amour est faible, c’est pourquoi Je les mets sous ta protection particulière, prie pour elles. "


O grand Dieu, j’admire Votre bonté. Vous ^tes le seigneur des armées célestes, et Vous Vous abaissez jusqu’à la plus misérable créature. Oh ! comme je désire Vous aimer ardemment par chaque battement de mon cœur. L’étendue de la terre ne me suffit pas, le ciel est trop petit, les espaces ne sont rien, Vous seul me suffisez, Dieu Eternel ! Vous seul pouvez remplir la profondeur de mon âme.

  1. Mes heures les plus heureuses sont celles où je reste en tête-à-tête avec mon Seigneur. Pendant ces moments je découvre la grandeur de Dieu et ma propre misère.


Une autre fois, Jésus me dit : " Ne t’étonne pas d’être plus d’une fois injustement soupçonnée. C’est Moi qui le premier ai bu ce calice des souffrances injustes, par amour pour toi. "

  1. Un jour que j’étais impressionnée par l’éternité et ses mystères, mon âme commença à se troubler. Comme je continuais ma méditation pendant un moment, diverses incertitudes commencèrent à me tourmenter. Soudain Jésus me dit : " Mon enfant, n’aie pas peur de la maison de ton Père. Laisse les vaines recherches aux sages de ce monde. Je veux te voir toujours petit enfant. Demande tout avec simplicité à ton confesseur, Je te répondrai par sa bouche. "
  2. Une fois, je fis la connaissance d’une personne qui avait l’intention de commettre un péché mortel. J’ai alors prié le Seigneur de m’envoyer les plus grands tourments pour que cette âme soit sauvée.


Tout à coup je sentis les cruelles douleurs de la couronne d’épine sur ma tête. Cela dura assez longtemps, mais cette personne conserva la grâce de Dieu.

O mon Jésus, comme il est facile de se sanctifier, il faut seulement un petit peu de bonne volonté. Et si Jésus découvre ce minimum de bonne volonté dans l’âme, Il se hâte de Se donner à elle. Et rien ne peut L’arrêter, ni les fautes, ni les chutes, absolument rien. Jésus est pressé d’aider cette âme et si l’âme est fidèle à cette grâce de Dieu, elle pourra en peu de temps, parvenir à la plus haute sainteté qu’une créature puisse atteindre ici bas. Dieu est très généreux et ne refuse Sa grâce à personne. Il donne même plus que nous ne demandons. La voie la plus courte, c’est la fidélité aux inspirations de l’ Esprit-Saint .

  1. Quand l’âme aime sincèrement Dieu, elle ne doit avoir peur de rien dans sa vie spirituelle. Qu’elle se laisse influencer par la grâce et qu’elle ne réduise pas son union avec le Seigneur.
  2. Lorsque Jésus m’a ravie par Sa beauté et m’a attirée à Lui, j’ai vu, alors ce qui Lui déplaisait en mon âme et j’ai résolu de l’écarter coûte que coûte. Et, avec la grâce de Dieu, je l’ai fait. Cette détermination a plu au Seigneur et depuis ce temps, Il a commencé à m’accorder de plus grandes grâces. Je ne raisonne pas dans ma vie intérieure et je n’analyse pas par quelles voies l’ Esprit de Dieu me conduit. Il me suffit de savoir que je suis aimée et que j’aime. L’amour pur me fait connaître Dieu et comprendre beaucoup de mystères. Mon confesseur est un oracle pour moi, sa parole est sainte à mes yeux. Je parle ici de mon directeur de conscience.
  3. Une fois le Seigneur me dit : " Agis comme un mendiant qui ne refuse pas d’accepter une plus grande aumône, il remercie seulement plus affectueusement. Ainsi ne refuse pas d’accepter, à cause de ton indignité, de plus grandes grâces lorsque Je te les donne. Je sais que tu en es indigne. Mais réjouis-toi plutôt et prends autant de trésors de Mon Cœur que tu peux en porter.


C’est ainsi que tu Me plais davantage. J’ajouterai encore quelque chose : Prends ces grâces, non seulement pour toi, mais aussi pour les autres. C’est-à-dire, encourage les âmes avec lesquelles tu es en contact, à la confiance en mon infinie Miséricorde. Oh ! comme j’aime les âmes qui ont une entière confiance en Moi. Je ferai tout pour elles. "

  1. A ce moment Jésus m’a demandé : " Mon enfant, comment vas ta retraite ? " - J’ai répondu : " Jésus, Vous le savez. " -" Oui, Je le sais, mais Je veux l’entendre de ta bouche et de ton cœur. " - " O mon Maître, lorsque Vous me conduisez, tout va facilement. Je Vous en prie, Seigneur, ne me quittez jamais. "

Jésus me dit : " Oui, Je serai toujours près de toi si tu restes toujours un petit enfant sans crainte. Comme Je suis ici ton commencement, Je serai aussi ta fin. Ne te fie pas aux créatures, même dans les plus petites choses, car cela ne me plaît pas. Je veux être Seul dans ton âme. Je fortifierai ton âme et Je t’éclairerai par la bouche de mon remplaçant. Tu apprendras que Je suis en toi, et ton inquiétude se dissipera comme le brouillard devant les rayons du soleil. "

296 . Mon Bien suprême, je désire Vous aimer comme personne ne Vous a encore aimé sur terre. Je désire Vous louer à chaque moment de ma vie et conformer étroitement ma volonté à Votre Sainte Volonté. Ma vie n’est ni monotone, ni grise, mais elle aussi variée qu’un jardin de fleurs parfumées. Je ne sais quelle fleur cueillir : le lys des souffrances, les roses de l’amour du prochain, ou la violette de l’humilité. Je ne vais pas énumérer ces trésors, j’en ai en abondance pour chaque jour. C’est une grande chose que de savoir tirer profit du moment présent.

297. Jésus, Lumière Eternelle, accordez-moi la grâce de Vous connaître, pénétrez de Votre lumière mon âme assombrie et remplissez de Vous-même le gouffre de mon âme car seul vous-même. . .

298. O mon Jésus, Vie, Voie et Vérité, je Vous en prie, gardez-moi près de Vous, comme une mère tient son enfant tout contre elle, car je ne suis pas seulement un enfant impuissant, mais un amas de misère et de néant.

299. Le secret de l’âme Wilno , 1934

Mon confesseur m’ayant dit, un jour de demander à Jésus ce que signifiait ces deux rayons, qui sont sur cette image, je répondis : " Bien, je vais le demander au Seigneur. "

Pendant l’oraison j’entendis intérieurement ces paroles : " Ces deux rayons indiquent le Sang et l’ Eau : le rayon pâle signifie l’ Eau , qui purifie les âmes ; le rayon rouge signifie le Sang, qui est la vie des âmes. . .

Ces deux rayons jaillirent des entrailles de ma Miséricorde, alors que Mon Cœur, agonisant sur la croix, fut ouvert par la lance.

Ces rayons protègent les âmes de la colère de Mon Père. Heureux est celui qui vivra dans leur lumière, car la Main du Dieu Juste ne l’atteindra pas. Je désire que le premier dimanche après Pâques soit la fête de la Miséricorde.

300. Demande à Mon fidèle serviteur, de proclamer en ce jour, Ma grande miséricorde au monde entier. Qui s’approchera, ce jour-là, de la Source de vie obtiendra la rémission de ses fautes et de leurs châtiments.

L’humanité ne trouvera pas la paix tant qu’elle ne se tournera pas avec confiance vers Ma miséricorde.

Oh ! comme l’incrédulité de l’âme Me blesse. Cette âme confesse que Je suis Saint et juste, et ne croit pas que Je suis la Miséricorde ! Mais elle se méfie de Mon amour. Les démons aussi croient en Ma justice, mais ne croient pas en Ma bonté. Mon cœur se réjouit de ce titre de Miséricordieux. Proclame que la Miséricorde est le plus grand attribut de Dieu. Toutes les œuvres de mes Mains sont couronnées de Miséricorde. "

301. O Amour éternel, je désire que toutes les âmes, que Vous avez créées, vous connaissent. Je désirerais devenir prêtre, je parlerais sans cesse de Votre Miséricorde aux âmes pécheresses plongées dans le désespoir. Je désirerais être missionnaire et porter la lumière de la foi dans les pays sauvages, pour Vous faire connaître des âmes et m’immoler entièrement pour elles, mourir martyre comme Vous êtes mort pour moi et pour elles. O Jésus, je sais parfaitement que, en m’anéantissant totalement et en me renonçant complètement à moi-même, pour l’amour de Vous, Jésus, et pour celui des âmes immortelles, je peux être prêtre, missionnaire, prédicateur, et mourir martyre.

302. Un grand amour peut transformer les petites choses en grandes. Ce n’est que l’amour qui donne de la valeur à nos actions. Plus notre amour deviendra pur, plus le feu de la souffrance se consumera en nous, et plus la souffrance cessera d’être pour nous une souffrance : elle deviendra un délice ! Par la grâce de Dieu, j’ai maintenant reçu cette disposition du cœur qui fait que jamais je ne suis aussi heureuse que lorsque je souffre pour Jésus, que j’aime par chaque battement de mon cœur.

Un jour, éprouvant une grande souffrance, j’ai abandonné mon emploi pour aller chez Jésus et Le prier de me donner Sa force. Après une très courte prière, je suis revenue à mon travail, pleine d’ardeur et de joie.

Une des Sœurs me dit : " Vous devez avoir aujourd’hui beaucoup de consolations, ma Sœur, car vous êtes si radieuse. Dieu ne vous envoie sûrement aucune souffrance, mais seulement des consolations. " - " Vous vous trompez bien, ma Sœur, répondis-je, car c’est justement quand je souffre beaucoup, que ma joie est la plus grande, et quand je souffre moins, ma joie est moindre aussi. " Cependant cette âme me laissa entendre qu’elle ne me comprenait pas.

J’ai taché de lui expliquer que, quand nous souffrons beaucoup nous avons une merveilleuse occasion de témoigner notre amour à Dieu. Tandis que quand nous souffrons peu, nous n’avons qu’une petite occasion de Lui témoigner notre amour. Et quand nous ne souffrons pas du tout, alors . . . c’est que notre amour n’est ni grand, ni pur. Nous pouvons, par la grâce de Dieu parvenir à ce que la souffrance se change en nous en délice, car l’amour est capable d’accomplir de telles choses dans les âmes pures.

303. O mon Jésus, mon seul espoir, je Vous remercie pour ce livre que Vous avez ouvert aux yeux de mon âme. Ce livre, c’est Votre Passion que Vous avez endurée par amour pour moi. C’est là que j’ai appris comment aimer Dieu et les âmes. Ce récit renferme, pour nous des trésors inépuisables. O Jésus, peu d’âmes Vous comprennent dans Votre martyre d’amour. Oh ! qu’il est grand le feu du plus pur amour qui brûle dans Votre Sacré Cœur ! Heureuse l’âme qui a compris l’amour du Cœur de Jésus !

304. C’est mon plus grand désir que les âmes sachent que Vous êtes leur bonheur éternel, qu’elles croient en Votre bonté et glorifient Votre infinie miséricorde.

305. J’ai prié Dieu de m’accorder la grâce d’être résistante et forte contre les influences qui veulent parfois me détourner de l’esprit de la règle et des menues observances, car ce sont des petits vers rongeurs, qui peuvent détruire la vie intérieure. Et ils la détruiront si l’âme est consciente de ces fautes légères et les méprise parce que ce sont de petites choses. Pour moi, je ne vois rien de petit dans la vie religieuse. Peu importe si parfois je m’expose à des ennuis, et à des allusions malicieuses, pourvu que mon esprit soit en harmonie avec l’esprit des règles, de vœux et des statuts religieux.

O Jésus, délice de mon cœur, Vous connaissez mes désirs, je voudrais me cacher aux regards humains pour que vivante, je sois comme si je ne vivais pas. Je veux vivre pure, comme une fleur des champs. Je veux que mon amour soit toujours une fleur des champs. Je veux que mon amour soit toujours tourné vers Vous, comme une fleur qui se tourne toujours vers le soleil. Je désire que le parfum et la fraîcheur de la fleur de mon cœur Vous soient toujours exclusivement réservés. Je veux vivre sous Votre divin regard, car Vous seul me suffisez. Je n’ai peur de rien, quand je suis avec Vous, Ô Jésus, car rien ne peux me nuire.

306. 1934. Une fois, pendant le carême, je vis au dessus de notre chapelle une grande clarté et une profonde obscurité. J’ai vu le combat de ces deux puissances. . .

307. 1934. Jeudi Saint, Jésus me dit : " Je désire que tu fasses une offrande de toi-même pour les pécheurs et en particulier pour les âmes qui ont perdu confiance en la Miséricorde divine. "

308. Dieu et l’âme – Acte d’offrande

En présence du ciel et de la terre, en présence de tous les chœurs angéliques, en présence de la Très Sainte Vierge Marie, en présence de toutes les Puissances célestes, je déclare au Dieu Unique en la Sainte Trinité, qu’aujourd’hui, en union avec Jésus Christ, Sauveur des âmes, je m’offre volontairement pour la conversion des pécheurs et en particulier, pour ceux qui ont perdu espoir en la Miséricorde divine.

Cette offrande consiste à accepter avec une entière soumission à la volonté divine toutes les souffrances, les peurs, les frayeurs dont les pécheurs sont remplis. En revanche, je leur donne toutes mes consolations, qui découlent de mon intimité avec Dieu. En un mot, j’offre tout pour eux : les Saintes Messes, les Saintes communions, les pénitences, les mortifications, les prières. Je n’ai pas peur des coups – des coups de la justice divine, car je suis unie à Jésus.

O mon Dieu, je désire de cette manière, faire réparation pour les âmes qui ne croient pas à Votre bonté. J’ai confiance contre tout espoir en l’immensité de votre Miséricorde. Mon Seigneur et mon Dieu, ma part – ma part pour l’éternité, je fais cet acte d’offrande en comptant non pas sur mes forces, mais sur la puissance qui découle des mérites de Jésus-Christ.

Je vais répéter chaque jour cet acte d’offrande, en récitant la prière suivante que Vous-Même , Jésus, m’avez apprise : " O Sang et Eau, qui avez jailli du Cœur de Jésus comme Source de Miséricorde pour nous, j’ai confiance en vous ! "

Sœur Marie Faustine du Très Saint Sacrement

Jeudi Saint pendant la Sainte Messe, 29.3.1934.

309. " Je te donne part à la Rédemption du genre humain. Tu es Mon soulagement au moment de Mon agonie. "

310. Quand j’ai reçu de mon confesseur la permission de faire cet acte d’offrande, j’ai vite compris qu’il était agréable à Dieu, car j’ai commencé tout de suite à en expérimenter les effets. En un instant mon âme devint comme un rocher : sèche, pleine de tourments et d’inquiétudes. Toutes sortes de blasphèmes et de malédictions se pressèrent à mes oreilles. La méfiance et le désespoir s’installèrent dans mon cœur. Voilà l’état des pauvres que j’ai pris sur moi .. Au premier moment j’ai eu peur de ces horreurs. Mais à la première confession j’ai été tranquillisée.

311. Un jour que j’étais sortie pour me confesser, mon confesseur était justement en train de célébrer la Sainte Messe. J’aperçu l’ Enfant Jésus sur l’autel. Il tendait tendrement et joyeusement Ses petites mains vers lui. Alors, ce prêtre prit ce bel Enfant, Le cassa et Le mangea tout vivant. Au premier instant, je pris ce prêtre en aversion pour avoir agi de la sorte envers Jésus. Mais je fus aussitôt éclairée et je compris que ce prêtre était très agréable à Dieu.

312. Une fois j’étais chez le peintre, chargé de peindre cette image. Comme j’ai été peinée en voyant qu’elle n’est pas aussi belle que l’est Jésus. Mais j’ai caché ma déception profondément dans mon cœur. En sortant de chez le peintre, la Mère Supérieure resta en ville, pour diverses affaires, et moi je suis revenue seule à la maison. Je suis allée aussitôt à la chapelle où j’ai beaucoup pleuré. J’ai dit au Seigneur " Qui Vous peindra aussi beau que Vous l’êtes ? " Soudain j’ai entendu ces paroles : " Ce n’est ni dans la beauté des couleurs, ni dans celle du coup de pinceau, que réside la grandeur de cette image, mais dans ma grâce. "

313. Un après midi, je me rendis au jardin, mon Ange gardien me dit : " Prie pour les agonisants. " Alors j’ai tout de suite commencé à réciter le rosaire avec les jardinières. Après le rosaire nous avons récité diverses petites prières pour les agonisants. Les prières terminées, les élèves commencèrent à causer gaiement.

Malgré le bruit qu’elles faisaient, j’entendis en mon âme ces mots " Prie pour moi ! " Mais je ne pouvais pas bien comprendre ces mots. Je me suis éloignée de quelques pas de mes élèves, en me demandant qui pouvait bien me demander des prières. Soudain j’entendis ces mots : " Je suis Sœur . . . " Cette Sœur était à Varsovie, et moi à Wilno maintenant. " Prie pour moi jusqu’à ce que je te dise de cesser. Je suis en agonie ! " Sur le champs, je recommençai à prier ardemment pour elle et sans relâche, je priai ainsi de trois heures à cinq heures.

A cinq heures j’entendis le mot : " Merci " - J’ai compris qu’elle avait expiré. Cependant le lendemain à la Sainte Messe j’ai prié pour son âme avec ferveur. Dans l’après midi est arrivée une carte postale annonçant que Sœur . . . était morte à telle heure. C’était l’heure où elle me disait " Prie pour moi. "

314. " Mère de Dieu, votre âme était plongée dans une mer d’amertume, regardez votre enfant et enseignez-lui à souffrir et à aimer en souffrant. Fortifiez mon âme pour que la douleur ne la brise pas. Mère de grâce, apprenez-moi à vivre de Dieu. "

Un jour, Notre-Dame m’a rendu visite. Elle était triste et tenait les yeux baissés. Elle me fit comprendre qu’ Elle avait quelque chose à me dire et, d’un autre côté, il me semblait qu’elle ne voulait pas me le dire. Lorsque je l’ai compris, j’ai commencé à la prier de me parler et de me regarder.

315. Un moment après, Marie me regarda avec un affectueux sourire et me dit : " Tu vas éprouver certaines souffrances du fait de la maladie et des médecins. Beaucoup de souffrances te viendront aussi à cause de cette image, mais ne crains rien. "

Le lendemain, je tombai malade, et je souffris beaucoup, ainsi que me l’avais dit la Mère de Dieu. Mais mon âme était prête à endurer des souffrances. La souffrance est la fidèle compagne de ma vie.

316. O mon Dieu, mon unique espoir, j’ai mis toute ma confiance en Vous et je sais que je ne serai pas déçue.

317. Je sens maintenant, après la Sainte Communion, d’une manière singulière et sensible, la présence de Dieu. Je sais que Dieu est dans mon cœur. Et cela ne me dérange pas dans l’accomplissement de mes devoirs. Même dans les affaires les plus importantes qui exigent un effort d’attention, Dieu m’est présent et je Lui resterai étroitement unie. Avec Lui, je vais à mon travail ou en récréation. Avec Lui je souffre et avec Lui je me réjouis : je vis en Lui et Lui en moi. Je ne suis jamais seule car il est mon compagnon de tous les instants. Il m’est présent à chaque moment, notre intimité est étroite par l’union du sang et de la vie.

318. 9.8.1934. L’adoration nocturne du jeudi. J’ai fait mon heure d’adoration de onze heures à minuit. J’ai offert cette adoration pour la conversion des pécheurs endurcis, et particulièrement pour ceux qui ont perdu confiance en la miséricorde divine. J’ai considéré combien Dieu a souffert et quel immense amour Il nous a témoigné. Mais nous ne croyons pas que Dieu nous aime tant. O Jésus, qui le comprendra ? Quelle douleur pour notre Sauveur ! Comment nous persuadera-t-il de Son amour si sa mort même ne peut nous persuader ?

J’ai demandé au ciel entier d’offrir avec moi réparation au Seigneur pour l’ingratitude de certaines âmes. Jésus m’a fait connaître combien l’oraison d’expiation Lui est agréable. Il m’a dit : " La prière d’une âme humble et aimante désarme la colère de Mon Père et libère des torrents de bénédictions »

319. L’adoration finie, à mi-chemin de ma cellule, un grand nombre de grands chiens noirs m’environnèrent ; sautant et hurlant, ils voulaient me lacérer. J’ai compris que ce n’était pas des chiens mes des démons. L’un d’eux parla avec colère : «  C’est parce que, cette nuit, tu nous as enlevé tant d’âmes que nous te mettrons en pièce. » Je lui ai répondu : « Si telle est la volonté du dieu de Miséricorde, faites-le à juste titre. Je l’ai mérité, car je suis la plus misérable des pécheresses, et Dieu est toujours Saint, Juste et infiniment Miséricordieux. » A ces mots, tous les démons répondirent  ensemble :Fuyons , car elle n’est pas seule, le Tout-Puissant   est avec elle. » - Et ils disparurent comme la poussière et le bruit de la route. Et tout en achevant un Te Deum, j’allai tranquillement jusqu’à ma cellule en considérant l’infinie et insondable Miséricorde de Dieu.

320. 12.8.1934. Un malaise soudain, une souffrance mortelle. Ce n’était pas la mort en tant que passage à la vraie vie, mais un avant-goût de ses souffrances. La mort est terrible bien qu’elle nous donne la vie éternelle. Brusquement, je me sentis mal :   la respiration me manqua, ma vue s’obscurcit, je sentis le dépérissement de mes membres. Cette suffocation est effrayante. Un seul moment d’une telle suffocation paraît extrêmement long….   S’y ajoute une singulière peur malgré la confiance.
Je désirais recevoir les Derniers Sacrements. Mais la Sainte Confession me causa bien des difficultés, malgré mon désir de me confesser. On ne sait ce que l’on dit on commence une chose et on finit par une autre. Oh ! que <dieu garde toute âme de la pensée de remettre la confession à la dernière heure ! J’ai compris l’extrême puissance que les paroles du prêtre font descendre sur l’âme du malade. Quand j’ai demandé à mon Père spirituel si j’était prête à paraître devant Dieu et si je pouvais être en paix, je reçus cette réponse : « Oui, vous pouvez être tout à fait en paix maintenant, comme après chaque confession hebdomadaire. » Grande est la grâce divine qui accompagne ces paroles sacerdotales ! L’âme en retire force  et courage pour le combat.

321. O Ordre religieux, ma mère, comme il est doux de vivre en toi, mais plus doux encore d’y mourir !

322. Après avoir reçu les Derniers Sacrements j’éprouvai une complète amélioration. Je suis restée seule pendant une demi-heure, puis l’attaque revint, mais déjà moins forte grâce aux soins médicaux. J’unissais mes souffrances aux souffrances de Jésus et je les offrais pour moi et pour la conversion des âmes qui ne croient pas à la bonté divine. Soudain ma cellule se remplit d’êtres noirs pleins de colère et de haine contre moi. L’un d’eux dit : « Soi maudite comme Celui qui est en toi, car tu nous tourmentes déjà en enfer. » J’ai dit : « Et le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous. Et ces êtres disparurent bruyamment sur le champ.

323. Le lendemain, je me sentais très faible, mais je ne souffrais plus. Après la Sainte Communion, j’aperçu Jésus sous le même aspect qu’Il avait lors d’une adoration. Le regard du Seigneur transperça mon âme : pas un grain de poussière n’échappait à Son attention. Et j’ai dit à Jésus : « Jésus, je pensais que Vous me prendriez. »

Et Jésus me répondit : « Ma volonté ne s’est pas encore totalement  accomplie en toi, tu restera encore sur terre, mais pas longtemps .Ta confiance Me plait beaucoup, mais il faut que ton amour soit plus ardent!.
Le pur amour donne à l’âme de la force, même au moment de l’agonie. Quand J’agonisais sur la Crois, Je ne pensais pas à Moi, mais aux pauvres pécheurs et Je priais Mon Père pour eux. Je veux que tes derniers instants aussi soient semblables aux Miens sur la croix. Il n’y a qu’un prix, par lequel on rachète les âmes : c’est la souffrance, unie à Ma souffrance sur la Croix. L’amour pur comprend ces paroles, mais l’amour charnel ne les comprendra jamais. »

324. L’année 1934. Le jour de l’Assomption de Notre-Dame, je n’assistai pas à la Sainte Messe. La Doctoresse me l’avait défendu; je priais avec ferveur dans ma cellule. Bientôt, j’aperçus la Sainte Vierge, d’une beauté indicible. Elle me dit : « Ma fille, j’exige de toi des prières, des prières, des prières et encore des prières pour le monde, et en particulier pour ta Patrie. Pendant neuf jours, unis-toi étroitement au Sacrifice de la Messe, et reçois la Sainte Communion en expiation. Pendant ces neuf jours tu te tiendras devant Dieu, comme une offrande, partout, toujours, en tout endroit et à tout moment, nuit et jour. A chaque réveil, prie en esprit. En esprit on peut toujours rester en prière. »

325. Un jour, Jésus me dit : « Mon regard sur cette image est le même que celui que J’avais sur la Croix. »

326. Une fois, mon confesseur me demanda comment devait être placée l’inscription sur cette image, car il n’y avait pas assez de place pour tout y mettre. J’ai répondu que je prierai et qu je répondrai la semaine suivante. En quittant le confessionnal, je passai près du Saint Sacrement et je reçus la connaissance intérieure sur la façon de placer cette inscription. Jésus me rappela, comme Il me l’avait dit la première fois, que ces mots « Jésus, j’ai confiance en vous » devait être mis en évidence. J’ai compris que Jésus désire que toute la formule : « Je présente aux hommes un moyen, avec lequel ils doivent venir puiser la grâce à la source de la Miséricorde. Ce moyen, c’est cette image, avec l’inscription : « Jésus, j’ai confiance en Vous! » soit placée, mais Il n’en donne pas un ordre aussi formel que pour cette invocation.

327. O Amour le plus pur, régnez dans toute votre plénitude dans mon cœur et aidez-moi à remplir très fidèlement votre sainte volonté.

328. A la fin de la retraite de trois jours, je me vis marchant sur un chemin inégal, trébuchant à chaque pas. Et je voyais qu’une personne me suivait et me soutenait continuellement. Mais j’en fus mécontente et la priai de s’éloigner de moi, car je voulais aller seule. Or, cette personne que je ne pouvais reconnaître, ne m’abandonnait pas un seul instant. Cela m’impatienta. Me retournant, je l’ai repoussée. A cet instant, je reconnu la Mère Supérieure. Et au même moment, je vis que ce n’était pas la Mère Supérieure, mais Jésus qui me regarda profondément et me fit comprendre combien cela Lui faisait mal, lorsque dans les plus petites choses, je n’accomplissais pas la volonté de la Supérieure, « qui est Ma volonté » dit Il. J’ai demandé pardon au Seigneur et je pris cet avertissement profondément à cœur.

329. Une fois mon confesseur me demanda de prier à son intention. J’ai donc commencé une neuvaine à la Mère de Dieu qui consistait en la récitation de neuf Salve Regina.
Vers la fin de cette neuvaine, je vis la Mère de Dieu avec l’enfant Jésus dans ses bras et je vis aussi mon confesseur qui était agenouillé à ses pieds et lui parlait. . . Je ne comprenais pas de quoi il parlait avec la Sainte Vierge, car je conversais avec l’Enfant Jésus qui était descendu des bras de sa Mère et s’était rapproché de moi. Je ne revenais pas de mon étonnement à la vue de Sa beauté. J’entendis quelques-unes  des paroles que la Mère de Dieu adressait au prêtre, mais pas toutes. Ces paroles sont les suivantes : « Je suis non seulement la Reine du Ciel, mais aussi la Mère de Miséricorde et ta Mère. » Puis, Elle tendit sa main droite dans laquelle Elle tenait son manteau et en couvrit ce prêtre. A ce moment la vision disparut.

330. Oh ! qu’elle est grande la grâce d’avoir un directeur spirituel ! On progresse plus vite dans la vertu, on connaît plus clairement la volonté divine et on l’accomplit plus fidèlement, on marche dans une voie sûre et sans danger. Le directeur permet d’éviter les rochers sur lesquels l’âme pourrait se briser. Dieu m’a donné cette grâce, tard, il est vrai, mais je m’en réjouis beaucoup quand je vois comment Dieu s’incline devant les désirs de mon directeur.

Je mentionnerai un fait entre mille. Comme d’habitude, le soir , j’avais prié Jésus de me donner des points pour la méditation du lendemain. J’ai reçu cette réponse. : « Médite sur le prophète Jonas et sa mission. »
J’ai remercié le Seigneur, mais j’ai commencé à penser que cette méditation était différente des autres. Cependant je tâchai de toutes les forces de mon âme de méditer et je me suis reconnue dans ce prophète en ce sens, que moi aussi, je donne souvent un refus à Dieu, pensant que quelqu’un d’autre remplirait mieux Sa Sainte Volonté – ne comprenant pas que Dieu peut tout, que Sa Toute Puissance se manifestera d’autant mieux que l’outil sera inexistant. Dieu m’éclaira ainsi.
Dans l’après-midi eut lieu la confession de la Communauté. Quand j’ai exposé à mon directeur spirituel quelle peur me prend devant cette mission pour laquelle Dieu se sert de moi comme instrument, un instrument inapte, mon Père spirituel répondit que, bon gré mal gré, nous devions accomplir la Volonté divine et il m’a donné l’exemple du Prophète Jonas. Après la confession, je me demandais comment le confesseur savait que Dieu m’avait fait méditer sur Jonas ; je ne lui avait pas parlé de cela. Soudain j’entendis ces paroles : « Quand le prêtre Me remplace, ce n’est pas lui qui agit, mais Moi par lui. Ses souhaits sont les miens.» Je vois comment Jésus défend ses remplaçants. Il se place Lui-même dans leur action.

331. Jeudi. Lorsque j’ai commencé l’Heure Sainte, je voulais me plonger dans l’agonie de Jésus au Jardin des Oliviers. Soudain, j’entendis intérieurement une voix dans mon âme : « Médite le mystère de l’Incarnation : » et tout d’un coup, devant moi apparut l’Enfant Jésus, rayonnant de beauté. Il me dit combien la simplicité d’âme Lui plaisait : « Bien que Ma grandeur soit inconcevable, Je demeure seulement avec les petits. J’exige de toi l’esprit d’enfance. »

332. Maintenant je vois clairement comment Dieu agit par le confesseur et combien Il est fidèle à Ses promesses. Il y a deux semaines mon confesseur m’a invitée à réfléchir sur cette enfance spirituelle. Cela me fut assez difficile au début. Mais mon confesseur me fit continuer ces réflexions, sans faire attention à mes difficultés. Dans la pratique, cet esprit d’enfance doit se manifester ainsi : l’enfant ne s’occupe ni du passé, ni de l’avenir. Il profite du moment présent. « Je veux accentuer cet esprit d’enfance en vous, ma Sœur et j’insiste beaucoup là-dessus ». Je vois ainsi combien Dieu confirme les désirs de mon confesseur, puisqu’au même moment, Il ne m’apparaît pas comme un Maître dans la plénitude de Ses forces et dans Son humanité adulte, mais bien plutôt comme un petit Enfant. Le Dieu inaccessible s’abaisse ainsi jusqu’à moi sous l’aspect d’un petit Enfant Cependant le regard de mon âme ne s’arrête pas à cette apparence.

333. Bien que Vous assumiez la taille d’un petit enfant, je vois en Vous le Seigneur des Seigneurs, Immortel et Infini, que les purs esprits louent nuit et jour, pour Lequel les choeurs des Séraphins  flambent du feu du plus pur amour. O Christ, Ô Jésus, je souhaiterais les surpasser dans mon amour pour Vous. Je vous demande pardon, Ô Esprits célestes, pour oser me comparer à vous, moi cet abîme, ce gouffre de misère. Mais vous, Ô, Dieu, qui êtes un abîme insondable de miséricorde, absorbez-moi, comme  l’ardeur du soleil absorbe une goutte de rosée. Votre regard rempli d’amour comble tout abîme. La grandeur de Dieu fait mon bonheur. Il me suffira pleinement pour être heureuse pendant toute l’éternité, de contempler la grandeur de Dieu.

334. Un jour en voyant Jésus sous l’apparence d’un petit  Enfant, je Lui ai demandé : « Jésus, pourquoi Vous manifestez-Vous ainsi à moi sous l’apparence d’un petit Enfant ? Malgré tout, je vois en Vous le Dieu infini, mon Créateur et mon Seigneur. » Jésus me répondit que tant que je n’aurais pas appris la simplicité et l’humilité, Il se manifesterait à moi sous  la forme d’un petit enfant.

335. 1934. Pendant la Sainte Messe, quand Jésus était exposé dans le Saint Sacrement, avant la Sainte Communion, j’aperçus deux rayons sortant de la Très Sainte Hostie, les mêmes que ceux qui sont peints sur cette image, l’un rouge, le second pâle. Et ils se reflétaient sur chacune des Sœurs et des élèves, mais pas de la même manière. Sur quelques unes ils se dessinaient à peine. C’était le jour où finissait la retraite des enfants.

336. 22.11.1934. Une autre fois, Mon Père spirituel m’ordonna de bien réfléchir sur moi-même et de bien m’examiner pour voir si je n’avais pas d’attachements pour quelque chose ou quelque créature, ou bien pour moi-même, et s’il n’y avait pas en moi de bavardages inutiles : « car tout cela empêche Jésus d’agir librement dans votre âme. Dieu est jaloux de nos cœurs et il veut que nous n’aimions que Lui. » Lorsque j’ai commencé à réfléchir ainsi profondément sur moi-même, je n’ai remarqué aucun attachement pour quoi que ce soit. Cependant, comme en tout ce qui me concerne, j’avais peur et je me défiais de moi-même.

337. Fatiguée par cet examen minutieux, je suis allée devant le Saint Sacrement et de toute la force de mon âme, j’ai prié Jésus.
« Jésus mon Epoux, Trésor de mon cœur, Vous savez que je ne connais que Vous et que je n’ai pas d’autre amour que Vous. Mais si je devais m’attacher à quoi que ce soit qui ne serais pas Vous, je Vous prie et Vous supplie, Jésus, par la force de Votre miséricorde, faites descendre immédiatement la mort sur moi, car j’aime mieux mourir mille fois que commettre la moindre infidélité envers Vous, fût-elle minime. »

338. A ce moment Jésus se tint soudain devant moi, venant je ne sais d’où, rayonnant d’une beauté indescriptible, dans un vêtement blanc, les Mains levées. Il me dit ces paroles : « Ma fille, ton coeur est Mon repos, il est Mon plaisir, Je trouve en lui tout ce qu’un si grand nombre d’âmes Me refusent. Dis le à celui qui Me remplace. » Et à l’instant je ne vis plus rien. Un océan de consolations inonda mon âme.

339. Jésus, je comprends maintenant que rien ne peux faire obstacle à mon amour pour Vous : ni la souffrance, ni les contrariétés, ni le feu, ni le glaive, ni la mort elle-même. Je me sens plus forte que tout. Rien ne peut égaler l’amour. Je vois que les choses les plus minimes accomplies par une âme qui aime sincèrement Dieu, prennent une valeur inouïe aux yeux de Ses Saints.

340. 5.11.1934. Un matin après avoir ouvert la porte pour laisser passer nos gens, qui distribuent le pain, je passai un instant à la petite chapelle, pour rendre visite à Jésus et renouveler l’intention du jour. « Voilà Jésus, je vous offre aujourd’hui toutes mes souffrances, mes mortifications, mes prières à l’intention du Saint-Père, pour qu’il approuve cette fête de la Miséricorde. Mais, Jésus, j’ai encore un mot à vous dire. Cela m’étonne beaucoup que Vous me fassiez parler de cette fête de la Miséricorde, on me dit qu’elle est déjà approuvée, pourquoi dois-je en parler ? »
Jésus me répondit : « Qui en sait quelque chose ? Personne! Et même ceux qui ont à la publier et à enseigner les gens en leur parlant de cette Miséricorde, souvent, ne le savent pas eux-mêmes. C’est pourquoi, Je désire que cette image soit solennellement bénie, le premier dimanche après Pâques, et qu’elle reçoive les honneurs publics, afin que chaque âme en soit informée. Fais une neuvaine à l’intention de Saint-Père. Celle-ci doit se composer de 33 actes, c’est-à-dire  que tu répéteras 33 fois cette petite prière à la Miséricorde que Je t’ai apprise. »

341. La souffrance est le plus grand trésor sur cette terre, elle purifie l’âme. C’est dans la souffrance que nous reconnaissons qui est notre véritable ami.

342. L’amour authentique se mesure avec le thermomètre des souffrances. Jésus, je Vous remercie pour les petites croix quotidiennes, pour les contrariétés dans mes desseins, pour les peines de la vie commune, pour la mauvaise interprétation de mes intentions, pour les humiliations infligées par autrui, pour la manière revêche de nous traiter, pour les faux soupçons, pour ma faible santé, pour l’épuisement de mes forces, pour le sacrifice de ma propre volonté, pour l’anéantissement de moi-même, pour la désapprobation en tout, pour le dérangement de tous mes plans.

Je Vous remercie, Jésus, pour les souffrances intérieures, pour les sécheresses de l’esprit, pour les frayeurs, pour les peurs et les incertitudes, pour les ténèbres et la profonde nuit intérieure, pour les tentations et les diverses épreuves, pour les tourments qu’il m’est difficile d’exprimer, surtout pour ceux que personne ne peut comprendre, pour l’heure de la mort, pour son dur combat, pour toute son amertume.

Je Vous remercie, Jésus, Vous qui avez d’abord bu ce calice d’amertume avant de me le tendre. Voila que j’ai appliqué mes lèvres à ce calice de Votre sainte volonté. Qu’il soit fait selon Votre bon plaisir, et qu’il advienne de moi selon ce que Votre Sagesse a prévu de toute éternité. Je désire vider ce calice jusqu’à la dernière goutte. Dans l’amertume je trouve  ma joie, dans ma désespérance, ma confiance. En Vous, Seigneur, tout est bon, tout est donné par Votre Cœur paternel. Je ne préfère pas les consolations aux amertumes, ni les amertumes aux consolations, mais merci pour tout, Jésus ! C’est mon délice de fixer mes regards sur Vous, Dieu infini. Mon esprit séjourne dans ces mystérieuses réalités, et là je sens que je suis chez moi. Je connais bien la demeure de mon Epoux. Je sens qu’il n’y a pas en moi une seule goutte de sang, qui ne se consumerait d’amour pour Vous. O Beauté incroyable, celui qui a fait votre connaissance  ne peux rien aimer d’autre. Je sens que mon âme est un gouffre sans fond et que rien ne le comblera, sinon Dieu seul. Je sens que je me perd en Lui, comme un grain de sable dans un océan sans bornes.

343. 20.XII.1934. Un soir en entrant dans ma cellule, je vis Jésus exposé dans l’ostensoir. Il m’a semblé que c’était en plein air. Aux pieds de Jésus, je voyais mon confesseur et derrière lui un grand nombre de hauts dignitaires de l’Eglise, dont je n’avais jamais vu les ornements sacerdotaux, sauf en vision. Derrière eux, des membres du clergé, plus loin encore je vis de grandes foules, que je ne pouvais embrasser d’un coup d’œil. Je voyais les deux rayons sortant de l’Hostie, les mêmes qui sont sur l’image. Ils étaient étroitement unis, mais ne se confondaient pas. Ils passèrent par les mains de mon confesseur, puis par les mains de ce clergé et, de leurs mains, à la foule, puis revinrent à l’Hostie…et à ce moment je me suis vue dans ma cellule comme j’y étais entrée.

344. 22.XII.1934. Pendant un certain temps je fus obligée d’aller me confesser durant la semaine. Je suis arrivée quand mon confesseur célébrait la Sainte Messe. Pendant la troisième partie de la Sainte Messe, j’aperçus l’Enfant Jésus un peu plus petit que de coutume. Il avait une écharpe de couleur violette alors que d’habitude Il en porte une blanche.

345. 24.XII.1934. Vigile de Noël.
 Pendant la Sainte Messe du matin je sentis la proximité de Dieu et mon esprit, sans le vouloir, s’abîma en Lui. Soudain j’entendis ces mots : « Tu m’est une demeure agréable, Mon Esprit repose en toi. » Puis j’ai senti le regard du Seigneur sondant la profondeur de mon cœur. A la vue de ma misère, je m’humiliai en esprit admirant l’immense miséricorde divine, qui permet que le Très-Haut s’approche d’une telle misère.

Pendant la Sainte Communion, la joie inonda mon âme, je me sentais étroitement unie à la Divinité. Sa Toute Puissance absorba tout mon être. Pendant la journée, je sentis d’une manière singulière la proximité de Dieu. Bien que mes devoirs ne me permissent pas d’aller à la chapelle un seul instant de toute la journée, il n’y eut pas un moment où je ne fusse unie à Dieu.

Je Le sentais en moi, d’une manière plus sensible qu’autrefois. Je saluais sans cesse la Mère de Dieu pénétrant son esprit. Je la priai de m’apprendre le véritable amour de Dieu. Tout-à-coup j’ai entendu ces mots : « Cette nuit, pendant la Sainte Messe, Je partagerai avec toi le mystère de mon bonheur. »

Le dîner eut lieu avant six heures. Malgré la joie et le bruit extérieur qui accompagne toujours la cérémonie pendant laquelle on partage le pain azyme et l’on échange des vœux, je ne perdis pas un seul instant le sentiment de la présence divine. Après le souper nous nous sommes hâtées de finir notre travail, et à neuf heures je pus aller à la chapelle pour l’adoration.

J’ai reçu la permission de ne pas aller dormir, mais d’attendre la Messe de minuit. Je me réjouissais d’avoir du temps libre de neuf heures à minuit. De neuf heures à dix heures, j’ai offert mon adoration à l’intention de mes parents et de toute ma famille, de dix heures à onze heures à l’intention à l’intention de mon directeur spirituel. J’ai d’abord remercié Dieu de m’avoir donné, comme il me l’avait promis, cette grande aide visible sur terre. Je l’ai aussi prié de lui donner la lumière nécessaire pour connaître mon âme et me guider d’après le bon plaisir de Dieu. De onze heures à minuit j’ai prié pour la Sainte Eglise et pour le clergé, pour les pécheurs, pour les missions et pour nos maisons. J’offrais les indulgences pour les âmes du Purgatoire.

346. Minuit, 25.XII.1934.  La Messe de Minuit.

Dès le commencement de la Sainte Messe, j’ai éprouvé un grand recueillement intérieur, la joie inonda mon âme. Pendant  l’Offertoire, j’ai vu Jésus sur l’autel, d’une beauté incomparable. Cet Enfant ne cessait de regarder tout le monde, tendant Ses petites mains. Pendant l’Elévation, l’Enfant ne regardait plus la chapelle, mais vers le ciel. Après l’Elévation, Il nous regarda de nouveau, mais cela dura peu car, comme d’habitude, Il fut rompu par le prêtre et mangé. Mais Il avait déjà une écharpe blanche. Le lendemain je vis la même chose, et le surlendemain aussi. Il m’est difficile d’exprimer ma joie. Cette vision se répéta pendant les trois Saintes Messes, comme à la première.

1934. Le premier jeudi après Noël. J’avais complètement oublié que c’était aujourd’hui jeudi, je n’ai pas fait mon adoration et je suis allée avec les Sœurs tout de suite au dortoir à neuf heures.

Par extraordinaire je ne pouvais pas m’endormir. Il me semblait que j’avais encore quelque chose à faire. Mentalement je repassais  mes devoirs en revue, mais je ne pus rien me rappeler. Cela dura jusqu’à dix heures. Je vis alors la Face de Jésus supplicié. Et soudain Jésus me dit : « Je t’attendais pour partager Mes souffrances, car qui les comprendra mieux que Mon épouse ? » J’ai demandé pardon à Jésus pour ma froideur, et, 348. honteuse, n’osant pas le regarder  mais le cœur contrit, je L’ai prié de daigner me donner une épine de Sa couronne. Jésus me répondit qu’il m’accorderait cette grâce, mais le lendemain, et la vision disparut sur le champ.
Le matin suivant, à la méditation, je sentis comme une douloureuse épine dans ma tête, du côté gauche. Cette douleur dura toute la journée et je ne cessais de me demander comment Jésus avait pu supporter la douleur de toutes les épines qui formaient Sa couronne. J’ai uni mes souffrances à celles de Jésus et je les ai offertes pour les pécheurs.

A quatre heures, quand je suis venue pour l’adoration, je vis une de nos élèves, qui offensais Dieu terriblement par des péchés d’impureté. Je voyais aussi la personne avec qui l’élève péchait. La peur s’empara de mon âme et je priais Dieu, par les douleurs de Jésus, de daigner l’arracher à cette affreuse misère.

349. Jésus me répondit qu’Il lui accorderait cette grâce, non pour elle, mais à cause de ma prière. Alors j’ai compris combien nous devions prier pour les pécheurs et particulièrement pour nos élèves.

Notre vie est vraiment apostolique. Je veux imaginer une religieuse qui virait dans nos maisons, c'est-à-dire dans notre communauté, et qui ne serait pas animée de l’esprit apostolique. La ferveur pour le salut des âmes devrait brûler dans nos cœurs.

350. O mon Dieu, qu’il est doux de souffrir pour vous dans les recoins les plus secrets du cœur, dans la plus grande solitude; de brûler comme une offrande que personne ne remarque, pure comme le cristal, sans consolation ni compassion. Mon esprit brûle en proie à un amour actif. Je ne perds pas de temps en rêveries. Je prends chaque instant séparément, car cela est en mon pouvoir. Le passé ne m’appartient plus, l’avenir n’est pas encore à moi. De toute mon âme, je tâche de profiter du temps présent.

4.I.1935. Le premier chapitre de Mère Borgia.
351. Pendant ce chapitre, la Mère mit l’accent sur la vie de foi et la fidélité dans les petites choses. Vers la moitié du chapitre, j’ai entendu ces paroles : « Je désire qu’il y ait plus de foi en vous au moment présent. Quelle grande joie Me cause la fidélité de mon épouse dans les petites choses. » - Alors j’a regardé la croix et j’ai vu que Jésus avait la tête tournée vers le réfectoire, Ses lèvres remuaient.
Quand j’en ai parlé à la Mère Supérieure, elle me répondit : « Vous voyez, ma Sœur combien Jésus exige que notre vie soit une vie de foi. »
352. Puis la Mère se rendit à la chapelle, et moi, je restais pour mettre la pièce en ordre et j’entendis soudain ces mots : « Dis à toutes les Sœurs que j’exige qu’au temps présent, elles vivent leurs rapports avec les Supérieures, dans un esprit de foi. » J’ai prié mon confesseur de me dispenser de ce devoir.

353. Un jour que je parlais avec une personne, qui devait peindre cette image,, mais qui pour certaines raisons ne le faisait pas, j’entendis cette voix dans mon âme : « Je désire qu’elle soit plus obéissante. » J’ai compris que les plus grands efforts, s’ils n’ont pas le cachet de l’obéissance, ne sont pas agréables à Dieu. Je parle ici pour une âme religieuse. O Dieu, qu’il est facile de connaître Votre Volonté dans un ordre religieux. Pour nous, les âmes consacrées, la volonté de Dieu est clairement tracée du matin au soir. Et dans les moments d’incertitude, nous avons nos Supérieurs, par lesquels Dieu nous parle.

354. 1934.I.1935 ; Veille du Nouvel An.
J’ai obtenu la permission de ne pas aller dormir, mais de prier à la chapelle. Une des Sœurs me demanda d’offrir une heure d’adoration pour elle, ce que j’ai accepté et j’ai prié pour elle pendant une heure. Pendant cette prière, Dieu me révéla que cette âme Lui était très agréable.
J’ai offert la deuxième heure d’adoration pour la conversion des pécheurs, tâchant particulièrement d’expier les outrages de l’heure présente, ceux qui offensent le plus le Seigneur.
J’ai offert la troisième heure à l’intention de mon père spirituel. J’ai instamment demandé pour lui la lumière pour certaine affaire.

Enfin, minuit sonne. La dernière heure de l’année. Je l’ai finie au nom de la Sainte Trinité. De même en son Saint Nom, j’ai commencé la première heure du Nouvel An. J’ai prié chacune des Trois Personnes de me bénir, et, avec grande confiance, j’ai dirigé mon regard vers la nouvelle année qui ne sera certainement pas exempte de souffrances.

355. Hostie Sainte, en Vous est contenu le testament  de la Miséricorde divine pour nous, et spécialement pour les pauvres pécheurs.

Hostie Sainte, en Vous sont contenus le Corps et le Sang de Jésus, preuves de l’infinie Miséricorde envers nous et spécialement envers les pauvres pécheurs.

Hostie Sainte, en Vous sont contenues la vie éternelle et l’infinie Miséricorde, qui nous sont abondamment accordées, particulièrement aux pauvres pécheurs.

Hostie Sainte, en Vous est contenue la Miséricorde du Père, du Fils et du Saint Esprit envers nous et particulièrement envers les pauvres pécheurs.

Hostie Sainte, en vous est contenu le prix infini de la Miséricorde, qui paye toutes nos dettes et particulièrement celles des pauvres pécheurs.

Hostie Sainte, en vous est contenue la Source de l’eau vive, jaillissante de l’infinie Miséricorde pour nous et particulièrement pour les pauvres pécheurs.

Hostie Sainte, en vous est contenu le feu du plus pur amour, qui flambe au sein de Père Eternel comme d’un volcan d’infinie Miséricorde pour nous et particulièrement pour les pauvres pécheurs.

 Hostie Sainte, en Vous est contenu le remède à toutes nos faiblesses, découlant de l’infinie Miséricorde comme d’une source, pour nous et particulièrement pour les pauvres pécheurs.

Hostie Sainte, en vous est contenu le lien entre Dieu et nous, don de l’infinie Miséricorde envers nous et particulièrement envers les pauvres pécheurs.

Hostie Sainte, en vous sont contenus tous les sentiments du Très doux Cœur de Jésus envers nous et particulièrement envers les pauvres pécheurs.

Hostie Sainte, notre unique espoir, dans toutes les souffrances et les contrariétés de la vie.

Hostie Sainte, notre unique espoir, au milieu des ténèbres et des orages intérieurs et extérieurs.

Hostie Sainte, notre unique espoir, dans la vie et à l’heure de notre mort.

Hostie Sainte, notre unique espoir, au milieu des insuccès et dans l’abîme des désespoirs.

Hostie Sainte, notre unique espoir, au milieu de la fausseté et des trahisons.

Hostie Sainte, notre unique espoir, au milieu des ténèbres et de l’impiété qui submergent la terre.

Hostie Sainte, notre unique espoir, au milieu de la nostalgie et de la douleur résultant de l’incompréhension de tous.

Hostie Sainte, notre unique espoir, au milieu du travail pénible et de la monotonie de la vie quotidienne.

Hostie Sainte, notre unique espoir, au milieu de la destruction de nos espoirs et de nos efforts.

Hostie Sainte, notre unique espoir, au milieu des ravages de l’ennemi et des efforts de l’enfer.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous, lorsque les fardeaux dépasseront mes forces et quand je verrai l’inutilité de mes efforts.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous lorsque les orages secouent mon cœur et que l’esprit effrayé penche vers le doute.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous lorsque mon cœur va frémir et quand la sueur mortelle mouillera mon front.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous lorsque tout sera conjuré contre moi et que le sombre désespoir envahira mon âme.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous lorsque mon regard va se détourner des choses temporelles et que mon esprit verra pour la première fois des mondes inconnus.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous, lorsque les travaux vont surpasser mes forces et que l’insuccès sera mon constant partage.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous, lorsque l’accomplissement des vertus me semblera difficile et que la nature se révoltera.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous, lorsque les coups de l’ennemi serons dirigés contre moi.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous, lorsque mes fatigues et mes efforts seront méconnus des hommes.

Hostie Sainte, j’ai confiance en Vous, lorsque Vos jugements retentiront sur moi, alors j’aurai confiance en votre Miséricorde sans limites.

356. Très Sainte Trinité, j’ai confiance en votre infinie Miséricorde. Dieu est mon Père. Donc moi, Son enfant, j’ai tous les droits sur Son divin Cœur. Et plus les ténèbres son grandes, plus totale doit être notre confiance.

357. Je ne comprends pas comment on peut ne pas avoir confiance en Celui qui peut tout. Tout est par Lui et rien sans Lui. Lui, le Seigneur, ne permettra ni n’admettra la confusion de ceux qui ont mis toute leur confiance en Lui.

358. 10.1.1935. Jeudi soir pendant la bénédiction certaines pensées commencèrent à me tourmenter : Est-ce que, par hasard, tout ce que je dis au sujet de cette grande Miséricorde de Dieu ne serait pas mensonge ou illusion ?... Je voulais réfléchir un moment là-dessus, quand, soudain, j’entendis une voix intérieure forte et distincte : « Tout ce  que tu dis de Ma bonté est la vérité et il n’y a pas d’expression suffisante pour la louer. » - Ces paroles étaient si pleine de puissance et si claires, que je donnerais ma vie pour elles : elles viennent de Dieu. Je Le reconnais à la paix profonde qui m’envahit alors et continue de m’accompagner.
358 morceau
Cette paix me donne une puissance et une force si grande, que toutes les difficultés, les contrariétés, les souffrances et la mort même ne sont rien. Cette lumière souleva un coin du voile et je vis que tous mes efforts pour que les âmes connaissent la Miséricorde du Seigneur, sont très agréables à Dieu. Cela fit naître une si grande joie dans mon âme, que je ne sais si, au Ciel, elle peut être plus grande. Oh !si les âmes voulaient écouter, au moins un peu, la voix de leur conscience et la voix, ou plutôt  les inspirations de l’Esprit Saint ! Je dis : « au moins un peu », car lorsque nous nous livrons à l’influence de l’Esprit Saint divin, Il complète Lui-même ce qui nous manque.

359. Nouvel An 1935.
Jésus aime entrer dans les menus détails de notre vie. Bien des fois, Il réalise mes secrets désirs que je Lui cache parfois, bien que je sache que rien ne peut être caché devant Lui.
Il est en usage chez nous, le jour de l’An, de tirer au sort des Patrons particuliers pour toute l’année. Le matin, pendant la méditation, un secret désir s’éveilla en moi que Jésus Eucharistie soit mon Patron particulier pour cette année comme avant. Cependant, cachant ce désir à mon Bien-aimé, je Lui parlai de tout, sauf de cela. Quand nous sommes arrivées au réfectoire pour déjeuner, après le signe de croix, nous commençâmes à tirer au sort. Lorsque je me suis approchée des petites images où sont inscrits les Patrons j’en ai pris une sans réfléchir. Cependant pour me mortifier pendant quelques minutes, je ne l’ai pas lue tout de suite.

Soudain j’entendis une voix dans mon âme : « Je suis ton Patron, lis. » A ce moment, j’ai regardé l’inscription et j’ai lu : Patron pour l’année1935, la Sainte Eucharistie ». Mon cœur frémit de joie. Je me suis éloignée discrètement du cercle des Sœurs et je suis allée, pendant un court instant, devant le Saint Sacrement et là j’ai soulagé les sentiments de mon cœur. Cependant Jésus me fit doucement remarquer qu’en ce moment, je devais être en communauté avec les Sœurs, j’y suis immédiatement retournée, conformément à la règle.

360. Sainte Trinité, Dieu unique, inconcevable dans la grandeur de Votre Miséricorde envers les créatures et particulièrement envers les pauvres pécheurs. Vous avez révélé l’abîme de Votre Miséricorde inconcevable dont aucune intelligence humaine, ni angélique ne sondera jamais les limites. Notre néant et notre misère s’anéantissent dans Votre grandeur. O Bonté infinie, qui vous louera dignement ? Se trouvera-t-il une âme, qui Vous comprenne dans Votre amour ? O Jésus, de telles âmes existent, mais il n’y en a pas beaucoup.

361. Un jour, pendant la méditation matinale, j’ai entendu cette voix : « Je suis Moi-même ton directeur, Je l’étais, Je le suis et Je le serai. Quand tu M’as prié de te donner une aide visible, Je te l’ai accordée, l’ayant choisie Moi-même avant même que tu Me l’aies  demandé, car ainsi l’exigeait Mon œuvre. Sache que les fautes que tu commets envers lui, blessent Mon Cœur. Surtout garde-toi d’être indépendante, que chacun des plus petits détails portent le cachet de l’obéissance. »
Le cœur humilié et anéanti, j’ai demandé pardon à Jésus pour ces fautes. J’ai également demandé pardon à mon Père spirituel et j’ai pris la résolution de ne rien faire plutôt que d’agir à tort et à travers.
362. O Bon Jésus, je vous remercie pour cette grande grâce de me faire comprendre que je suis en moi-même misère et péché, rien de plus. Par moi-même je ne puis qu’une chose : Vous offenser, Ô mon Dieu. Car la misère ne peut rien faire d’autre par elle-même que Vous offenser, ô Bonté infinie !

363. Un jour on m’a demandé de prier pour une âme, j’ai résolu tout de suite de faire une neuvaine à la Miséricorde du Seigneur, en y joignant une mortification, celle de porter des chaînettes aux deux pieds pendant la Sainte Messe. Au bout de trois jours de pratique de cette mortification, je suis allée me confesser et j’ai fait part à mon Père spirituel de la mortification que j’avais entreprise, présument qu’il n’aurait rien contre. Mais j’entendis le contraire, à savoir que je ne devais rien faire seule, sans permission.
O mon Jésus, voilà que de nouveau j’ai été indépendante. Mais je ne me décourage pas de ces chutes, je sais bien que suis misère. Ma santé m’interdit les mortifications et mon Père spirituel s’étonnait que je fasse de plus grandes mortifications, sans autorisation. J’ai demandé pardon pour avoir agi de ma propre volonté, ou plutôt, pour avoir présumé la permission. Je lui ai demandé une autre mortification à la place.

364. Il me proposa une mortification intérieure, notamment ; je devais considérer, pendant la Sainte Messe, pourquoi Jésus a consenti à être baptisé. Cette méditation n’était pas une mortification pour moi, car ce m’est un délice de penser à Dieu. Mais il y avait là une mortification de la volonté, puisque je faisais, non pas ce qui me plaisait, mais ce qui m’était indiqué. C’est en cela que consiste la mortification intérieure.
Lorsque je me suis éloignée du confessionnal et que j’ai commencé à réciter ma pénitence, j’entendis ces mots : « J’ai  accordé la grâce que tu M’avais demandée pour cette âme, cependant je ne l’ai pas fait à cause de la mortification que tu t’étais toi-même choisie. C’est pour ton acte d’obéissance absolue envers celui qui Me représente, que J’ai accordé à cette âme la grâce pour laquelle tu as intercédé auprès de Moi, et pour laquelle tu as imploré Ma Miséricorde. Sache que lorsque tu détruis ta volonté propre, la mienne règne en toi. »

365. O mon Jésus, soyez patient avec moi, je serai plus attentive à l’avenir. Je ne m’appuierai plus sur moi-même, mais sur Votre grâce et sur Votre bonté, qui sont si grandes pour moi qui suis si misérable.

Une fois, Jésus me fît connaître que lorsque je Le priais aux intentions qu’on me confiait, Il était toujours prêt à accorder Ses grâces, mais que les âmes ne voulaient pas toujours les accepter. « Mon Cœur déborde d’une grande miséricorde pour les âmes et particulièrement pour celles des pauvres pécheurs. Si elles pouvaient comprendre que Je suis le meilleur des Pères, que c’est pour elles que le Sang et l’Eau ont jailli  de Mon Cœur comme d’une source pleine de miséricorde. Pour elles Je demeure au tabernacle comme Roi de Miséricorde. Je désire combler les âmes de grâces, mais elles ne veulent pas les accepter. Toi au moins, viens vers Moi le plus souvent possible et prends ces grâces qu’elles ne veulent pas. Ainsi tu consoleras Mon Cœur. Oh ! Que l’indifférence des âmes pour tant de bonté, tant de preuves d’amour est grande! Mon Cœur n’est abreuvé que d’ingratitude et d’oubli de la part des âmes qui vivent dans le monde. Elles ont du temps pour tout, mais elles n’ont pas de temps pour venir vers Moi, ni pour chercher des grâces.

Je me tourne donc vers vous, âmes choisies, est-ce que, vous aussi resterez aveugles à l’amour de Mon Cœur ? Et ici aussi, Mon Cœur éprouve une déception. Je ne trouve pas en vous un abandon total à Mon amour, mais tant de réserves, tant de méfiance, tant de précautions !
Pour te consoler, Je te dirai qu’il y a des âmes vivant dans le monde, qui M’aiment sincèrement. Je séjourne avec délices en elles. Mais elles sont peu nombreuses. Dans les couvents aussi il y a des âmes qui remplissent Mon Cœur de joie : Mes traits sont gravés en elles et c’est pour cela que le Père Céleste les regarde avec une prédilection particulière. Elles seront un spectacle pour les Anges et les hommes. Mais leur nombre est très petit. Ce sont elles qui protègent le monde de la justice du Père Céleste et qui lui obtiennent miséricorde, par leur prières. L’amour de ces âmes et leurs sacrifices soutiennent l’existence du monde.
C’est l’infidélité d’une âme, spécialement élue par Moi, qui blesse le plus douloureusement Mon Cœur : ces infidélités sont des larmes qui Me transpercent le Cœur. »

367. 29.1.1935. Ce mardi matin, pendant la méditation, j’ai aperçu intérieurement, le Saint-Père qui célébrait la Sainte Messe. Après le Pater Noster il causait avec Jésus de cette affaire que Jésus m’a ordonné de lui dire. Bien que je n’en aie jamais parlé au Saint-Père personnellement, mais que ces affaires soient arrangées par quelqu’un d’autre, à cet instant, j’ai su, par connaissance intérieure, qu’il y réfléchissait et que dans peu de temps, l’affaire serait conclue selon les désirs de Jésus.

368. Avant la retraite de huit jours, je suis allée chez mon directeur spirituel et je l’ai prié de me désigner certaines mortifications pour le temps de la retraite. Il ne m’en a permis que quelques unes seulement, et non toutes celles que je désirais. J’ai reçu la permission de faire une heure de méditation sur la Passion de Jésus et de m’imposer certaines humiliations. J’étais un peu mécontente de ne pas avoir reçu la permission pour tout ce que je lui avais demandé. Quand nous sommes rentrées à la maison, j’ai passé un moment à la chapelle et j’entendis dans mon âme une voix « Une heure de méditation sur Ma douloureuse Passion a un plus grand mérite, que toute une année de flagellation jusqu’au sang. La considération de Mes Plaies douloureuses est d’un grand profit pour toi et Me procure une grande joie. Je suis étonné que tu n’aies pas encore renoncé complètement à ta propre volonté, mais Je me réjouis, car ce changement surviendra pendant la retraite. »
369. Le même jour, alors que j’étais à l’église, pour me confesser, j’ai aperçu ces mêmes rayons sortant de l’ostensoir. Ils se répandaient dans toute l’église. Cela dura pendant tout l’office. Après la bénédiction, ils se répandirent des deux côtés, puis revinrent à l’ostensoir. Leur aspect était clair et transparent comme du cristal. J’ai prié Jésus qu’il daigne allumer le feu de son amour dans toutes les âmes froides. Sous ces rayons, leur cœur se réchaufferait, même s’il était froid comme de la glace, et il serait réduit en poussière, même s’il était dur comme le roc.

370.  J.M.J.     Wilno, 4,11.1935

  Retraite de  huit jours.

Jésus, Roi de Miséricorde, voici revenu le moment où je reste en tête avec Vous, c’est pourquoi je Vous supplie par tout l’amour dont brûle Votre divin Cœur, détruisez en moi, tout amour propre et, par contre, enflammez mon cœur du feu de Votre très pur amour.

371. Le soir, la conférence finie, j’ai entendu ces mots : « Je suis avec toi. Pendant cette retraite, je t’affermirai dans la paix et le courage, pour que les forces ne te manquent pas dans l’accomplissement de Mes desseins. C’est pourquoi tu vas absolument renoncer à ta propre volonté pendant cette retraite et ainsi toute Ma volonté s’accomplira en toi. Sache que cela va te coûter beaucoup, c’est pourquoi écris sur une carte blanche ces mots : « A partir d’aujourd’hui ma volonté propre n’existe plus. » Et raye la carte.
De l’autre côté, écrit ces mots : « A partir d’aujourd’hui j’accomplis la volonté de Dieu, partout, toujours, en tout. » Ne t’effraie de rien. L’amour t’en donnera la force et en facilitera l’accomplissement. »

372. Méditation fondamentale sur le but c’est-à-dire sur les choix de l’Amour. L’âme doit aimer, elle a besoin d’aimer. L’âme doit déverser son amour, non pas dans la boue, ni dans le vide, mais en Dieu. Comme je me réjouis quand je réfléchis là-dessus, car je sens réellement que Lui seul est dans mon cœur. Jésus, Seul, Unique. J’aime les créatures en tant qu’elles m’aident à m’unir à Dieu. J’aime tous les hommes parce que je vois en eux l’image divine.

373. J.M.J.       Wilno, 4.11.1935
 

A partir d’aujourd’hui ma volonté propre n’existe plus

Au moment où je m’agenouillais pour rayer ma volonté propre, comme le Seigneur m’a dit de le faire, j’ai entendu dans mon âme cette voix : « A partir d’aujourd’hui, n’aie pas peur des jugements de Dieu, car tu ne seras pas jugée. »

J.M.J.        Wilno, 4.11 1935
 

A partir d’aujourd’hui j’accomplis la volonté de Dieu, partout, toujours, en tout.

J.M.J.        Wilno, 8.11.1935

Le travail intérieur, personnel, ou examen de conscience. Du renoncement de soi et de sa volonté propre.
I Le renoncement de la raison : c’est-à-dire soumettre ma raison à celle de ceux qui remplacent Dieu sur terre auprès de moi.

II Le renoncement de la volonté : c’est-à-dire, accomplir la volonté de Dieu qui se manifeste à moi dans la volonté de ceux qui tiennent la place de Dieu auprès de moi, ainsi que dans le règlement de notre ordre religieux.

III Le renoncement du jugement : c’est-à-dire accepter immédiatement, sans réfléchir, sans analyser, ni raisonner chaque ordre, qui m’est donné par ceux qui tiennent la place de Dieu auprès de moi.

IV Le renoncement de ma langue. Je ne lui donnerai aucune liberté. En un seul cas, elle sera totalement libre : pour la proclamation de la gloire de Dieu. A chaque fois que je communie, je prie Jésus qu’il daigne fortifier et purifier ma langue, pour que je ne blesse pas mon prochain. C’est pour cela que j’ai le plus grand respect pour la règle qui parle du silence.

375. Mon Jésus,  j’ai confiance que Votre grâce m’aidera à tenir ces résolutions. Bien que ces articles soient contenus dans le vœu d’obéissance, je veux pourtant m’y exercer d’une manière particulière, car c’est l’essence de la vie religieuse. Miséricordieux Jésus, je Vous en prie ardemment,  éclairez mon esprit pour que je puisse mieux Vous connaître, Vous qui êtes l’Être infini, et pour que je puisse mieux me connaître, moi qui suis le néant même.

376. De la Sainte confession. Nous devrions tirer deux profits de la Sainte Confession. Nous allons nous confesser :
1. Pour la guérison.

2. Pour l’éducation. Notre âme a besoin, comme un petit enfant, d’une éducation continuelle. O mon Jésus, je comprends ces mots à fond et je sais, par expérience,  que lâme n’arrivera pas loin par ses propres forces. Elle peinera beaucoup rt ne fera rien pour la gloire de Dieu. Elle va s’égarer constamment, car mon esprit est obscur et ne sait pas discerner en ce qui le concerne. Je vais appliquer mon attention spécialement sur deux points :
1. Choisir en me confessant, ce qui m’humilie le plus, serais-ce une chose minime, pourvu que cela me coûte beaucoup et voilà pourquoi je le dirai.

2. Je vais m’exercer à la contrition, non seulement pendant la confession, mais à chaque examen de conscience. Je vais éveiller en moi la contrition parfaite, surtout au moment d’aller me coucher.

Encore un mot : l’âme, qui désire sincèrement avancer dans la perfection, doit s’en tenir strictement aux conseils que lui donne son conseiller spirituel. Autant de sainteté que de dépendance.

377. Un jour où je causais avec mon directeur, j’aperçus intérieurement, et dans un éclair, son âme en proie à une grande souffrance, à un supplice tel que rares sont les âmes que Dieu touche d’un pareil feu. Cette œuvre en était la cause. Un jour viendra où cette œuvre tant recommandée par Dieu paraissant presque réduite à néant, resurgira soudain sous l’action de Dieu avec une grande force qui témoignera de sa vérité. Et bien qu’elle existât depuis longtemps déjà, elle donnera une nouvelle splendeur à l’Eglise. Personne ne peut nier que Dieu est infiniment miséricordieux. Il désire que tout le monde le sache, avant qu’il ne revienne comme Juge. Il veut que les âmes Le connaissent d’abord comme Roi de Miséricorde. Quand viendra ce triomphe, nous serons déjà dans cette vie nouvelle où il n’y a plus de souffrance. Mais, avant cela, « votre âme sera abreuvée d’amertume devant l’anéantissement de vos efforts. » Cependant cet anéantissement ne sera qu’apparent, car Dieu ne change pas ce qu’Il a une fois décidé. Mais bien que l’anéantissement ne soit qu’apparent, pourtant la souffrance sera bien réelle.
Quand cela arrivera-t-il ? Je ne le sais pas. Combien de temps cela durera-t-il ? Je l’ignore. Mais Dieu m’a promis une grande grâce particulière ainsi qu’à tout ceux qui proclameront la grandeur de Sa Miséricorde. Il les défendra à l’heure de la mort. Lorsqu’un pécheur se tourne vers Sa Miséricorde, même si ses péchés étaient noirs comme la nuit, il Lui rend la plus grande gloire et fait honneur à Sa Passion. Lorsqu’une âme glorifie Sa bonté, alors le démon tremble à cette vue et s’enfuit au fond de l’enfer.
Au cours d’une adoration, Jésus m’a promis : « J’agirai, à l’heure de leur mort, selon Mon infinie Miséricorde, envers les âmes qui auront recours à Ma Miséricorde, et envers celle qui la glorifieront et en parleront aux autres. »
« Mon Cœur souffre, dit Jésus, à cause des âmes choisies, qui ne comprennent pas elles-mêmes l’immensité de Ma Miséricorde. Leur relation envers Moi, d’une certaine manière, comporte de la méfiance. Oh !  Comme cela blesse Mon Cœur ! Souvenez-vous de Ma Passion et si vous ne croyez pas à Mes paroles, croyez au moins à mes plaies. »

379. Je ne ferai aucune démarche, aucun geste, selon ma propre inclination, car je suis liée par la grâce. Je suis constamment attentive à ce qui est le plus agréable à Jésus.

380. Pendant§ une méditation sur l’obéissance, j’ai entendu ces paroles : « Le prêtre parle, ici, exceptionnellement pour toi, sache que J’emprunte sa bouche. » Je m’efforçais d’écouter avec la plus grande attention, et j’appliquais tout à mon cœur comme pour chaque méditation. Lorsque le prêtre a dit que l’âme obéissante se remplit de la force de Dieu – « Oui quand tu es obéissante, Je t’enlève ta faiblesse et en échange Je te donne Ma force. Cela m’étonne que les âmes ne veuillent pas faire cet échange avec Moi. » J’ai dit : « Jésus, éclairez mon âme, sinon, moi non plus, je ne comprendrai pas bien ces paroles. »

381. « Je sais que je ne vis pas pour moi, mais pour un grand nombre d’âmes. Je sais que les grâces, qui me sont accordées, ne sont pas seulement pour moi, mais aussi pour les autres. O Jésus, l’immensité de Votre Miséricorde se déverse en mon âme qui est le gouffre même de la misère. Je Vous remercie Jésus, pour les grâces et les parcelles de la Croix que Vous me donnez à chaque instant de ma vie. »

382. Au commencement de la retraite, j’ai aperçu Jésus cloué à la Croix, sur le plafond de la chapelle. Il regardait les Sœurs avec un grand amour, mais pas toutes. Il y a trois Sœurs sur lesquelles Jésus jetait un regard sévère, je ne sais pour quelle raison. Je sais seulement qu’il est terrible de rencontrer un tel regard qui est celui d’un Juge sévère. Ce regard ne me concernait pas et cependant je fus saisie de crainte et de frayeur. J’en frémis encore tout en écrivant ces mots. Je n’ai pas osé en dire le moindre mot à Jésus. Mes forces s’en allaient et je craignis ne plus pouvoir rester jusqu’à la fin de la conférence.
Le lendemain, j’ai vu de nouveau la même chose que la première fois. Et j’ai osé dire : «   Jésus, comme Votre Miséricorde est grande. »
Le troisième jour, le regard bienveillant sur toutes les Sœurs, excepté ces trois, se reproduisit encore. Alors je pris mon courage à deux mains, et mue par l’amour du prochain je dis au Seigneur : « Vous qui êtes la Miséricorde même, comme Vous me l’avez affirmé, je Vous supplie, par la puissance de Votre Miséricorde, posez aussi Votre regard bienveillant sur ces trois Sœurs. Si cela ne s’accorde pas avec Votre Sagesse, je Vous en prie, faisons un échange : que le regard bienveillant que Vous portez sur mon âme soit pour elles, et que le regard sévère que Vous portez sur leur âme, soit pour moi. » Alors Jésus me dit : « Ma fille, pour ton amour sincère et magnanime, Je leur accorde beaucoup de grâces, bien qu’elles ne Me prient pas. Mais c’est à cause de la promesse que Je t’ai faite. » Et, au même instant Il embrassa aussi du regard ces trois Sœurs. Une grande joie me fit battre le cœur, à la vue de la Bonté divine.

383. Je suis restée en adoration de 9 heures à 10 heures, ainsi que quatre autres Sœurs. M’approchant de l’autel, j’ai commencé à méditer la Passion de Jésus. Au même instant une terrible douleur inonda mon âme à cause de l’ingratitude d’un si grand nombre d’âmes qui vivent dans le monde. Et plus encore à cause de celle des âmes spécialement choisies par Dieu. On ne peut s’en faire une idée ni tenter de comparaison. A la vue de cette ingratitude des plus noires, je sentis comme si mon cœur se déchirait. Mes forces physiques m’abandonnaient complètement. Je me suis prosternée et sans me cacher, je pleurais tout haut. Chaque fois que je pensais à la grande  Miséricorde de Dieu et à l’ingratitude des âmes, la douleur transperçait mon cœur. J’ai compris aussi combien le Doux Cœur de Jésus en est douloureusement blessé. J’ai renouvelé d’un cœur ardent mon acte d’offrande pour les pécheurs.

384. Avec joie et envie j’ai pressé mes lèvres à l’amertume du calice que je prend chaque jour pendant la Sainte Messe.. Je ne la donnerai à personne, la goutte que Jésus me réserve à chaque moment. Je vais consoler le très doux Cœur Eucharistique de Jésus. Je jouerai de belles mélodies sur les cordes de mon cœur, la souffrance est la plus douce musique. Je vais assidûment  rechercher ce qui peut aujourd’hui réjouir Son Cœur.
Les jours de la vie ne sont pas monotones. Quand les nuages noirs me cacheront le soleil, je fendrai les nuées comme un aigle et je signalerai à tos que le soleil ne s’éteint pas.

385. Je sens que Dieu me permettra de soulever le voile pour que la terre ne doute pas de Sa bonté. Dieu n’est sujet ni à éclipse, ni à changement, Il est pour tous les siècles Un et Le Même. Rien ne peut s’opposer à Sa volonté. Je sens en moi une force plus grande que la force humaine : un courage et une force issus de la grâce qui demeure en moi. Je comprends les âmes qui souffrent du manque d’espoir, j’ai moi-même expérimenté ce feu. Mais Dieu, n’impose rien au delà de nos forces. J’ai longtemps vécu dans l’espérance contre toute espérance et j’ai ainsi fait naître l’espérance jusqu’à la confiance totale en Dieu. Qu’il m’arrive ce qu’Il a décidé depuis tous les siècles.

Le principe général.

386. Il serait bien laid pour une religieuse de chercher du soulagement dans la souffrance.

387. Voici ce qu’on fait la grâce et la méditation, d’un très grand criminel. Celui qui meurt a beaucoup d’amour. « Souvenez-Vous de moi lorsque Vous serez dans Votre Royaume. » La vraie contrition change l’âme immédiatement. Il faut diriger la vie spirituelle sérieusement et sincèrement.

388. L’amour doit être réciproque. Si Jésus a bu pour moi toute l’amertume, moi, Son épouse, j’accepterai toutes les amertumes pour Lui prouver mon amour.

389. Celui qui sait pardonner se prépare de nombreuses grâces divines. Je pardonnerai sincèrement chaque fois que je regarderai le crucifix

390. L’union avec les âmes nous a été donnée au Sacrement du Saint-Baptème. La mort resserre l’amour. Je devrai toujours être une aide pour les autres. Si je suis une bonne religieuse, je serai utile non seulement à notre Ordre, mais aussi à ma Patrie.

391. Dieu donne Ses grâces de deux façons : par l’inspiration et par l’illumination. Si nous prions pour obtenir la grâce, Dieu nous la donnera. Il suffit de l’accepter, mais pour cela, i !l faut de l »abnégation. L’amour ne réside ni dans les mots, ni dans les sentiments, mais dans les actes. C’est un acte de volonté, c’est un don, c’est-à-dire une donation.

Raison, volonté, cœur : nous devons exercer ces trois facultés dans la prière. Je ressusciterai en Jésus, mais d’abord je dois vivre en Lui. Si je ne me sépare pas de la croix, alors l’Evangile fera son chemin en moi. Jésus efface en moi toutes mes imperfections. Sa grâce agit sans cesse. La Sainte Trinité m’accorde Sa vie en plénitude par le don de l’Esprit Saint. Les Trois Personnes Divines demeurent en moi. Lorsque Dieu aime, Il le fait de tout Son Etre, de toute la puissance de Son Etre. Si Dieu m’a tant aimée, que dois-je faire, moi, Son épouse ?

392. Pendant une des conférences, Jésus me dit : « Dans la petite grappe élue, tu est une douce baie, Je désire que la sève, qui circule en toi, se communique aux autres âmes. »

393. Pendant le renouvellement des vœux, j’aperçus Jésus du côté de l’Epître, dans un vêtement blanc, ceint d’une ceinture dorée, Il tenait à la main un terrible glaive. Cela dura jusqu’au moment où les Sœurs commencèrent à renouveler leurs vœux
Soudain je vis une clarté insoutenable, et en avant de cette clarté, un plateau de nuage blanc en forme de balance. Jésus s’approcha et mis le glaive sur un plateau de la balance, qui tomba sous son poids, vers la terre, et faillit la toucher complètement. A ce moment les Sœurs finissaient le renouvellement de leurs vœux. Et je vis des Anges prendre à chaque Sœur quelque chose qu’ils mettaient dans un vase d’or, qui avait la forme d’un encensoir. Lorsqu’ils eurent fait le tour de toutes les Sœurs, ils déposèrent sur le second plateau de la balance le vase dont le poids l’emporta tout de suite sur celui du plateau avec le glaive. Alors une flamme jaillit de l’encensoir et monta jusqu’à la clarté. Et soudain j’entendis une voix venant de cette clarté : « Remettez le glaive à sa place, il a moins de poids que le sacrifice. » A ce moment Jésus nous accorda Sa bénédiction, et tout ce que j’avais vu, disparut.
Les Sœurs avaient déjà commencé à communier. Quand j’ai reçu la Sainte Communion, la joie inonda mon âme, une joie si grande que je ne pourrais la décrire.

394. Départ pour quelques jours à la maison paternelle chez ma mère qui se mourait.. J’ai appris que ma mère est très gravement malade, q’elle est mourante, et qu’elle me prie de venir, car elle veut me voir avant de mourir. Alors ce réveillèrent tous les sentiments de mon cœur. Comme une enfant aimant sincèrement sa mère, je désirais exaucer son désir . Mais j’ai laissé à Dieu la liberté d’agir et je me suis livrée complètement à Sa volonté. Sans faire attention à la  douleur de mon cœur, je suivais la volonté divine.

Le jour de ma fête, le 15 février au matin, la Mère Supérieure me remit une seconde lettre de ma famille et m’accorda la permission de retourner à la maison pour exaucer le désir et les prières de ma mère mourante. Tout de suite, j’ai fait les préparatifs nécessaires et le soir j’ai quitté Wilno. J’ai offert toute cette nuit pour ma mère gravement malade, afin que Dieu lui accorde la grâce de ne rien perdre des mérites de ses souffrances.

395. Mes compagnes de voyage étaient bien gentilles; plusieurs dames de la Congrégation mariale se trouvaient dans le même compartiment ; j’ai senti que l’une d’elle souffrait beaucoup et qu’un combat acharné se livrait dans son âme. J’ai prié pour cette âme. A onze heures, ces dames passèrent dans un autre compartiment pour causer et en attendant nous sommes restées toutes les deux seules, dans le wagon. Je sentis que ma prière augmentait encore le combat de cette âme. Je ne la consolais pas, aussi je priais encore plus ardemment. Enfin cette personne s’adressant à moi me pria de lui dire si elle devait accomplir une certaine promesse faite à Dieu. A ce moment, j’ai eu intérieurement connaissance de cette promesse et lui ai répondu : « Vous êtes obligée, Madame, d’accomplir cette promesse, car autrement, vous serez malheureuse toute votre vie. Cette pensée ne vous laissera pas en paix. » Etonnée de cette réponse, elle le dévoila toute son âme.
C’était une maîtresse d’école qui, lorsqu’elle devait passer un examen, promit à Dieu de se consacrer à Son service, c’est-à-dire entrer au couvent si elle était reçue à cet examen. Elle réussit très bien l’examen. Mais, dit-elle, « Je suis entrée dans le tourbillon du monde et je ne veux plus entrer au couvent. Cependant ma conscience ne me laisse pas en paix et malgré les distractions, je suis toujours mécontente. »
Après une assez longue conversation cette personne changea du tout au tout et me dit qu’elle allait tout de suite faire des démarches pour se faire religieuse. Elle me demanda de prier pour elle. Je sentais que Dieu ne lui épargnait pas ses grâces.

396. Le matin, j’arrivais à Varsovie et le soir à 8 heures, j’étais à la maison. Il est difficile de décrire quelle joie ce fut pour mes parents et pour toute la famille.
Ma mère se trouvait un peu mieux, cependant le médecin ne laissait aucun espoir quant à la guérison complète. Après nous être salués, nous sommes tous tombés à genoux pour remercier Dieu de la grâce de pouvoir nous rencontrer tous encore une fois dans cette vie.

397. En voyant prier mon père, j’étais bien honteuse, après tant d’années passées au couvent, de ne pas savoir prier avec autant de sincérité et de ferveur. Je ne cesse de rendre grâces à Dieu pour de tels parents.

398. Oh ! Comme tout avait changé en dix ans ! Impossible de rien reconnaître. Le jardin était si petit maintenant que je ne pouvais le reconnaître. Mes frères et sœurs que j’avais quittés encore enfants, étaient maintenant tous adultes… Je m’étonnais de ne pas les retrouver tels que lors de notre séparation.

399. Stasio m’accompagnait chaque jour à l’église. Je sentais que cette âme était très agréable à Dieu. Le dernier jour, quand il n’y avais plus personne à l’église, je suis allée devant le Saint Sacrement, et nous avons récité ensemble le Te Deum. Après un moment de silence j’ai offert cette âme au Très Doux Cœur de Jésus. Comme il m’était bon de prier dans cette petite église ! Je me suis souvenue de touts les grâces que j’y avais reçues, grâces que je ne comprenais pas alors et dont j’avais si souvent abusé, et je m’étonnais moi-même d’avoir pu être aussi aveugle. Je regrettais vivement mon aveuglement et, soudain j’ai vu Jésus, éclatant d’une beauté indicible. Il me dit gracieusement : « Mon élue, Je t’accorderai de plus grâces encore, pour que tu sois pendant toute l’éternité témoin de Mon Infinie Miséricorde. »

400. Ces jours à la maison passaient pour moi en grande compagnie, car chacun voulait me voir et causer un peu. Souvent je comptais jusqu’à vingt-cinq personnes. Elles écoutaient avec curiosité mes récits de la vie des saints. Je m’imaginais que notre maison était vraiment la maison de Dieu, car jusqu’au soir on ne parlait que de Lui. Lorsque, fatiguée par ces récits et soupirant après la solitude et le silence, je m’échappais le soir au jardin afin de pouvoir parler avec Dieu en tête-à-tête, cela non plus ne me réussissait pas. Mes frères et sœurs venaient tout de suite et me reconduisaient à la maison où, de nouveau, il me fallait parler avec tant d’yeux fixés sur moi !

Mais je parvins à trouver un peu de répit, et je priais mes frères, qui avaient de très belles voix, de chanter. De plus, l’un d’entre eux  jouait du violon, le second de la mandoline. Ce  qui me permettait  de prier spirituellement sans fuir leur société

Ce qui me coûtait beaucoup, c’étais d’embrasser les enfants. Des femmes de ma connaissance venaient avec leurs enfants et me priaient  de les prendre dans mes bras ne serais-ce que pour un instant, et les embrasser. Elles considéraient cela comme une grande grâce. Pour moi c’était une occasion  de m’exercer à la vertu, car plus d’un enfant était assez sale. Mais pour me vaincre et ne montrer aucune répugnance, je baisai deux fois un enfant sale. L’une d’elle apporta son enfant, qui avait les yeux malades et purulents, et me dit « Prenez-le un instant dans vos bras, ma Sœur. » Ma nature ressentait du dégoût, mais sans y prêter attention, je pris l’enfant dans mes bras, et je le baisai deux fois, juste à l’endroit purulent de l’œil, en demandant à  Dieu une amélioration. J’avais ainsi beaucoup d’occasions de m’exercer à la vertu.

En les écoutant tous exprimer leurs griefs, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de cœur joyeux, car il n’y avait pas de cœurs aimant sincèrement Dieu et cela ne m’a pas du tout étonnée. Je fus très peinée de ne pas voir deux de mes sœurs. Je sentis intérieurement que leur âme était en grand danger. Lorsque je pensais à elles, la douleur me serrait le cœur. Un jour, me sentant très près de Dieu, je priais ardemment le Seigneur de leur accorder Sa grâce. Le Seigneur me répondit : « Je leur accorde non seulement les grâces nécessaires, mais aussi des grâces particulières. » J’ai compris que le Seigneur les appellerait à une plus grande union avec Lui et je me réjouis profondément qu’un si grand amour règne dans notre famille.

401. Quand vint le moment de dire adieu à mes parents, je les priai de me bénir : j’ai senti la puissance de la grâce divine qui se déversa dans mon âme. Mon père, ma mère et ma marraine en me bénissant, les larmes aux yeux, me souhaitèrent la plus grande fidélité à la grâce divine. Ils me priaient de ne jamais oublier combien de grâces Dieu m’avait accordées en m’appelant à la vie religieuse et me demandaient de prier pour eux.
Tous pleuraient, mais moi, je ‘ai pas versé une seule larme. Je tâchais d’être courageuse et je les consolais tous de mon mieux, leur rappelant qu’au ciel il n’y aura plus de séparation. Stasio m’a reconduite jusqu’à la voiture. Je lui dis que Dieu aime beaucoup les âmes pures et l’assurai qu’il était content de lui Lorsque je lui parlai de la bonté divine et à quel point Dieu pense à nous, il se mit à pleurer comme un petit enfant. Je n’en fut pas étonnée, car c’était une âme pure, capable de reconnaître Dieu facilement.

402. Une fois installée dans la voiture, j’ai soulagé mon cœur et j’ai pleuré aussi comme une enfant, mais de joie parce que Dieu accordait tant de grâces à notre famille. Puis je me suis plongée dans l’action de grâces. . Le soir j’étais à Varsovie. J’ai d’abord salué le Maître de la maison, puis toute la communauté

403. Avant d’aller dormir, je suis venue dire bonsoir au Seigneur lui demandant pardon d’avoir si peu parlé avec Lui pendant mon séjour à la maison. J’entendis une voix dans mon âme : « Je suis très content que tu n’aies pas parlé avec Moi, car tu as fait connaître Ma bonté aux âmes, et tu les as éveillées à Mon amour. »

404. La Mère Supérieure me dit que, le lendemain, nous irions toutes deux à Jozefinek et que nous aurions l’occasion de parler avec la Mère Générale. J’en étais très contente. La Mère Générale est toujours la même, pleine de bonté, de paix et remplie de  l’Esprit Divin. J’ai longuement parlé’ avec elle. Nous avons  assisté à la bénédiction de l’après-midi.
404. On a chanté les litanies  du Très Doux Coeur de Jésus. Le Seigneur était exposé dans l’ostensoir, et au bout d’un moment, je vis le Petit Jésus sortir de l’Hostie , et venir Lui-même reposer dans mes bras. Cela dura un court instant. Une grande joie inonda mon âme. L’enfant Jésus avait la même apparence qu’au moment où nous sommes entrées dans la petite chapelle : la Mère Supérieure, mon ancienne Maîtresse, Mère Marie Josèphe, et moi-même.

406. Le lendemain, je me trouvais déjà à mon cher Wilno . Oh ! Comme je me sentais heureuse d’être de retour dans notre couvent. Il me semblait que j’y entrais pour la deuxième fois. Je ne pouvais assez jouir du calme et du silence où l’âme se plonge si facilement en Dieu. Tout y aide et personne ne la dérange.

Le Carême

407. Quand je me plonge dans la Passion du Seigneur, je vois souvent, pendant mon adoration, Jésus se présenter tel qu’ Il était après la flagellation, lorsque les bourreaux l’emmenèrent et Lui ôtèrent Son vêtement, qui déjà collait  à Ses Plaies. Celles-ci se rouvrirent  pendant  qu’ils ôtaient le vêtement. Alors on jeta sur les épaules du Seigneur et sur ses Plaies ouvertes un manteau rouge, sale et déchiré. Le manteau atteignait à peine les genoux .. On fit asseoir le Seigneur sur une poutre, puis on tressa une couronne d’épines, qu’on Lui posa sur la tête. On Lui mit en main un roseau et tous se moquaient de Lui et Lui rendaient hommage comme à un roi. Ils Lui crachaient au Visage d’autres prenaient le roseau et Le frappaient à la Tête, d’autres encore Lui voilaient la Face et le frappaient à coups de poings. Jésus supportait tout avec douceur. Qui le comprendra, qui comprendra Sa douleur ? Jésus avait le regard baissé à terre. J’ai ressenti ce qui se passait alors dans Son Coeur très doux. Que chaque âme considère ce que Jésus souffrait à cet instant. Ils s’acharnaient à insulter Jésus et je me demandais d’où venait une telle méchanceté dans l’homme. C’est le péché qui agit ainsi : l’ Amour et le péché se sont rencontrés.

408. Un jour où je me trouvais dans une certaine église avec une Sœur, pendant la Sainte Messe, j’ai éprouvé la grandeur et la Majesté de Dieu. Je sentais que cette église était imprégnée de Dieu… Sa Majesté m’enveloppait, elle m’effrayait et cependant, me remplissait de paix et de joie. J’ai vu que rien ne pouvait s’opposer à Sa Volonté. Oh ! i toutes les âmes savaient Qui demeure dans nos sanctuaires ! Il n’y aurait pas tant d’outrages ni de manque de respect dans les endroits sacrés.

409. O Eternel et inconcevable  Amour, je vous prie de m’accorder une grâce, éclairez ma raison de la lumière d’en haut, faites-moi connaître et apprécier toutes les choses d’après leur valeur. La plus grande joie de mon âme est de connaître la vérité.

410. 21.III.35. Souvent, pendant la Sainte Messe, je vois le Seigneur en mon âme, je sens sa présence qui me transperce. Je sens Son divin regard, je converse avec Lui, sans dire un mot. Je sais ce que désire Son Divin Cœur, et j’accomplis toujours ce qui Lui plait le plus. Je L’aime à la folie et je sens que je suis aimée de Dieu. Dans les moments où je Le rencontre dans les profondeurs de mon âme, je me sens si heureuse que je ne peut l’exprimer. Ce sont de courts instants car l’âme ne pourrait les supporter plus longtemps : la séparation d’avec le corps devrait suivre un si grand bonheur. Ces moments sont très courts, mais leur puissance se communique à l’âme et s’y prolonge longtemps. Sans le moindre effort je sens qu’un profond recueillement  s’empare alors de moi qui ne diminue pas, même si je parle avec des gens. Il ne me dérange pas non plus dans l’accomplissement de mes devoirs. . Je sens la continuelle présence de Dieu, sans aucun effort, je sais que je Lui suis unie aussi étroitement que la goutte d’eau à l’insondable océan.

Jeudi dernier, vers la fin des prières, j’ai senti cette grâce qui a duré, exceptionnellement, pendant toute la Sainte Messe. Je pensais qu j’allais mourir de joie. Dans ces moments-là, j’apprends à mieux connaître Dieu et Ses attributs, ainsi que moi-même et ma misère, et je m’étonne de l’immense abaissement de Dieu envers une âme aussi misérable que la mienne. Après la Sainte Messe, je me sentais toute plongée en Dieu et chacun de ses regards dans le fond de mon être reste présent à mon esprit.

411. Vers midi, j’ai passé un instant à la chapelle et de nouveau la puissance de la grâce frappa mon cœur. Alors que je persévérais dans le recueillement, Satan pris un pot de fleurs et le jeta ç terre de toutes ses forces avec colère. Je vis tout son acharnement et sa jalousie ! Il n’y avait personne à la chapelle, je me suis donc levée, j’ai ramassé le pot brisé, j’ai replanté la fleur et je voulais la remettre à sa place, avant que quelqu’un ne vienne à la chapelle. Je n’y suis pas arrivée : car aussitôt la Mère Supérieure, la Sœur sacristine et plusieurs autres Sœurs entrèrent.
La Mère Supérieure s’étonna que je touche à quelque chose sur le petit autel, et que le pot de fleurs soit tombé. La Sœur sacristine montra du mécontentement, mais je tâchai de ne pas m’expliquer, ni me justifier.
Cependant le soir, me sentant tout-à-fait épuisée et incapable de faire mon Heure Sainte, j’ai prié la Mère Supérieure de me permettre d’aller me coucher plus tôt. Je m’endormi aussitôt. Cependant vers onze heures, Satan secoua mon lit. Je me suis tout de suite réveillée, et j’ai commencé tranquillement à prier  mon Ange Gardien. Soudain je vis des âmes du Purgatoire, qui faisaient pénitence. Leur aspect était celui d’une ombre et parmi elles, j’ai vu beaucoup de démons. L’un d’eux tâchait de me vexer sous l’aspect d’un chat. Il se lançait sur mon lit et sur mes pieds, et pesait très lourd. Je priais pendant tout ce temps, récitant le rosaire. Vers le matin, ces êtres disparurent et j’ai pu m’endormir.

En arrivant le matin à la chapelle, j’ai entendu une voix : « Tu es à Moi, n’aie peur de rien. Sache cependant, Mon enfant que Satan te hait ; il hait chaque âme, mais envers toi il brûle d’une haine particulière, parce que tu as arraché tant d’âmes à son règne. »

Jeudi Saint 18.IV

412. Ce matin, j’ai entendu ces paroles : « Jusqu’à la cérémonie de la Résurrection, tu n’éprouvera plus Ma présence, mais ton âme sera emplie d’une grande nostalgie. » Et aussitôt une immense nostalgie inonda mon âme. Je sentais la séparation d’avec mon Bien-Aimé Jésus. Et quand approche le moment de la Sainte Communion, je vis dans le calice, sur chaque Hostie, la Face douloureuse de Jésus. Depuis ce moment, j’éprouvai, en mon cœur, une nostalgie plus grande encore.

413. Vendredi Saint à trois heures de l’après-midi, quand je suis entrée à la chapelle, j’ai entendu ces paroles :
« Je désire que cette image soit honorée publiquement. »

Tout d’un coup j’aperçus Jésus agonisant sur la Croix dans de grandes douleurs, de Son  Cœur sortirent ces deux rayons qui sont représentés sur l’image.

414. Samedi. Pendant les Vêpres, j’aperçu Jésus resplendissant de lumière comme le soleil, dans un vêtement clair, qui me dit : « Que ton cœur se réjouisse. » - Une grande joie m’inonda et la présence de Dieu me pénétra toute entière : c’est un trésor inéffable pour l’âme.

415. Quand l’image fut exposée, j’ai vu le vif mouvement de la main de Jésus, qui traça un grand signe de croix. Le soir du même jour, quand je fus couchée dans mon lit, je vis cette image survoler la ville qui était elle-même tendue de réseaux et de filets. En passant, Jésus coupait tous les filets et à la fin, Il traça un grand signe de croix et disparut. Je me vis entourée d’un grand nombre d’êtres méchants, brulants d’une immense haine contre moi. Leur bouche proférait toutes sortes de menaces, cependant aucun ne m’a touchée. Après un moment, cette apparition disparut, mais je mis longtemps à m’endormir.

416. 26.IV. Vendredi, alors que j’étais à Ostra Brama, pour les cérémonies au cours desquelles l’image a été exposée, j’assistai au sermon de mon confesseur. Ce sermon sur la Miséricorde divine était le premier de ceux que Jésus exigeait depuis si longtemps. Quand il commença à parler de cette grande miséricorde du Seigneur, l’image prit un aspect vivant et Ses rayons pénétraient dans les cœurs des personnes rassemblées, mais pas dans la même mesure. Les uns en recevaient plus et d’autres moins. Mon âme fut inondée d’une grande joie à la vue de la grâce de Dieu.

Soudain j’entendis ces paroles : « Tu es le témoin de Ma miséricorde. Tu vas te tenir, pour l’éternité, devant Mon trône comme un vivant témoin de Ma miséricorde. »

417. Le sermon fini, je n’attendis pas la fin des cérémonies, car j’étais pressée de revenir à la maison. Je fis quelques pas, mais un grand nombre de démons me barrèrent la route. Ils me menaçaient de terribles supplices et des voix se firent entendre : « Elle nous a ravi tout ce pourquoi nous avons travaillé pendant tant d’années. » Lorsque je les ai questionnés : « Qui êtes–vous en si grand nombre ?  - Les maudits me répondirent : « Des cœurs humains ; ne nous tourmente pas. » Voyant leur terrible haine contre moi, j’ai   418. appelé tout de suite mon Ange Gardien au secours : et immédiatement sa claire et rayonnante apparence se tint près de moi. Et il me dit : « N’aie pas peur, épouse de Mon Seigneur. Sans Sa  permission, ces esprits ne te feront aucun mal. » Immédiatement les mauvais esprits disparurent, et le fidèle Ange Gardien m’a accompagné de manière visible, jusqu’au seuil de la maison. Son regard était modeste et paisible ; un rayon de feu jaillissait de son front. O Jésus, je désirerais peiner, me tourmenter et souffrir pendant toute ma vie, pour ce seul moment où je vis, Seigneur, Votre gloire et le salut des âmes.

Dimanche, 28.IV.1935.

419. Dimanche de Quasimodo ou Fête de la Miséricorde du Seigneur, et clôture du Jubilé de la rédemption. Nous sommes allées assister à ces cérémonies et mon cœur battait de joie, parce que ces deux fêtes sont si étroitement unies. J’ai prié Dieu d’être miséricordieux pour les âmes des pécheurs. A la fin de la cérémonie, le prêtre prit le Saint Sacrement pour donner la bénédiction, alors je vis Jésus exactement comme il est représenté sur l’image. Le Seigneur accorda Sa bénédiction, et les rayons se répandirent sur le monde entier.
Soudain je vis une clarté inexprimable, qui avait la forme d’une demeure en cristal, tissée de vagues, une clarté inaccessible à toute créature, à tout esprit. Trois portes y mènent. A ce moment Jésus tel qu’il est sur l’image, entra dans cette clarté par la seconde porte. Il entra dans l’intérieur de l’unité. C’est une unité triple, qui est inconcevable, c’est l’infini. J’entendis une voix : « Cette Fête est issue des entrailles de Ma Miséricorde et elle est confirmée dans les profondeurs de Mon amour infini, toute âme qui croit et à confiance en Ma Miséricorde, l’obtiendra. » Je me duis profondément réjouie de la bonté et de la grandeur de mon Dieu.

420. 29.IV.35. Le jour précédant l’exposition de cette image, je suis allée avec notre Mère Supérieure chez notre confesseur. Quand on parla de l’image, il demanda qu’une des Sœurs vienne l’aider à tresser des couronnes de verdure. La Mère Supérieure répondit que je l’aiderais. Ce qui me causa beaucoup de joie. Lorsque nous rentrâmes à la maison, je me suis tout de suite occupée à préparer la verdure ; avec une des élèves, nous l’avons transportée. Une personne qui est employée à l’église nous a aussi aidée. A sept heures du soir, tout était prêt et l’image était exposée. Cependant certaines dames avaient observé que je rôdais  là-bas, car je dérangeais plutôt que je n’aidais.

Le lendemain donc, elles ont demandé aux Sœurs quelle était cette belle image et ce qu’elle signifiait. « Les Sœurs doivent le savoir, car, hier, l’une d’elles ornait l’image. » Les Sœurs en furent fort étonnées, car elles n’en savaient rien. Chacune voulait voir l’image et tout de suite elles m’ont soupçonnée. Elles disaient : « Sœur Faustine le sait bien, naturellement. » Quand on a commencé à me questionner, je gardai le silence, car je ne pouvais dire la vérité. Mais mon silence augmenta leur curiosité et je redoublais de vigilance pour ne pas mentir tout en taisant la vérité, car je n’en avais pas la permission. Alors on commença à me témoigner du mécontentement. On me reprochait ouvertement le fait que des personnes étrangères étaient au courant et pas la Communauté On commença à porter sur moi divers jugements. J’ai beaucoup souffert pendant trois jours, mais une singulière force m’animait. Je me suis réjouie de pouvoir souffrir pour Dieu, et pour les âmes, qui ont obtenu Sa miséricorde ces jours-ci. En voyant que tant d’âmes avaient obtenu la miséricorde divine ces jours-ci, je considère comme rien, les peines et les souffrances les plus grandes que j’ai éprouvées, même si elles durer jusqu’à la fin du monde, car elles ont une fin tandis que des âmes ont été à des maux sans fin. Ce fut une grande joie pour moi de voir des personnes revenant à la source du bonheur, au sein de la miséricorde divine.

421. En voyant le dévouement et les fatigues de l’abbé Sopocko dans cette œuvre, j’admirais sa patience et son humilité. Tout cela à coûté non seulement beaucoup de peines et de contrariétés diverses, mais aussi beaucoup d’argent et l’abbé Sopocko subvenait à toutes les dépenses. Je vois que la providence l’a préparé à accomplir cette œuvre de miséricorde avant que je  n’aie prié Dieu pour cela. Oh ! que Vos Voies sont surprenantes mon Dieu heureuses les âmes qui suivent l’appel de la grâce divine..

422. Mon âme glorifie le Seigneur pour tout et loue Sa bonté infinie. Tout passera, mais Sa miséricorde n’a ni bornes, ni limites. La méchanceté atteindra sa mesure, la Miséricorde est sans mesure
O mon Dieu, je vois l’abîme de Votre miséricorde même dans les punitions, dont Vous affectez la terre. Car en nous punissant ici, sur terre, Vous nous délivrez des peines éternelles .. Réjouis-toi, créature, car tu es plus proche de Dieu, dans son infinie Miséricorde, que le bébé du cœur de sa mère. O Dieu, Vous êtes la pitié même, pour les plus grands pécheurs repentants. Plus le pécheur est grand, plus il a droit à la miséricorde divine.

423. Le 12.V.1935. Une fois, le soir, dès que je fus dans mon lit,  je me suis immédiatement endormie. Mais je fus réveillée encore plus vite. Un petit enfant est venu et m’a réveillée. C’était un enfant d’un an peut-être, et je m’étonnais qu’Il parle si bien, car à cet âge, les enfants ne parlent pas ou indistinctement. Il était indiciblement beau et ressemblait à l’Enfant Jésus. Il me dit ces mots : « Regarde le ciel. » Lorsque j’ai regardé le ciel, j’ai aperçu les étoiles et la lune qui brillaient. Alors l’enfant m’a demandé : « Vois-tu cette lune et ces étoiles ? » J’ai répondu «oui. » - « Ces étoiles, reprit-Il, sont les âmes des fidèles chrétiens et la lune et la lune ce sont les âmes religieuses. Tu vois la grande différence de lumière entre la lune et les étoiles. Telle est au ciel la différence entre l’âme religieuse et l’âme d’un fidèle chrétien. » Et Il me dit que la véritable grandeur réside dans l’amour de Dieu et dans l’humilité.

424. Puis je vis une âme, qui se séparait du corps dans de terribles supplices. O Jésus, lorsque je dois écrire ceci, je frémis à la vue de ces atrocités, qui témoigne contre lui… Je voyais des âmes de petits enfants et de plus grands, vers les neuf ans, qui sortaient d’une sorte de gouffre boueux. Ces âmes étaient répugnantes et dégoûtantes, semblables aux plus horribles monstres et à des cadavres décharnés. Mais ces cadavres étaient vivants et rendaient hautement témoignage contre cette âme agonisante. Et l’âme que je voyais en agonie était une âme qui avait reçu de grands honneurs et des applaudissements mondains, et qui finissait dans le vide et le péché. Enfin une femme est sortie elle tenait des larmes, comme dans un tablier, et elle témoignait avec force contre lui.

425. Oh ! L’heure terrible où il faut voir toutes ses actions dans leur nudité et leur misère ! Aucune d’elles ne périra. Elles vont nous accompagner fidèlement jusqu’au jugement de Dieu. Je n’ai pas de mots ni de comparaisons  pour exprimer des choses aussi terribles. Et bien que je croie que cette âme n’est pas damnée, cependant ses supplices ne diffèrent en rien des supplices de l’enfer, il y a seulement cette différence qu’ils finiront un jour.

426. Après un moment, j’aperçus à nouveau ce même Enfant qui m’avait réveillée. Il était d’une délicieuse beauté. Il m’a répété : « La véritable grandeur de l’âme réside dans l’amour de Dieu et dans l’humilité. » Je Lui demandai « D’où sais-tu que la véritable grandeur de l’âme réside dans l’amour de Dieu et dans l’humilité ? Les théologiens seuls peuvent savoir ces choses et toi, tu n’as même pas encore appris le catéchisme. Comment le sais-tu ? » Il me répondit : « Je le sais. Je sais tout. »- Et au même moment il disparut.

427. Cependant je ne pus me rendormir. Mon esprit était fatigué, parce que j’avais commencé à réfléchir à ce que j’avais vu. O âmes humaines, comme vous reconnaissez tard la vérité. O immensité de la miséricorde de Dieu, déversez-vous au plus vite sur le monde entier, comme vous-même me l’avez dit.

428. V.1935. Lorsque j’ai compris les grands desseins de Dieu sur moi, je fus effrayée de leur grandeur . Et me sentant tout à fait incapable de les accomplir, j’ai commencé à éviter intérieurement les conversations avec Dieu et je remplaçais ce temps par des prières vocales. Je le faisais par humilité, mais je m’aperçus bientôt, que ce n’était pas la véritable humilité, mais une grande tentation du démon.
Quand, un jour au lieu de l’oraison, je pris un livre de lecture spirituelle, j’ai entendu distinctement et fortement ces paroles : « Tu prépareras le monde à Ma venue dernière. »

Ces paroles m’ont profondément impressionnée et quoique faisant semblant de ne pas les avoir entendues, je les comprenais bien et je n’avais aucun doute. Un autre jour, fatiguée de ce combat entre mon amour pour Dieu et mon refus continuel, à cause de mon incapacité à accomplir cette œuvre, je voulus quitter la chapelle, mais une singulière puissance m’en empêcha. Je me sentais impuissante, et j’entendis soudain ces paroles : « Tu veux sortir de la chapelle, mais tu ne t’éloigneras  pas de Moi, car je suis partout. Par toi-même, tu ne feras rien. Mais avec Moi tu peux tout. »

429. Quand au cours de la semaine, le suis allée chez mon confesseur, je lui ai dévoilé l’état de mon âme, et en particulier le fait que j’évitais la conversation intérieure avec Dieu. Il me répondit qu’il ne m’était pas permis d’éviter la conversation intérieure avec Dieu, mais que je devais au contraire bien écouter les paroles qu’ Il me dit. J’ai agi d’après les indications du confesseur et à la première rencontre avec le Seigneur je suis tombée à Ses pieds et, le cœur brisé, je Lui ai demandé pardon pour tout.

430. Alors Jésus me souleva de terre, me fit asseoir près de Lui et Il me permit de poser ma tête sur Sa poitrine, pour que je puisse comprendre et mieux ressentir les désirs de Son Très Doux Cœur. Alors Jésus me dit : « Ma fille, n’aies  peur de rien. Je suis toujours avec toi. Tous tes adversaires ne te nuiront que dans la mesure où Je le leur permettrai. Tu es Ma demeure et Mon continuel repos. Pour toi Je vais arrêter la main qui punit. Pour toi Je bénis la terre. »
431. Au même moment, j’ai senti comme un feu dans mon cœur, mes sens dépérissaient, je ne savais plus ce qui se passait autour de moi. Je sentais le regard u Seigneur qui me transperçait. Je reconnus bien Sa grandeur et ma misère. Une singulière douleur envahit mon âme et une telle joie, que je ne puis comparer la comparer à quoi que ce soit. Je me sens impuissante dans les bras de Dieu. Je sens que je suis en Lui et que je me fonds en Lui, comme une goutte d’eau dans l’océan. Je ne sais pas exprimer ce qui se passe en moi. Après une telle oraison intérieure, je sens en moi la force et la puissance de pratiquer les vertus les plus difficiles, ainsi qu’une aversion pour toutes les vanités que le monde a en estime. De toute mon âme, je désire la solitude et le silence.

432. V.1935. Pendant l’Office des quarante heures, j’ai vu la face de Jésus dans la Sainte Hostie exposée dans l’ostensoir. Jésus regardait tout le monde avec bienveillance.

433. Je vois souvent l’Enfant Jésus pendant la Sainte Messe. Il est extrêmement beau et paraît avoir à peu près un an. Un jour dans notre chapelle, quand je vis ce même Enfant pendant la Sainte Messe, un désir fou et une envie irrésistible me prirent de m’approcher de l’autel et de Le prendre dans mes bras. Or à ce moment, l’Enfant Jésus vint près de moi, près de mon prie-Dieu. Il appuya Ses deux petites Mains sur mon épaule, gracieux et joyeux, le regard profond et pénétrant. Cependant, quand le prêtre rompit l’Hostie , Jésus revint sur l’autel et Il fut rompu et consommé par ce prêtre.
Après la Sainte Communion, j’ai vu ce même Jésus dans mon cœur, et pendant toute la journée je Le sentais physiquement vraiment dans mon cœur. Un très profond recueillement m’enveloppa à mon insu, et je ne parlai à personne. J’évitais autant que possible, la présence des gens. Je répondais toujours aux questions concernant mon travail, en dehors de cela, pas un mot.

434. 9.VI.1935. La Pentecôte.
Le soir, passant par le jardin, j’ai entendu ces paroles : « Avec tes compagnes tu vas tâcher par la prière d’obtenir la miséricorde pour toi-même et pour le monde. » J’ai compris que je ne resterai pas dans la Congrégation où je suis maintenant. Je vois clairement qu’il a pour moi un autre projet divin. Cependant je m’excuse sans cesse devant Dieu, Lui disant que je suis incapable d’accomplir cette œuvre. Jésus, Vous savez bien ce que je suis, puis j’ai commencé à énumérer mes faiblesses devant le Seigneur. Je me cachais derrière elles pour qu’Il reconnaisse que mon refus était fondé, et que je suis incapable  d’accomplir Ses desseins. Alors j’entendis ces paroles : « N’aies pas peur. Moi-même Je complèterai tout ce qui te manque. » Ces mots me pénétrèrent entièrement et je compris mieux encore ma misère. Je compris que la parole du Seigneur est vivante et qu’elle pénètre jusqu’à l’âme. J’ai compris que Dieu exigeait de moi un genre de vie plus parfait. Cependant, je continuai à m’excuser à cause de mon incapacité.

435.29 .VI.1935.Lorsque je fis part à mon directeur spirituel des divers points que le Seigneur exigeait de moi, je pensais qu’il me répondrait que j’étais incapable d’accomplir ces choses, que Jésus n’emploie pas des âmes aussi misérables, que je ne convenais pour aucune des œuvres. Pourtant j’ai entendu que Dieu choisit justement le plus souvent ces âmes là pour réaliser Ses desseins. Ce prêtre, guidé par l’Esprit de Dieu, a pénétré les secrets de mon âme, les secrets les plus cachés qui existaient entre Dieu et Moi dont je ne lui avais encore jamais parlé. Et je n’en avais pas parlé, car je ne les connaissais pas moi-même, et que le Seigneur ne m’avait pas donné formellement l’ordre d’en parler.

436. Voilà ce secret : Dieu exige qu’il y ait une Congrégation qui annoncera sa Miséricorde au monde et qui par ses prières l’obtiendra pour le monde. Quand le prêtre me demanda si je n’avais pas de telles inspirations, j’ai répondu que je n’avais pas d’ordres précis. Cependant en un instant, une lumière pénétra mon âme et je compris que le Seigneur parlait par sa bouche. Je me défendis en vain disant que je n’avais pas d’ordre formel. Vers la fin de la conversation, j’aperçus Jésus sur le seuil  ainsi qu’Il est peint sur l’image. « Je désire qu’une telle congrégation existe », me dit-Il. Cela n’a duré qu’un instant.

Pourtant, je n’en ai pas parlé tout de suite, mais j’étais pressée de rentrer à la maison et j répétais constamment au Seigneur : « Je ne suis pas capable d’accomplir Vos desseins, Ô mon Dieu ! » Cependant, chose curieuse, Jésus ne faisait pas attention à mes appels, mais il me fit comprendre combien j’aurais de difficultés à surmonter. Et moi, Sa pauvre créature, je ne savais rien dire d’autre que : « Je suis incapable, ô mon Dieu ! »

437. 30.VI.1935. Le lendemain pendant la sainte Messe, tout au commencement, j’ai aperçu Jésus indescriptible ment beau. Il me dit qu’Il exigeait qu’une telle Congrégation soit fondée au plus tôt : « Tu vas y vivre avec tes compagnes. Mon esprit sera la règle de votre vie, qui doit Me prendre pour modèle, depuis la crèche jusqu’à l’agonie sur la Croix. Pénètre Mes mystères et tu découvriras l’abîme de Ma Miséricorde envers les créatures et Mon insondable bonté et tu les feras connaître au monde. Par tes prières, tu vas être l’intermédiaire entre la terre et le Ciel. » Alors vint le moment de communier Jésus disparut.
J’ai vu une grande clarté. Soudain j’ai entendu ces paroles :
438. « Nous te donnons Notre bénédiction. » A cet instant, un rayon lumineux sortit de cette clarté et transperça mon cœur. Un feu singulier s’alluma dans mon âme. Je pensais que j’allais  mourir de joie et de bonheur. Je sentais que mon âme se détachait de mon corps, je sentais que j’étais complètement plongée en Dieu, et que le Tout-Puissant m’emportait comme un grain de poussière dans des espaces inconnus. Frémissante de bonheur dans les bras du Créateur, je sentais qu’Il me soutenait Lui-même pour que je puisse supporter l’immensité de ce bonheur et contempler Sa Majesté.
Je savais maintenant que s’Il ne m’avait pas fortifiée d’avance par Sa grâce, mon âme n’aurait pu supporter ce bonheur et que la mort aurait suivi un instant après. La Sainte Messe finit je ne sais quand, car il n’était pas en mon pouvoir de faire attention à ce qui se passait dans la chapelle. Cependant, quand je repris mes sens, je sentis que j’avais la force et le courage d’accomplir la volonté divine. Rien ne me semblait difficile et, tandis qu’auparavant je m’excusais devant le Seigneur, maintenant, ressentant en moi le courage et la force du Seigneur qui vit en moi, je lui ai dit, je suis prête, quel qu soit le signe de Votre Volonté! » Intérieurement j’avais déjà vécu tout ce que l’avenir me réservais.

439. O mon Créateur et mon Seigneur, voilà tout mon être ! Disposez de moi selon Votre divin plaisir, d’après Vos éternels desseins et Votre insondable Miséricorde. Que toute âme sache comme est bon le Seigneur. Que personne n’ait peur de vivre dans Son intimité ni ne s’excuse de son indignité ni ne remette jamais à plus tard les invitations divines, car cela ne plait pas au Seigneur. Il n’y à pas d’âme plus misérable que la mienne. Je me connais véritablement et je m’étonne que la Majesté Divine ne soit ainsi abaissée. O éternité, il me semble que tu seras trop courte pour exprimer l’infinie miséricorde du Seigneur.

440. Une fois, pendant la procession de la Fête-Dieu, cette image était exposée sur l’autel. Quand le prêtre y déposa le Saint Sacrement et que le chœur commença à chanter, les rayons de l’image traversèrent la Sainte Hostie et se répandirent dans le monde entier. Alors j’entendis ces paroles : « Ces rayons te traverseront, comme ils ont traversé cette Hostie et ils passeront dans le monde entier. » A ces mots, une grande joie envahit mon âme.

441. Une autre fois, alors que mon confesseur disait la Sainte Messe, je vis comme toujours, l’ Enfant Jésus sur l’ Autel , à partir de l’offertoire.  Puis, un moment avant l’élévation, le prêtre disparut à mes yeux et seul Jésus resta. Quand le moment de l’élévation approcha, Jésus prit dans Ses petites mains l’ Hostie et le calice ,et Il les souleva ensemble, en regardant le ciel. Peu après, je vis de nouveau mon confesseur. J’ai demandé à l’enfant Jésus où était le prêtre quand je ne le voyais pas. Il me répondit : « Dans mon Cœur. »

442. Une autre fois, j’ai entendu ces mots : « Je désire que tu vive de Ma volonté dans les plus secrètes profondeurs de ton âme. » - Je réfléchissais à ces mots qui m’allaient droit au cœur. C’était un jour de confession de la Communauté. Or pendant ma confession, lorsque je me suis accusée de mes péchés, le prêtre me répéta mot pour mot ce que Jésus m’avait dit avant lui.

Puis il me dit ces paroles profondes :
443. « Il y  a trois degrés dans l’accomplissement de la volonté divine :
Le premier, quand l’âme accomplit tout ce qui est contenu extérieurement dans les ordres et les statuts.
Le second, quand l’âme suit les inspirations intérieures et y est fidèle.
Le troisième, quand l’âme abandonnée à la volonté de Dieu, Lui laisse la liberté de disposer d’elle et que Dieu fait d’elle ce qui Lui plaît : elle est un instrument docile dans Sa main. »

Le prêtre me dit que j’en étais au deuxième degré de l’accomplissement de la volonté divine, que je n’avais pas encore atteint le troisième. Mais que je devais cependant m’efforcer d’y arriver. Ces paroles pénétrèrent jusqu’au fond de mon âme. Je vois clairement que Dieu donne à ce prêtre la connaissance de ce qui se passe au fond de mon âme, cela ne m’étonne pas. Je remercie Dieu qu’Il ait de tels élus

444.     Jeudi. L’adoration nocturne.

Quand je suis venue pour adorer, un recueillement intérieur me saisit immédiatement. J’ai aperçu Jésus attaché à une colonne, dépouillé de ses vêtements et tout de suite la flagellation commença. J’ai vu quatre hommes qui, tour à tour, frappaient le Seigneur avec des fouets. Le cœur me manquait en regardant ce supplice. Le Seigneur me dit : « Je souffre une plus grande douleur que celle que tu vois. » Et Jésus me fit connaître pour quels péchés Il se soumit à la flagellation ; ce sont les péchés d’impureté. Oh ! Que les souffrances morales de Jésus furent cruelles, quand Il se soumit à la flagellation ! Il me dit alors : « Regarde et vois le genre humain dans son état actuel ! »

Et au même instant, je vis des choses horribles : les bourreaux abandonnèrent Jésus et d’autres personnes procédèrent à la flagellation. Elles saisirent des fouets, et frappèrent le Seigneur sans miséricorde. C’était des prêtres, des religieux, des religieuses et de hauts dignitaires de l’ Eglise, ce qui m’a bien étonnée. Il y avait aussi des laïcs d’âges divers et de divers états. Ils exerçaient toute leur méchanceté sur l’innocent Jésus. Mon cœur était dans une sorte d’agonie. Quand les bourreaux Le frappaient, Jésus se taisait et regardait au loin. Mais quand ces âmes dont j’ai parlé plus haut se mirent à Le flageller, Jésus ferma les yeux et un gémissement sourd, mais terriblement douloureux, s’exhala de Son Cœur.   Il me fit voir en détail et connaître la gravité de la méchanceté et de l’ingratitude de ces âmes : « Vois-tu, c’est là un supplice plus douloureux pour Moi que la Mort. »

Alors mes lèvres se turent, et sans mot dire, j’ai commencé à ressentir l’agonie. Je sentais que personne ne pourrait me consoler, ni m’arracher à cet état, sinon Celui qui m’y avait mise. Et le Seigneur me dit : «  Je vois la douleur sincère de ton cœur, qui a apporté un immense soulagement à Mon Cœur. Regarde et console-toi »

445. Alors j’ai aperçu Jésus cloué à la Croix. Il était suspendu à la Croix depuis un moment, quand je vis toute une légion d’âmes crucifiées comme Lui.  Et je vis une deuxième légion d’âmes et une troisième légion d’âmes. La deuxième légion n’était pas clouée à la croix, mais les âmes tenaient fermement la croix en main. La troisième légion n’était ni crucifiée, ni en ferme possession de la croix ; ces âmes traînaient leur croix derrière elles, d’un air mécontent. Alors Jésus me dit : « Vois-tu ces âmes qui Me ressemblent dans les souffrances et dans les mépris Me ressemblent aussi dans la gloire. Et celles qui sont le moins semblables à Moi dans les souffrances et les mépris, seront aussi le moins semblables à Moi dans la gloire. »
Parmi les âmes crucifiées, le plus grand nombre étaient des âmes d’ecclésiastiques. J’ai reconnu aussi, en croix des âmes que je connaissais, ce qui m’a causé une grande joie. Alors Jésus me dit : « Dans ta méditation de demain tu vas réfléchir à ce que tu as vu aujourd’hui. » - Et aussitôt Jésus disparut.

446. Vendredi.  J’étais malade et je ne pouvais pas assister à la Sainte Messe. A sept heures du matin, j’ai vu mon confesseur en train de célébrer la Sainte Messe, au cours de laquelle j’ai vu l’Enfant Jésus. A la fin de la Sainte Messe, la vision disparut et je me suis retrouvée dans ma cellule, comme auparavant. Une joie indicible s’empara de moi parce que, ne pouvant être présente à la Sainte Messe dans notre chapelle, j’avais assisté à la Sainte Messe dans une église bien éloignée. Jésus peut remédier à tout.

447. 30 juillet 1935. Fête de Saint Ignace.
J’ai ardemment prié ce Saint. Je lui faisais des reproches : comment pouvait-il me regarder sans me venir en aide dans des questions si importantes, sans m’aider à accomplir la volonté de Dieu ? Je lui dis : « O notre saint Patron, vous qui brûliez  du feu de l’amour et du zèle de la gloire de Dieu, je vous prie humblement, aidez-moi dans l’accomplissement des desseins de Dieu. » C’était pendant la Sainte Messe. Alors j’ai vu Saint Ignace du côté gauche de l’autel, un grand livre à la main, qui me dit : « Ma fille, je ne suis pas indifférent à ton affaire : cette règle peu s’adapter dans cette Congrégation ». Montrant de la main le grand livre, il disparut. J’ai été infiniment heureuse de ce que les saints pensent à nous et que notre union avec eux soit si étroite. O Bonté divine,  comme le monde intérieur est beau, dès ici bas nous pouvons vivre en communion avec les saints. J’ai ressenti pendant toute la journée la proximité de ce cher Patron.

448.  5 août 1935. Fête de Notre-Dame de la Miséricorde.
Je me suis préparée à cette fête avec plus de ferveur que les années précédentes. Le matin, j’ai ressenti un combat intérieur, à la pensée que je devais quitter cette congrégation, qui jouit de la protection particulière de Marie. La méditation passa dans ce combat et la première Messe aussi. Pendant la seconde Messe, j’ai prié la Sainte Mère e  lui disant qu’il m’était difficile de me séparer de cette Congrégation placée sous sa particulière protection.

Je vis alors la Sainte Vierge, indiciblement belle, venir de l’autel vers mon prie-Dieu. Elle me serra contre Elle et me dit : « Je suis votre Mère, grâce à l’insondable Miséricorde de Dieu, et l’âme m’est d’autant plus agréable qu’elle remplit fidèlement la volonté divine. »Elle m’a fait comprendre que je réalisais tous les souhaits de Dieu et que pour cette raison j’avais trouvé grâce à Ses yeux. « Sois courageuse, n’aies pas peur des obstacles illusoires, mais fixe tes regards sur la Passion de Mon Fils. De cette manière tu remporteras la victoire. »

449.    Adoration nocturne.

Je me sentais bien souffrante, et il me semblait que je ne pourrais pas faire mon adoration. Cependant, j’ai rassemblé toutes les forces de ma volonté et, bien que je sois tombée à terre dans ma cellule, je n’accordais aucune attention à ce qui me faisait mal, ayant la Passion de Jésus devant les yeux. Lorsque je suis arrivée à la chapelle, j’ai compris intérieurement quelle grande récompense Dieu nous prépare, non seulement pour les bonnes actions, mais aussi pour le sincère désir de les remplir. Qu’elle est grande cette grâce de Dieu ! Oh !comme il est doux de se donner beaucoup de mal pour Dieu et pour les âmes ! Je ne veux point de repos dans ce combat, je vais lutter jusqu’au dernier souffle de ma vie pour la gloire de mon Roi et Seigneur. Je ne poserai pas le glaive jusqu’à ce qu’il m’appelle devant son trône. Je n’ai pas peur des coups, car Dieu est mon bouclier. C’est l’ennemi qui devrait avoir peur de nous, et non nous de lui. Satan ne remporte de victoire que sur les orgueilleux et les poltrons, car les humbles sont forts. Rien ne confondra ni n’effrayera  une âme humble. Elle a dirigé son vol droit sur le brasier du soleil et rien ne pourra l’arrêter. L’amour ne se laisse pas emprisonner, il est libre comme un roi. L’amour atteint Dieu.

450. Un jour après la Sainte Communion, j’ai entendu ces mots : « Tu es Notre demeure. » - A ce moment j’ai ressenti dans mon âme la présence de la Sainte Trinité : Père, Fils et  Saint-Esprit. Je sentais que j’étais le temple de Dieu. Je sens que je suis l’enfant du Père. Je ne puis expliquer tout cela, mais mon esprit le comprend bien. O Bonté infinie, comme Vous Vous abaissez vers Votre misérable créature !
451. Si les âmes voulaient se recueillir, Dieu leur parlerait tout de suite. Car c’est la dispersion qui assourdit la parole du Seigneur.

452. Une fois le Seigneur me dit : « Pourquoi as-tu peur et pourquoi frémis-tu quand tu es unie à Moi ? Cela ne me plaît pas que l’âme se laisse aller à de vaines peurs. Qui oserait te toucher, lorsque tu es avec Moi ? L’âme est Ma bien aimée quand elle croit à Ma bonté et qu’elle se fie complètement à Moi. Je la comble de Ma confiance et Je lui donne tout ce qu’elle demande. »

453. Et une autre fois : « Ma fille, prends les grâces que dédaignent les autres. Prends-en autant que tu peux en porter. »- A cet instant mon âme fut inondée de l’amour divin. Je sens que je suis unie au Seigneur si étroitement que je ne trouve pas de mot pour bien définir cette union. Et soudain je sens que tout ce que Dieu possède, tous les biens et tous les trésors sont à moi.  Je ne m’en préoccupe cependant pas beaucoup, car Il me suffi, Lui Seul, l’Unique. En Lui je vois tout, et rien sans Lui. Je ne cherche pas de bonheur en dehors de mon être intérieur où demeure Dieu. Je me réjouis de Dieu à l’intérieur de moi-même. J’y vis sans cesse avec Lui : c’est là ma plus grande intimité avec Lui. J’y demeure, sûre de Lui, à l’abri des regards humains. La Sainte Vierge m’encourage à me comporter de la sorte avec Dieu.

454. Quand survient une souffrance, elle ne me cause aucune amertume. Les grandes consolations ne m’enorgueillissent pas. En moi règnent la paix et l’égalité d’âme qui découle de la connaissance de la vérité.
Vivre entourée de cœurs mal disposés ne peut me nuire puisque mon âme connaît la plénitude du bonheur. La bienveillance des autres ne m’aidera pas si Dieu n’est pas dans mon propre cœur.

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455.  J.M.J.       Wilno , 12.VIII.1935

    Retraite de trois jours.

La veille de la retraite, au soir, en écoutant les points de la méditation, j’ai entendu ces paroles : « Pendant cette retraite, je te parlerai par la bouche de ce prêtre, pour t’assurer de l’authenticité des paroles que je t’adresse au fond de l’âme. Bien que ce soit une retraite pour toutes les Sœurs, Je te prends spécialement en considération pour te fortifier et te rendre intrépide dans toutes les contrariétés qui t’attendent. Aussi écoute soigneusement les paroles du prêtre et médite-les dans les profondeurs de ton âme.

456. Quel ne fut pas mon étonnement en constatant que tout ce que le Père disait de l’union avec Dieu et des obstacles à cette étroite union, je l’avais littéralement vécu dans mon âme. Jésus, qui se communique à moi au fond de l’âme, m’en avait déjà parlé. La perfection consiste en cette étroite union à Dieu.

457. Pendant la méditation de neuf heures, le Père parlait de la miséricorde divine et de la bonté de Dieu envers nous. Il disait que lorsque nous repassons l’histoire de l’humanité, à chaque pas nous voyons cette grande bonté de Dieu. Tous les attributs de Dieu, comme Sa Toute-Puissance , s’efforcent de nous dévoiler ce suprême attribut de Dieu, Sa bonté. Mais beaucoup d’âmes qui tendent à la perfection ne connaissent pas cette grande bonté de Dieu. Tout se que le Père disait pendant cette méditation sur la bonté de Dieu, est exactement ce que Jésus m’a confié à propos de la Fête de la Miséricorde.
Tout est clair maintenant au sujet de ce que le Seigneur m’a promis. Je n’éprouve plus aucun doute. La parole de Dieu est claire et nette.

458. Pendant toute cette méditation, je voyais Jésus sur l’autel en tunique blanche. Il tenait en main le cahier dans lequel j’écris ceci. Pendant toute la  méditation, Jésus feuilletais les pages du cahier et se taisait. Cependant mon cœur ne pouvait plus supporter le feu qui brûlait mon âme. Malgré l’effort de ma volonté pour me maîtriser et ne pas faire voir à mon entourage ce qui se passait en mon âme, vers la fin de la méditation, je sentis que je ne dépendais plus de moi-même. Alors Jésus me dit : « Tu n’as pas tout écrit dans ce cahier sur Ma bonté envers les hommes. Je désire que Tu n’omettes rien et que ton cœur soit affermi dans une paix complète. »

459. O Jésus, mon cœur cesse de battre quand je considère tout ce que Vous avez fait pour moi ! Je Vous admire, Seigneur, de Vous abaisser à ce point vers mon âme misérable. Quels moyens inconcevables Vous employez pour me persuader !

460.  C’est la première fois de ma vie que je fais une telle retraite. Je comprends d’une manière particulière et claire chaque mot du Père, ayant déjà vécu tout cela en mon âme. Je vois maintenant que Jésus ne laissera pas dans l’incertitude une âme qui l’aime sincèrement. Jésus désire que l’âme soit en étroit rapport avec Lui, et remplie de paix malgré les souffrances et les contrariétés.
461. Je comprends bien maintenant ce qui unit le plus étroitement l’âme à Dieu, c’est le renoncement à soi, c’est-à-dire  l’union de notre âme à la volonté de Dieu. Cela rends l’âme vraiment libre, l’aide à avoir un profond recueillement de l’esprit, lui rend légères toutes les peines de la vie, et la mort douce.

462.  Jésus m’a dit que si j’avais quelque incertitude en ce qui concerne cette Fête, ou la fondation de cette Congrégation, ou sur tout autre point don Il m’a parlé au fond de l’âme, Il me répondrait immédiatement par la bouche de ce prêtre.
463. Pendant une méditation sur l’humilité, une vieille inquiétude me revint à l’esprit : une âme aussi misérable que la mienne ne peut accomplir la tâche que le Seigneur exige. A cet instant, alors que j’examinais ce doute, le prêtre qui prêchait la retraite interrompit le fil de son discours et parla de ce dont je doutais. C’est-à-dire que Dieu choisit, la plupart du temps, les âmes les plus faibles et les plus simples comme instruments, pour réaliser Ses plus grandes œuvres. Et c’est une vérité incontestable, car c’est ainsi qu’Il a choisi les
Apôtres. Et voyons dans l’Histoire de l’Eglise , quelles grandes œuvres ont été accomplies par des âmes qui en étaient le moins capables ! Car justement de cette manière, les œuvres de Dieu nous montrent qu’elles sont vraiment de Dieu. Quand mon incertitude eût tout à fait disparu, le prêtre revint au thème de l’humilité.

Jésus, comme pendant chaque méditation, se tenait debout sur l’autel. Il ne me disait rien, mais son regard bienveillant pénétrait ma pauvre âme, qui n’avait plus aucune excuse.

464. O Jésus, ma vie, je sens bien que Vous me changez en Vous-même, dans le secret de l’âme, où les sens n’atteignent guère. O mon sauveur, cachez-moi dans le fond de Votre Cœur, et couvrez-moi de Vos rayons devant tout ce qui n’est pas Vous. Je Vous en prie, Jésus, que ces deux rayons sortis de Votre Cœur très Miséricordieux fortifient sans cesse mon âme.

465.    Le moment de la confession.

Mon confesseur m’a demandé si à cet instant Jésus était là, et si je Le voyais. –« Oui, Il est là et je Le vois. » Alors il m’a demandé de le questionner sur certaines personnes. Jésus ne m’a rien répondu, mais il l’a regardé. Quand après la confession j’ai récité ma pénitence,  Jésus m’a dit : « Va et console-le de ma part. » - Ne comprenant pas la signification de ces mots, je lui ai tout de suite répété ce que Jésus venait de me dire.

466. Pendant tout le temps de la retraite, sans interruption, j’étais en rapport avec Jésus et je me suis familiarisée avec Lui de toute la force de mon cœur.

467. Jour de la rénovation des vœux. Au commencement de la Sainte Messe, comme d’habitude, comme d’habitude j’ai vu Jésus. Il nous bénissait, puis Il est entré dans le tabernacle. Soudain je vis la <sainte Vierge en robe blanche et manteau bleu, tête nue. Elle vint de l’autel, s’approcha de moi, me toucha de ses mains et me couvrit de son manteau. Elle me dit : « Offre ces vœux pour la Pologne. Prie pour Elle. »

468.  15.VIII. Le soir de ce même jour, j’ai éprouvé une grande nostalgie de Dieu. Je ne Le voyais pas en ce moment avec mes yeux de chair, comme auparavant, mais je Le sens, de façon indéfinissable. Cela me cause cette nostalgie et un supplice indescriptible. Je meurs  de soif de Le posséder, pour me noyer en Lui pour l’éternité. Mon esprit est tendu vers Lui, et rien au monde ne pourrait me consoler. O amour éternel, je comprends maintenant combien mon cœur vivait en étroite intimité avec Vous. Car qu’est-ce qui pourra me contenter au Ciel ou sur la terre, en dehors de Vous, ô mon Dieu en qui s’est abîmée mon âme ?

469. Un soir, de ma cellule, je regardais le Ciel, et j’ai vu ce beau firmament semé d’étoiles, et la lune .. Soudain un feu d’amour inconcevable jaillit de mon âme vers mon Créateur. Ne sachant supporter la  nostalgie qui montait en mon âme vers Lui, je me suis prosternée, m’humiliant dans la poussière. Je Le louais pour toutes Ses créatures. Et lorsque mon cœur n’eut plus la force de supporter  ce qui se passait en lui, j’ai éclaté en sanglots. Alors mon Ange Gardien m’a touchée et m’a dit : « Le Seigneur te fait dire de te relever. » J’obéis immédiatement, mais je n’étais pas consolée. La nostalgie de Dieu m’envahit plus encore.

470. Un jour où j’étais en adoration, mon esprit était comme en agonie et je ne pouvais pas retenir mes larmes ; alors j’ai vu un esprit d’une grande beauté qui me dit : « Le Seigneur dit : ne pleure pas. » Après un moment, j’ai demandé : « Qui es tu ? » Il me dit : « Je suis l’un des sept esprits, qui se tiennent nuit et jour devant le trône de Dieu et Le louent sans cesse. » Cependant cet esprit, n’a pas apaisé ma nostalgie de Dieu, il n’a fait que l’accroître. La beauté de cet esprit provient de son étroite union à Dieu. Il ne me quitte pas un seul instant, il m’accompagne partout .
Le lendemain, pendant la Sainte Messe, avant l’Elévation , il commença à chanter ces mots : « Saint ! Saint ! Saint ! » Sa voix résonnait comme les voix de milliers de personnes, cela m’est impossible à décrire. Tout d’un coup, mon esprit fut uni à Dieu. A ce moment-là, j’ai vu la grandeur et la sainteté inconcevables de Dieu et en même temps j’ai eu connaissance de mon néant.

Les Trois Personnes Divines : le Père, le Fils et le Saint-Esprit m’ont été révélées plus distinctement qu’autrefois.  Cependant Leur existence, Leur égalité et Leur majesté sont une.
471. Mon âme est en relation avec les Trois. Je ne puis l’exprimer par des mots, mais mon âme le comprend bien. Quiconque est uni à l’Une des Trois personnes est par là même uni à la Sainte Trinité, car Son unité est indivisible. Cette vision, cette connaissance plutôt, inonda mon âme d’un bonheur inconcevable : Dieu est si grand ! Je n’ai pas vu de mes yeux, comme autrefois, ce que je viens d’écrire, mais d’une manière purement intérieure, spirituelle et indépendante des sens. Cela dura jusqu’à la fin de la Sainte Messe.
Maintenant cela m’arrive souvent, non seulement à la chapelle, mais aussi pendant le travail et dans les moments où je m’y attends le moins.

472. Quand mon confesseur partit, je me confessais à l’Archevêque. Après lui avoir dévoilé mon âme, je reçus cette réponse : « Ma fille, armez-vous d’une grande patience . . Si ces choses viennent de Dieu, tôt ou tard elles se réaliseront. Je vous en prie, soyez tout-à-fait tranquille. Je vous comprends très bien et quand à votre désir de quitter la Congrégation pour penser à une autre, je vous le demande, n’admettez pas cela, même en pensée. Car ce serait une grave tentation intérieure. »
Après cette confession, j’ai dit à Jésus : « Pourquoi me demandez-Vous de faire ces choses et ne me donnez-Vous pas la possibilité de les réaliser ? » Alors j’ai vu Jésus après la Sainte Communion dans la même petite chapelle où je m’étais confessée, sous le même aspect qu’il avait sur l’image. Le Seigneur m’a dit : « Ne sois pas triste. Je lui ferai comprendre ce que j’exige de toi. » Au moment où nous sortions, l’Archevêque était très occupé, mais il nous fit retourner et attendre un instant. Lorsque nous sommes rentrées dans la petite chapelle, j’entendis ces paroles dans mon âme : « Dis-lui ce que tu as vu dans cette chapelle. » A  cet instant, l’Archevêque entra et nous demanda si nous n’avions rien à lui dire. Cependant, bien qu’ayant l’ordre de parler, je ne le pouvais pas, car j’étais accompagnée par un Sœur.

Encore un mot de la Sainte Confession : « Obtenir par la prière la miséricorde pour le monde ; c’est une grande et belle idée. Priez beaucoup la Miséricorde pour le monde ; c’est une grande et belle idée. Priez beaucoup la Miséricorde divine pour les pécheurs, ma Sœur, mais faites-le dans votre propre couvent. »

473. Le lendemain, vendredi 13.IX.35.
Le soir ,quand j’étais dans ma cellule, j’ai vu un Ange, l’exécuteur de la colère de Dieu. Il était en robe claire, la face rayonnante, une nuée sous les pieds et de cette nuée sortaient la foudre et les éclairs qu’il lançait de sa main sur la terre. Lorsque je vis le signe de la colère de Dieu qui devait frapper la terre, et surtout un certain endroit, qu’évidemment je ne puis nommer, j’ai commencé à prier l’Ange , pour qu’il s’arrête quelques instants, lui disant que le monde allait faire pénitence. Mais ma prière n’était rien devant la colère de Dieu. A ce moment, j’ai aperçu la Très Sainte Trinité. La grandeur de Sa Majesté me pénétra jusqu’au fond de l’âme et je n’osais plus répéter mes supplications. Au même instant, je sentis en mon âme, la force de la grâce de Jésus qui habite mon âme. A l’instant même où je pris conscience de cette grâce, j’ai été enlevée devant le Trône de Dieu. Oh ! qu’ Il est grand, notre Seigneur et notre Dieu. Inconcevable est Sa Sainteté !

Je ne vais pas tenter de décrire cette grandeur, car bientôt nous Le verrons tous, tel qu’Il est. J’ai commencé à supplier Dieu pour le monde. par des paroles entendues intérieurement. Alors que je priais ainsi, j’ai vu l’impuissance de  l’Ange , qui ne pouvait accomplir la juste punition qui revient de plein droit au péché. Je n’avais jamais encore prié avec tant de force intérieure. Voilà les paroles par lesquelles je suppliais Dieu :
474. « Père Eternel, je vous offre le Corps, le Sang, l’Âme et la  Divinité de Votre très doux Fils Notre Seigneur Jésus Christ, pour nos péchés et ceux du monde entier. Par Sa douloureuse Passion, soyez-nous miséricordieux. »

475. Le lendemain, en entrant dans la chapelle, j’ai entendu intérieurement ces paroles : « Chaque fois que tu entres à la chapelle, récite tout de suite la prière que je t’ai apprise hier. » Lorsque j’ai récité cette prière, j’entendis : « Cette prière doit apaiser Ma colère. Tu vas la réciter pendant neuf jours, sur un chapelet, de la manière suivante : « Père Eternel, je vous offre le Corps, le sang, l’Âme et la Divinité de Votre Fils Bien-Aimé, Notre Seigneur Jésus-Christ, pour implorer de Vous le pardon de nos péchés et de ceux du monde entier. »
Sur les grains de l’Ave Maria, tu diras : « Par Sa douloureuse Passion, ayez pitié de nous et du monde entier. »
A la fin, tu réciteras  trois fois ces paroles : « Dieu Saint, Dieu fort, Saint Immortel, ayez pitié de nous et du monde entier. »

476. Le silence est un glaive dans le combat spirituel. Une âme bavarde n’arrivera jamais à la sainteté. Le glaive du silence coupera tout ce qui voudrait s’accrocher à l’âme. Nous sommes tous vulnérables en ce qui concerne la parole, nous voulons immédiatement répondre, sans nous demander si c’est la volonté de Dieu, pour nous, de parler.
L’âme  silencieuse est forte. Si elle persévère dans le silence, aucune contrariété ne la touchera. L’âme silencieuse est capable de s’unir à Dieu de la façon la plus profonde, elle vit presque toujours sous l’inspiration du Saint-Esprit. Dans l’âme silencieuse, Dieu agit sans rencontrer d’obstacle.

477. O mon Jésus, Vous seul savez que mon cœur n’a pas d’autre amour que Vous. Mon amour virginal s’est abîmé en  Vous, ô Jésus, pour l’éternité. Je sens bien Votre Sang divin circuler dans mon cœur et nul doute qu’avec Votre Très Saint Sang ne soit entré en lui Votre amour le plus pur. Je sens que vous demeurez en moi avec le Père et l’ Esprit Saint, ou plutôt, je sens que c’est moi qui vis en Vous,  ô Dieu insondable. Je sens que je me perds en Vous comme une goutte d’eau dans l’océan. Je sens que Vous êtes en moi et hors de moi. Je sens que Vous êtes dans tout ce qui m’environne, dans tout ce qui m’arrive. O mon Dieu, je Vous ai connu à l’intérieur de mon cœur et je Vous aime par-dessus tout ce qui existe sur la terre ou au Ciel. Nos cœurs se comprennent mutuellement ; personne ne comprendra cela.

478. Ma seconde confession à l’Archevêque. « Sachez ma fille, que si c’est la volonté de Dieu, cela se réalisera tôt ou tard. Car la volonté de Dieu doit être accomplie. Aimez Dieu dans votre cœur, ayez … » (la pensée est interrompue.)

479. 29.IX. Fête de saint Michel Archange.
Je suis unie intérieurement à Dieu. Sa présence me pénètre jusqu’au  fond de moi-même et elle me remplit de paix, de joie et de stupéfaction. Après de tels moments d’oraison, je suis remplie de force et d’un singulier courage pour souffrir et combattre. Rien ne m’effraye, même si le monde entier était contre moi. Toutes les contrariétés ne touchent que la surface, elles n’atteignent pas les profondeurs, car Dieu y demeure.
Il me fortifie, Il me remplit. Tous les pièges de l’ennemi se brisent à Ses pieds. En ces moments d’union, Dieu me soutient de Sa puissance. Cette puissance se communique à moi, et elle me rend capable de L’aimer. L’âme n’arrive jamais à cet état par ses propres efforts. Au commencement de cette grâce intérieure, la peur me remplissait, et j’ai commencé à y céder. Mais le Seigneur me fit rapidement comprendre à quel point cela Lui déplaisait. Cet aussi Lui seul qui me donne la paix.

480. Presque chaque solennité de la Saint Eglise me donne une plus profonde connaissance de Dieu et une grâce particulière. C’est pourquoi je me prépare à chaque fête en étroite union à l’esprit de l’Eglise. Quelle joie d’être une fidèle enfant de l’Eglise. Oh ! Comme j’aime la Sainte Eglise et tous ceux qui en font partie ; je les considère comme des membres vivants du Christ, qui est leur tête. Je brûle d’amour avec ceux qui aiment, je souffre avec ceux qui souffrent, la douleur me consume à la vue des âmes froides et ingrates. Alors je tâche d’avoir un tel amour de Dieu, qu’il puisse réparer pour ceux qui ne L’aiment pas, qui n’ont pour leur Sauveur qu’une noire ingratitude.

481. O mon Dieu, je suis consciente de ma mission dans la Sainte Eglise. Mon incessant effort doit être la prière pour obtenir la Miséricorde pour le monde. Je m’unis étroitement à Jésus et je me tiens devant Lui, comme une offrande suppliante pour le monde. Dieu ne me refusera rien si je le supplie par la voix de son Fils. Mon offrande n’est rien en elle-même. Mais lorsque je l’unis au sacrifice de Jésus-Christ, elle devient toute puissante et elle peut fléchir la colère divine. Dieu nous aime dans Son Fils. La douloureuse Passion du Fils de Dieu est ce qui ne cesse de tempérer la colère de Dieu.

482. O mon Dieu, comme je désire que les âmes sachent que Vous les avez crées à cause de Votre amour inconcevable ! O mon Créateur et mon Seigneur, je sens que j’écarterai le voile du Ciel, pour que la terre ne doute pas de Votre bonté.
Faites de moi, Jésus, une offrande agréable et ure devant la Face du Père. Jésus, transformez-moi en Vous, car Vous pouvez tout, et rendez-moi à Votre Père Eternel. Je désire devenir une hostie expiatoire devant Vous et devant les hommes. Je désire que le parfum de mon offrande ne soit connu que de Vous. O Dieu Eternel, un feu inextinguible brûle en moi,  implorant Votre miséricorde : je sais et je comprends que c’est lon devoir ici bas et pour l’éternité. Vous m’avez vous-même fait parler de cette grande miséricorde et de Votre bonté.

483. Un jour j’ai compris combien déplaît à Dieu une action, qui peut paraître très louable mais qui n’est pas inspirée par une intention pure. Ces actions portent Dieu à punir, plutôt qu’à récompenser. Qu’il y en ai le moins possible. Et même ,dans la vie religieuse, il ne devrait pas y en avoir du tout..

484. J’accepte la joie ou la souffrance, la louange  ou l’humiliation, dans la même disposition d’esprit. Je sais que lus unes et les autres sont passagères. Que m’importe ce que l’on dit de moi ? Il y a déjà longtemps que j’ai renoncé à tout ce qui touche à ma personne. Mon nom est « hostie », c’est-à-dire offrande, pas en paroles, mais en action : par l’anéantissement de mon moi-même, en me rendant pareille à Vous sur la croix, ô Bon Jésus, mon Maître !

485. Jésus, lorsque Vous venez à moi dans la Saint Communion, Vous qui avez daigné demeurer avec le Père et le Saint-Esprit dans le ciel de mon âme, je tâche de Vous tenir compagnie pendant  toute la journée. Je ne Vous laisse pas seul un seul instant. Bien que je sois dans la société des hommes ou avec nos élèves, mon coeur est toujours avec le Vôtre. Quand je m’endors, je Vous offre chaque battement de mon cœur, quand je me réveille, je me plonge en Vous sans prononcer de paroles. Quand je me réveille, j’adore un moment la Sainte Trinité et je remercie Dieu de daigner m’accorder encore un jour, qu’encore une fois, je puisse revivre en mon âme le mystère de l’ Incarnation de Son Fils ; qu’une fois de plus, Sa douloureuse Passion se déroule devant mes yeux. Je m’efforce alors de faire passer Jésus par moi aux autres âmes. Je vais partout avec Jésus, Sa présence m’accompagne partout.
 
 

486. Je tâche de garder le silence dans les souffrances de l’âme ou du corps, car mon esprit est rempli de la force, qui découle de la Passion de Jésus. J’ai constamment  devant les yeux Sa Face douloureuse, outragée et défigurée, Son Cœur divin transpercé par nos péchés et particulièrement par l’ingratitude des âmes choisies.

487. Un double avertissement : je dois me préparer aux souffrances qui m’attendent à Varsovie. Le premier avertissement était intérieur fait par une voix que j’ai entendue. Le second a eu lieu pendant la Sainte Messe. Avant l’ Elévation , j’ai vu Jésus crucifié ,. Il me dit : « Prépare-toi à des souffrances. » J’ai remercié le Seigneur de cette grâce prévenante et Lui que je n’allais sûrement pas plus souffrir que Lui, mon Sauveur. Cependant j’ai pris cela à cœur et je me fortifie par la prière et de petites souffrances pour pouvoir en supporter de plus grandes, quand elles viendront.

488.  19.X.35 .. Départ de Wilno pour Cracovie, pour huit jours. Vendredi soir, pendant le rosaire, en pensant au voyage de demain et de la gravité de l’affaire que je devais présenter au Père Andrasz , la peur me prit à la vue de ma misère, de mon incapacité, et de la grandeur de l’œuvre de Dieu. Broyée par cette souffrance, je m’en remis à la volonté divine. A ce moment, j’ai vu Jésus dans une tunique claire, près de mon prie-Dieu. Il me dit : « Pourquoi as-tu peur d’accomplir Ma volonté ? Est-ce que Je ne vais pas t’aider comme je l’ai fait jusqu’à présent ? Répète chacune de Mes exigences, à ceux qui me remplacent sur la terre et fais seulement ce qu’ils t’ordonneront. » A l’instant, une grande force envahit mon âme.

489. Le lendemain, j’ai vu mon Ange Gardien, qui m’a accompagnée pendant le voyage jusqu'à Varsovie. Quand nous sommes entrées par la porte du couvent, il disparut. En passant près d’une petite chapelle pour aller saluer nos Supérieures, la présence de Dieu s’empara de moi et le Seigneur me remplit du feu de Son amour. En de pareils moments, je reconnais toujours mieux la grandeur de Sa Majesté.
A Varsovie nous avions pris place dans le train pour Cracovie et j’ai de nouveau vu mon Ange Gardien près de moi. Il priait en contemplant Dieu, ma pensée l’a suivi. Et quand nous sommes entrées au couvent, il disparut.

490. A mon entrée dans la chapelle, à nouveau la Majesté de Dieu s’empara de moi. Je me sentais plongée en Dieu, complètement submergée et pénétrée par Lui, en voyant combien notre Père céleste nous aime, Oh ! le grand bonheur qui remplit mon âme de la connaissance de Dieu et de la vie divine ! Je désire partager ce bonheur avec tous les hommes. Je ne peux l’enfermer dans mon cœur seulement, car ses flammes me brûlent et elles feraient éclater mon cœur et mon corps. Je désire parcourir le monde entier et parler aux âmes de la grande miséricorde de Dieu. Prêtres, aidez-moi en cela. Employez les expressions les plus fortes pour publier Sa miséricorde, car la parole exprime faiblement quelle est Sa Miséricorde ..

491.  J.M.J.       Cracovie, 20.X.35

Retraite de huit jours
Dieu éternel, Seule bonté, inconcevable dans Votre miséricorde à tout esprit humain ou angélique, aidez votre faible enfant, pour que je puisse accomplir Votre Sainte Volonté, telle que Vous me la faite connaître. Je ne désire rien d’autre que l’accomplissement des désirs divins. Voici, Seigneur, mon âme et mon corps, mon esprit et ma volonté, mon cœur et tout mon amour, gouvernez-moi selon Vos éternels desseins.
492. Après la Sainte Communion, mon âme fut encore submergée par l’amour divin. Je me réjouis de sa grandeur. Je vois alors nettement quelle est Sa Volonté, ce que je dois accomplir. Et au même moment je vois ma faiblesse et ma misère. Je vois que puis rien faire sans Son aide.

493.     Second jour de retraite
Je devais aller chez le Père Andrasz au parloir j’ai eu peur pensant que le secret existe seulement au confessionnal ; c’était une crainte futile, la Mère Supérieure m’a tranquillisée d’un mot. Cependant, lorsque je suis entrée à  la chapelle, j’ai entendu ces mots dans mon âme : « Je désire que tu sois sincère et simple comme une enfant telle que tu l’es avec Moi. Sinon Je T’abandonnerai et je n’aurai plus aucun rapport avec toi. » Et de fait, Dieu m’accorda la grande grâce d’une confiance totale. La conversation finie, Il me fit la grâce d’une profonde paix et de la lumière au sujet de ces choses.

494. Jésus, lumière éternelle, éclairez ma raison, affermissez ma volonté, enflammez mon cœur. Soyez avec moi comme Vous me l’avez promis, car sans Vous je ne suis rien. Vous savez, mon Jésus combien je suis faible. Ai-je besoin de Vous le dire, Jésus, car Vous savez parfaitement combien je suis misérable. En Vous est toute ma force.

495.      Jour de confession

Depuis le matin, j’éprouvais un combat intérieur si fort que je n’en avais jamais éprouvé de semblable. Complètement abandonnée de Dieu., j’ai expérimenté toute ma faiblesse. Des pensées m’accablaient : pourquoi dois-je quitter ce couvent où je suis aimées par les Soeurs et les Supérieures, cette vie tranquille ?  Liée par les vœux perpétuels, j’accomplis facilement mes devoirs. Pourquoi dois-je  écouter la voix de ma conscience ?  Pourquoi suivre l’inspiration, qui sait de qui elle provient ? N’est-ce pas mieux de cheminer comme toutes les Sœurs ? Peut-être pourrais-je étouffer les paroles du Seigneur, ne pas y faire attention ?  Peut-être que Dieu n’en demandera pas compte au Jour du Jugement ? Où me conduira cette voix intérieure ? Quelles grandes peines, contrariétés et souffrances m’attendent, si je suis cette voix ?  J’ai peur de l’avenir et j’agonise dans le présent.
Cette souffrance dura avec la même intensité pendant toute la journée.

Lorsque le soir, je suis allée me confesser et, bien que je m’y sois préparée, je ne pus me confesser. J’ai reçu l’absolution et me suis retirée, ne comprenant rien à ce qui se passait en moi.

Quand je me suis couchée, la souffrance augmenta encore, ou plutôt elle se changea en un feu qui pénétrait comme un éclair, toutes les facultés de mon âme jusqu’à la moelle, mon cœur jusqu’au plus secrets remplis. Souffrant ainsi,  je ne pouvais me à rien. Que Votre volonté soit faite, Seigneur. Par moments, je ne pouvais même pas penser à cela. J’étais vraiment saisie par une peur mortelle, touchée par un feu infernal. Le calme revint vers le matin, les souffrances disparurent en un instant. Mais je me sentais si affaiblie que je ne pouvais faire aucun mouvement. Peu à peu, pendant ma conversation avec la Mère Supérieure, les forces me revinrent. Cependant Dieu Seul sait comment je me sentis pendant toute la journée.

496. O Vérité éternelle, Verbe incarné, qui avez si fidèlement accompli la volonté de Votre Père, voilà qu’aujourd’hui je deviens martyre de Vos inspirations, car je ne peux les réaliser, n’ayant pas de volonté propre ..
Bien qu’intérieurement je reconnaisse clairement Votre Volonté, je me rends en tout à la volonté de mes Supérieures et de mon confesseur. Et je n’accomplirai Votre Volonté qu’autant que vous me le permettrez par Votre remplaçant. O mon Jésus, c’est difficile : je dois préférer la voix de l’ Eglise à la Voix par laquelle Vous me parlez.

497. Après la Sainte Communion. Comme d’habitude, j’ai aperçu Jésus. Il me dit : « Appuie la tête sur Mon épaule. Repose-toi et prend des forces. Je suis toujours avec toi. Dis à l’ami de Mon Cœur que J’emploie d’aussi faibles créatures pour réaliser Mes œuvres. » Mon esprit s’en trouva singulièrement fortifié. – « Dis-lui, que je lui ai révélé ta faiblesse dans ta confession, pour lui montrer ce que tu es de toi-même. »

498. Chaque combat, soutenu courageusement m’apporte joie et paix, lumière et expérience, et courage pour l’avenir. Il rend honneur et gloire à Dieu, et pour moi, en fin de compte, une récompense.

499. C’est aujourd’hui la fête du Christ-Roi . J’ai prié ardemment pendant la Sainte Messe, pour que Jésus soit Roi de tous les cœurs, pour que la grâce divine brille dans chaque âme. Soudain, j’ai aperçu Jésus, tel qu’ Il est peint sur cette image. Il me dit : « Ma fille, tu Me rends une très grande gloire, en accomplissant fidèlement mes désirs. »

500. Oh ! Que Votre Beauté est grande, Jésus mon Epoux ! Fleur vivante en qui se cache une rosée vivifiante pour l’âme qui a soif. C’est en Vous que s’est noyée mon âme. Vous Seul êtes l’objet de mes aspirations et de mes désirs. Unissez-moi très étroitement à Vous, au Père et au Saint-Esprit. Que je vive et meure en Vous.

501. L’amour seul a un sens, il donne à nos plus petites actions les dimensions de l’infini.

502. Mon Jésus, vraiment je ne saurais pas vivre sans Vous, mon esprit s’est uni au Vôtre. Personne ne le comprendra bien. Il faut d’abord vivre de Vous, pour Vous reconnaître dans les autres.

503.        Cracovie, 25.X.35
Résolutions de la retraite

Je ne ferai rien sans la permission du confesseur et le consentement des Supérieures, en tout et surtout dans ces inspirations et exigences du Seigneur.
Je passerai tous mes moments libres avec l’ Hôte divin, à l’intérieur de mon âme. J’observerai le silence intérieur et extérieur pour que Jésus se repose dans mon cœur.
Le repos que je préférerai sera de rendre service aux Sœurs et de m’empresser auprès d’elles. M’oublier moi-même pour leur faire plaisir.
Je ne m’expliquerai ni ne m’excuserai pour aucune remarque qui me sera faite. Je permettrai qu’on me juge comme on en a envie.
Je n’ai qu’un seul confident à qui je confierai tout ; c’est Jésus Eucharistie et son remplaçant : mon confesseur. Je garderai le silence, sans me plaindre dans toutes les souffrances de l’âme et du corps, dans les ténèbres et dans les délaissements ..
Je vais m’anéantir à chaque moment, comme une offrande déposée à Ses Pieds, afin d’obtenir miséricorde pour les pauvres pécheurs.

504. Tout mon néant se noie dans l’océan de Votre Miséricorde. Avec la confiance d’un enfant je me jette dans Vos bras, Père de miséricorde, pour expier la méfiance de tant d’âmes, qui ont peur de s’abandonner à Vous. Qu’il est petit le nombre d’âmes qui Vous connaissent vraiment. Avec quelle ardeur je désire que la Fête de la Miséricorde soit connue des âmes ! La Miséricorde est le couronnement de Vos œuvres. Vous pourvoyez à tout avec l’amour de la mère la plus tendre.

505. J.M.J.       Cracovie, 27.X. 1935

Le Père Andrasz – Conseils spirituels

« Ne rien faire sans le consentement des Supérieures.
Il faut bien réfléchir à cette affaire et beaucoup prier. Une grande prudence s’impose car, ici, la volonté de Dieu est sûre  et visible, ma Sœur. En effet vous êtes liée à votre Congrégation par des vœux, des vœux perpétuels et donc il ne devrait pas y avoir de doutes. F’autre part ce que vous pensez  intérieurement ne sont que des lueurs sur un projet. Dieu peut faire des déplacements, mais c’est très rare. Ne vous précipitez donc pas, ma Sœur tant que vous n’aurez pas de notion plus précise. Les œuvres de Dieu se font lentement. Vous les reconnaîtrez avec netteté si elles sont de Dieu ; sinon, elles disparaîtront et vous, en obéissant, vous ne vous égarerez pas. Mais dites tout sincèrement à votre confesseur et obéissez-lui aveuglément.
Maintenant, vous n’avez plus rien à faire, ma Sœur, sinon accepter la souffrance, jusqu’au moment où tout s’éclaircira, c'est-à-dire quand ces affaires, jusqu’au moment où tout s’éclaircira, c'est-à-dire quand ces affaires seront arrangées. Vous vivez dans de sages dispositions vis-à-vis d’elles. Et je vous demande de continuer à être aussi pleine de simplicité et d’esprit d’obéissance ;  c’est un bon signe. Tant que vous continuerez à être dans cette disposition, Dieu ne permettra pas que vous vous égariez. Mais autant que possible, tenez-vous loin de ces choses. Si malgré cela, elles se produisent, acceptez-les paisiblement. N’ayez peur de rien. Vous êtes dans de bonnes mains, celles d’un Dieu si bon. Je ne vois ni illusions, ni contradictions, en tout ce que vous m’avez dit. Ce sont des choses bonnes en elles mêmes. Il serait même bon qu’il y ait un groupe d’âmes qui prient Dieu pour le monde, car nous avons tous besoin de prières. Vous avez un bon directeur, ne le quittez pas et soyez tranquille. Je vous demande d’être fidèle à la volonté de Dieu et de l’accomplir.
Quant à vos occupations, faites ce que l’on vous dit de faire, et comme on vous dit de le faire, même si c’est très humiliant et très pénible. Choisissez toujours la dernière place, alors on vous dira : montez plus haut. En esprit et en action, vous devez vous estimer comme la dernière de toute la maison, et de toute la Communauté. En tout et toujours une grande fidélité à Dieu. »

506. O Jésus, je désire souffrir et brûler du feu de Votre amour en toutes les circonstances de ma vie. Je suis entièrement vôtre, et désire me perdre en Vous. O Jésus, je désire m’égarer dans Votre Divine Beauté. Vous me poursuivez, Seigneur, de Votre amour. Vous pénétrez mon âme comme un rayon de soleil et Vous changez mes ténèbres en Votre clarté. Je sens bien que je vis en Vous comme une petite étincelle perdue dans le feu du brasier dévorant dont Vous brûlez, ô inconcevable Trinité. Il n’y a pas de plus grand amour que l’amour de Dieu. Et dès ici bas, nous pouvons goûter le bonheur de ceux qui sont au Ciel, par une étroite à Dieu – union bien singulière,  et bien souvent incompréhensible pour nous.  On peut avoir la même grâce par la simple fidélité de l’âme.

507. Lorsque le dégoût et le sentiment de la monotonie de mes devoirs s’empare de moi, je me rappelle que je suis dans la maison du Seigneur, où il n’y a rien de petit, où de ma petite action, accomplie d »une manière divinisée, dépend la gloire de l’ Eglise et le progrès de plus d’une âme. Il n’y a donc rien de négligeable dans une Congrégation religieuse.

508. Dans les contrariétés que j’éprouve, je me rappelle que le temps du combat n’est pas fini. Je m’arme de patience et de cette manière, je remporte la victoire sur mon ennemi.

509. Je ne cherche nulle part la perfection avec avidité, mais je me pénètre de l’esprit de Jésus. Je fixe mon regard sur Ses actions dont j’ai le résumé dans l »Evangile. Et même si je vivais mille ans, je n’en épuiserai pas le contenu.

510. Lorsque mes intentions ne sont pas approuvées, ou même lorsqu’elles sont condamnées, je ne m’en étonne pas trop, car je sais que Dieu seul pénètre mon cœur. La vérité ne périt pas. Le cœur blessé s’apaisera avec le temps, mais mon esprit gagne des forces dans les contrariétés. Je n’écoute pas toujours ce que mon cœur me dit. Mais je prie Dieu de me donner la lumière. Alors quand que j’ai retrouvé mon équilibre, je garde le silence.

511. Jour de la rénovation des vœux. La présence de Dieu inonda mon âme. Pendant la Sainte Messe j’ai aperçu Jésus, qui me dit : « Tu es Ma grande joie. Ton amour et ton humilité Me font quitter le trône céleste et M’unir à toi. L’amour comble l’abîme qui existe entre Ma grandeur et ton néant. »

512. L’amour inonde mon âme, je suis immergée dans un océan d’amour. Je me sens défaillir et je me perds complètement en Lui.

513. Jésus, rendez mon cœur semblable au Vôtre. Ou plutôt changez-le en Votre propre Cœur pour que je sache ressentir les besoins des autres cœurs, et surtout des cœurs souffrants et tristes : que pour eux, les rayons de la miséricorde reposent dans mon cœur.

514. Le soir, je me promenais au jardin, récitant mon rosaire. Quand je suis arrivée au cimetière des Sœurs, j’ai entr’ouvert la porte et j’ai prié un certain temps. Je leur ai demandé intérieurement : « vous êtes heureuses, bien sur ? » J’entendis alors ces mots : « Oui, nous sommes heureuses dans la mesure où nous avons accompli la volonté de Dieu. » Puis le silence régna comme avant. Rentrant en moi-même, j’ai longuement  réfléchi à la manière dont j’accomplissait la volonté divine et dont je profitais du temps que Dieu m’accorde.

515. Ce même jour, alors que j’étais couchée, une âme vint à moi dans la nuit, me réveilla en frappant sur la table de nuit et me demanda de prier pour elle. J’aurais voulu demander qui elle était. Mais j’ai renoncé à cette curiosité et unissant cette petite mortification à ma prière, je les ai offertes pour elle.

516. Un jour où je rendais visite à une Sœur malade, âgée de quatre-vingt-quatre ans et qui se distinguait par de nombreuses vertus, je lui ai demandé : « vous êtes sûrement prête, ma Sœur, à paraître devant le Seigneur ? » Elle me dit : « Je me suis préparée toute ma vie à cette dernière heure ». Et elle ajouta : « L’âge ne dispense pas du combat. »

517. La veille du jour des Morts, je suis allée, à la nuit tombante, au cimetière qui était fermé. Cependant j’ai entr’ouvert la porte et j’ai dit : « Si vous attendez de moi quelque chose, mes petites âmes, je le ferai volontiers si la règle le permet. » Alors j’ai entendu ces mots : « Fais ce que Dieu veut. Nous sommes heureuses dans la mesure où nous avons accompli la volonté de Dieu. »

518. Le soir, ces âmes sont venues et m’ont demandé de prier pour elles, ce que j’ai fait et, longuement. Et le soir, quand la procession revenait du cimetière, j’ai vu un grand nombre d’âmes qui nous accompagnaient à la chapelle. Il y en avait qui priaient avec nous. J’ai beaucoup prié, car j’avais la permission de mes Supérieures.

519. Pendant la nuit, je fus à nouveau visitée par une âme que j’avais déjà vue autrefois. Elle ne m’a pas demandé de prier pour elle, mais elle me fit des reproches disant qu’autrefois j’étais très vaniteuse et orgueilleuse. Et voila que maintenant j’intercédais pour les autres, alors que j’avais encore des défauts. J’ai répondu que j’étais très orgueilleuse et vaniteuse ; mais que je m’en étais confessée, que j’avais fait pénitence pour ma stupidité, et que j’avais confiance en la bonté de mon Dieu. Si je tombais parfois maintenant, c’était plutôt involontairement, jamais avec préméditation, même dans les plus petites choses.
Cependant cette âme se mit à me reprocher de méconnaître sa grandeur, universellement reconnue  pour ses grandes actions : « Pourquoi es-tu la seule à ne pas me louer ? » Soudain, j’ai compris que c’était le démon sous l’aspect de cette âme, et j’ai dit : La gloire n’est due qu’à Dieu. Va-t-en Satan ! » Aussitôt cette âme tomba dans un gouffre effrayant, impossible à décrire. Et je lui ai dit que j’en parlerai à toute l’Eglise.

520. Samedi, nous retournons déjà à Wilno . Nous sommes passées à Czestochowa. Alors que je priais devant l’image miraculeuse, j’ai senti que sont agréable  …( la pensée est interrompue).

(Fin du premier brouillon.)

Cahier II
Inscription sur la couverture du deuxième cahier :

Durant les siècles, je chanterai
La Miséricorde du Seigneur,
Et la Miséricorde de Dieu
Dans mon âme.

Petit Journal
Sœur Marie-Faustine

    +
J.M.J.

521.  C’est la miséricorde du Seigneur, que je vais chanter
                      Dans les siècles,
Je vais la chanter devant tous les peuples,
Car c’est le plus grand attribut de Dieu,
Et pour nous un incessant miracle.

Tu jaillis de la Divine Trinité
Mais d’un seul cœur plein d’amour.
La miséricorde du Seigneur se montrera dans l’âme
Dans la plénitude, quand le voile tombera.

De la source de Votre miséricorde, ô Seigneur,
Découle tout bonheur et toute vie,
Ainsi donc, toutes les créatures et toutes les œuvres
 du Seigneur
Chantez en extase un chant de miséricorde.

Les entrailles de la miséricorde divine sont ouvertes
pour nous,
Par la vie de Jésus, cloué sur la croix.
Tu ne dois pas douter, ni désespérer, pécheur,
Mais avoir confiance en la miséricorde,
Car toi aussi, tu peux devenir Saint.

Deux sources en forme de rayons ont jailli du Coeur
de Jésus,
Non pour les Anges, ni pour les Chérubins, ni pour
les Séraphins,
Mais pour l’homme, plein de péchés.

             +
522.  J.M.J.         O volonté de Dieu,
         Sois mon amour.

Mon Jésus, Vous savez, que je n’écrirais pas une seule lettre de moi-même, et si j’écris, c’est seulement au nom de la sainte obéissance.
 

Dieu et l’âme

Sœur Faustine du Saint Sacrement
 

523. O Jésus, Dieu caché
Mon cœur Vous connaît.
Quoique les voiles Vous
cachent,
Vous savez, que je
Vous aime.

            +
 524. J.M.J.         Wilno , 24.IX.1935
          Second cahier
  Que Dieu soit adoré !
  O Sainte Trinité, en Vous est enfermée la vie intime de Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, Joie éternelle, inconcevable profondeur d’amour qui coule sur toutes les créatures et fait leur bonheur; honneur et gloire à Votre Saint Nom dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Quand je considère Votre grandeur et Votre beauté, ô mon Dieu, je me réjouis infiniment que le Seigneur que je sers soit si grand. Avec  amour et allégresse je fais Sa Sainte volonté. Et mieux je Le connais, plus ardemment je désire L’aimer. Je suis brûlée du désir de L’aimer toujours davantage.

525. Le 14. Ce jeudi, alors que nous faisions de l’adoration nocturne, d’abord il me fut difficile de prier. Une sécheresse s’emparait de moi, je ne pouvais méditer la douloureuse passion de Jésus. Je me prosternai donc à terre et j’offris la douloureuse Passion de notre Seigneur Jésus au Père Céleste, en expiation pour les péchés du monde entier. Puis en me relevant pour aller vers mon prie-Dieu, soudain j’aperçus Jésus près de lui. Le Seigneur Jésus était comme au moment de la flagellation. Dans Ses mains, Il tenait une robe blanche, dont Il m’habilla et une corde dont Il me ceignit. Il me couvrit d’un manteau rouge, comme celui dont Il était couvert pendant Sa Passion et d’un voile de la même couleur. Il me dit : « Tel sera ton vêtement et celui de tes compagnes. Ma vie sera pour vous une règle depuis Ma naissance jusqu’à Mon agonie sur la Croix. Fixe les yeux sur Moi et vis comme Moi. Je désire que tu pénètre plus profondément dans Mon esprit et comprennes que Je suis doux et humble de cœur. »

526. A un certain moment, je ressentis dans mon âme, une impulsion à me mettre en état d’accomplir tout ce que Dieu exige de moi. J’entrai un instant à la chapelle, et j’entendis cette voix dans mon âme : « Pourquoi as-tu peur ? Penses-tu que Je manque de Toute-Puissance pour te soutenir ? »  A ce moment je sentis dans mon âme une force étrange et toutes les contrariétés qui pourraient m’advenir dans l’accomplissement  de cette volonté me semblèrent méprisables.

527. Vendredi pendant la Sainte Messe, alors que mon âme était inondée du bonheur de Dieu, j’entendis en elle ces paroles : « Ma miséricorde est passée dans les âmes par le cœur humano-divin de Jésus, comme le rayon de soleil à travers le cristal. » Je compris ainsi que tout rapprochement avec Dieu, est opéré par Jésus, en Lui et avec Lui.

528. Le dernier soir de la neuvaine à Ostra Brama, après le chant des litanies, un des prêtres exposa le Saint Sacrement dans l’ostensoir et quand il le posa sur l’autel, je vis aussitôt l’ Enfant Jésus élever ses petites mains vers Sa Mère, qui avait alors une forme vivante. Quand la Sainte Vierge me parla, Jésus tendit Ses menottes vers les fidèles réunis. La Très Sainte Mère m’invitait à accepter tout ce que Dieu demandait comme un enfant, sans approfondir, autrement cela ne plairait pas à Dieu. A ce moment, l’enfant Jésus disparut et la Sainte Vierge perdit toute apparence de vie. Le tableau demeura tel qu’il était auparavant. Mais mon âme avait été remplie d’une grande joie et d’allégresse. Je dis au Seigneur : « Faite de moi ce qu’il Vous plait, je suis prête à tout. Mais Vous, ne m’abandonnez pas, même pas un seul instant.

            +
529. J.M.J.      A la gloire de la Sainte Trinité !

Je priai la Mère Supérieure de me permettre de jeûner pendant quarante jours, en ne prenant qu’un morceau de pain et un verre d’eau par jour .. Cependant la Mère Supérieure ne consentit pas à quarante jours, mais à sept jours, suivant l’avis du confesseur, « Je ne puis, ma Sœur, vous écarter complètement du devoir, à cause des Sœurs, qui pourraient remarquer quelque chose. Je vous donne la permission, si vous pouvez vous y appliquer, de prier et de prendre quelques notes. Mais il me sera bien difficile de vous protéger à l’égard des jeûnes, ici, vraiment, je ne puis rien inventer. »  Et elle ajouta : « Allez, ma Sœur, peut-être que quelque lumière me viendra. » Le dimanche matin, je compris intérieurement que quand la Mère Supérieure me désignait comme tourière durant le temps du repas, elle pensait me donner l’occasion de jeûner. Le matin, je ne participai pas au déjeuner. Mais quelques moments après, je me rendis chez elle pour lui demander si, étant tourière, je pouvais éviter d’attirer l’attention sur moi. Elle me répondit : « Quand je vous ai proposé, ma sœur, c’est à quoi je pensais. » Alors je compris, que j’avais eu la même pensée.

530. 24.XI.1935. Dimanche, premier jour. J’allai tout de suite devant le Saint Sacrement et m’offris au Père éternel avec Jésus présent dans l’Eucharistie. Alors j’entendis dans mon âme ces paroles : « Ton but et celui de tes compagnes est de vous unir à Moi le plus complètement possible par l’amour. Tu vas unir la terre aux cieux, tu vas adoucir la juste colère de Dieu et tu vas obtenir, par la prière la Miséricorde pour la terre. Je confie à ta protection deux perles précieuses de Mon Cœur, ce sont les âmes des prêtres et les âmes consacrées. Tu vas prier tout particulièrement pour elles. La force leur viendra par tes jeûnes.
Tu vas unir tes prières, tes jeunes, tes mortifications, tes travaux et toutes tes souffrances, à Mes prières, Mon jeûne, Mon travail, Mes souffrances et alors elles auront de la force devant Mon Père. »

531. Après la Sainte Communion, je vis le Seigneur Jésus, qui me dit : « Aujourd’hui pénètre dans l’esprit de Ma pauvreté et arrange tout, pour que les plus dénués n’aies rien à M’envier. Ce n’est pas dans les grandes bâtisses, ni dans les constructions magnifiques, mais dans un cœur pur que Je trouve plaisir. »

532. Quand je suis restée seule, j’ai commencé à considérer l’esprit de pauvreté. Je vois clairement que Jésus n’avait rien, quoiqu’Il soit le Seigneur de toutes choses. Depuis la crèche empruntée, Il va vers la vie, faisant du bien à tous, sans avoir Lui-même, où reposer la tête. Et sur la Croix je vois le comble de son indigence, car Il n’a même pas de vêtement sur Lui. O Jésus, par le vœu solennel de pauvreté, je veux me faire semblable à Vous, la pauvreté sera ma mère.

Extérieurement ne rien posséder, ne disposer de rien, intérieurement ne rien désirer. Et dans le Saint Sacrement, comme est grande Votre pauvreté ! Y eut-il jamais une âme aussi délaissée que Vous, sur la Croix… Jésus ?

533. La pureté (ce vœu se comprend de lui-même)  interdit tout  ce dont parlent les sixième et neuvième commandements : actes, pensées, paroles, sentiments et… Je comprends que le voeu  solennel diffère du vœu simple, je comprends cela dans toute son étendue. Alors que je méditais ceci, j’entendis dans mon âme ces paroles : « Tu es Mon épouse à jamais. Ta pureté doit être plus qu’angélique, car je n’admets aucun ange dans une telle intimité. Le moindre acte de mon épouse a une valeur infinie, une âme pure a devant Dieu une force incroyable. »

534. L’obéissance. « Je suis venu accomplir la volonté de Mon Père. J’étais obéissant à mes parents, obéissant aux bourreaux. J’obéis aux prêtres. » Je comprends, ô Jésus, l’esprit d’obéissance et en quoi il consiste ; il concerne  non seulement l’exécution extérieure, mais il implique la raison, la volonté et le jugement. En obéissant à nos Supérieurs, nous obéissons à Dieu Il est indifférent  que ce soit un ange ou un homme qui, remplaçant Dieu, me donne un ordre, je dois toujours obéir. Je n’écrirai pas grand chose sur les vœux, car ce sont des choses claires et concrètement formulées. Ici je me propose de noter d’une façon générale quelques pensées sur cette congrégation.

535.      Résumé général

Il n’y aura jamais d’édifices somptueux, mais une petite église et auprès d’elle une petite Congrégation, un petit groupe d’âmes, qui ne comprendra pas plus que dix personnes.
De plus il y en aura deux qui se chargeront des rapports de la Communauté avec l’extérieur, et s’occuperont de l’Eglise. Elles ne porteront pas l’habit, mais des vêtements séculiers, prononceront des vœux simples et dépendront strictement de la Supérieure qui, elle, sera cloîtrée. Elles auront part à tous les biens spirituels de la communauté, mais il ne pourra jamais y en avoir plus de deux, et de préférence une seule. Chaque maison sera indépendante des autres, quoiqu’elles restent strictement unies par la règle et par l’esprit. Cependant, dans les cas exceptionnels on pourra transférer une Sœur d’une maison à un autre, et aussi en cas de fondation nouvelle, en cas de nécessité , on pourra prendre quelques religieuses. Chaque maison dépendra de l’évêque ordinaire du lieu.

536. Chaque religieuse habitera une cellule séparée, mais la vie sera commune en ce qui concerne la prière, les repas et la récréation.

Chaque religieuse professe ne verra plus jamais le monde, même à travers une grille, car celle-ci sera couverte de drap de couleur sombre, et même ses conversations seront strictement limitées. Elle sera comme une personne morte, que le monde ne saurait comprendre, ni elle – le monde. Elle devra se situer entre le ciel et la terre et suppliera sans cesse Dieu d’accorder sa  miséricorde au monde et de donner aux prêtres la force pour que leurs paroles ne soient pas vaines et qu’ils sachent, dans leur dignité inouïe et exposée à tant de risques, se garder de toute tache… Quoique ces âmes ne soient pas nombreuses, ce sont des âmes héroïques. Il n’y aura pas de place pour les âmes efféminées ou timorées.

537. Il n’y aura entre elles aucune distinction. Il n’y aura ni Mère, ni Révérende, ni Vénérable ; toutes seront égales, même s’il y avait entre elles une grande différence d’origine. Nous savons qui était Jésus Mais nous savons aussi combien Il s’est humilié et quel était son entourage. Elles porteront la robe qu’ Il portait pendant Sa Passion.
Et non seulement la robe, elles doivent graver en elles l’empreinte dont Il était marqué : la souffrance et le mépris. Chacune s’efforcera de se renier elle-même, de goûter l’humilité, et celle qui donnera les meilleures preuves de ces vertus sera capable de diriger les autres.

538. Dieu nous a fait des compagnes de Sa Miséricorde, plus encore ses dispensatrices. Donc notre amour pour chaque âme doit être grand, en commençant par les élues, et en finissant par l’âme qui ne connaît pas encore Dieu. Par la prière et la mortification, nous parviendrons jusqu’au pays les plus sauvages, frayant le chemin aux missionnaires. Nous devons nous souvenir que, comme au front, le soldat ne pourrait tenir longtemps s’il n’était pas soutenu par les forces de l’intérieur du pays, qui, sans participer directement à la lutte, lui assurent tout ce dont il à besoin. Et c’est de la prière qu’il a le plus besoin. Donc chacune de nous doit posséder l’esprit d’apostolat.

539. Un certain soir, alors que j’écrivais, j’entendis dans ma  cellule ces mots : « Ne quitte pas cette Congrégation. Aie pitié de toi-même, de telles souffrances  t’attendent ! » Je regardai du coté de la voix, mais je ne vis rien et continuai à écrire. A ce moment j’ai entendu un bruit et ces mots : « Quand tu sortirs, nous te détruirons. Ne nous tourmente pas. » Je regardai et vis une multitude de vilains monstres. Je fis mentalement le signe de la croix, aussitôt ils se dispersèrent. Satan est terriblement laid. Pauvres âmes damnées qui doivent vivre dans sa société ! Sa seule vue est plus dégoûtante que toutes les souffrances de l’enfer.

540. Un instant après, j’entendis en mon âme : « N’aie peur de rien. Rien ne t’atteindra sans Ma volonté. » Une force étrange envahit mon âme et je me réjouis vivement  de la grande bonté de Dieu.

541. Postulat. L’âge d’admission. Toute personne peut être admise de quinze à trente ans. En premier lieu il faut considérer la disposition que montre la candidate et son caractère ; voir si elle a une forte volonté et le courage de suivre les traces de Jésus avec allégresse, car Dieu aime celui qui donne avec joie. Elle doit posséder le mépris du monde et de soi-même. Le manque de dot ne sera jamais un obstacle à l’admission. Toutes les formalités doivent être claires. Ne peuvent être admises les personnes mélancoliques, encline à la tristesse, souffrant de maladies contagieuses, les caractères compliqués, les personnes soupçonneuses, ne s’adaptant pas à la vie religieuse. Il faut choisir très judicieusement les membres de la Communauté, car une personne mal assortie suffit pour mettre la confusion dans tout le couvent.

452. La durée du postulat sera d’une année. Pendant ce temps, la candidate devra étudier si ce mode de vie lui plait et lui convient. La maîtresse, elle aussi devra soigneusement étudier si la personne en question s’adapte à ce genre de vie ou non. Si après une année l’on constate qu’elle a une volonté ferme et sincère de servir Dieu, il faudra la recevoir au noviciat.

543. Le noviciat. Il doit durer une année sans aucune interruption. La novice doit être instruite des vertus se rapportant aux voeux, ainsi que des points importants contenus dans les vœux.
La maîtresse s’efforcera avec diligence de les former à fond. Qu’elle les exerce surtout à l’humilité car seul un cœur humble observe facilement les vœux et éprouve les grandes joies que Dieu déverse sur l’âme fidèle. Les novices ne doivent pas être chargées de travaux impliquant une responsabilité, pour pouvoir s’adonner librement à leur propre perfectionnement. Elles ont le devoir d’observer strictement les règlements et les statuts, de même que les postulantes.

544. Après une année de noviciat, si la novice se montre fidèle, on peu l’admettre à faire sa profession pour une année, qui peut être renouvelée trois as de suite. On pourra alors lui confier des responsabilités, mais elle relève encore du noviciat et une fois par semaine, elle doit avec les novices, assister aux conférences. Quand aux six derniers mois, elle les passera entièrement pour bien se préparer à la profession solennelle.

545. Repas. Nous ne mangerons pas de viande. Nos repas doivent être tels que les pauvres n’aient rien à nous envier. Cependant les jours de fête peuvent être quelque peu différents des jours ordinaires. Il y aura trois repas par jour. Elles observeront un jeûne strict selon l’esprit primitif et surtout les deux grands. Que la nourriture soie la même pour toutes les Sœurs, sans aucune exception, pour que la vie commune reste pure aussi bien dans la nourriture que dans l’habillement et dans l’arrangement des cellules. Cependant, si une des Sœurs tombe malade, elle doit être entourée de tous les égards.

546. Prières. Une heure de méditation, la  Sainte Messe et la Sainte Communion, les prières, deux examens de conscience, l’office, le rosaire, la lecture spirituelle, une heure de prière pendant la nuit. Quant à l’horaire, mieux vaut le faire quand on aura déjà commencé ce genre de vie.

547. J’entendis alors ces paroles en mon âme : « Ma fille, je t’assurerai un revenu permanent dont tu vivras. Ton devoir t’assurera d’avoir une complète confiance en Ma bonté. Et Mon devoir sera de te donner tout ce dont tu auras besoin. Je me rends Moi-même dépendant de ta confiance. Si ta confiance en Moi est grande, Ma largesse n’aura pas de mesure. »

548. Le travail. Comme personnes pauvres, elles feront elles-mêmes tous les travaux du couvent. Chacune doit se réjouir s’il lui incombe quelque travail humiliant ou contraire à sa nature, car ce sera une aide pour son développement intérieur. La Supérieure changera souvent les emplois des Sœurs pour les aider de cette manière, à ce détacher de ces détails pour lesquelles les femmes ont une forte inclination. Souvent, cela m’amuse vraiment quand je vois de mes propres yeux que les âmes font de grands renoncement pour s’attacher ensuite à des bagatelles et à des riens. Chaque Sœur ira pendant un mois à la cuisine, sans en excepter la Supérieure. Que toutes prennent part à chacun des travaux du couvent. Que chacune ait toujours une intention pure en tout, car tout mélange déplaît beaucoup à Dieu.

549. Quelles s’accusent elles-mêmes de tout manquement extérieur, et prient la Supérieure de leur donner une pénitence ; qu’elles le fassent en esprit d’humilité. Quelles s’aiment mutuellement d’un amour supérieur, d’un amour pur, voyant en chaque Sœur l’image de Dieu. Que la qualité particulière de cette petite Congrégation soit l’amour. Qu’elles ne referment donc pas leur cœur, mais u’il embrasse le monde entier, témoignant à chacun la miséricorde par la prière selon sa vocation. Si nous demeurons dans cet esprit miséricordieux, alors, nous aussi, nous obtiendrons miséricorde.

550. L’amour que chacune de nous doit avoir pour l’ Eglise doit  être aussi grand que l’amour que chaque enfant a pour sa mère, et qu’il en témoigne par la prière. Ainsi toute âme chrétienne doit prier pour l’ Eglise qui est pour elle une mère. Que dire alors de nous, religieuses qui sommes particulièrement vouées à la prière pour l’ Eglise ? Notre apostolat, quoique caché, est donc de grande importance. Ces petits riens quotidiens vont se déposer aux pieds du Seigneur Jésus comme un sacrifice de supplication pour le monde.

Mais pour que notre sacrifice soit agréable à Dieu, il doit être pur et pour que le sacrifice doit se libérer de tout attachement naturel. Tous nos sentiments doivent être orientés vers notre Créateur, tout en aimant en Lui toutes les créatures selon Sa sainte volonté. Ainsi, chacune, dans un esprit de zèle, apportera de la joie à l’Eglise.

551. En dehors des vœux, je vois un règlement très important quoique tous soient importants, mais à celui-ci, je donne la première place : c’est le silence. Vraiment, si cette règle était observée strictement, je serais tranquille au sujet des autres. L’inclination des femmes à parler est forte. Le Saint-Esprit ne s’adresse pas à l’âme dissipé et bavarde, mais Il parle par de silencieuses inspirations à l’âme qui sait se taire. Si le silence était strictement observé, il n’y aurait pas de murmures, d’amertumes, de médisances et de potins. L’amour du prochain ne serait pas terni.

En un mot, beaucoup de fautes cesseraient d’exister. La bouche qui se tait est de l’or pur et témoigne de la sainteté intérieure

552. Mais immédiatement après, je veux parler d’une deuxième règle : la parole. Se taire quand on devrait parler, est un manque de perfection, parfois même une faute. Que toutes les Sœurs prennent donc part à la récréation. Que la Supérieure n’en dispense pas les Sœurs, à moins qu’il ne s’agisse d’une question de grande importance. Les récréations doivent être joyeuses dans l’esprit du Seigneur. Les récréations nous donnent l’occasion de nous connaître mutuellement. Que chacune dise son avis simplement et pour l’édification des autres, non pas dans un esprit de supériorité, ni, ce qu’à Dieu ne plaise, pour se quereller. Ceci ne s’accorderait pas avec la perfection ni avec l’esprit de notre vocation qui doit se faire connaître par la charité. Deux fois par jour. Il y aura une récréation d’une demi-heure, mais chaque Sœur qui a manqué au silence a le devoir de s’en accuser devant la Supérieure et de la prier de lui imposer une pénitence. La Supérieure lui donnera publiquement cette pénitence pour son infraction. S’il en était autrement, elle en serait responsable devant le Seigneur.

553. La clôture. Personne ne pourra entrer dans la clôture,  sans la permission de l’évêque ordinaire, et cela dans des circonstances extraordinaires, comme pour administrer les sacrements aux malades, pour les disposer à la mort et pour les cérémonies d’enterrement. Il est possible aussi qu’il soit absolument nécessaire d’admettre un ouvrier pour faire quelques réparations au couvent ; mais en ce cas, une permission spéciale est nécessaire. La porte de la clôture doit toujours être fermée et seule la Supérieure peut en avoir la clé.

554. Le parloir. Aucune Sœur n’ira au parloir sans une permission spéciale de la Supérieure qui ne doit pas accorder facilement cette permission. Celles qui sont mortes au monde ne doivent pas y revenir, même par la conversation .. Mais si la Supérieure juge à propos qu’une Sœur aille au parloir, qu’elle le fasse de cette manière : qu’elle y accompagne elle-même la Sœur. Et si elle ne peut le faire elle-même, qu’elle désigne une remplaçante qui à le devoir de la discrétion. Elle ne doit pas répéter ce qu’elle a entendu au parloir, mais elle en informera la Supérieure. Les conversations doivent être courtes, à moins que les égards dûs à la personne ne retiennent la Sœur plus longtemps. Mais jamais on ne pourra écarter les rideaux de drap, sauf circonstances extraordinaires, telles que les instances pressantes d’un père ou d’une mère.

555. Les lettres. Chaque Sœur peut écrire des lettres cachetées, à l’évêque dont la maison dépend ; pour toute autre lettre, elle doit demander la permission et la remettre ouverte à la Supérieure qui inspirée par l’esprit de charité et par la prudence a le droit de l’envoyer ou non, selon la plus grande gloire de Dieu. Mais je désirerais beaucoup que ces communications aient lieu aussi rarement que possible. Offrons notre secours aux âmes par la prière et la mortification, mais pas par des écrits.

556. La confession. Les confesseurs de la Communauté seront nommés par l’évêque, tant le confesseur ordinaire qu’extraordinaire. Le confesseur ordinaire confessera toute la  communauté une fois par semaine. Le confesseur extraordinaire viendra une fois par trimestre et chaque Sœur est obligée de le voir, même si elle ne se confesse pas. Le confesseur ordinaire et le confesseur extraordinaire n’exerceront pas leur fonction plus de trois ans. Au terme de ces trois ans, la Sœur Supérieure organisera un scrutin secret et transmettra la demande des Sœurs à l’évêque. Le confesseur peut être confirmé dans ses fonctions pour trois autres années et pour trois autres encore.
Les religieuses se confesseront devant la grille fermée recouverte d’un drap sombre. Les conférences adressées à la Communauté se feront aussi à travers la grille recouverte d’un drap de couleur sombre. Les Sœurs ne parleront jamais entre elles de confession ni de confesseurs. Quelles prient plutôt pour eux afin que Dieu leur donne la lumière nécessaire pour diriger leur âme.

557. La Sainte communion. Que les Sœurs ne discutent jamais entre elles si l’on va à la Sainte Communion plus souvent ou plus rarement. Qu’elles se gardent d’émettre des opinions sur un sujet qui ne les regardent pas. Toute opinion à ce sujet appartient exclusivement à l’intéressée et au confesseur. La Supérieure ne doit pas non plus demander à une Sœur la raison pour laquelle elle ne communie pas, mais elle doit lui faciliter la confession. Que les Supérieures se gardent de pénétrer dans le domaine de conscience des Sœurs.
La Supérieure peut décider que la Communauté offre ses communions  à certaines intentions. Chacune doit s’efforcer de garder son âme tellement pure qu’elle puisse tous les jours recevoir le Divin Visiteur.

558. Un jour où j’entrai dans la chapelle, je vis les murs d’un bâtiment démoli ; les fenêtres étaient sans vitres,  inachevées, les portes sans vantaux,  avec seulement les châssis. Et j’entendis intérieurement ces paroles : « C’est ici que sera ce Couvent. » Cependant cela m’a un peu déplu que ce soit des ruines.

559. Jeudi. Je me sentais très pressée de me mettre le plus tôt possible à l’œuvre selon le désir du Seigneur. Quand je suis allée à la sainte confession, j’ai préféré une de mes opinions à celle de mon confesseur. Au premier moment je ne m’en rendais pas compte, cependant quand je fis les méditations de l’ Heure Sainte, je vis le Seigneur Jésus tel qu’ Il est représenté sur cette image. Il me dit de répéter à mon confesseur et à mes Supérieures, toutes les choses qu’Il me dit et qu’ Il exige de moi, et de faire seulement ce pourquoi j’aurai obtenu la permission. Jésus me fit comprendre à quel point Lui déplaisent les âmes autoritaires. Reconnaissant que j’en étais une, en voyant cette ombre d’autoritarisme en moi, je me jetai dans la poussière devant Sa Majesté et Lui en demandai pardon, le cœur brisé. Mais Jésus ne me permit pas de rester longtemps ainsi. Son Divin regard remplit mon âme d’une joie si grande, que je n’ai pas assez de mots pour l’exprimer.
559 (suite)
Jésus m’invita aussi à Lui demander davantage, ainsi qu’à prendre conseil de Lui. Vraiment, comme le regard de mon Seigneur est doux, il pénètre mon âme jusque dans ses profondeurs les plus mystérieuses. Mon esprit communique avec Dieu, sans prononcer une parole. Je sens qu’Il vit en moi, et moi en Lui.

560. Un jour je vis cette image dans une petite chapelle inconnue qui devint ensuite un grand et beau sanctuaire. Dans ce sanctuaire je vis la Sainte Vierge avec l’Enfant Jésus dans les bras. A un certain moment l’Enfant Jésus disparut des bras de Sa Mère et je vis l’image vivante de Jésus crucifié. La Saine Vierge me dit de faire comme elle, malgré la joie, de fixer toujours mon regard sur la Croix et Elle ajouta, que les grâces que Dieu m’accorde ne sont pas seulement pour moi, mais aussi pour les autres âmes.

561. Quand je vois l’Enfant Jésus durant la Sainte Messe, ce n’est pas toujours de la même façon, parfois Il est joyeux, parfois il ne regarde pas du tout la chapelle. Pour le moment Il est très joyeux quand notre confesseur célèbre la Sainte Messe. Je suis extrêmement étonnée que le petit Enfant Jésus l’aime tant. Parfois je Le vois revêtu d’une petite pèlerine rayée multicolore.

562. Avant de venir à Wilno et de connaître ce confesseur, j’ai vu une fois une église pas très grande près de laquelle vivait cette Congrégation. Le couvent avait douze cellules : chaque religieuse devait habiter séparément. Je voyais le prêtre qui m’aidait à arranger ce couvent et dont je ne devais faire la connaissance que quelques années plus tard. Mais par ma vision, je le connaissais déjà. Je voyais comment il arrangeait tout dans ce couvent, aidé par un autre prêtre que je n’ai pas encore rencontré. J’ai vu les grilles, couvertes de drap sombre et les Soeurs n’allaient pas dans cette église.

563. Le jour de la fête de l’Immaculée Conception, j’entendis le bruissement d’une robe et je vis la sainte Vierge dans une très belle clarté, vêtue d’une robe blanche et d’une écharpe bleue qui me dit : « Tu me cause une grande joie, quand tu adore la Sainte Trinité pour les grâces et les privilèges qu’elle m’a accordées. » Elle disparut aussitôt.

564. Sur la pénitence et les mortifications.
En premier lieu il y a les mortifications intérieures. Mais il faut aussi pratiquer des mortifications extérieures, strictement déterminées, afin que toutes puissent les pratiquer. Ce sont : trois fois par semaine, les mercredi, vendredi et samedi un jeûne strict. Chaque vendredi, la discipline pour le temps que dure la récitation du psaume 50, toutes à la même heure chacune dans sa propre cellule. L’heure choisie : trois heures à l’intention des pécheurs agonisants. Pour les deux grand jeunes, les Quatre Temps, les veilles de Fête, il y aura le repas suivant : une fois par jour un morceau de pain et un peu d’eau. Que chacune s’efforce de remplir ces mortifications qui sont prescrites pour toutes, mais si l’une des Sœurs désire quelque chose de plus, qu’elle en demande la permission à la Supérieure.
Encore une mortification générale : il n’est permis à aucune Sœur d’entrer dans la cellule d’un autre sans la permission spéciale de la Supérieure. Mais  la Supérieure est obligée d’entrer à leur insu dans les cellules de Sœurs, non pas comme une sorte d’espionnage, mais dans l’esprit de charité et de responsabilité qu’elle a devant Dieu. Aucune n’enfermera rien sous clé, le règlement sera la clé pour toutes.

565. Un jour, après la Sainte Communion, je vis soudain l’Enfant Jésus debout à coté de mon prie-Dieu s’y tenant de Ses deux petites mains. C’était un petit enfant, et mon âme fut pénétrée de timidité et de crainte, car je vois en Lui mon Juge, Mon Seigneur et mon Créateur, devant la Sainteté de qui tremble les Anges.

Mais d’autre part mon âme était inondée d’un amour inouï, sous l’influence duquel il me semblait mourir. Je me rends compte maintenant que Jésus fortifie d’abord mon âme et la rend capable d’entrer en commerce avec Lui, car autrement, je n’aurais pas pu supporter ce que j’éprouvais à ce moment-là.

566. Relations entre les Sœurs et la Supérieure.
Que toutes les Sœurs respectent la Supérieure, comme le Seigneur Lui-même. Comme je l’ai mentionné en parlant du vœu d’obéissance, quelles aillent à elle avec une confiance d’enfant, qu’elles ne murmurent jamais, ni ne blâment ses ordres, car ceci ne plaît pas du tout à Dieu. Que chacune s’oriente selon l’esprit de foi dans ses relations envers la Supérieure.. Quelle demande avec simplicité tout ce dont elle a besoin, Dieu nous préserve d’être cause de tristesse et de larmes pour une Supérieure. Que chacune sache que, comme le quatrième commandement oblige l’enfant à honorer ses parents, de même il oblige la religieuse envers sa Supérieure. Seule une mauvaise religieuse se permet de juger sa Supérieure. Quelles soient sincères envers leur Supérieure. Quelles lui parlent de tout et de ce dont elles ont besoin avec la simplicité d’un enfant. Les Sœurs s’adresseront à elle de la façon suivante : «  Sœur Supérieure ». Elles ne lui baiseront jamais la main, mais à chaque rencontre dans le corridor et quand elles se rendrons dans sa cellule, elles diront : « Loué soit Jésus-Christ, » en inclinant la tête. Les Sœurs, en se parlant mutuellement diront « Sœur, » en ajoutant le nom. Dans leurs rapports avec la Supérieure, qu’elles se laissent diriger par l’esprit de foi et non par la sentimentalité ou par la flatterie, car c »est indigne d’une religieuse et cela l’abaisserait beaucoup. La religieuse doit être libre comme une reine. Elle ne le sera que si elle vit dans l’esprit de foi. Nous devons aimer et respecter la Supérieure non parce qu’elle est bonne, sainte, prudente, mais seulement parce qu’elle tient la place de Dieu, et qu’en lui obéissant, c’est à Dieu lui-même que nous obéissons.

567. Rapports de la Supérieure avec les Sœurs.
La Supérieure doit se faire remarquer par son humilité et sa charité envers chaque Sœur, sans aucune exception. Qu’elle ne se laisse pas influencer par la sympathie ou l’antipathie, mais par l’esprit du Christ. Qu’elle sache que Dieu va lui demander compte de chacune. Qu’elle ne leur fasse pas la morale, mais qu’elle donne un exemple de profonde humilité et d’oubli de soi. Ce sera la leçon la plus efficace  pour ses inférieures. Qu’elle soit ferme mais jamais brusque, qu’elle ait de la patience si on l’importune par les mêmes questions ; même si elle devait répéter cent fois la même chose, qu’elle garde toujours la même égalité de caractère. Qu’elle tâche de comprendre les besoins des Sœurs et qu’elle n’attende pas qu’elles lui demandent telle ou telle chose, car les âmes sont différemment disposées. Si une Sœur est triste ou souffrante, qu’elle tâche par tous les moyens de l’aider et de la consoler. Qu’elle prie beaucoup et demande la lumière pour agir avec chacune, car chaque âme est différente. Dieu a diverses manières de communier avec les âmes. Pour nous elles ont souvent incompréhensibles et impénétrables. C’est pourquoi, la Supérieure doit être très prudente pour ne pas gêner l’action de Dieu dans certaines âmes. Qu’elle ne fasse pas de remarque aux Sœurs quand elle est énervée et que ses réprimandes soient accompagnées d’encouragements. Il faut faire comprendre à chaque âme qu’elle doit reconnaître sa faute, mais sans la briser.

La Supérieure doit témoigner d’un amour actif envers les Soeurs. Qu’elle porte tous les fardeaux pour alléger les Sœurs, qu’elle n’exige aucun service des Sœurs. Qu’elle les respecte comme des épouses de Jésus et soit toujours prête à leur rendre service de nuit comme de jour. Quelle leur demande plutôt que de leur ordonner. Qu’elle ait le cœur ouvert aux souffrances des Sœurs et qu’elle-même apprenne et médite le livre ouvert, c’est-à-dire, Jésus Crucifié.

Qu’elle prie ardemment pour obtenir la lumière surtout quand elle a quelque décision importante à prendre, concernant les Sœurs.

Qu’elle se garde d’empiéter dans le domaine de leur conscience, car cette grâce appartient seulement  au  prêtre. Il arrive cependant que quelque âme éprouve le besoin de s’épancher devant sa Supérieure, celle-ci pourra alors l’accepter mais elle devra en garder le secret, car rien ne blesse plus une âme que lorsqu’on répète ce qu’elle avait  dit en confidence ou en secret.

Les femmes ont toujours la tête faible à cet égard, ce n’est que rarement qu’on rencontre une femme avec un esprit masculin. Qu’elle tâche donc de s’unir profondément,  et Dieu gouvernera par elle. La Sainte Vierge sera la Supérieure de ce couvent et nous serons ses filles fidèles.

568. 15.XII.1935. Dès ce matin, une force étrange me porte à l’action, ne me laissant aucun répit. Une étrange ardeur à l’action s’est allumée dans mon cœur que je ne puis maîtriser. C’est un martyre secret, connu seulement de Dieu. Mais qu’Il fasse de moi ce qu’Il Lui plaît, mon cœur est prêt à tout. O Jésus, mon Maître le plus cher, ne me délaissez pas un seul instant. Jésus, Vous savez bien que ma faiblesse Vous oblige à être continuellement avec moi.

560. Une fois je vis le Seigneur vêtu d’une tunique claire, c’était dans un jardin d’hiver. « Ecris ce que Je te dis : Mon délice est de M’unir à toi. Avec grand désir, J’attends et Je soupire après le moment où sacramentellement Je pourrai habiter dans ton couvent. Mon esprit s’y reposera et Je bénirai particulièrement la région qui l’environne. Par amour pour vous, J’en éloignerai tous les châtiments que la justice de Mon Père envoie à juste titre. Ma fille, J’ai incliné Mon Cœur vers tes demandes.
Ta tâche et ton devoir sont d’implorer la miséricorde pour le monde entier. Aucune âme ne trouvera justification, tant qu’elle ne s’adressera pas avec confiance à Ma Miséricorde. C’est pourquoi, le premier dimanche après Pâques sera la Fête de la Miséricorde et les prêtres doivent ce jour-là, parler aux âmes de Ma Miséricorde insondable. Je te fais la dispensatrice de Ma Miséricorde. Dis à ton confesseur que cette image doit être exposée dans l’église, et non dans la clôture de ce Couvent. Par elle beaucoup de grâces seront accordées aux âmes, il faut donc qu’elle soit accessible à tous. »
O mon Jésus, Vérité éternelle, je n’ai peur de rien, d’aucune difficulté, d’aucune souffrance. Je ne redoute qu’une seule chose ;  c’est de Vous offenser. Mon Jésus, je préférerais ne pas exister que de Vous attrister, Jésus,Vous savez que mon amour ne connais personne que Vous, en qui mon âme s’est noyée.

571. Oh ! Quelle ne doit pas être l’ardeur des âmes vivant dans ce couvent si Dieu désire venir habiter avec nous !
Que chacune se souvienne que si nous, âmes religieuses n’intercédons pas auprès de Dieu, par notre prière, qui le fera ? Que chacune se consume comme un pur sacrifice d’amour devant la Majesté de Dieu. Mais pour Lui être agréable quelle s’unisse intimement à Jésus. Avec Lui, en Lui et par Lui seulement nous pouvons plaire à Dieu.

572. 21.XII.1935. Mon confesseur vient de me demander de venir voir une maison pour savoir si c’est celle que j’ai vue dans ma vision. Quand je suis allée avec lui voir cette maison (ou plutôt ces ruines), au premier coup d’œil, je reconnus celles que j’avais vues dans ma vision. A l’instant où j’ai touché les planches qui étaient clouées à la place  des portes, une force pénétra mon âme tel un éclair me donnant une pleine assurance. Je m’éloignais vite de ce lieu, l’âme remplie de joie, mais il me semblais qu’une force me clouait sur place.  Je me réjouis infiniment de trouver une entière concordance avec ce que j’ai vu en vision.

Quand le confesseur me parla de l’arrangement des cellules et d’autres choses, j’ai reconnu tout ce que me disait Jésus ; je me réjouis profondément que dieu agisse par lui Mais je ne m’étonne guerre, car c’est dans un cœur pur et humble que Dieu, qui est la lumière même, habite.. Et toutes lrs souffrances et les contrariétés servent à monter la sainteté des âmes. A mon retour à la maison, je suis entrée tout de suite dans notre chapelle pour me reposer un instant. Tout à coup j’ai entendu dans l’âme ces paroles ; « N’aie peur de rien. Je suis avec toi. Je prends cette affaire en main et J’en disposerai selon Ma Miséricorde. Rien ne peut s’opposes à Ma volonté. »

573. Année 1935. Veille de Noël.
Dès le matin, mon esprit fut plongé en Dieu. Sa présence me pénétrait  Le soir avant le souper, j’entrai un instant dans la chapelle, voulant partager aux pieds du Seigneur J »sus le pain azyme avec ceux qui sont au loin, que Jésus aime beaucoup, et à qui je dois tant. Au moment où je partageais le pain azyme avec une certaine personne, j’entendis dans l’âme ces paroles : « Son cœur est pour Moi un Ciel sur terre. » - A l’instant où je sortais de la chapelle la Toute Puissance de Dieu m’enveloppa. Je reconnus alors à quel point Dieu nous aime. Oh ! si les âmes pouvaient le comprendre , ne serais-ce qu’en partie !

574. Le jour de Noël

Pendant la messe de Minuit, à nouveau je vis le Petit Enfant Jésus extrêmement beau. Il tendait avec joie, ses petites mains vers moi.
Et après la Sainte Communion, j’entendis ces paroles : « Je suis toujours dans ton cœur et non seulement au moment où tu Me reçois dans la Sainte Communion mais toujours. » Je passais ces fêtes dans une grande allégresse.

575. O Sainte Trinité, Dieu Eternel, mon esprit est noyé dans votre beauté. Les siècles ne sont rien devant Vous, Vous êtes toujours le même. Oh ! comme Votre Majesté est grande,  Jésus, pourquoi la cachez-Vous, pourquoi avez-Vous quitté le trône du ciel et demeurez-Vous avec nous ? Le seigneur me répondit : « Ma fille, l’amour M’a conduit. L’amour Me retient. Er si tu savais, Ma fille, comme sont grands le mérite et la récompense pour un acte de pur amour envers Moi, tu mourrais de joie. Je te le dis pour que perpétuellement tu t’unisses à moi par amour, car tel est le but de la vie de ton âme : cet acte est un acte de volonté. Saches-le, l’âme pure est humble. Quand tu t’humilies et t’abîmes devant Ma Majesté, alors je te poursuis de mes grâces. J’emploie Ma Toute Puissance à t’élever. »

576. A un certain moment, il arrivait à mon confesseur  de réciter comme pénitence le « Gloire au Père ». Cela me prenait beaucoup de temps,  et souvent je commençais et ne finissait pas, mon esprit s’unissait à Dieu et m’échappait alors. Plus d’une fois, je me suis sentie, malgré moi, enveloppée par la Toute-Puissance de Dieu, entièrement plongée en lui par amour et alors, je ne sais plus ce qui se passe autour de moi.
Quand j’ai dit au confesseur que cette courte prière me prenait souvent beaucoup de temps et que même je ne pouvais la terminer, le confesseur m’ordonna de la dire tout de suite dans le confessionnal. Mon esprit se plongea en Dieu et je ne pouvais pas penser ce que je voulais malgré mes efforts. Cependant le confesseur me dit : « Veuillez répéter avec moi. » J’ai répété chaque mot, mon esprit se plongeait en la Personne que je nommais.

577. Un jour, Jésus me dit d’un certain prêtre que ces années seraient l’ornement de son sacerdoce. Les jours de souffrances semblent toujours plus longs, mais ils passent aussi, quoiqu’ils s’écoulent que souvent ils nous semble qu’ils reculent plutôt. Cependant leur fin est proche, et après, viendra l’éternelle et l’incompréhensible joie. L’éternité ! Qui pourrait comprendre ce seul mot qui provient de Vous, O Dieu inconcevable, c’est l’éternité.

578. Je sais que les grâces que Dieu m’accorde, sont souvent exclusivement pour certaines âmes et cette pensée me remplit d’une grande joie. Je me réjouis du bien d’autres âmes, comme si je le possédais moi-même.

579. A un certain moment le Seigneur me dit : « Je suis plus profondément blessé par les petites imperfections des âmes choisies que par les péchés des âmes vivant dans le monde. »  J’ai eu de la peine que Jésus éprouve des souffrances de la part des âmes choisies, et Jésus me dit : « Ces petites imperfections ne sont pas tout. Je te découvrirai le secret de Mon Cœur : ce que je souffre de la part des âmes choisies. Leur ingratitude pour tant de grâces fait la continuelle nourriture de Mon Cœur. Leur amour est tiède, Mon Cœur ne peut pas le souffrir.  Ces âmes me forcent à les rejeter loin de Moi.

D’autres ne croient pas à Mon amour et ne veulent pas en ressentir la douce familiarité dans leur propre cœur. Et elles Me cherchent quelque part dans le lointain et ne me trouvent pas. Ce manque de foi dans Ma bonté Me blesse beaucoup. Si Ma mort ne vous a pas convaincues de Mon amour, qu’est ce qui vous convaincra. Souvent une âme Me blesse mortellement et ici personne ne Me consolera.
Elles emploient Ma grâce pour M’offenser. Il y a des âmes qui méprisent Ma grâce , ainsi que toutes les  preuves de Mon amour. Elles ne veulent pas répondre à Mon appel, elles vont dans le gouffre infernal.. Cette perte d’âme Me plonge dans une tristesse mortelle. Ici, Je ne puis porter secours à l’âme, quoique Je suis Dieu. Elle Me Méprise. Car profitant du libre arbitre, on peut Me mépriser ou M’aimer. Toi, dispensatrice de Ma Miséricorde, parle au monde entier de Ma bonté et ainsi tu consoleras Mon Cœur.

580. Je t’en dirai davantage quand tu Me parleras dans les profondeurs de ton cœur. Là personne ne peut empêcher Mon activité. Là Je Me repose comme dans un jardin fermé ».

581. L’intérieur de mon âme est comme un monde grand et magnifique où Dieu demeure avec moi. En dehors de Dieu, personne n’y a accès. Au début de cette vie avec Dieu j’étais aveuglée et transie de frayeur. Sa clarté m’aveuglait,  je pensais qu’Il était absent de mon cœur et cependant, c’était des moments dans lesquels Dieu travaillait mon cœur. L’amour se purifiait et se fortifiait et le Seigneur amena ma volonté à se conformer strictement à Sa Sainte volonté.

Personne ne comprendra ce que j’éprouve dans ce magnifique palais de mon  âme où je demeure avec mon Bien-Aimé. Aucune chose extérieure ne m’empêche de communiquer avec Lui.  Si j’employais les plus fortes expressions, ce ne serais même pas l’ombre de ce que mon âme éprouve enivrée de bonheur et d’un amour inouï, aussi grand et pur que la source dont il découle, c’est-à-dire de Dieu Lui-même. Mon âme est tellement imprégnée de Dieu que je Le sens physiquement et le corps a sa part dans ces joies, quoiqu’il arrive que les souffles de Dieu soient différents dans une même âme, bien que provenant d’une même source.

Je vis, un jour, Jésus assoiffé et s’évanouissant. Il me dit : « J’ai  soif. » Quand je donnais de l’eau au Seigneur, Il l’accepta, mais ne but pas et disparut tout de suite. Il était habillé comme pendant Sa Passion.

583. « Quand tu médites ce que Je te dis dans les profondeurs de ton cœur, tu en retires plus de profit que si tu lisais de nombreux livres. Oh ! si les âmes voulaient écouter Ma voix quand Je parle dans les profondeurs de leur cœur, elles parviendraient rapidement aux sommets de la sainteté. »

584. 8. 1.1936. J’ai été chez l’Archevêque pour lui dire que le Seigneur Jésus exige de moi que je prie pour implorer la Miséricorde de Dieu pour le monde, et qu’une Congrégation soit créée à cet effet qui implorerais la Miséricorde de Dieu pour le monde. Je le priai de me donner l’autorisation pour tout ce qu’exige de moi le Seigneur Jésus.

L’Archevêque me répondit : « Quant à prier, je vous permets et même je vous encourage, ma Sœur, à prier le plus possible pour le monde et à implorer pour lui la miséricorde de Dieu, car nous avons tous besoin de miséricorde. Je suppose que votre confesseur ne vous interdit pas de prier à cette intention. Quant à cette Congrégation, attendez un peu, ma Sœur, que tout s’arrange plus favorablement. La chose est bonne en elle-même, mais il ne fat pas se dépêcher. Si telle est la volonté de Dieu, un peu plus tôt ou un peu plus tard, cela se fera. Pourquoi cela ne se ferait-il pas ? Il y a tant de congrégations différentes,  celle-ci existera si Dieu l’exige. Le Seigneur Jésus peut tout. Tâchez d’obtenir une union intime avec Dieu et ne perdez pas courage.» Ces paroles me remplirent d’une grande joie.

585. Quand je suis sortie de chez l’Archevêque, j’entendis en mon âme ces paroles : « Pour fortifier ton esprit, Je te parles par Mes remplaçants, en accord avec ce que J’exige de toi, mais sache qu’il n’en sera pas toujours ainsi. On va s’opposer à toi en beaucoup de choses. Mais Ma grâce se montrera en toi et l’on verra que cette affaire est Mienne. Quant à toi, ne crains rien, Je suis toujours avec toi. Sache encore une chose, Ma fille : toutes les créatures, quelles le sachent ou non, quelles le veuillent ou nom, accomplissent toujours ma volonté. »

586. Une fois je vis soudainement le Seigneur Jésus en grande Majesté qui me dit ces paroles : « Ma fille, si tu le  veux, Je créerai à ce moment un nouveau monde, plus beau que celui-ci et tu y vivras le reste de ta vie. »  J’ai répondu : Je ne veux pas d’autres mondes. Je Vous veux, Jésus, je veux Vous aimer du même amour que Vous avez pour moi. Je Vous prie seulement de rendre mon cœur capable de Vous aimer. Je m’étonne beaucoup, mon Jésus, que Vous me posiez une telle question. Que ferais-je de ces mondes, même si vous m’en donniez mille ? Vous savez bien que mon cœur se meurt de langueur pour Vous. Tout ce qui n’est pas Vous n’est rien pour moi. »  A ce moment je ne voyais plus rien, mais une force s’empara de mon âme, un feu étrange s’alluma dans mon cœur et j’entrai dans une sorte d’agonie pour Lui. Soudain j’entendis ces mots : « Avec aucune âme Je ne m’unis aussi étroitement qu’avec la tienne et cela en raison de ta profonde humilité et de l’ardent amour que tu as pour Moi. »

A un autre moment, j’entendis dans mon âme ces paroles : « Chaque mouvement de ton cœur M’est présent. Saches-le, Ma fille, un seul de tes regards, tourné vers quelqu’un d’autre Me blesserais plus que beaucoup de péchés commis par une autre âme. »

588. L’amour chasse la peur de l’âme. Depuis que j’ai aimé Dieu de tout mon être, de toute la force de mon cœur, la peur a cédé. Et quoique l’on me parle de Sa justice, je n’ai pas du tout peur de Lui. Car par expérience, je sais que Dieu est amour et que son esprit est paix. Et je vois maintenant que mes actes inspirés par l’amour sont plus parfaits que ceux accomplis par crainte. J’ai mis ma confiance en Dieu et je n’ai peur de rien, je m’en suis remise à Sa sainte volonté. Qu’Il fasse de moi ce qu’Il veut :je l’aimerai quand même.

Quand je reçois la Sainte Communion, je prie et supplie le Seigneur qu’Il guérisse ma langue pour que, par elle, je ne pèche jamais contre l’amour du prochain.

590. Jésus, Vous savez combien je désire ardemment me cacher pour que personne ne me connaisse, sinon Votre Cœur si doux, si aimant. Je veux être une petite violette cachée dans l’herbe, inconnue dans un magnifique jardin fermé où croissent des lys et de belles roses. On voit de loin une belle rose, un lys merveilleux, mais pour voir une petite violette, il faut se pencher, elle se trahit seulement par son parfum. Oh ! que je me réjouis de pouvoir me cacher ainsi ! O mon divin époux, pour Vous est la fleur de mon cœur et la senteur de mon pur amour. Mon âme s’est noyée en Vous, Dieu éternel dès le moment où  Vous-même m’avez attirée vers Vous, O mon Jésus, plus je Vous connais, plus ardemment je Vous désire.

591. J’ai connu dans le Cœur de Jésus que pour les âmes choisies, il y a dans le Ciel même, un ciel uniquement aux âmes élues. Le bonheur dans lequel l’âme sera noyée est incroyable. O mon Dieu, que ne puis-je le décrire même en partie ! Les âmes pénétrées de Sa divinité passent de clarté en clarté. C’est une lumière toujours égale et cependant jamais monotone, toujours nouvelle mais sans aucun changement. O Sainte Trinité, faites-Vous connaître des âmes.

592. O mon Jésus, il n’y a rien de meilleur pour l’âme que les humiliations Le mystère du bonheur est dans le mépris. Quand l’âme reconnaît que, d’elle-même, elle n’est que nullité et misère, que tout ce qu’elle a de bon en elle est un don de Dieu et que tout lui est donné gratuitement, alors qu’elle n’est que misère, elle s’abîme en un constant acte d’humilité devant la Majesté de Dieu. Et Lui, voyant l’âme  dans une telle disposition, la poursuit de Sa grâce. Quand l’âme approfondit le gouffre de sa misère, Dieu emploie Sa Toute Puissance à l’élever. S’il y a sur terre une âme vraiment heureuse, c’est seulement l’âme humble au commencement son  amour-propre en souffre beaucoup, mais après une lutte courageuse, Dieu lui accorde une si grande lumière, qu’elle reconnaît combien tout est misérable et plein d’illusions.
Dieu seul habite son cœur. L’âme humble ne se fie pas à elle-même, mais place sa confiance en Dieu. Dieu défend l’âme humble et Lui-même s’occupe de ses affaires à elle. L’âme possède alors un très grand bonheur que personne ne pourra comprendre.

593. A un certain moment, une religieuse décédée qui était déjà venue me trouer plusieurs fois, m’est apparue. Quand je la vis pour la première fois, elle souffrait la torture, puis graduellement ses souffrances diminuèrent et cette fois, je la vis rayonnante de bonheur.
Elle me dit qu’elle était déjà au Ciel, et alors je me dis que Dieu a éprouve cette maison par la souffrance parce que la Mère Générale a éprouvé des doutes, comme si elle ne croyait pas ce que j’ai dit à cette âme. Comme signe qu’elle est seulement au Ciel, Dieu va bénir cette maison. Puis elle s’est approchée de moi et me serrant cordialement, elle m’a dit : « Je dois déjà partir. » J’ai compris à quel point la communication est étroite entre les trois étapes de la vie de l’âme, c’est-à-dire : la terre, le Purgatoire et le Ciel.

594. J’ai remarqué plusieurs fois que Dieu éprouve certaines personnes à cause de ce qu’Il me dit, car la méfiance ne plaît pas à Jésus. Quand une fois je remarquai que Dieu éprouvait certain Archevêque, car il avait une aversion pour cette affaire et ne pouvait y croire… j’ai éprouvé de la pitié et j’ai prié Dieu pour lui et Dieu allégea sa peine. Dieu n’aime pas qu’on se méfie de Lui et plus d’une âme et plus d’une âme perd beaucoup de grâces à cause de cette méfiance. Le doute blesse Son Très Saint Cœur qui est empli d’une bonté incompréhensible pour nous.
Un prêtre doit souvent avoir des doutes pour qu’il puisse se convaincre plus profondément de la vérité des dons ou des grâces de certaines âmes. Quand il les éprouve, pour pouvoir mieux diriger l’âme vers une plus profonde union avec Dieu, sa récompense est grande et inouïe. Mais s’il éprouve du dédain et du doute envers les grâces de Dieu aux âmes pour la seule raison qu’il ne peut, avec l’aide de sa raisin, les approfondir et les comprendre, cela ne plait pas au Seigneur. J’ai beaucoup de pitié pour les âmes, qui ont affaire à des prêtres sans expérience.

595.  A un certain moment, un prêtre, me demanda de prier à son intention. J’ai promis de prier, mais je lui demandai une mortification.  Quand je reçus la permission pour une certaine mortification, je ressentis dans mon âme une inclination à céder en ce jour toutes les grâces que la bonté divine me destinait, au profit e ce prêtre. Je priai  Jésus  que Dieu daigne m’accorder toutes les souffrances et toutes les afflictions, que durant ce jour, ce prêtre avait à souffrir. Dieu accéda partiellement à mon désir. Et tout de suite commencèrent à surgir, on ne sait d’où, toutes sortes de difficultés et contrariétés, au point qu’une sœur dit à haute voix que Dieu y était pour quelque chose si tout le monde tourmentait Sœur Faustine. Et les faits qu’on avançait tait tellement sans fondements qu’une partie des Sœurs les affirmait et l’autre les niait. Et moi, j’offrais tout cela en silence pour ce prêtre.
Mais ce n’était pas tout. J’éprouvais des souffrances intérieures et pour commencer, un certain découragement et une antipathie envers mes consoeurs. Puis des doutes commencèrent à me troubler. Je ne parvenais plus à me  recueillir pendant la prière. J’étais préoccupée  par différentes affaires. Et quand fatiguée, j’entrais à la chapelle, un mal étrange  oppressa mon âme et je commençais à pleurer tout bas. Alors, j’entendis dans mon âme ces paroles : «  Ma fille, pourquoi pleures-tu ? Tu t’es offerte toi-même à ces souffrances. Saches que ce n’est qu’une petite partie de ce que tu as accepté pour cette âme. Elle soufre bien plus encore. »  Et je demandai au Seigneur : « Pourquoi agissez-vous ainsi avec ce prêtre ? »  Le Seigneur me répondit que c’était en vue de la triple couronne qui lui était destinée : de la virginité, du sacerdoce et du martyre. Au même instant, une grande joie envahit mon  âme à la pensée de la grande gloire qu’il connaîtrait au Ciel. Aussitôt je dis un Te Deum pour cette grâce particulière de Dieu. C’est ainsi que Dieu agit avec eux qu’il aura près de Lui et par conséquent toutes les souffrances ne sont rien en comparaison de ce qui nous attend au Ciel

596. Un certain jour, après avoir assisté à la Sainte Messe, je vis soudain mon confesseur, qui célébrait la Sainte Messe dans  l’église Saint-Michel, devant le tableau de la Sainte Vierge. C’était au moment de l’offertoire et je vis le Petit Enfant Jésus se serrer contre lui cherchant auprès de lui un abri comme s’il fuyait devant quelque chose. Quand vint le moment de la Sainte Communion,  Il disparut comme toujours. Alors je vis la Très Sainte Mère qui le couvrait de son manteau et disait : « Courage, mon fils, Courage » et autre chose encore que je n’ai pas entendu.

597. Je désire ardemment que chaque âme glorifie Votre  Miséricorde. Heureuse l’âme qui invoque la Miséricorde du Seigneur. Elle éprouvera ce qu’a dit le Seigneur. Il va la défendre comme Il défend <sa gloire, et qui oserait lutter contre Dieu ? Que toute âme glorifie la miséricorde du Seigneur par sa confiance en Sa miséricorde durant toute la vie et surtout  à l’heure de la mort. Ne crains rien, chère âme, qui que tu sois.. Plus un pécheur est grand, plus il a droit à Votre miséricorde, Seigneur. O bonté inouïe, Dieu se penche le premier vers le pécheur. O Jésus, je désire glorifier Votre miséricorde pour des milliers d’âmes. Je sais bien, ô mon Jésus, que je dois publier votre bonté, Votre miséricorde inconcevable.
598. Un jour qu’une personne me demandait de prier pour elle, j’ai rencontré le Seigneur et je Lui dis « Jésus, j’aime particulièrement ces âmes que vous aimez. » Jésus me répondit : « Et Moi aussi, j’accorde des grâces particulières aux âmes pour lesquelles tu intercède auprès de Moi. »

599. Jésus me défend étrangement, vraiment c’est une grande grâce de Dieu que j’expérimente depuis longtemps.

600. Un autre jour, une de nos Sœurs tomba mortellement malade. Toute la Communauté se rassembla autour d’elle. Il y avait aussi le prêtre qui donna l’absolution à la malade. Tout à coup, je vis une multitude d’esprits des ténèbres. . Aussitôt, oubliant que j’étais en compagnie des Sœurs, je saisis le goupillon, je les aspergeai et ils disparurent immédiatement. Mais quand les Sœurs passèrent au réfectoire, la Mère Supérieure me fit la remarque que je ne devais  pas asperger la malade en présence du prêtre, car c’est à lui que cela incombait. J’acceptai cette réprimande en esprit de pénitence, mai l’eau bénite apporte un grand secours aux mourants.

601. Mon Jésus,Vous voyez bien je suis faible par moi-même, veuillez donc diriger Vous-même toutes mes affaires. Sachez, Jésus, que sans Vous je ne ferai rien, mais avec Vous, j’aborderai les situations les plus difficiles.

602. 29.1.1936. Je me trouvais un soir dans ma cellule, quand soudain je vis une vive clarté, et tout en haut dans cette clarté,  une grande croix d’un gris sombre. Emportée soudain près de cette croix, je la fixai des yeux sans comprendre et je priai me demandant  ce que cela voulait dire. A ce moment je vis le Seigneur Jésus et la croix disparut. Jésus était assis dans une grande clarté. Ses pieds et Ses jambes baignant jusqu’aux genoux dans cette clarté à tel point que je ne les voyais pas. Jésus se pencha vers moi me regarda et me parla de la volonté du Père céleste. Il me dit que l’âme la plus parfaite et la plus sainte est celle qui fait la volonté du Père. Mais il n’en existe pas beaucoup. Le Père considère l’âme qui vit de Sa volonté avec un amour particulier. Et Il me dit que moi, j’accomplissais la volonté de Dieu d’une manière parfaite. C’est pourquoi je m’unis à Lui et je communique avec Lui d’une manière privilégié. Dieu embrase d’un amour ineffable l’âme qui vit de Sa volonté.
Je compris que Dieu nous aime tant, qu’il est tellement simple (quoique incompréhensible), qu’il est facile de communiquer avec Lui malgré la grandeur de Sa majesté. Avec personne, je n’éprouve autant de facilité ni autant de liberté qu’avec Lui. Même la mère qui aime sincèrement son propre enfant, ne comprend pas aussi bien que Dieu ne comprend mon âme.  Alors que je demeurais ainsi en communion avec Dieu, je vis deux personnes. Et le triste état de leur intérieur me fut dévoilé. Mais j’espère qu’elles aussi vont glorifier la miséricorde de Dieu.

603. A ce  moment je vis aussi une certaine personne et en partie l’état de son âme et les grandes épreuves que Dieu envoyait à cette âme. Ses souffrances concernaient sa mentalité et sous une forme tellement aigue que j’eus pitié d’elle et je dis au Seigneur : « Pourquoi agissez-Vous ainsi avec elle ? »  Et le Seigneur me répondit : « Pour sa triple couronne. » Et le Seigneur me fit connaître quelle gloire inouïe attend l’âme qui ressemble à Jésus souffrant, ici bas sur terre. Cette âme ressemblera au Christ dans Sa gloire.  Le Père Céleste glorifiera et reconnaîtra nos âmes dans la mesure où Il verra en nous la ressemblance avec Son Fils. J’ai compris que cette assimilation à Jésus nous est donnée ici-bas sur terre. Je vois des âmes pures et innocentes sur lesquelles Dieu exerça Sa justice. .Ces âmes sont des victimes qui soutiennent le monde et qui complètent ce qui manquait à la Passion de Jésus. Ces âmes ne sont pas nombreuses. Je me réjouis profondément que Dieu m’ait permis de connaître de telles âmes.

604. O Sainte Trinité, Dieu Eternel, je Vous remercie de m’avoir fait connaître la grandeur et les divers degrés de gloire que les âmes peuvent atteindre. Quelle grande différence il y a entre deux degrés de profonde connaissance de Dieu. Oh ! si les âmes pouvaient le savoir ! O mon Dieu si je pouvais en gagner une de plus, je supporterais volontiers toutes les souffrances que tous les martyrs on endurés.

Vraiment, toutes ces souffrances  ne me paraissent rien en comparaison de la gloire qui nous attend durant toute l’éternité. O Seigneur, plongez mon âme dans l’océan de Votre divinité et accordez-moi la grâce de Vous mieux connaître. Car plus je Vous connais, plus ardemment je Vous désire et plus mon amour pour Vous s’accroît. Mon âme est un gouffre insondable que Dieu seul peut remplir. Je me dissous en Lui comme une goutte d’eau dans l’océan. Le Seigneur S’est abaissé vers ma misère comme un rayon de soleil vers une terre déserte et rocailleuse. Et ainsi, sous l’influence de Ses rayons, mon âme s’est couverte de verdure, de fleurs, et de fruits. Et elle est devenue un beau jardin pour Son repos.

605.  Mon Jésus, malgré Vos grâces je sens cependant, et je vois toute ma misère. Je commence ma journée par la lutte et je l’achève dans la lutte. A peine ais-je fini avec une difficulté que j’en ai dix autres à combattre. Mais je ne m’en afflige pas, car je sais bien que c’est le temps de la lutte et non du repos. Et quand le poids de la lutte dépasse mes forces, je me jette comme un enfant dans les bras du Père Eternel, et j’espère que je ne périrai pas. O Jésus, je suis très encline au mal et ceci me force à veiller continuellement sur moi. Mais rien ne me rebute. J’espère en la grâce de Dieu qui abonde dans la plus grande misère.

606. Dans les plus grandes difficultés et contrariétés je ne perds pas la paix intérieure, ni l’équilibre extérieur. Et ceci amène les adversaires au découragement. La patience dans les contrariétés donne de la force à l’âme.

607. 2 février 1936. Ce matin, quand je me suis éveillée au son de la cloche, une telle somnolence s’est emparée de moi que ne pouvant me réveiller, je m’aspergeai d’eau froide et au bout de deux minutes la somnolence me quitta. Quand j’arrivai à la méditation, tout un essaim de pensées absurdes se pressait dans ma tête, de sorte que j’ai dû lutter durant toute l’oraison. Il en fut de même pendant la prière. Mais quand la messe a commencé un étrange silence et une grande joie se sont emparés de mon âme. Je vis alors la Sainte Vierge avec l’Enfant Jésus et Saint Joseph qui était debout derrière la Sainte Vierge. La très Sainte Mère me dit : « Tiens mon trésor le plus précieux. » Et   elle 608. me tendit l’Enfant Jésus. Quand je Le pris dans mes bras, la Sainte Vierge  et Saint Joseph disparurent et je restais seule avec l’Enfant Jésus. Je Lui dis: «  Je sais que Vous êtes mon Seigneur et mon Créateur quoique Vous soyez si petit. » Jésus tendit Ses petites mains et me regarda avec un sourire. Mon esprit était rempli d’une joie incomparable.

Et soudain Jésus disparut : c’était le moment de la Sainte Communion. Je m’approchai avec les autres Sœurs de la Sainte Table. Après la Sainte Communion j’entendis dans mon âme ces paroles : « Je suis dans ton cœur, Moi que tu as tenu dans tes bras. »  Alors je priai le Seigneur pour une âme pour qu’Il lui donne la grâce pour la lutte et éloigne d’elle cette épreuve. « Il en sera selon ta prière mais son mérite n’en sera pas diminué. » Cela me causa une grande joie. Dieu est si bon et si miséricordieux. Il exauce tout ce que nous Lui demandons avec confiance.

609. Chaque conversation avec le Seigneur fortifie singulièrement mon âme. Il me donne tant de courage que je ne crains rien au monde. J’éprouve seulement la peur d’attrister Jésus.

610. O mon Jésus, je Vous supplie par la bonté de Votre très doux Cœur, apaisez votre colère et montrez-nous Votre miséricorde. Que Vos blessures soient pour nous un abri devant la justice de Votre Père. Je Vous ai connu, ô Dieu, comme source de miséricorde qu apaise la soif de mon âme et lui donne la vie. Oh ! que la miséricorde  du Seigneur est grande. Elle surpasse toutes Ses qualités. La miséricorde est le plus grand attribut de Dieu. Tout ce qui m’entoure m’en parle. Sa miséricorde  est la vie des âmes, Sa pitié est inépuisable. O Seigneur regardez-nous t agissez avec nous selon Votre grande miséricorde.

611. A un certain moment un doute survint en moi : ce qui m’était arrivé, n’avait-il pas profondément offensé le Seigneur Jésus ?  Comme je ne pouvais le résoudre, j’ai décidé de ne pas aller communier avant de m’être confessée, bien que je me sois immédiatement repentie, car j’ai l’habitude, au moindre manquement de demander pardon. Pendant les jours où je ne m’approchais pas de la Sainte Communion je ne sentais pas la présence de Dieu et j’en souffrais extrêmement. Mais je supportais cela comme une punition pour mon péché. Cependant à la sainte Confession, je reçus un blâme pour avoir manqué la Sainte Communion car ce qui m’était arrivé n’était pas un empêchement pour aller communier. Après la confession je reçus la Sainte Communion et je is le Seigneur Jésus qui me dit ces paroles : « Sache, Ma fille, que tu Me faisais une plus grande peine en ne t’unissant pas à Moi dans la Sainte Communion que par ce petit manquement.
612. Un jour, j’eus la vision de la petite chapelle : six Sœurs y recevaient la Sainte Communion, de la main de notre confesseur, revêtu d’un surplis et d’une étole. Dans la chapelle il n’y avait ni décoration ni prie-Dieu. Après la Sainte Communion je vis Jésus tel qu’Il est représenté sur l’image. Jésus marchait, et moi j’ai appelé : « Comment pouvez-vous, Seigneur, passer sans rien me dire ?  Je ne ferai rien seule sans Vous. Vous devez rester avec Moi et me bénir ainsi que cette Congrégation et ma Patrie. » Jésus fit le signe de la croix et dit : « Ne crains rien, Je suis toujours avec toi. »

613. Les deux derniers jours précédant le Carême nous eûmes avec nos élèves une heure d’adoration réparatrice. Pendant les deux heures, je vis le Seigneur Jésus comme après la flagellation. Une douleur tellement grande m’enserra l’âme qu’il me sembla que j’éprouvais tous les supplices en mon cœur et en mon âme.

614. 1.3.1936.   Ce jour-là durant la messe, j’éprouvais une étrange force et une impulsion à exécuter les volontés de Dieu. Il me venait une si claire compréhension de ces choses que le Seigneur attendait de moi que si j’avais dit ne pas en comprendre une partie j’aurais commis un mensonge. Car le Seigneur me laisse connaître Sa volonté distinctement et clairement et en cela je n’ai plus l’ombre d’un doute. Et je compris que ce serait une grande ingratitude que de retarder plus longtemps cette œuvre que Dieu veut mener à bonne fin pour Sa gloire et pour le profit d’un grand nombre d’âmes.
Il m’emploie comme un misérable instrument par lequel Il veut mener à bonne fin Ses plans éternels de miséricorde. Comme mon âme serait ingrate si elle résistait plus longtemps à la volonté de Dieu. Rien ne me retiendra plus, ni les persécutions, ni les souffrances, ni les dérisions, ni les menaces, ni les pétitions, ni la faim, ni le froid, ni les flatteries, ni les amitiés, ni les contrariétés, ni les amis, ni les ennemis, ni ces choses que je traverse, ni les choses futures, ni la haine infernale, rien ne me détournera de l’accomplissement de la volonté de Dieu.

Je ne m’appuie pas sur mes propres forces, mais sur Sa toute-Puissance, car, s’il me donne la grâce de connaître Sa sainte volonté, Il me donnera aussi la grâce de l’accomplir. Je ne peux pas ne pas mentionner que dans cette disposition j’éprouve une certaine résistance de la part de ma  nature inférieure qui s’élève avec ses exigences. Et il en résulte une lutte intime aussi grande que celle de Jésus au Jardin des Oliviers. Moi aussi je di à Dieu le Père Eternel : « S’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme Tu veux. » Ce que j’aurai à passer n’est pas un mystère pour moi. Mais en pleine connaissance de cause j’accepte tout ce que Vous m’enverrez ô Seigneur. J’ai confiance en Vous <<<<dieu miséricordieux et je désire, moi la première, Vous témoigner cette confiance que Vous exigez des âmes. Vérité éternelle, aidez-moi et éclairez-moi sur les chemins de la vie et faites qu’en moi s’accomplisse Votre Volonté.

Mon Dieu je ne désire rien d’autre que faire Votre volonté, Seigneur. Peu importe la facilité ou la difficulté, je sens qu’une force étrange me pousse à l’action. Une seule chose me retient : la sainte obéissance. O mon Jésus, Vous me pressez, Vous me soutenez, et d’autre part Vous me retenez. En cela aussi, que Votre volonté soit faite. Je demeurai plusieurs jours dans cet état, mes forces physiques diminuaient. Je n’en parlai à personne. Cependant la Mère Supérieure remarqua mes souffrances et dit que j’étais changée et palie. Elle me recommanda d’aller me reposer plus tôt et de dormir plus longtemps. Et le soir elle me faisait apporter une tasse de lait chaud. Avec un cœur plein de sollicitude, un vrai cœur de mère, elle voulait m’aider. Cependant quand il s’agit d’épreuves spirituelles, les choses extérieures n’ont pas d’influence et n’apportent pas beaucoup de soulagement.
Et c’est au confessionnal que je puisais la force et la consolation d’apprendre que je n’allais plus attendre longtemps pour passer à l’action.

615. Le jeudi alors que je gagnais ma cellule, je vis au-dessus moi la Sainte Eucharistie dans une grande clarté. Soudain, j’entendis une voix qui me semblait venir d’au-dessus  de l’Hostie : « En elle est ta force. Elle va te défendre. » Après ces mots, la vision disparut, mais une force étrange pénétra mon âme et une étrange lumière : notre amour de Dieu consiste en l’accomplissement de Sa volonté.

616. O Sainte Trinité, Dieu Eternel, je désire briller dans la couronne de Votre miséricorde, comme une petite pierre dont la beauté dépend de votre rayon de lumière et d’inconcevable miséricorde. Tout ce qui est beau dans mon âme est Vôtre, ô Dieu. De moi-même je ne suis rien.

617. Au début du Carême, je priai mon confesseur de me donner une mortification pour le temps du jeûne. Mais il me dit de ne rien retrancher de mes repas. Mais quand je vais manger, me rappeler que Jésus accepta le vinaigre avec le fiel. Ce sera ma mortification. Je ne savais pas que j’allais y trouver un grand avantage pour mon âme : Celui de méditer constamment Sa douloureuse Passion. Et ainsi pendant les repas, je ne pense pas à ce que je mange, mais je suis préoccupée de la mort de mon Seigneur.

618. J’ai aussi demandé au commencement du Carême de changer mon examen particulier et de faire tout ce que je devais faire avec une intention purement réparatrice pour les pécheurs.
Ceci me permet de vivre continuellement en union ave Dieu. Et cette intention perfectionne mes actions, car tout ce que je fais, je le fais pour les âmes immortelles. Toutes les peines et les fatigues ne me sont rien, quand je pense qu’elles  réconcilient les âmes des pécheurs avec Dieu.

619. Marie, ma Maîtresse, m’enseigne toujours comment vivre pour Dieu. Mon esprit s’épanouit dans Votre douceur et Votre humilité, ô Marie.

620. A un certain moment, je suis entrée à la chapelle pour cinq minutes d’adoration, et je priais pour une certaine âme. J’ai compris alors que Dieu n’accepte pas toujours nos prières pour les âmes pour lesquelles nous prions, mais les destine à d’autres âmes. Et nous ne leur apportons pas toujours de soulagement, quand elles souffrent dans le feu du Purgatoire. Cependant notre prière n’est pas perdue.

621.    Les relations confidentielles de l’âme
avec Dieu

Dieu s’unit à l’âme d’une façon particulière : visible seulement pour Dieu et pour l’âme. Personne ne percevra cette mystérieuse union. Dans cette union domine l’amour et tout est fait uniquement par amour. Jésus se donne à l’âme  d’une manière pleine de douceur et dans ses profondeurs elle est en paix. Jésus lui accorde beaucoup de grâces et la rend capable de partager Ses pensées éternelles et découvre parfois à l’âme Ses intentions divines.

622. L Père Andraz me dit qu’il serait bien que dans l’Eglise de Dieu existât un groupe d’âmes qui implorerait la miséricorde divine, car nous avons tous besoin de cette miséricorde. Après ces mots une étrange lumière entra dans mon âme. Oh ! que Dieu est bon !

623. 18.3.1936. A un certain moment je priai le Seigneur Jésus de faire les premiers pas, par un changement quelconque ou par un acte extérieur, ou par mon renvoi, car je ne suis pas en état de quitter de moi-même cette Congrégation. Je priai de la sorte pendant plus de trois heures. Je ne pouvais pas prier, mais je soumettais ma volonté à la volonté de Dieu. Le jour suivant, la Mère Supérieure me dit que la Mère Générale me prenait à Varsovie. Je répondis à la Mère que peut-être je n’irai pas, mais que je quitterai tout de suite le couvent d’ici. J’ai pensé que c’était le signe extérieur que j’avais demandé à Dieu. La Mère Supérieure répondit à cela. Mais après un instant, elle me rappela encore et me dit « Savez-vous, ma Sœur, allez-y quand même, même si vous deviez revenir tout se suite.. Ne tenez pas compte de la dépense du voyage. » J’ai répondu que j’irai, quoique une douleur me déchirait le cœur, car je savais que par ce départ, l’affaire se prolongerait. Cependant, je tâche toujours d’être obéissante malgré tout.

624. Le soir quand je priais, la Vierge Marie me dit : « Ta vie doit être semblable à la mienne : douce, cachée, union incessante à Dieu, intercéder pour l’humanité et préparer le monde à la seconde venue de Dieu. »

625. Le soir, pendant la bénédiction, durant un instant mon âme se trouva en présence de Dieu le Père. Je sentis que j’étais dans Sa main comme une enfant et j’entendis dans mon âme ces mots : « N’aie peur de rien, Ma fille, tous les adversaires se briseront à mes pieds. » Après ces mots, mon âme se trouva dans une profonde tranquillité et un grand silence intérieur.

626. Je me plaignis au Seigneur de ce qu’Il me retirait Son aide et qu’étant seule je ne saurais que faire. J’entendis ces mots : « N’aie pas peur. Je suis toujours avec toi. » A ces mots, de nouveau une profonde paix entra dans mon âme. Sa présence me pénétrait de façon sensible. Mon esprit était inondé d’une lumière qui atteignait aussi mon corps.

627. Le dernier soir de mon séjour à Wilno, une Sœur,déjà âgée, me découvrit l’état de son âme. Elle me dit que depuis plusieurs années elle souffrait intérieurement, qu’il lui semblait que toutes confessions  étaient mauvaises et qu’elle avait des doutes sur le pardon du Seigneur Jésus. Je lui ai demandé si elle en avait jamais parlé à son confesseur. Elle me répondit que bien des fois elle en avait parlé aux confesseurs et que toujours tous les confesseurs lui disaient d’être tranquille. Cependant elle souffrait beaucoup et rien ne lui apportait de soulagement. Et il lui semblait tout le temps que Dieu ne lui avait pas pardonné. Je lui répondis : « Ma Sœur, écoutez votre confesseur et soyez tout à fait tranquille, car c’est sûrement une tentation. » Mais elle me supplia, les larmes aux yeux, de demander au Seigneur Jésus s’Il lui avait pardonné et si ses confessions étaient bonnes ou non. Je lui répondis énergiquement : « Ma Sœur, demandez-Le vous-même, si vous ne croyez pas vos confesseurs. » Elle cependant, saisit ma main, ne voulant pas me laisser aller. Et elle me demanda de prier  pour elle et de lui dire ce que le Seigneur Jésus me dirait d’elle. Pleurant amèrement elle me dit : « Je sais que le Seigneur Jésus vous parle. » Et comme je ne pouvais pas m’arracher à elle, car elle me tenait par les mains, je lui promis de prier pour elle. Or le soir, pendant la bénédiction, j’entendis dans mon âme ces paroles : « Dis-lui que Mon Cœur est plus blessé par son incrédulité, que par les péchés qu’elle a commis. » Quand je le lui ait dis, elle fondit en larmes comme un enfant et une grande joie entra dans son âme. Je compris alors que Dieu voulait consoler cette âme par moi. Quoique cela m’ait beaucoup coûté, j’avais accompli le désir de Dieu.

628. Quand j’entrai pour un instant dans la chapelle, ce même soir, afin de remercier Dieu pour toutes les grâces qu’Il m’avait accordées dans cette maison, tout à coup, la présence de Dieu s’empara de moi. Je me sentis comme un enfant entre les mains du meilleur des pères et j’entendis ces paroles : « N’aie peur de rien. Je suis toujours avec toi. » Son amour me transperça. Je sentais que j’entrais avec Lui dans une familiarité  629. tellement étroite que je n’ai pas de mots pour l’exprimer.
Alors je vis près de moi un des sept esprits, rayonnant comme autrefois sous une forme lumineuse. Je le voyais constamment auprès de moi. Je l’ai vu dans le train. Je voyais sur chacune des églises que nous rencontrions, un ange debout, mais environné d’une lumière plus pâle que celle de l’esprit qui m’accompagnait dans le voyage. Et chacun des esprits qui gardait les églises, s’inclinait devant celui qui était auprès de moi.
Comme j’entrais par la porte du couvent, à Varsovie, cet esprit disparut. Je remerciai Dieu pour Sa bonté de nous donner des anges comme compagnons. Oh combien peu de gens ont conscience d’avoir toujours près d’eux de tels visiteurs en même temps que témoins de leurs actions ! Pécheurs, souvenez-vous que vous avez un témoin de vos actes.

630. O mon Jésus, Votre bonté dépasse toute compréhension et personne n’épuisera Votre miséricorde.
La perdition est pour l’âme qui veut se perdre. Mais celui qui désire le salut, trouve la mer inépuisable de la miséricorde du Seigneur. Comment un petit vase peut-il contenir en soi une mer insondable ?

631. En prenant congé des Sœurs, au moment du départ, l’une d’elles me demanda pardon de m’avoir si peu aidée dans mes emplois et d’avoir toujours essayé de me les rendre difficiles. Cependant moi, en mon âme, je la considérais comme une grande bienfaitrice, car elle m’a exercée à la patience, à tel point qu’une des Sœurs plus âgée disait qu’il fallait que Sœur Faustine fût très bête ou très sainte, car vraiment une personne ordinaire ne souffrirait pas qu’on lui fasse toujours quelque chose par dépit.
Cependant je m’approchais toujours d’elle avec bienveillance. Cette Sœur tâchait de me rendre difficile le travail dans mes emplois, au point que, malgré mes efforts elle parvenait parfois à gâcher quelque chose de ce qui avait été bien fait, comme elle-même me l’avoua en me demandant ien pardon. Je ne voulais pas chercher à pénétrer ses intentions, mais je considérais cela comme une épreuve de Dieu.

632. Je m’étonne énormément que l’on puisse ressentir une telle jalousie. Pour moi, lorsque je considère le bien d’autrui, je m’en réjouis comme si je le possédais moi-même. La joie des autres est ma joie comme leur souffrance est ma souffrance. Car autrement, je n’oserais pas me présenter devant le Seigneur Jésus. L’esprit de Jésus est toujours simple,  doux et sincère. Toute malignité, jalousie, manque de bienveillance, sous le couvert d’un sourire aimable ne sont que ruses du Malin. Un mot sévère, mais inspiré par un amour sincère ne blesse pas le cœur.

633.  22.3.1936. Arrivée à Varsovie, je suis entrée un instant dans la petite chapelle afin de remercier le Seigneur de mon heureux voyage et de Le prier de m’obtenir l’aide et la grâce dans tout ce qui m’attend ici. Je me soumis en tout à Sa Sainte volonté. J’entendis ces paroles : « N’aie peur de rien. Toutes les difficultés serviront à ce que Ma volonté se réalise. »

634. 25 mars. Pendant la méditation du matin, la présence de Dieu m’a enveloppée d’une façon spéciale, en voyant la grandeur incommensurable de Dieu et en même temps Son abaissement jusqu’à la créature. Soudain je vis la Mère de Dieu qui me dit : « Que l’âme, qui suit fidèlement le souffle de la grâce est agréable à Dieu ! J’ai donné au monde le Sauveur. Et toi tu dois parler au monde de Sa miséricorde et préparer le monde à la seconde venue de Celui qui viendra, non comme Sauveur Miséricordieux, mais comme Juste Juge. Oh ! Comme ce jour est terrible ! Le Jour de la Justice a été décidé, le jour de la colère de Dieu. Les anges tremblent devant lui. Parle aux âmes de cette grande miséricorde, tant que c’est le temps de la pitié. Si tu te tais maintenant, tu répondras pour cela en ce jour terrible, pour un grand nombre d’âmes. N’aie peur de rien, Sois fidèle jusqu’à la fin. J’ai compassion de toi. »

635. A mon arrivée à Valendov une des Sœurs me souhaita ainsi la bienvenue : « C’est bien que vous soyez venue chez nous, ma Sœur maintenant tout ira bien. » Je lui dis : « Pourquoi me le dites-vous, ma Sœur ? » Elle me répondit qu’elle le ressentait ainsi dans son âme. Cette âme est pleine de simplicité, et très agréable au Cœur de Jésus. Cette maison était dans des besoins exceptionnels … Je ne vais pas rappeler tout cela ici.

636. La confession : Alors que je me préparais à la confession je dis à Jésus-Christ caché dans le Saint Sacrement : « Jésus, je Vous en supplie, parlez-moi par la bouche de ce prêtre. Et la preuve en sera pour moi qu’il ne sait pas que Vous exigez de moi cette fondation de la miséricorde. Qu’il me dise quelque chose de cette miséricorde. » Quand je me suis approchée du confessionnal et que j’ai commencé la confession, le prêtre m’interrompit et se mit à me parler de la grande miséricorde de Dieu avec une très grande force et me demanda: « Savez-vous que la miséricorde du Seigneur est supérieure à toutes Ses œuvres, que c’est le couronnement de toutes Ses œuvres ? » Je prêtais une oreille attentive à ces mots que me disait le Seigneur par la bouche de ce prêtre. Quoique je croie que Dieu parle toujours par la bouche du prêtre, cependant ici je le ressentais d’une façon particulière. Je m’accusai seulement des manquements. Quoique je ne découvrisse rien de la vie de Dieu qui est dans mon âme, cependant ce prêtre lui-même me dit beaucoup de ce qui se passait dans mon âme et m’invita à la fidélité aux inspirations de Dieu. Il me dit : « Vous allez par la vie avec la Sainte Vierge qui répondait fidèlement à chaque inspiration divine. » O Jésus, qui comprendra Votre bonté ?

637. Jésus, écartez de moi ces pensées qui ne s’accordent pas avec Votre volonté. Je reconnais que déjà plus rien ne me retiens ici-bas, sinon cette œuvre de miséricorde.

638.  Jeudi. Pendant l’adoration du soir, je vis le Seigneur Jésus, flagellé et martyrisé, qui me dit : « Ma fille, Je désire que dans les moindres choses tu t’en remettes  à ton confesseur. Tes plus grands sacrifices ne me plaisent pas, si tu les accomplis sans sa permission. Et d’autre part, le plus petit sacrifice à Mes yeux, s’il est fait avec la permission du confesseur. Les plus grandes œuvres sont à Mes yeux sans signification si  elles sont faites de façon arbitraire et souvent elles ne sont pas en accord avec Ma volonté.  Elles méritent plutôt une punition qu’une récompense. Et d’autre part, le plus petit acte que tu fais avec la permission du confesseur, est agréable à Mes yeux et M’est extrêmement cher. Veille sans cesse, car l’enfer entier fait un grand effort contre toi à cause de cette œuvre. Car beaucoup d’âmes reviendront des portes de l’enfer et adoreront Ma miséricorde. Mais n’aie peur de rien. Je suis avec toi. Sache que, de toi-même tu ne peux rien. »

639. Ce premier vendredi du mois avant la Sainte Communion je vis un ciboire contenant des hosties consacrées. Une main posa ce ciboire devant moi, je le pris dans ma main et il y avait dedans mille hosties vivantes. Soudain j’entendis une voix : « Ces hosties ont été reçues par des âmes pour lesquelles tu as obtenu la grâce d’une conversion sincère durant ce Carême. »  Et c’était une semaine avant le Vendredi Saint.. Je passai ce jour 640. dans le recueillement intérieur m’anéantissant au profit des âmes. Oh! Quelle joie de s’anéantir au profit des âmes immortelles. O Jésus, je veux. être cachée de l’extérieur Le grain de froment ne doit-il pas pour devenir nourriture, être broyé entre des pierres ? Même moi, pour être utile à l’Eglise et aux âmes, je dois être broyée, quoiqu’à l’extérieur personne ne puisse remarquer mon sacrifice. O Jésus, je veux être cachée de l’extérieur comme ce pain azyme dans lequel l’œil ne remarquera rien. Je suis une hostie qui Vous est consacrée.

641. Dimanche des Rameaux : En ce dimanche, je vécus d’une façon particulière, les sentiments du Cœur de Jésus. Mon âme était là où était Jésus. Je vis Jésus-Christ assis sur un ânon et Ses disciples et une grande multitude qui l’accompagnaient. Les uns portaient dans les mains des branches pour l’acclamer, les autres les jetaient sous Ses pieds et d’autres les brandissaient en l’air, gambadant devant Jésus et ne savaient comment manifester leur joie. Et je vis une seconde foule qui sortit aussi à la rencontre de Jésus avec des visages réjouis, des branches en main et qui ne cessait de crier de joie. Il y avait aussi de petits enfants. Mais Jésus était très sérieux. Et le Seigneur me fit connaître combien Il souffrait pendant ce temps. Et à ce moment je ne voyais plus rien, seulement Jésus qui avait le cœur saturé par le manque de reconnaissance.

642. Confession trimestrielle. Le Père Bukowski. De nouveau une force intérieure me pressait de ne plus remettre cette affaire. Je dis au confesseur, le Père Bukowski, que je ne pouvais attendre plus longtemps. Le Père me répondit : « Ma Sœur, c’est une illusion, le Seigneur Jésus ne peut pas exiger cela. Vous avez prononcé vos vœux perpétuels. Tout cela est une illusion. Vous inventez ma Sœur, c’est une hérésie. » Et il criait presque. J’ai demandé si tout était illusion, il me répondit : « Tout.» -«  Alors comment dois-je agir ? Veuillez me le dire. » Et bien vous ne devez suivre aucune inspiration. Vous devez être dissipée, ne pas faire attention à ce que vous entendez dans votre âme et tâcher de bien accomplir vos devoirs extérieurs. Ne pensez plus à rien de ces choses, vivez dans une complète dissipation. »
Je répondis: « Bien. Jusqu’à présent, j’agissais toujours selon ma propre conscience et maintenant puisque vous m’ordonnez, mon Père, de ne pad faire attention à ma vie intérieure, alors je vais vous obéir. » Il me dit : « Si le Seigneur Jésus vous dit de nouveau quelque chose, dites-le moi, mais il vous est interdit de le faire. » J’ai répondu : « Bien. Je vais essayer d’être obéissante. » Je ne sais où le Père a trouvé cette sévérité.

643. Quand je m’éloignai du confessionnal, tout un essaim de pensées oppressa mon âme : pourquoi être sincère ? Ce que j’ai dit ne sont pas des péchés et je n’ai pas le devoir d’en parler au confesseur ! D’autre part, comme c’est bien, que je n’aie plus besoin de faire attention  à ma propre vie intérieure, pourvu qu’à l’extérieur tout soit bien. Je n’ai pas besoin de faire attention à rien, ni de suivre ces voix intérieures qui souvent me causent tant d’humiliations. Maintenant je serai libre.
De nouveau un mal étrange m’enserra l’âme, alors que je ne peux plus communiquer avec Celui que je désire si ardemment ? Qui est toute la force de mon âme ? J’ai commencé à appeler : « A qui irai-je, ô Jésus ? » Mais dès le moment de l’interdiction de mon confesseur, de profondes ténèbres tombèrent sur mon âme. J’ai peur d’entendre quelques voix intérieures, par lesquelles je transgresserais  les ordres de mon confesseur, et de nouveau je me meurs de langueur envers Dieu. Je suis déchirée intérieurement n’ayant plus de volonté propre, mais m’en étant complètement remise à la volonté de Dieu. C’était le Mercredi Saint.

Ma souffrance augmenta encore le Jeudi Saint. Quand je suis venue faire la méditation, je suis entrée dans une sorte d’agonie. Je ne sentais pas la présence de Dieu, mais toute la justice de Dieu pesait sur moi. Je me voyais comme  accablée par les péchés du monde. Satan se mit à me railler. : « Vois-tu maintenant, tu ne vas plus t’occuper des âmes. Tu vois quel payement tu as reçu.. Personne ne va plus croire que Jésus exige cela de toi. Vois ce que tu souffres déjà et ce que tu vas souffrir encore. Ton confesseur t’a libérée de tout cela. »

Maintenant je peux vivre comme il me plaît, pourvu qu’à l’extérieur tout soit bien. Ces terribles pensées me tourmentèrent pendant toute une heure. L’heure de la Sainte Messe approchait, une douleur me serra le cœur : dois-je alors quitter la congrégation ? Et puisque le Père m’a dit que c’était une sorte d’hérésie, est ce que je dois me détacher de l’Eglise ? J’appelai d’une voix intérieure et douloureuse le Seigneur Jésus : « Sauvez-moi ». Cependant pas un rayon de lumière n’entrait dans mon âme et je sentais que mes forces me délaissaient comme si le corps se séparait de l’âme. Je me soumettais à la volonté de Dieu et je répétais : « Qu’il m’advienne ô Dieu selon ce que Vous avez décidé ! En moi plus rien n’est à moi. » Soudain la présence de Dieu m’environna et me pénétra jusqu’à la moelle.

C’était le moment de l Sainte Communion. Un moment après je perdis la notion de tout ce qui m’entourait et de l’endroit où j’étais.

644. Soudain, je vis Jésus-Christ tel qu’il est peint sur cette image et Il me dit « Dis au confesseur, que cette œuvre est mienne et que je t’emploie comme infime instrument. » Et je dis : « Jésus, je ne peux faire ce que vous m’ordonnez, car mon confesseur a dit que tout cela est illusion et il m’est interdit d’écouter aucun de vos ordres. Je ne dois rien faire de ce que Vous me recommanderez. Je Vous en demande  pardon Seigneur, rien ne m’est permis. Je dois obéir au confesseur. Jésus, je Vous en demande bien pardon. Vous savez que je souffre pour cette raison, mais c’est difficile. Le confesseur ne m’a pas permis de suivre Vos ordres. » Jésus écoutait gracieusement et avec contentement mes explications et mes griefs.

Je pensais que cela offenserait beaucoup le Seigneur Jésus, mais au contraire, Il était content et me dit gracieusement : « Parle toujours au confesseur de tout ce que Je te recommande et de ce que Je te dis. Et fais seulement ce pourquoi tu obtiendras la permission. Ne t’inquiète pas et n’aie peur de rien. Je suis avec toi. » Mon âme fut remplie de joie et toutes les pensées qui m’inquiétaient se sont dispersées. L’assurance et le courage sont entrés dans mon âme.

645.   Cependant, après un instant,  je suis entrée dans les souffrances que Jésus a subies au Jardin des Oliviers. Cela a duré jusqu’à Vendredi matin. Vendredi, j’ai vécu la Passion de Jésus, mais déjà d’une autre manière. Ce jour-là, le Père Bukowski vint chez nous de Derdy. Une force étrange me poussa à aller me confesser et à dire tout ce qui m’était arrivé et ce que Jésus m’avait dit. Quand j’ai dit cela au Père, le Père était tout autre et me dit :
« Ma Sœur, n’ayez pas peur. Rien de mauvais ne vous arrivera, car le Seigneur Jésus ne le permettra pas. Si vous êtes obéissante et dans une telle disposition, je vous prie de ne vous affliger de rien. Dieu trouvera le moyen de mener à bien Son œuvre. Je vous prie d’avoir toujours une telle simplicité et une telle sincérité et de tout dire à la Mère Générale. Ce que j’avais dit c’était pour vous avertir. Car il y a des illusions, même chez de saintes personnes et à cela peuvent se joindre des insinuations de Satan. Et parfois cela vient de nous même. Donc il faut être sur ses gardes. Continuez donc d’agir comme jusqu’à présent. Vous voyez, Sœur, que Jésus n’est pas fâché. Ma Sœur, vous pouvez répéter maintenant certaines choses qui sont advenues à votre confesseur ordinaire.
 

646. A partir de là, j’ai compris une chose, que je dois beaucoup prier pour chaque confesseur, afin qu’il obtienne la lumière du  Saint-Esprit. Car quand je m’approchais du confessionnal, autrefois je ne priais pas ardemment et le confesseur ne comprenait pas beaucoup. Le Père m’encouragea à une ardente prière, pour que Dieu fasse mieux connaître et comprendre ces choses qu’Il exige de moi. – « Ma Sœur, faites neuvaine après neuvaine, et Dieu ne vous refusera pas cette grâce. »

647. Vendredi Saint. A trois heures, je vis le Seigneur Jésus crucifié, qui me regarda et dit : « J’ai soif ». Soudain je vis sortir de son côté deux rayons, tels qu’ils sont sur cette image. Alors je sentis dans mon âme le désir du salut des âmes, et du sacrifice de moi-même au profit des pauvres pécheurs. Je m’offris avec Jésus agonisant au Père Eternel pour le salut du monde. Avec Jésus, par Jésus et en Jésus, telle est mon union avec Vous, Père Eternel. Le  Vendredi Saint, Jésus souffrait en Son âme autrement que le Jeudi Saint.

648. 12. IV.1936. La  Résurrection.  Quand je suis entrée à la chapelle, mon esprit se perdit en Dieu, mon unique trésor. Sa présence absorba mon âme.

649. O Jésus mon maître, et mon directeur, fortifiez-moi, illuminez-moi dans ces moments difficiles de ma vie ! Je n’attends pas d’aide de la part des hommes. En Vous est tout mon espoir. Je sens que je suis seule face à Vos exigences, Seigneur. Malgré les peurs et les aversions de ma nature, je veux réaliser Votre Sainte volonté et je désire le faire le plus fidèlement possible durant toute la vie et à ma mort. Jésus, avec Vous je puis tout, faites de moi ce qu’il Vous plaira. Donnez-moi seulement Votre Cœur miséricordieux  et cela me suffit.
O mon Jésus, mon Seigneur, aidez-moi. Qu’advienne ce que Vous avez décidé avant les siècles ! Je suis prête à chaque signe de Votre Sainte volonté. Donnez-moi la lumière pour que je puisse connaître Votre volonté. O Dieu qui pénétrez mon âme, Vous savez que je ne veux rien d’autre que Votre gloire.
O volonté divine, Vous êtes le délice de mon cœur, la nourriture de mon âme, la lumière de mon esprit, la force toute-puissante de ma volonté. Car, quand je m’unis à Votre volonté, Seigneur, Votre force agit par  moi et prend la place de ma faible volonté. Chaque jour je tâche d’accomplir les désirs divins.

650. O Dieu inconcevable, comme Votre miséricorde est grande ! Elle dépasse toute la compréhension des hommes et des anges réunis.
Tous les anges et tous les hommes sont sortis des entrailles de Votre miséricorde. La miséricorde est la fleur de l’amour. Dieu est amour, et la miséricorde est Son acte. La miséricorde se conçoit dans l’amour. L’amour apparaît dans la miséricorde. Tout ce que je vois me parle de la miséricorde. Même la justice de Dieu me parle de Son insondable miséricorde,  car la justice dérive de l’amour.

651. Je fais attention à une chose, elle m’est tout. Je vis d’elle et avec elle je meurs, et c’est la Sainte volonté de Dieu. Elle est pour moi une nourriture quotidienne. Toute mon âme prête attention aux désirs de Dieu, quoique plus d’une fois ma nature tremble et sente que leur grandeur dépasse mes forces. Je fais toujours ce que Dieu veut de moi. Je sais ce que je suis de moi-même, mais je sais bien ce qu’est la grâce de Dieu qui me porte.

652. 25.IV.1936. Valendov. La souffrance de mon âme était plus lourde que jamais, ce jour là. Dès le matin je sentais comme une séparation de mon corps et de mon âme. Je sens la pénétration de Dieu tout au travers de moi, je sens toute la justice divine en moi. Je sens que je suis seule vis-à-vis de Dieu. Je sens qu’un mot de mon directeur me tranquilliserait tout à fait. Mais que faire ?  Il n’est pas ici. Cependant j’ai décidé de chercher la lumière dans la Sainte Confession.

Quand je lui ai découvert mon âme, ce prêtre eut peur d’écouter plus longtemps ma confession et cela me conduisit à des souffrances plus grandes encore. En voyant la crainte de quelques prêtres alors que je n’éprouve aucune tranquillité intérieure, aussi j’ai pris la décision de ne découvrir mon âme qu’à mon directeur, en tout depuis la plus grande jusqu’à la plus petite chose, et d’observer strictement ses indications.

653. Maintenant, je comprends que la confession n’est que la confession des péchés et que la direction est tout autre chose. Mais ce n’est pas ce que je veux dire. Je veux dire une chose étrange qui m’est arrivée la première fois : quand le confesseur a commencé à me parler, je ne comprenais pas un seul mot. Puis soudain je vis le Seigneur Jésus crucifié qui me dit : « Dans Ma Passion, cherche la force et la lumière. »  Après la confession je méditais la terrible Passion de Jésus et je compris que ce que je souffre n’est rien en comparaison de la Passion du Sauveur, et que même la plus petite imperfection était la cause de cette terrible souffrance. Alors mon âme fut saisie d’un si grand repentir que je compris que j’étais plongée dans l’insondable miséricorde de Dieu. Oh ! Que j’ai peu de mots pour exprimer ce que j’endure. Je sens que je suis comme une goutte d’eau engloutie dans les profondeurs d’un océan de miséricorde sans fond.

654. Le 11 mai 1936. Je suis venue à Cracovie. Je m’en réjouis car maintenant, je pourrai faire tout ce que le Seigneur Jésus désire.

A un certain moment, quand je parlais avec le Père A… et qu j’avais déjà tout dit, je reçu la réponse suivante : « Ma Sœur, priez jusqu’au jour de la fête du Sacré-Cœur et joignez-y quelques mortifications. Et le jour du Sacré-Cœur je vous donnerai une réponse. » Cependant un certain jour, j’entendis dans l’âme cette voix : « N’aie peur de rien, Je suis avec toi.» Et après ces mots il me vint dans l’âme, une impulsion si grande que sans attendre la fête du Sacré-Cœur, je déclarai pendant la confession que je quittais la Congrégation. Le Père me répondit : « Ma Sœur, si vous décidez de vous-même, et si vous en prenez la responsabilité pour vous-même : allez ! » Je me réjouis de partir.

Le lendemain matin, tout à coup la présence de Dieu me quitta et de grandes ténèbres s’emparèrent de mon âme. Je ne pouvais plus prier, par suite de cette soudaine absence de Dieu. J’ai décidé de remettre encore un peu la chose jusqu’à ce que j’en parle encore au Père. Le Père A… me répondit que de tels changements arrivent souvent dans l’âme, et que ce n’est pas un empêchement pour agir.

655. Quand je lui ai parlé de tout ce qui m’est arrivé, la Mère Générale répondit : « Ma Sœur, je vous enferme dans le tabernacle avec le Seigneur Jésus : où que vous alliez, ce sera la volonté de Dieu. »

656. 19 juin. Nous sommes allées chez les Jésuites pour participer à la procession du Sacré-Cœur. Au cours des vêpres, je vis ces mêmes rayons sortant de la Sainte Hostie, tels qu’ils sont peints sur l’image. Un grand désir de Dieu s’est emparé de mon âme.

657. Juin 1936. Conversation avec le Père A. « Sachez que ces choses sont difficiles et compliquées. Votre principal directeur est le Saint-Esprit. Nous pouvons seulement diriger Ses inspirations. Mais votre véritable directeur c’est le Saint-Esprit. Si vous avez décidé vous-même, ma Sœur, votre sortie, alors moi,  je ne défends ni n’ordonne. Ici vous en prenez vous-même la responsabilité. Je vous dis, ma Sœur, que vous pouvez commencer à agir. Vous en avez la force, donc vous le pouvez. Ce sont des choses probables. Tout ce que vous m’avez dit maintenant et auparavant parle en faveur de l’action. Mais maintenant il faut être très circonspect et beaucoup prier et demander la lumière pour moi. »

658. Pendant la Messe célébrée par le Père Andrasz, je vis le petit Enfant Jésus  qui me dit que tout va dépendre de lui : « Aucune action personnelle, même si tu y mettais beaucoup d’efforts, ne Me plait. » Je compris cette dépendance.

659. O mon Jésus, ô juste juge, mais aussi mon Epoux, au jour du Jugement Dernier Vous exigerez que je Vous rende compte de cette œuvre de miséricorde. Aidez-moi à faire Votre sainte volonté, ô divine vertu de Miséricorde.
O Cœur très miséricordieux de Jésus, mon Epoux, rendez mon cœur semblable au Vôtre.

660. 16 juillet. J’ai passé toute cette nuit en prière. Je méditais la Passion et mon âme était écrasée par la justice divine. La main du Seigneur était sur moi.

661. 17 juillet. O mon Jésus, Vous savez qu’elles grandes contrariétés je rencontre en cette matière, que de reproches je dois supporter, combien de sourires ironiques je dois recevoir avec égalité d’humeur. Seule, je ne le pourrais pas, mais avec Vous je peux tout, mon Maître. Oh ! Qu’un sourire ironique blesse douloureusement quand on parle en toute sincérité.

662. 22 juillet. Je sais que c’est l’acte et non la parole, ni le sentiment qui témoigne de la grandeur de l’homme. Ce sont les œuvres qui proviennent de nous, qui parleront pour nous. Mon Jésus, ne me permettez pas de rêver, mais donnez-moi le courage et la force de réaliser Votre sainte volonté.
Jésus, si Vous voulez me laisser dans l’incertitude, même jusqu’à la fin de ma vie, qu’en cela Votre nom soit béni.
 
 

663. O mon Jésus, comme je me réjouis quand Vous me faites comprendre que cette Congrégation existera. De cela je n’ai même pas l’ombre d’un doute. Et je vois qu’elle grande gloire elle rendra à Dieu. Elle réfléchira sur le monde le plus grand attribut qu’il y ait en Dieu, c'est-à-dire la Miséricorde Divine. Sans cesse je vais implorer la Miséricorde Divine pour moi et pour le monde entier. Chaque acte de miséricorde va découler de l’amour divin dont ces religieuses seront emplies à déborder. Elles vont s’efforcer de faire leur ce grand attribut de Dieu, d’en vivre et tâcher de faire connaître la bonté divine aux autres. Cette Congrégation de la Miséricorde Divine sera dans l’Eglise de Dieu, comme une ruche, dans un magnifique jardin. Cachées, silencieuses, les Sœurs, à l’instar des abeilles, vont travailler pour nourrir de miel les âmes du prochain, et la cire brûlera pour la gloire de Dieu..

664. 29 juin 1937.
Le Père Andrasz m’a demandé de faire une neuvaine pour mieux connaître la volonté Divine. Je priai ardemment, y joignant certaines mortifications corporelles. Vers la fin de la neuvaine, je reçus une lumière intérieure et l’assurance que la Congrégation existera et qu’elle est agréable à Dieu.
Malgré les difficultés et les contrariétés, une paix totale entra dans mon âme, ainsi qu’une force d’en haut. Je compris que rien ne résistera à la volonté de Dieu ni ne l’annulera. J’ai compris que je devais accomplir la volonté de Dieu malgré les contrariétés, les persécutions et les souffrances de toutes sortes, malgré les répugnances et les peurs de ma nature.

665. J’ai compris que toute tendance à la perfection, et toute sainteté consistent à accomplir la volonté de Dieu. Le parfait accomplissement de la volonté divine c’est la maturité dans la sainteté, ici il n’y a place pour aucun doute. Recevoir la lumière de Dieu, savoir ce que Dieu veut de nous et ne pas le faire, est un grand outrage envers la Majesté Divine. L’âme qui fait cela mérite que Dieu l’abandonne complètement. Elle ressemble à Lucifer, qui avait une grande lumière mais ne faisait pas la volonté de Dieu. Une étrange paix entra dans mon âme, quand je constatai que, malgré de grandes difficultés, je suis toujours restée fidèle à la volonté de Dieu
O Jésus, donnez-moi la grâce de transformer en actes ce que j’ai connu de Votre volonté.

666. 14 juillet. A trois heures j’ai reçu une lettre. O Jésus, Vous seul savez ce que je souffre. Mais je veux me taire, je n’en dirai rien à aucune créature, car je sais que rien ne me consolera. Vous êtes tout pour moi, ô Dieu, et Votre sainte volonté est pour moi une nourriture. Je vis maintenant de ce dont je vivrai dans l’éternité.
J’ai un grand culte pour l’Archange Saint Michel. Il n’avait pas d’exemple pour accomplir la volonté de Dieu. Cependant, il a fidèlement rempli les désirs divins.

667. 15 juillet. Pendant la Sainte Messe, je me suis offerte au Père céleste par le très doux Cœur de Jésus. Qu’Il fasse de moi tout ce qu’Il Lui plaît. De moi-même je ne suis rien, et dans ma misère je n’ai rien qui soit digne. Je me jette donc dans l’océan de Votre miséricorde, ô Seigneur.

668. 16 juillet. J’apprends à être bonne comme Jésus, qui est la bonté même, pour pouvoir être appelée fille du Père Céleste. Aujourd‘hui, ce matin, j’éprouvais une forte contrariété. Dans cette souffrance, je tâchais d’unir ma volonté à la Volonté Divine, et j’adorais Dieu par mon silence. L’après-midi, j’ai été faire cinq minutes d’adoration, quand tout à coup, je vis le petit crucifix que je portais, vivant. Jésus me dit : « Ma fille, la souffrance sera pour toi un signe que Je suis avec toi. » Après ces mots une grande émotion remplit mon âme.

669. O Jésus, mon Maître et mon Directeur, avec Vous seul je sais parler. Avec personne la conversation n’est aussi facile qu’avec Vous, mon Dieu.

670. Dans la vie spirituelle je vais toujours tenir la main du prêtre. Je parlerai de la vie de mon âme et de ses besoins seulement avec le confesseur.

671. 4 août 1936. Plus de deux heures d’agonie de souffrances intérieure. Soudain la présence de Dieu me pénètre : je sens que je passe sous le pouvoir du Dieu juste. Cette justice me pénètre jusqu’à la moelle. Extérieurement je perds forces et connaissance. Tout à coup, je reconnais la grande sainteté de Dieu, et ma grande misère. Dans mon âme se forme une terrible souffrance. L’âme voit toutes ses actions non sans défauts. Mais soudain, dans mon âme s’éveille la force de l’espoir. De toute ma force je m’élance vers Dieu et vis-à-vis d’une telle sainteté, ô pauvre âme ! Je vois combien je suis misérable et combien tout ce qui m’entoure est vain.

672. 13 août. Pendant toute la journée, j’ai été tourmentée par de terribles tentations. Les blasphèmes se pressaient sur mes lèvres et j’éprouvais une aversion envers tout ce qui est saint et divin. Cependant, je luttai toute la journée et le soir mon esprit était accablé. En parlerai-je au confesseur ?
Il en rira. Aversion et découragement étreignirent mon âme et il me sembla que dans ces conditions je ne pourrais en aucune façon aller communier. A la pensée que je ne devais pas aller communier, une telle douleur étreignit mon âme  que j’ai failli crier dans la chapelle. Cependant, je me suis aperçue qu’il y avait des Sœurs et j’ai décidé d’aller me cacher au jardin pour pouvoir  au moins y pleurer tout haut.

673. Soudain Jésus m’apparut et me dit : « Où as-tu l’intention d’aller ? » Je ne Lui répondis rien, mais j’ai déversé devant Lui toute ma douleur, et toutes les tentations de Satan prirent la fuite. Jésus me dit : « La paix intérieure qu tu as est une grâce. » Et soudain Il disparut. Vraiment Jésus seul peut obtenir qu’une telle paix puisse m’envahir en un instant.

674. 7 août 1936. Quand je reçus cet article sur la Miséricorde Divine, avec cette image, je fus étrangement pénétrée de la présence Divine. Je me plongeai dans la prière d’action de grâce et soudain je vis Jésus dans une grande clarté, comme Il est peint et, à Ses pieds, je vis le Père Andrasz et l’abbé Sopocko. Tous deux tenaient une plume en main et du bout de chaque plume sortaient des étincelles et des éclairs de feu qui frappaient une grande foule de gens courant je ne sais où. Quand ils étaient touchés de ces rayons les gens se détournaient de la foule et tendaient leurs mains vers Jésus. Les uns revenaient avec grande joie, d’autres avec une grande douleur et à regret. Jésus les regardait tous très gracieusement. Après un instant je restai seule avec Jésus et dis : « Jésus, prenez-moi, car Votre volonté est déjà accomplie. » Jésus me répondit : « Ma volonté n’est pas encore tout à fait accomplie en toi. Tu vas encore beaucoup souffrir. Mais Je suis avec toi, n’aie pas peur. »

675. Je parlais beaucoup avec le Seigneur du Père Andrasz et de l’abbé Sopocko et je sais que le Seigneur ne me refusera pas ce que je demande.. Il leur donnera ce pourquoi je prie. J’ai senti et je sais combien le Seigneur les aime. Je ne le décris pas en détail, mais je le sais et j’en suis profondément heureuse.

676. 15 août 1936. Pendant la Sainte Messe que disait le Père Andrasz, un moment avant l’élévation, la présence de Dieu pénétra mon âme qui fut attirée vers l’autel. Je vis alors la Très Sainte Vierge avec l’Enfant Jésus qui tenait Sa Mère par la main. En un instant, l’Enfant Jésus courut avec joie vers le milieu de l’autel et la Vierge me dit: « Vois avec quelle assurance je remets Jésus en ses mains. Ainsi dois-tu lui confier ton âme et être comme un enfant envers lui. » Après ces paroles, mon âme fut remplie d’une étrange confiance. La Sainte Vierge était habillée d’une robe blanche, translucide. Elle portait sur ses épaules un manteau bleu, limpide comme le ciel, la tête découverte, les cheveux libres, inexprimablement belle. Elle regardait le Père très gracieusement. Mais après un instant le Père cassa ce ravissant Enfant et il en sortit de sang vivant. Le Père se pencha et reçut en lui ce Jésus vivant et véritable. Est ce qu’il  L’a mangé ?  Je ne sais comment cela se passe. Jésus, Jésus, je ne peux pas Vous suivre car en un moment Vous me devenez incompréhensible !

677. La substance des vertus est la volonté Divine. Celui qui accomplit fidèlement la volonté Divine s’exerce à toutes les vertus. Dans tous les cas et dans toutes les circonstances de la vie, j’adore et je bénis la Sainte Volonté de Dieu qui est l’objet de mon amour.

Dans les plus secrètes profondeurs de mon âme, je vis de Sa volonté et j’agis à l’extérieur selon ce que je reconnais intérieurement être la volonté Divine. Je préfère les tourments de la souffrance, les persécutions et les contrariétés de toutes sortes, provenant de la volonté Divine aux succès, louanges et estime provenant de ma propre volonté.

678. Mon Jésus, bonne nuit. La cloche m’appelle au sommeil. Mon Jésus, Vous voyez que je meurs du désir de sauver les âmes. Bonne nuit, mon Epoux je me réjouis d’être plus proche de l’éternité. Si Vous me permettez de m’éveiller demain, je commencerai un nouvel hymne à Votre gloire.

679. 13 juillet.. Aujourd’hui au cours de la méditation, l’intuition m’est venue de ne jamais parler de mes propres épreuves intérieures, mais de n’en rien cacher à mon directeur.
Je dois demander à Dieu la lumière pour mon directeur et attacher plus d’importance à ses paroles qu’à toutes les illuminations que je reçois de l’intérieur.

680. Dans les plus cruels tourments, je fixe le regard de mon âme sur Jésus crucifié. Je n’attends pas l’aide des hommes, mais j’ai confiance en mon Dieu et en Sa miséricorde inépuisable.

681. Plus je sens que Dieu me transsubstantie plus je désire me plonger dans le silence. L’amour de Dieu accomplit son œuvre dans la profondeur de mon âme, je vois que la mission que Dieu m’a confiée commence.

682. Un jour, je priais ardemment les Saints Jésuites. Tout à coup, je vis mon Ange Gardien qui me conduisit devant le trône de Dieu. Je passai à travers de nombreuses légions de saints. J’en reconnus beaucoup que je connaissais par leurs tableaux. Je vis beaucoup de Jésuites qui me demandèrent à quelle Congrégation j’appartenais.. Quand ils me demandèrent: « Qui est votre directeur ? Je répondis : « Le Père A… » Ils voulaient parler davantage, mon Ange Gardien me fit signe de me taire et je passai devant le trône Divin. Je vis une grande clarté inaccessible. Je vis la place qui m’était réservée, proche de Dieu. Mais comment est-elle ? Je ne sais pas car une nuée la couvrait. Mais mon Ange Gardien me dit : « Voici ton trône pour ta fidélité dans l’accomplissement de la volonté de Dieu. »

683. Jeudi. Heure Sainte. En cette heure de prière Jésus me permit d’entrer dans le Cénacle et j’assistai à ce qui s’y passait. Je fus très émue quand, avant la consécration, Jésus leva les yeux au ciel et entra dans une mystérieuse conversation avec Son Père. Ce n’est que dans l’éternité que nous comprendrons ce moment-là.. Ses yeux étaient comme deux flammes, Son visage rayonnant, blanc comme la neige,  toute Sa personne empreinte de majesté. Son âme pleine de lassitude, se reposa au moment de la consécration : l’amour était assouvi, le sacrifice pleinement accompli. Maintenant il ne restait plus que la cérémonie extérieure de la mort à accomplir, la destruction extérieure. L’essence est au Cénacle. De toute ma vie je n’ai jamais éprouvé une si profonde connaissance de ce mystère, comme durant cette heure d’adoration. Oh ! que je désire ardemment que le monde entier connaisse cet insondable mystère !

684. L’heure finie, j’allai dans ma cellule, et soudain j’ai compris combien Dieu était offensé par une personne proche de mon cœur. A cette vue la douleur me transperça l’âme et je me jetai dans la poussière devant le Seigneur et j’implorai Sa miséricorde. Deux heures durant, par mes larmes, ma prière et la flagellation, je m’opposai au péché et je reconnus que la miséricorde divine s’était emparée de cette âme. Oh ! ce que coûte un seul péché !

685. Septembre. Premier Vendredi. Le soir je vis la Sainte Vierge, le cœur apparent, transpercé par un glaive. Elle pleurait à chaudes larmes et nous protégeait  de la terrible punition divine. Dieu veut nous punir, mais il ne le peut pas, car Sa Mère nous protège. Une frayeur terrible s’empara de mon âme. Je priai pour la Pologne, ma chère Pologne, qui est si peu reconnaissante à la Sainte Vierge. Sans Elle, nos efforts ne serviraient pas à grand-chose. Je multipliai mes efforts en prières et en sacrifices pour ma chère Patrie. Mais qu’est-ce qu’une goutte d’eau face à la vague du mal ?  Comment une goutte d’eau peut-elle arrêter une vague ? Mais si ! Une goutte n’est rien en elle-même, mais avec Vous Jésus, je m’opposerai hardiment à toute  la vague du mal et même à l’enfer entier. Votre puissance peut tout.

686. A un certain moment, passant par le corridor conduisant à la cuisine, j’entendis dans l’âme ces paroles : «  Dis constamment ce chapelet que Je t’ai enseigné. Celui qui le dira sera l’objet d’une grande miséricorde à l’heure de sa mort, fût-il le pécheur le plus endurci. S’il dit une seule fois ce chapelet, il recevra la grâce de Mon infinie miséricorde. Je désire que le monde entier connaisse Ma miséricorde. Je veux répandre Mes grâces sur les âmes, qui ont confiance en Ma miséricorde. »

687. Jésus, Vie et Vérité, mon Maître, dirigez chaque pas de ma vie pour que j’agisse selon Votre Sainte Volonté.

688. A un certain moment, j’ai vu le Siège de l’Agneau de Dieu et devant Son trône trois Saints : Stanislas Kosta, André Bobola et le prince Casimir, qui intercédaient pour la Pologne. Je vis aussi un grand livre placé devant le Siège et on me le donna pour que je lise. Ce livre était écrit de sang. Cependant je ne pouvais rien lire, sauf le nom de Jésus. Tout à coup, j’entendis une voix, qui me dit :: « Ton heure n’est pas encore venue. »  On me prit le livre et j’entendis ces mots : « Tu vas témoigner de mon infinie miséricorde. Dans ce livre sont  inscrites les âmes qui ont adoré Ma miséricorde. » Une grande joie s’empara de moi devant une si grande bonté de Dieu.

689. Une autre fois, je connus l’état de deux Sœurs religieuses qui murmuraient intérieurement contre un ordre qu’elles avaient reçu de leur Supérieure. Et à cause de cela Dieu leur avait retiré beaucoup de grâces particulières.
Une douleur me serra le cœur  à cette vue. Si nous sommes nous-mêmes cause de la perte de grâces, comme c’est triste !

690. Jeudi. Aujourd’hui, quoique je sois très fatiguée, j’ai résolu d’aller à l’Heure Sainte. Je ne pouvais pas prier, je ne pouvais pas non plus rester agenouillée. Mais je suis restée en prière une heure entière et je me joignis en esprit aux âmes, qui adorent déjà Dieu d’une façon parfaite. Cependant vers la fin de l’heure je vis soudain Jésus, qui m’a regardée profondément et avec une ineffable douceur. Il m’a dit : « Ta prière m’est extrêmement agréable. » Et à ces mots une étrange force et une joie spirituelle entrèrent dans mon âme. La présence de Dieu la pénétra. Aucune plume n’a exprimé ni n’exprimera jamais ce qui se passe dans l’âme qui se rencontre face à face avec le Seigneur…

691. O Jésus, je comprends que Votre miséricorde est inconcevable! Je Vous en prie rendez mon cœur assez grand pour pouvoir embrasser les nécessités de toutes les âmes qui vivent sur le globe terrestre. O Jésus, mon amour s’étend au-delà du monde jusqu’aux âmes qui souffrent dans le Purgatoire, et envers elles je veux pratiquer la Miséricorde à l’aide de prières indulgenciées. La miséricorde divine est aussi insondable et inépuisable que Dieu est insondable. Quoique j’emploie les mots les plus forts pour exprimer cette miséricorde de Dieu, cela n’est rien à côté de la réalité qu’elle est. O Jésus, rendez mon cœur sensible à toutes les souffrances du corps et de l’âme de mon prochain. O mon Jésus, je sais que Vous agissez avec nous de la même manière que nous agissons avec le prochain.
Mon Jésus, rendez mon cœur semblable à Votre cœur miséricordieux.. Jésus, aidez-moi à passer ma vie à faire du bien à chacun.

692. 14 septembre 1936. Notre Archevêque de Wilno est venu chez nous, et quoiqu’il soit resté si peu de temps, j’ai pu lui parler de l’œuvre de miséricorde. Il a montré beaucoup de bienveillance pour cette cause de la miséricorde : « Ma Sœur, soyez tout à fait tranquille. Si c’est le dessein de la Providence Divine cela sera. En attendant, priez pour que nous ayons un signe extérieur plus visible. Que le Seigneur Jésus le fasse connaître plus nettement. Je vous prie d’attendre encore un peu. Le Seigneur Jésus arrangera les circonstances, et tout ira bien. »

693. 19 septembre 1936. Quand nous sommes sorties de chez le médecin et que nous sommes entrées dans la petite chapelle de ce sanatorium, j’entendis ces paroles : « Mon enfant, encore quelques gouttes dans le calice. »
La joie inonda mon âme, voici le premier appel de mon Epoux et Maître. Mon cœur s’attendrit et il y eut un moment où mon âme plongea toute dans l’océan de la miséricorde divine. J’ai ressentit que ma mission commençait en plénitude. La mort ne détruit rien de ce qui est bon. Je prie surtout pour les âmes qui ressentent des souffrances intérieures.

694. A un certain moment, je reçus une lumière au sujet de deux Sœurs. J’ai compris qu’on ne peut pas agir avec tout le monde de la même façon.  C’est étrange comme il y a des personnes qui savent entrer en amitié. Et sous prétexte d’aide, en tant qu’amies, elles vous font parler. Et par la suite elles emploieront vos propres paroles pour vous causer du désagrément. Mon Jésus, que la faiblesse humaine est étrange ! Votre amour, Jésus, donne à l’âme cette grande prudence dans ses rapports avec les autres.

695. 24 septembre 1936. La Mère Supérieure m’a recommandé de ne méditer qu’un seul mystère du rosaire à la place de tous les autres exercices et d’aller tout de suite me coucher. Quand je me suis couchée, je m’endormis tout de suite car j’étais très fatiguée. Cependant, après un instant, la souffrance me réveilla. C’était une si grande souffrance qu’elle ne me permettait pas de faire le moindre mouvement, ni même d’avaler ma salive. Cela dura trois heures environ. Je pensais éveiller la Sœur novice avec laquelle j’habite, mais je réfléchis qu’elle ne m’apporterait aucune aide. Il valait donc mieux qu’elle dorme, c’était dommage de l’éveiller. Je me suis complètement abandonnée à la volonté de Dieu et je pensais que déjà venait pour moi le jour de la mort, ce jour que le désire. J’avais la possibilité de m’unir à Jésus souffrant sur la Croix, à part cela, je ne pouvais prier.

Quand la souffrance s’éloigna, je me suis mise à transpirer, cependant je ne pouvais faire aucun mouvement comme auparavant. Le matin, je me sentis très fatiguée, mais je ne souffrais plus physiquement. Cependant je ne pus me lever pour la Messe. Je pensais que, si après de telles souffrances la mort ne venait pas, combien les souffrances mortelles devaient être grandes.

696. Jésus, vous savez que j’aime la souffrance et que je désire boire le calice des souffrances jusqu’à la dernière goutte ; cependant ma nature éprouve un léger frisson et une certaine peur. Mais tout de suite ma confiance dans l’infinie miséricorde divine se réveilla dans toute sa force. Et tout du céder devant elle, comme l’ombre se la nuit devant les rayons du soleil. O Jésus, que votre bonté est grande, cette infinie bonté que je connais bien, qui me permet de regarder hardiment en face la elle-même ! Je sais que rien ne m’arrivera sans la permission de Dieu. Je désire louer Votre infinie miséricorde durant ma vie, à l’heure de ma mort, à la Résurrection et dans l’éternité.

Mon Jésus, ma force, ma paix et mon repos, mon âme baigne chaque jour dans les rayons de Votre miséricorde. Je ne connais pas de moment dans ma vie, dans lequel je n’ai pas éprouvé Votre miséricorde. O Dieu, je ne compte sur rien dans toute ma vie, seulement sur Votre infinie miséricorde, Seigneur. Elle dirige ma vie, mon âme est pleine de la miséricorde de Dieu.

697. O comme Jésus est blessé par l’ingratitude de l’âme choisie ! Son indicible miséricorde en subit le martyre. Dieu nous aime de tout Son Etre infini, et voici qu’une misérable poussière dédaigne Son amour. Mon cœur se fend de douleur quand j’en arrive à penser à cette ingratitude.

698. A un certain moment, j’entendis ces paroles : « Ma fille, parle au monde entier de Mon inconcevable miséricorde. Je désire que la Sainte Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les écluses de Ma miséricorde sont ouvertes. Je déverse tout un océan de grâces sur les âmes, qui s’approcheront de la source de Ma miséricorde. Toute âme qui s’approchera de la confession et de la Sainte Communion recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition. En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoule la grâce. Qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de Moi, même si ses péchés sont comme l ‘écarlate. Ma miséricorde est si grande que, pendant toute l’éternité, aucun esprit, ni humain ni angélique ne saurait approfondir tout ce qui est sorti des profondeurs de Ma miséricorde. Chaque âme en relation avec Moi, méditera Mon amour et Ma miséricorde durant toute l’éternité. La fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles.
Je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques. Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de Ma Miséricorde. »

699. Une fois j’étais très fatiguée et souffrante. J’ai été le dire à la Mère Supérieure, et je reçus la réponse que je devais me familiariser avec la souffrance. J’ai écouté tout ce que la Mère me disait, et après un instant je suis sortie. Notre Mère Supérieure a tant d’amour du prochain, surtout envers les Sœurs qui sont malades que tous le savent. C’est donc étrange que le Seigneur Jésus ait permis qu’elle ne me comprenne pas et qu’elle m’ait beaucoup éprouvée sous ce rapport.

700. Ce jour-là, quand je me sentis si mal et que je suis allée au travail, à tout moment je me sentais mal et la chaleur était si grande que même sans travailler, on se sentait mal à l’aise. Que dire quand on travaille et que l’on est souffrant. Aussi, avant midi, je me suis arrêtée de travailler, j’ai regardé le ciel avec grande confiance et j’ai dit au Seigneur : « Jésus, couvrez le soleil, car je ne peux supporter plus longtemps cette chaleur ! » Chose étrange, à ce moment un petit nuage blanc couvrit le soleil et dès lors il n’y eut plus de si grande chaleur. Après un moment, je me fis des reproches de ne pouvoir supporter la chaleur et d’avoir demandé un répit, mais Jésus Lui-même me tranquillisa.

701. 13 août 1936. Ce soir, je suis pénétrée de la présence de Dieu. En un instant, je reconnais Sa grande sainteté. Oh ! Comme je suis écrasée par la grande sainteté de Dieu ! Alors je reconnais tout l’abîme de ma nullité. C’est une grande souffrance, car la connaissance est suivie de l’amour. L’âme s’élance violemment vers Dieu et les deux amours se trouvent face à face : le Créateur et la créature, une goutte d’eau face à l’océan. Au premier moment, la goutte d’eau voudrait enfermer en soi tout cet océan inconcevable. Mais à ce même moment, elle reconnaît qu’elle n’est qu’une goutte d’eau et alors, elle est vaincue et passe entièrement en Dieu comme une goutte d’eau dans l’océan… Ce moment au début est une souffrance, mais tellement douce que l’âme en l’éprouvant est heureuse.

702. Maintenant je fais l’examen détaillé de mon union avec le Christ Miséricordieux. Cet exercice me donne une force singulière. Mon cœur est toujours uni à Celui qu’il désire, et ses actes sont réglés par la miséricorde qui découle de l’amour.

703. Je passe chaque moment libre aux pieds de Dieu caché. Il est mon Maître. Je Lui demande tout. Je Lui parle de tout. En Lui je puise force et lumière. Au pied du tabernacle, j’apprends tout. Ici me viennent des lumières sur la façon d’agir avec le prochain. Depuis que j’ai quitté le noviciat, je me suis enfermée dans le tabernacle avec Jésus, mon Maître. Lui-même m’a attirée dans ce foyer de l’amour vivant autour duquel tout se rassemble.

704. 25.IX. J’éprouve de grandes souffrances aux mains, aux pieds, dans le côté, là où Jésus a été transpercé. J’éprouve ces souffrances surtout quand je rencontre une âme qui n’est pas en état de grâce. Alors je prie ardemment pour que la miséricorde de Dieu s’empare de cette âme.

705. 29.IX. Fête de Saint Michel Archange. Je vis ce chef près de moi qui me dit ces paroles : « Le Seigneur m’a recommandé d’avoir particulièrement soin de toi. Sache que tu es haïe du Mal, mais n’aie pas peur. Qui est comme Dieu ? » et il disparut. Cependant, je sens sa présence et son aide.

706. 2.X. 1936. Premier vendredi du mois. Après la Sainte Communion, soudain je vis le Seigneur Jésus qui me dit ces paroles : « Maintenant je sais que tu ne M’aimes ni pour la grâce, ni pour les dons. Mais Ma volonté t’est plus précieuse que la vie. C’est pourquoi Je m’unis à toi plus étroitement qu’avec aucune autre créature. »

707. A ce moment Jésus disparut. Mon âme fut inondée de la présence de Dieu. Je sais que je suis sous le regard de ce puissant Souverain. Je me plongeais toute dans la joie, qui vient de Dieu. Toute la journée, je vécus abîmée en Dieu sans interruption. Le soir je suis entrée pour ainsi dire dans une étrange agonie. Mon amour désire égaler l’amour de ce puissant Souverain. Il est si violemment attiré vers Lui que sans une grâce spéciale de Dieu, il est impossible de supporter cette quantité de grâces. Mais je vois clairement que Jésus Lui-même me soutient, me fortifie et me rend capable de me maintenir en Sa présence. L’âme est particulièrement active en tout cela.

708. 3.X.1936. Aujourd’hui, durant le rosaire, je vis soudain un ciboire avec le Saint Sacrement. Le ciboire était découvert et plein d’hosties. Du ciboire sortit une voix : « Ces hosties ont été consommées par des âmes converties par ta prière et tes souffrances. » Ici je sentis la présence de Dieu à la façon d’un enfant – je me sentais étrangement enfant.

709. Un jour, je sentis que je ne serais pas en état de sortir jusqu’à neuf heures. J’ai prié Sœur N. de me donner un peu à manger, car je devais me coucher plus tôt. Sœur N. me répondit : « Ma Sœur vous n’êtes pas malade, seulement on voulait se donner du repos et on a prétexté une maladie. » Ô mon Jésus, la maladie est tellement avancée que le médecin m’a isolée des Sœurs, pour quelle ne se communique pas aux autres. Et malgré cela, on est jugé de cette façon ! Mais c’est bien, c’est tout pour Vous, mon Jésus. Je ne veux pas beaucoup écrire sur les événements extérieurs, car ce n’est pas mon intention. Je veux spécialement noter les grâces, que le Seigneur m’accorde, car elles ne sont pas pour moi seulement mais aussi pour beaucoup d’âmes.

710. 5.X. 1936. Aujourd’hui, j’ai reçu une lettre de l’Abbé Sopocko, par laquelle j’appris qu’il avait l’intention de publier une petite image du Christ Miséricordieux. Et il me demandait de lui envoyer une prière qu’il voudrait imprimer au verso, si l’Archevêque l’y autorise. Quelle grande joie emplit mon cœur, Dieu m’a permis de voir cette œuvre de Sa Miséricorde ! Qu’elle est grande cette œuvre de Dieu ! Je suis seulement Son instrument. Et combien je désire ardemment voir instaurer cette solennité de la Miséricorde Divine, que Dieu exige par mon intermédiaire ! Même si la volonté de Dieu est qu’elle ne soit fêtée solennellement qu’après ma mort, dès maintenant je m’en réjouis et intérieurement avec la permission de mon confesseur je la fête déjà.

711. Aujourd’hui, j’ai vu le Père Andrasz agenouillé plongé en prière. Et soudain, Jésus se trouva à côté de lui et étendant les deux mains au-dessus de sa tête, Il me dit : « Il te mènera à bonne fin, n’aie pas peur. »

712. 11 octobre. Ce soir, tandis que j’écrivais sur cette grande Miséricorde Divine et sur sa grande utilité pour les âmes, Satan fit irruption dans ma cellule et avec une grande fureur il a saisi le paravent qu’il a commencé à casser. Au premier instant, je me suis un peu effrayée, mais tout de suite je fis le signe de la croix avec une petite croix et le monstre s’est immédiatement calmé et a disparu. Aujourd’hui je n’ai pas vu cette monstrueuse figure, mais seulement sa colère. La colère de Satan est terrible. Cependant, ce paravent n’était pas cassé et je continuai à écrire en toute tranquillité. Je sais bien que sans la permission de Dieu, ce misérable ne me touchera pas, mais que ne fait-il ? Il commence à m’attaquer ouvertement et cela avec une grande colère et une grande haine. Mais il n’ébranle pas ma paix un seul instant et mon équilibre le met en rage.

713. Aujourd’hui le Seigneur m’a dit : « Va chez la Supérieure et dis-lui que Je désire que toutes les Sœurs et tous les enfants récitent ce chapelet que Je t’ai enseigné. Elles doivent le dire durant neuf jours dans la chapelle, dans le but de fléchir par cette prière Mon Père, et de supplier la Miséricorde Divine pour la Pologne. » J’ai répondu au Seigneur que j’en parlerai. Mais je dois auparavant en parler au Père Andrasz. Et j’ai résolu, dès que le Père arrivera, de lui en parler. Quand le Père arriva, les circonstances firent que je ne pus le voir, cependant j’aurais dû passer outre et aller chez le Père pour arranger cette affaire.

714. J’ai pensé que ce serait pour une autre fois… quand le Père reviendrait. Cela n’a pas plu du tout au Seigneur. En un moment la présence de Dieu m’a quittée, cette présence qui, d’une façon même sensible, est sans cesse en moi. De ce moment, elle m’a complètement quittée. Certaines ténèbres ont dominé dans mon âme, à un tel degré, que je ne sais pas si je suis en état de grâce ou non. Par conséquent, je ne suis pas allée communier pendant quatre jours. Après quoi j’ai vu le Père et je lui ai tout dit. Le Père m’a consolée disant, que je n’avais pas perdu la grâce. Mais en même temps, il m’a dit de Lui être fidèle. Au moment, où j’ai quitté le confessionnal, la présence de Dieu m’a de nouveau enveloppée comme auparavant. J’ai compris qu’il faut accepter la grâce de Dieu, telle qu’Il l’envoie, comme Il le veut et sous la forme qu’Il désire.

715. Ô mon Jésus, Je prends en cet instant une ferme résolution de fidélité à Vos moindres grâces.

716. Toute la nuit, je me préparai à la réception de la Sainte Communion, car je ne pouvais pas dormir à cause des souffrances physiques. Mon âme était pleine d’amour et de repentir.

717. Après la Sainte Communion, j’entendis ces paroles : « Vois ce que tu es par toi-même, mais ne t’en effraie pas ! Si Je te découvrais toute ta misère, tu mourrais de peur. Mais sache que, parce que tu es tellement misérable, J’ai découvert devant toi tout l’océan de Ma miséricorde. Je cherche et désire des âmes comme la tienne, mais il y en a peu. Ta grande confiance envers Moi, me force à t’accorder continuellement des grâces. Tu as de grands droits sur Mon Cœur, car tu as pleine confiance. Tu ne supporterais pas l’immensité de Mon amour si ici, sur la terre, Je te le découvrais dans toute sa plénitude. Souvent Je soulève pour toi un petit coin de voile, mais sache que c’est de Ma part une grâce exceptionnelle. Mon Amour et Ma miséricorde ne connaissent pas de bornes. »

718. Aujourd’hui j’ai entendu ces paroles : « Sache Mon enfant, qu’à cause de toi, J’accorde des grâces à tous ces environs. Mais tu dois me remercier pour eux car Je ne reçois pas de remerciements pour les bienfaits que Je leur accorde. A cause de ta gratitude, Je vais continuer à les bénir. »

719. Ô mon Jésus, Vous savez comme la vie en commun est dure, combien il y a de malentendus et d’incompréhensions, même avec la meilleure volonté de part et d’autre ! Mais c’est Votre mystère, Ô Seigneur, nous le connaîtrons dans l’éternité ! En attendant, nos jugements doivent toujours être bienveillants.

720. C’est une grande grâce de Dieu que d’avoir un directeur spirituel, je sens que maintenant je ne saurais plus progresser dans la vie spirituelle sans son aide. La force d’un prêtre est grande. Je remercie sans cesse Dieu de m’avoir donné un directeur spirituel.

721. Aujourd’hui j’ai entendu ces paroles : « Tu vois comme tu es faible. Quand pourrais-Je compter sur toi ? » J’ai répondu : « Jésus, soyez toujours avec moi, car je suis Votre enfant. Jésus, Vous savez comment sont les enfants ! »

722. Aujourd’hui, j’ai entendu ces paroles : « Les grâces que Je t’accorde ne sont pas seulement pour toi, mais pour un grand nombre d’âmes… et ton cœur est Ma demeure ! Malgré ta misère, Je m’unis à toi. Je prends ta misère et Je te donne Ma miséricorde. En chaque âme, J’accomplis l’acte de Ma miséricorde et plus le pécheur est grand, plus il a droit à Ma miséricorde. Sur chaque œuvre de Mes mains est gravée Ma miséricorde. Qui a confiance en elle ne périra pas, car toutes ses affaires sont à Moi et ses ennemis se briseront à Mes pieds. »

723. La veille de la retraite, j’ai commencé à prier pour que Jésus me donne un peu de santé afin que je puisse prendre part à cette retraite. Car je me sens si mal que peut-être elle sera pour moi la dernière. Cependant, quand j’ai commencé à prier, j’ai senti tout de suite une sorte d’étrange mécontentement. J’ai donc interrompu ma prière de supplication et je me suis mise à remercier Dieu pour tout ce qu’il m’envoie, me soumettant tout à fait à Sa Sainte volonté, et tout à coup, j’ai senti une paix profonde dans mon âme. La fidèle soumission à la volonté divine toujours et partout, dans tous les cas et circonstances de la vie rend une grande gloire à Dieu. Une telle soumission à la volonté de Dieu, a une plus grande valeur à Ses yeux que de longs jeûnes et que les plus sévères mortifications. Oh ! Que la récompense d’un seul acte de soumission à la volonté de Dieu est grande. En écrivant ceci, mon âme est ravie à la pensée que Dieu l’aime tant et que l’âme jouit déjà de la paix dès ici-bas.

724. J.M.J. Cracovie 1936

Ô Volonté de Dieu, soit mon amour !

20. X.1936. Retraite de 8 jours.

Ô mon Jésus, je vais aujourd’hui au désert pour m’entretenir avec Vous, mon Maître et Seigneur ! Que la terre fasse silence et Vous Seul, Jésus, parlez-moi ! Vous savez que je ne comprends pas d’autre voix que la Vôtre, bon Pasteur. Il y a un désert dans mon cœur, où aucune créature n’a accès, Vous Seul y êtes Roi !

725. Quand je suis rentrée à la chapelle pour cinq minutes d’adoration, j’ai demandé au Seigneur Jésus comment je devais faire cette retraite. Alors j’ai entendu cette voix dans mon âme : « Je désire que tu te transformes toute entière en amour et que tu brûles d’ardeur comme une pure victime d’amour… »

726. Vérité éternelle, donnez-moi un rayon de Votre lumière pour que je Vous connaisse, Seigneur, et pour que je loue dignement Votre infinie miséricorde ! Et en même temps, accordez-moi de connaître moi-même tout le gouffre de misère que je suis.

727. J’ai choisi comme patrons de cette retraite, Saint Claude de la Colombière et Sainte Gertrude. Qu’ils intercèdent sans cesse pour moi auprès de la Mère de Dieu, et du Sauveur miséricordieux !

728. Pendant la méditation sur la créature, mon âme s’est unie avec son Créateur et Seigneur. Alors j’ai découvert mon but et ma destinée. Mon but c’est de m’unir intimement à Dieu par l’amour. Et ma destinée est d’adorer et de glorifier la miséricorde divine. Le Seigneur me l’a fait connaître clairement et m’a permis de le vivre d’une façon même physiquement sensible. Je n’en reviens pas, quand je reconnais et que j’éprouve cet inconcevable amour de Dieu, avec lequel Dieu m’aime. Qui est Dieu et qui suis-je moi ? Je ne peux méditer plus longtemps. L’amour seul comprend cette rencontre et cette union de deux esprits : c’est Dieu-Esprit, et l’âme-créature. Plus je Le connais, plus je me plonge en Lui de toute la force de mon être.

729. « Tout au long de cette retraite, Je vais te tenir près de Mon cœur pour que tu connaisses mieux la miséricorde que J’éprouve envers les hommes, et surtout envers les pauvres pécheurs. »

730. Le premier jour de la retraite, une des Sœurs qui est venue ici pour des vœux perpétuels vint chez moi et confessa qu’elle n’avait aucune confiance en Dieu et qu’un rien la décourageait. Je lui ai répondu : « C’est bien de m’avoir dit cela, je vais prier pour vous. » Et je lui ai dit combien le Seigneur souffre du manque de confiance, surtout de la part d’une âme choisie. Elle m’a dit qu’à partir de ses vœux perpétuels, elle allait s’exercer à la confiance. Je sais maintenant que même les âmes élues et avancées dans la vie religieuse ou sacerdotales, n’ont pas le courage de s’abandonner complètement à Dieu. Et c’est parce que peu d’âmes connaissent la grande, l’inépuisable miséricorde de ce Dieu.

731. La grande majesté de Dieu qui aujourd’hui me pénétrait et me pénètre encore, a éveillé en moi une grande peur. Mais une peur pleine de respect, et non pas une peur d’esclave, très différente de la peur de respect. La peur de respect, naissait aujourd’hui dans mon cœur de l’amour et de la connaissance de la grandeur de Dieu. Et c’est une grande joie pour l’âme. L’âme tremble devant la moindre offense faite à Dieu, mais cela ne la trouble pas et n’assombrit pas son bonheur. Car où l’amour préside, là, tout est bien.

732. Il m’arrive parfois en écoutant la méditation qu’un mot m’introduise dans une union plus étroite avec Dieu et alors je ne sais plus ce que dit le Père. Je sais que je suis auprès du Cœur miséricordieux de Jésus, mon esprit plonge tout entier en Lui. Et j’apprends plus en un moment que par de longues heures de recherches savantes et de méditations. Ce sont des lueurs soudaines, qui permettent de connaître les choses comme Dieu les voit, tant dans le domaine intérieur, que dans le domaine extérieur.

733. Je vois que Jésus seul agit dans mon âme pendant cette retraite. Et moi, je m’efforce seulement d’être fidèle à Sa grâce. J’ai soumis mon âme entière à l’influence divine, ce puissant Souverain céleste en a pris complètement possession. Je sens que je suis élevée au-dessus de la terre et du ciel dans la vie intime de

734. Je m’enfermerai dans le calice du Christ pour le consoler continuellement. Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour sauver les âmes. Je le ferai par la prière et la souffrance. Je tâche toujours d’être pour Jésus une Béthanie pour qu’il puisse s’y reposer après toutes Ses fatigues. Au moment de la Sainte Communion, mon union avec Jésus est tellement étroite et inconcevable, que je ne puis la décrire, les paroles me manquent.

735. Le soir, j’ai vu le Seigneur Jésus comme pendant Sa Passion. Il avait les yeux levés vers Son Père et priait pour nous.

736. Quoique je sois malade, j’ai décidé aujourd’hui de faire les méditations de l’Heure Sainte comme toujours. Durant cette heure, j’ai vu le Seigneur flagellé, près du poteau. Pendant ce terrible supplice Jésus priait. Puis Il me dit : « Il y a peu d’âmes qui méditent avec une véritable compassion. J’accorde de grandes grâces aux âmes, qui méditent pieusement Ma Passion. »

737. « Tu n’es même pas capable d’accepter Mes grâces sans Mon aide particulière. Tu sais ce que tu es. » Aujourd’hui, après la Sainte Communion, j’ai beaucoup parlé au Seigneur Jésus des personnes qui me tiennent à cœur. Tout à coup, j’entendis ces paroles : « Ma fille, ne te mets pas en peine ! J’aime aussi particulièrement ceux que tu aimes particulièrement. Et par égard pour toi, Je déverse aussi ma grâce sur eux. Il M’est agréable que tu M’en parles, mais ne le fais pas avec tant d’efforts ! »

739. Ô Sauveur du monde, je m’unis à Votre miséricorde ! Mon Jésus, je joins toutes mes souffrances aux Vôtres et je les dépose dans le trésor de l’Eglise pour le profit des âmes !

740. Aujourd’hui, j’ai été introduite par un Ange dans les gouffres de l’Enfer. C’est un lieu de grands supplices. Et son étendue est terriblement grande. Genres de souffrances que j’ai vues :

- La première souffrance qui fait l’enfer est la perte de Dieu.

- La seconde : les perpétuels remords de conscience.

- La troisième : le sort des damnés ne changera jamais.

- La quatrième : c’est le feu qui va pénétrer l’âme sans la détruire. C’est une terrible souffrance, car c’est un feu purement spirituel, allumé par la colère de Dieu.

-La cinquième souffrance, ce sont les ténèbres continuelles, une odeur terrible, étouffante. Et malgré les ténèbres, les démons et les âmes damnées se voient mutuellement et voient tout le mal des autres et le leur.

-La sixième souffrance, c’est la continuelle compagnie de Satan.

- La septième souffrance : un désespoir terrible, la haine de Dieu, les malédictions, les blasphèmes.

Ce sont des souffrances que tous les damnés souffrent ensemble, mais ce n’est pas la fin des souffrances. Il y a des souffrances, qui sont destinées aux âmes en particulier : ce sont les souffrances des sens. Chaque âme est tourmentée d’une façon terrible selon ses péchés. Il y a de terribles caveaux, des gouffres de tortures où chaque supplice diffère de l’autre. Je serais morte à la vue de ces terribles souffrances, si la Toute-Puissance de Dieu ne m’avait soutenue !

Que chaque pécheur sache qu’il sera torturé durant toute l’éternité par les sens qu’il a employés pour pécher !

J’écris cela sur ordre de Dieu pour qu’aucune âme ne puisse s’excuser disant qu’il n’y a pas d’enfer, ou, que personne n’y a été et ne sait comment c’est. Moi, Sœur Faustine, par ordre de Dieu, j’ai pénétré dans les abîmes de l’enfer, pour en parler aux âmes et témoigner que l’enfer existe. Je ne peux pas en parler maintenant. J’ai l’ordre de Dieu de le laisser par écrit. Les démons ressentaient une grande haine envers moi. Mais l’ordre de Dieu les obligeait à m’être obéissants. Ce que j’ai écrit est un faible reflet des choses que j’ai vues. Une chose que j’ai remarquée c’est qu’il y avait là beaucoup d’âmes qui doutaient que l’enfer existât. Quand je suis revenue à moi, je ne pouvais pas apaiser ma terreur de ce que les âmes y souffrent si terriblement. Aussi, je prie encore plus ardemment pour le salut des pécheurs. Sans cesse j’appelle la miséricorde divine sur eux. Ô mon Jésus, je préfère agoniser jusqu'à la fin du monde dans les plus grands supplices que de Vous offenser par le moindre péché !

741 J.M.J. « Ma fille, si par toi, J’exige des gens le culte de Ma miséricorde, toi la première, tu dois te distinguer par cette confiance en Ma miséricorde. J’exige de toi des actes de miséricorde qui doivent découler de ton amour pour Moi. Tu dois témoigner aux autres la miséricorde, toujours et partout. Tu ne peux pas t’en écarter, ni t’excuser, ni te justifier. Je te suggère trois moyens pour exercer la miséricorde envers le prochain :

- Le premier c’est l’action.

- Le second, la Parole.

- Le troisième, la prière.

Ces trois degrés renferment la plénitude de la miséricorde. Voilà la preuve irréfutable de l’amour envers Moi. De cette manière, l’âme glorifie et honore Ma miséricorde. Oui, le premier dimanche après Pâques, est la fête de la Miséricorde, mais il doit y avoir aussi l’action. Et j’exige le culte de Ma miséricorde en célébrant solennellement cette fête, et en honorant l’image que J’ai fait peindre. Par cette image, Je donnerai beaucoup de grâces aux âmes, et on doit leur rappeler les exigences de Ma miséricorde. Car la foi la plus solide ne sera rien sans l’action. » Ô mon Jésus, Vous seul pouvez m’aider en tout, car Vous voyez combien je suis petite ! Je compte uniquement sur Votre bonté, mon Dieu !

Examen particulier : L’union avec le Christ miséricordieux. J’embrasse dans mon cœur le monde entier et surtout les pays sauvages et les pays où sévissent les persécutions. Pour eux, je demande la miséricorde.

742. Deux résolutions générales.

Premièrement : m’efforcer de garder le silence intérieur et observer strictement la règle du silence. Deuxièmement : la fidélité intérieure aux inspirations. Les mettre en pratique dans la vie et passer à l’action selon l’avis du directeur spirituel. Pendant cette maladie, je désire adorer la volonté Divine autant que cela me sera possible, tâcher de prendre part à tous les exercices communs. Pour chaque ennui, chaque souffrance je remercierai vivement le Seigneur Dieu.

743. Souvent je sens que, en dehors de Jésus, je n’ai aucune aide de nulle part, quoique, plus d’une fois, j’ai eu grand besoin d’éclaircissements sur les désirs du Seigneur. Ce soir, soudainement j’ai reçu la lumière divine quant à une certaine affaire. Durant douze ans j’y avais réfléchi et je ne pouvais rien comprendre. Aujourd’hui Jésus M’a fait savoir que cela Lui a beaucoup plu.

744. 25.X.1936. La fête du Christ-Roi. Pendant la Sainte Messe, j’ai été animée d’une telle ferveur d’amour de Dieu et du désir du salut des âmes, que je ne saurais l’expliquer. Je sens, que je suis toute entière un feu. Je vais lutter contre le mal avec les armes de la miséricorde. Je suis consumée du désir de sauver les âmes. Parcourant le monde entier en long et en large, je vais jusqu’aux lieux les plus sauvages pour sauver les âmes. Je le fais par la prière et le sacrifice. Je désire que chaque âme glorifie la miséricorde divine, car chacun en éprouve les bienfaits. Les saints au ciel adorent cette miséricorde du Seigneur. Je veux l’adorer déjà ici sur terre et répandre Sa gloire, comme Dieu l’exige de moi.

745. J’ai compris qu’à certains moments, je serai seule, délaissée de tous et que je dois traverser tous les orages et lutter de toute mon âme même contre ceux dont je m’attendais à recevoir de l’aide. Mais je ne suis pas seule, car Jésus est avec moi. Avec Lui je n’ai peur de rien. Je me rends bien compte de tout et je sais ce que Dieu exige de moi. La souffrance, le dédain, la risée, la persécution, l’humiliation seront continuellement ma part, je ne connais pas d’autre chemin. L’amour sincère recevra l’ingratitude en retour. Tel est le chemin que l’on doit fouler sur les traces de Jésus. Mon Jésus, ma force et mon unique espoir, en Vous seul est tout mon espoir, et ma confiance ne sera pas déçue !

746. Le jour du renouvellement des vœux. La présence de Dieu pénétra mon âme d’une façon spirituelle et même physique.

747. 2 novembre 1936. Le soir après les vêpres, je suis allée au cimetière. Après une brève prière, soudain je vis une de nos Sœurs qui me dit : « Nous sommes à la chapelle. » J’ai compris que je devais aller à la chapelle pour y prier, et gagner des indulgences. Le lendemain, après la Sainte Messe, je vis comme trois colombes blanches, qui s’élevèrent de l’autel vers le ciel. Je compris que, non seulement ces trois âmes que j’avais vues étaient montées au ciel, mais encore beaucoup d’autres ayant expiré en dehors de notre maison. Oh ! Comme le Seigneur est bon et adorable !

748. Conversation avec le Père Andrasz à la fin de la retraite. J’ai été fort étonnée d’une chose que j’ai remarquée pendant chaque conversation, durant laquelle je cherchais conseils et indices auprès du père. Et c’est ceci : j’ai remarqué qu’à toutes les questions que je lui présentais, (que le Seigneur exige que je lui soumette), le Père Andrasz me répondait avec une telle clarté et une telle décision qu’il semblait avoir passé tout cela. Ô mon Jésus, s’il y avait plus de directeurs spirituels de cette qualité, les âmes sous une telle direction atteindraient rapidement les sommets de la sainteté et ne gâcheraient pas de si grandes grâces ! Je remercie Dieu à chaque instant pour cette si grande grâce : qu’Il ait daigné dans Sa grande bonté, mettre sur le chemin de ma vie spirituelle ces colonnes lumineuses, qui éclairent mon chemin, pour que je n’erre pas sur de fausses routes, ni ne me retarde dans la poursuite d’une étroite union avec le Seigneur. J’ai un grand amour pour l’Eglise qui fait notre éducation et mène les âmes vers Dieu.

749. 31.X.1936. Conversation avec la Mère Générale. Quand je parlais avec la Mère Générale à propos de ma sortie, j’ai reçu cette réponse : « Si le Seigneur Jésus exige que vous quittiez cette Congrégation, qu’Il me donne un signe de Sa Volonté ! Priez pour cela, ma Sœur, car j’ai peur que vous ne tombiez dans quelque illusion, quoique d’autre part, je ne veuille pas m’opposer à la Volonté de Dieu ! Car moi aussi, je veux faire la Volonté de Dieu. » Nous avons donc décidé que je reste comme je suis, jusqu’au moment où le Seigneur fera connaître à la Mère Générale qu’Il exige que je quitte la Congrégation. Donc l’affaire a été encore remise à plus tard.

750. Vous voyez Jésus, c’est de Vous que tout dépend ! Je suis tout à fait tranquille, malgré de grandes pressions. Moi, pour ma part, j’ai tout fait. Maintenant c’est Votre tour, mon Jésus, et de cette façon il sera évident que cette cause est Vôtre. Je suis tout à fait d’accord avec Votre volonté. Faites de moi ce que Vous voulez, Seigneur ! Accordez-moi seulement la grâce de Vous aimer de plus en plus ardemment ! Je ne veux rien d’autre que Vous, Amour Eternel. Peu importe que les chemins par lesquels Vous me mènerez, soient douloureux ou joyeux ! Je désire vous aimer à chaque moment de ma vie. Jésus, si Vous m’ordonnez, d’aller accomplir Votre volonté : j’irai ! Si vous m’ordonnez de rester, je resterai. Peu importe, ce que je souffrirai dans l’un ou l’autre cas. Ô mon Jésus, je sais ce que j’aurai à endurer et à supporter. En toute connaissance de cause, j’y consens et par un acte de volonté, d’avance, j’ai tout accepté. Qu’importe ce qui est contenu dans ce calice pour moi ! Il me suffit qu’il me soit servi par la main aimante de Dieu. Et si vous m’ordonnez de rester, je reste malgré toutes les pressions intérieures. De même, si Vous les entretenez encore, toujours, dans mon âme et me laissez dans cette agonie intérieure, même jusqu’à la fin de ma vie, je l’accepte en toute connaissance de cause, et avec une soumission pleine d’amour, ô mon Dieu ! Si je reste, je me cacherai dans Votre miséricorde, mon Dieu, si profondément qu’aucun œil ne me verra. Je désire être dans ma vie comme un encensoir où de la braise cachée s’élève la fumée vers Vous, Vivante Hostie ! Qu’elle Vous soit d’agréable odeur ! Je sens dans mon propre cœur que chaque sacrifice provoque une flambée de mon amour pour Vous, quoique d’une façon si tranquille et si cachée, que personne ne le remarquera

751. Quand j’ai dit à la Mère Générale que le Seigneur exigeait que la Congrégation dise le chapelet pour fléchir la colère Divine, elle me répondit qu’elle ne pouvait introduire de nouvelles prières non approuvées. Mais je lui donne ce chapelet, peut-être qu’à l’occasion d’une adoration on pourrait le dire, « nous verrons ». Ce serait bien si l’abbé docteur Sopocko pouvait éditer une brochure avec ce chapelet. Alors ce serait mieux et plus facile de le réciter en communauté, car comme cela, c’est un peu difficile.

752. La miséricorde du Seigneur est glorifiée au ciel, par les âmes, qui ont éprouvées en elles-mêmes l’infinie miséricorde. Ces âmes sont au ciel, je le commencerai déjà sur terre. Je vais glorifier Dieu pour son infinie bonté et je vais tâcher de faire connaître à d’autres âmes cette inexprimable et inconcevable miséricorde Divine, et de la leur faire adorer.

753. La Promesse du Seigneur : « Ma Miséricorde enveloppera les âmes, qui réciteront ce chapelet pendant leur vie et surtout à l’heure de la mort. »

754. Ô Jésus, apprenez-moi à découvrir les profondeurs de la miséricorde et de l’amour à chacun de ceux qui me le demandent. Jésus, mon Chef que toutes mes prières et toutes mes actions portent le sceau de Votre miséricorde !

755. 18.XI. 1936. Ce soir, je tâchais de faire tous mes exercices jusqu’à la bénédiction, car je me sentais plus malade qu’à l’ordinaire. Tout de suite après la bénédiction je suis allée me coucher. Mais suis entrée dans ma chambre, soudain, j’ai senti intérieurement qu’il fallait que j’aille dans la cellule de Sœur N. car elle avait besoin d’aide. Je suis tout de suite entrée dans sa cellule, et Sœur N. me dit : « Oh ! Comme c’est bien, ma Sœur, que Dieu vous ait amenée ! » Et elle parlait d’une voix si basse que j’ai pu à peine l’entendre. Elle me dit : « Ma Sœur, veuillez, s’il vous plait, m’apporter un peu de thé avec du citron, car j’ai tellement soif et je ne peux bouger, car je souffre beaucoup ! » Et vraiment elle souffrait beaucoup et elle avait beaucoup de fièvre. Je l’ai placée plus commodément et avec un peu de thé, elle a apaisé sa soif. Quand je suis entrée dans ma cellule, mon âme a été pénétrée d’un grand amour de Dieu et j’ai compris qu’il faut faire très attention aux inspirations intérieures et les suivre fidèlement. Et la fidélité à une grâce en amène d’autres.

756. 19.XI.1936. Aujourd’hui, durant la Sainte Messe, je vis le Seigneur Jésus, qui me dit : « Sois tranquille, Ma fille, Je vois tes efforts ! Ils Me sont très agréables. » Et le Seigneur disparut. C’était le moment d’aller communier. Après avoir reçu la Sainte communion, tout à coup, je vis le Cénacle dans lequel se tenaient le Seigneur Jésus et les Apôtres. J’ai vu l’institution de l’Eucharistie. Jésus me permit de pénétrer et de comprendre de l’intérieur Sa grande Majesté et en même temps Sa grande humiliation. Cette étrange lumière qui me permit de connaître Sa Majesté m’a découvert en même temps ce qui est dans mon âme.

757. Jésus me fit connaître la profondeur de Sa douceur et de Son humilité. Il me fit comprendre qu’Il exigeait expressément de moi ces deux qualités. Je sentis Son regard dans mon âme ce qui me remplit d’un indicible amour. Mais je compris que le Seigneur voyait avec amour mes vertus et mes efforts héroïques. Et je reconnus que c’est ce qui attire Dieu dans mon cœur. C’est là que j’ai compris qu’il ne me suffit pas de pratiquer les vertus ordinaires, mais que je dois m’exercer aux vertus héroïques. A l’extérieur, cela restera une chose tout à fait ordinaire, mais seul, l’œil de Dieu verra que la manière est différente. Ô mon Dieu, ce que j’ai écrit n’est qu’un pâle reflet de ce que je comprends dans mon âme ! Il s’agit de choses purement spirituelles. Mais pour décrire ce que Dieu me permet de connaître, je dois employer des mots dont je suis tout à fait mécontente car ils ne rendent pas la réalité.

758. La première fois, j’expérimentai cette souffrance ainsi : après les vœux annuels un certain jour, pendant la prière, je vis une grande lumière. De cette lumière, sortirent des rayons qui m’enveloppèrent de toutes parts. Et soudain, je sentis une terrible douleur dans les mains, les pieds et je sentis les épines de la couronne d’épines. Je sentais ces douleurs, pendant la Sainte Messe le vendredi, mais durant un très court moment. Cela revint pendant plusieurs vendredis. Et ensuite, je n’éprouvais plus aucune souffrance jusqu’au moment présent, c'est-à-dire la fin du mois de septembre de cette année. Pendant cette maladie, durant la Sainte Messe, le vendredi, j’ai senti que les mêmes souffrances me transperçaient. Et ceci se répète chaque vendredi, et parfois aussi au contact d’une âme qui n’est pas en état de grâce, quoique cela soit rare. Cette souffrance dure très peu de temps, cependant elle est terrible et sans une grâce spéciale de Dieu, je ne la supporterais pas. Et à l’extérieur, je n’ai aucun signe de ces souffrances. Ce qui viendra encore, je ne le sais. Mais tout cela est pour les âmes…

759. 21.XI.1936. Jésus, Vous savez que je ne suis ni gravement malade, ni bien portante. Vous remplissez mon âme d’enthousiasme pour l’action et je n’ai pas de force. Le feu de Votre amour me dévore. Mais je compenserai par l’amour ce que je ne pourrai réaliser à cause de mon manque de forces physiques.

760. Jésus mon esprit est plein de nostalgie et je désire beaucoup m’unir à Vous. Mais Vos œuvres me retiennent. Et aussi le nombre des âmes que je dois Vous amener n’est pas encore atteint. Je désire les fatigues, les souffrances, tout ce que Vous avez proposé avant les siècles. Ô Mon créateur et Seigneur ! Je ne comprends que Votre parole ! Elle seule me donne la force. Votre Esprit, ô Seigneur, est l’esprit de paix et rien n’en trouble la profondeur en moi car Vous y habitez, Seigneur !

Je sais que je vis sous Votre regard attentif, ô Seigneur ! Je n’analyse pas avec crainte Vos plans à mon égard. Ma tâche est d’accepter tout de Votre main. Je n’ai peur de rien, quoique la tempête fasse rage et que la foudre frappe avec violence autour de moi et que je me sente alors si seule ! Cependant mon cœur Vous sent, et ma confiance grandit et je vois que Votre toute puissance me soutient. Avec Vous, Jésus, je vais par la vie, parmi les arcs-en-ciel et les orages, criant de joie et chantant le chant de Votre miséricorde. Je n’interromprai mon chant d’amour que lorsque le cœur des anges le continuera. Aucune force ne peut me retenir dans mon élan vers Dieu. Je vois que même mes Supérieures ne comprennent pas toujours le chemin par lequel Dieu me mène et je n’en suis pas surprise.

761. À un certain moment, je vis l’abbé Sopocko qui priait tout en méditant ces choses. Je vis comme tout à coup un cercle lumineux se dessina autour de sa tête. Quoique l’espace nous sépare, je le vois souvent, surtout quand il travaille à son bureau, malgré sa fatigue.

762. 22.XI.1936. Aujourd’hui pendant la sainte confession, le Seigneur Jésus me parla par la bouche d’un certain prêtre. Ce prêtre ne connaissait pas mon âme et moi je m’accusais seulement de mes péchés. Cependant il me dit ces paroles : « Accomplissez fidèlement tout ce que Jésus réclame de vous, malgré les difficultés ! Sachez que même si les gens se fâcheraient contre vous, Jésus ne se fâchera pas et qu’il ne se fâchera jamais ! Ne faites pas attention à l’estime des gens ! » Cette leçon m’étonna d’abord. Mais j’ai compris que Jésus parlait par sa bouche sans qu’il ne s’en rende compte. Ô saint mystère, quels grands trésors tu contiens ! Ô sainte foi, tu m’indiques la route !

763. 24.II.1936. Aujourd’hui j’ai reçu une lettre de l’abbé Sopocko. Cette lettre m’a révélé que Dieu seul conduit toute cette affaire. Et de même que le Seigneur l’a commencée, de même Il la mènera à bonne fin. Et plus les difficultés que je vois sont grandes, plus je suis tranquille. Oh ! S’il ne s’agissait pas d’une grande gloire pour Dieu, et de son utilité pour le bien des âmes, dans toute cette affaire. Satan ne s’y opposerait pas tant. Il sent qu’il y perdra. Maintenant je reconnais que Satan ne hait rien autant que la miséricorde. C’est elle qui lui cause la plus grande souffrance. Cependant, la parole de Dieu ne passera pas, elle est vivante. Les difficultés ne tueront pas les œuvres divines, mais démontreront qu’elles viennent de Dieu…

764. À un certain moment, je vis le couvent de cette nouvelle congrégation. Je m’y promenais et visitais tout, quand soudain je vis un groupe d’enfants, qui avaient de cinq à onze ans. Quand ils me virent, ils m’entourèrent et se mirent à crier très fort : « Défendez-nous du mal ! » et ils m’introduisirent dans la chapelle qui se trouvait dans ce couvent. Quand je suis entrée dans cette chapelle, j’y vis Jésus supplicié. Jésus me regarda gracieusement et me dit que les enfants L’offensaient profondément : « Toi, défends-les du mal ! » Depuis ce moment, je prie pour ces enfants, mais je sens que la prière ne suffit pas.

765. Ô mon Jésus, Vous savez quels efforts il faut faire pour vivre des relations simples et sincères avec les personnes qui nous sont antipathiques, ou avec celles qui, consciemment ou non, nous ont infligé des souffrances. Humainement parlant c’est impossible. A ces moments-là, je tâche plus encore qu’à d’autres de découvrir le Seigneur Jésus dans la personne en question. Et pour ce même Jésus, je fais tout pour ces personnes-là. De telles actions, sont inspirées par l’amour pur, et de tels exercices sur la pratique de l’amour trempent et fortifient l’âme. Je ne m’attends à rien de la part des créatures, donc je n’ai aucune désillusion. Je sais que la créature est pauvre en elle-même. Qu’attendrais-je donc de sa part ? Dieu est tout pour moi et je veux tout juger selon Dieu.

766. Mon commerce avec le Seigneur est maintenant purement spirituel. Mon âme est touchée par Dieu et se plonge entièrement en Lui jusqu’à l’oubli d’elle-même, tant elle est pénétrée à fond par Dieu, noyée par Sa beauté, perdue toute entière en Lui. Je ne sais le décrire, car en écrivant j’emploie les sens. Et dans cette union, les sens n’agissent pas. Il y a fusion entre Dieu et l’âme, qui est admise à une vie en Dieu tellement grande, que cela ne peut s’exprimer par la parole. Quand ‘âme reprend sa vie habituelle, elle voit que cette vie est un crépuscule, un brouillard, un désordre, l’emmaillotement d’un petit enfant. Dans de tels moments, l’âme reçoit uniquement de Dieu, car d’elle-même elle ne fait rien. Elle ne fait pas le moindre effort, Dieu fait tout en elle.

Cependant, quand l’âme revient à son état ordinaire, elle voit qu’elle n’aurait pas la force de supporter plus longtemps cette union. Ces moments sont courts, les autres durables. L’âme ne peut pas rester longtemps dans cet état, car forcément, elle se délivrerait des liens du corps pour toujours, bien qu’elle soit soutenue par Dieu à l’aide d’un miracle. Dieu fait clairement connaître à l’âme, qu’Il aime, comme si elle seule était l’objet de Sa prédilection. L’âme le perçoit de façon nette et évidente. Elle s’élance de toute sa force vers Dieu, mais elle se sent enfant. Elle sait que ce n’est pas dans ses possibilités. Dieu s’abaisse alors vers elle, et s’unit à elle d’une manière… ici je dois me taire, car ce que l’âme éprouve, je ne sais le décrire.

767. C’est une chose étrange, que l’âme puisse éprouver cette union avec Dieu et ne sache pas en donner une définition. Cependant, quand elle rencontre une autre âme ayant vécu les mêmes expériences, elles se comprennent mutuellement dans ces choses, sans beaucoup se parler. L’âme unie de cette manière à Dieu, reconnaît facilement une âme vivant cette même union, quoique celle-ci ne lui découvre pas tout son cheminement intérieur, mais cause tout simplement avec elle. C’est comme une parenté spirituelle. Les âmes unies de telle façon à Dieu ne sont pas nombreuses. Il y en a beaucoup moins qu’on ne pense.

768. J’ai remarqué que Dieu accorde cette grâce aux âmes lorsqu’elles ont quelque grande œuvre à accomplir, dans deux buts. Le premier, c’est pour aider l’âme à remplir cette œuvre qui normalement dépasse absolument ses forces. Dans le second cas, j’ai remarqué que Dieu l’accorde pour conduire et tranquilliser ces âmes. Quoique le Seigneur puisse accorder cette grâce, comme Il Lui plait et à qui Il Lui plaît. Cependant, j’ai remarqué cette grâce chez trois prêtres. L’un d’eux est un prêtre séculier, les deux autres des prêtres réguliers et deux religieuses, mais pas au même degré.
769. Quant à moi, j’ai reçu cette grâce pour la première fois et pendant un moment très court à l’âge de dix-huit ans durant l’octave de la Fête-Dieu, pendant les vêpres, quand je fis au Seigneur Jésus le vœu de chasteté perpétuelle. Je vivais encore dans le monde mais je devais bientôt entrer au couvent. Cette grâce dura un moment très court, mais la force de cette grâce est grande.

Après cela, il y eut un long intervalle. Je recevais, il est vrai, durant cet intervalle beaucoup de grâces, mais elles étaient d’un autre ordre. C’était une période d’épreuves et de purification. Ces épreuves étaient si douloureuses que mon âme ressentit un complet délaissement de la part de Dieu et fut plongée dans de grandes ténèbres. Je remarquai et je compris que personne ne saurait me conduire hors de cette tourmente, ni me comprendre. Il y eut deux moments, où mon âme fut plongée dans le désespoir, une fois durant une demi-heure, l’autre trois quarts d’heure. Quant aux grâces reçues, je ne puis en décrire exactement la grandeur. En ce qui concerne les épreuves divines, je ne sais quelles paroles employer car tout n’en serait qu’un pâle reflet. Cependant, de même que le Seigneur m’a plongée dans les tourments, ainsi m’en a-t-Il fait sortir. Seulement, cela a duré plusieurs années.

Et à nouveau j’ai reçu cette exceptionnelle grâce d’union qui dure jusqu’à présent. Dans cette seconde union, il y eut quelques courtes interruptions. Mais maintenant, depuis un certain temps, je n’éprouve plus aucune interruption, mais je me plonge de plus en pus profondément en Dieu. La grande lumière, dont est illuminée l’intelligence, permet de connaître la grandeur de Dieu. Non que je reconnaisse un par un Ses attributs comme autrefois, non ici c’est différent. En un moment, je reconnais l’essence même de Dieu.

770. L’âme, à ce moment, est tout entière noyée en Lui et éprouve un bonheur aussi grand que celui des élus dans les cieux. Quoique ceux-ci regardent Dieu face à face et soient complètement heureux, cependant leur connaissance de Dieu n’est pas égale, Dieu me l’a fait savoir. Une plus profonde connaissance commence ici sur terre dans la mesure de la grâce, mais celle-ci dépend en grande partie de notre fidélité à cette grâce. Cependant l’âme qui éprouve cette grâce inouïe de l’union, ne peut pas dire qu’elle voit Dieu face à face, car il reste ici le voile ténu de la foi, mais tellement ténu que l’âme peut dire qu’elle voit Dieu et qu’elle s’entretient avec Lui. Elle est « déifiée ». Dieu laisse voir à l’âme à quel point Il l’aime. Et l’âme constate que des âmes meilleures et plus saintes qu’elles n’ont pas bénéficié de cette grâce. Et à cause de cela, un saint étonnement s’empare d’elle et l’entretient dans une profonde humilité, la plongeant dans sa nullité et dans une sainte stupéfaction. Et plus elle s’abaisse et plus étroitement Dieu S’unit à elle, et S’abaisse vers elle. L’âme à ce moment-là est, pour ainsi dire, cachée, ses sens n’agissent pas. A un moment donné, elle reconnaît Dieu et est noyée en Lui. Elle reconnût toute la profondeur de l’Inconcevable. Et plus cette connaissance est profonde, plus l’âme Le désire ardemment.

771. La réciprocité de l’âme avec Dieu est grande. Quand l’âme sort de sa cacherie, ses sens goûtent les délices qu’elle éprouvait. Cependant, ceci aussi est une grande grâce de Dieu, mais elle n’est pas purement spirituelle. Les sens n’y ont pas une part de premier rang. Chaque grâce, donne à l’âme, force et vigueur pour l’action, et courage pour endurer la souffrance. L’âme sait bien ce que Dieu veut d’elle et elle remplit Sa sainte volonté, malgré les contrariétés.

772. Cependant, l’âme ne peut pas agir seule en ces choses, elle doit chercher le conseil d’un confesseur éclairé, car autrement elle peut errer ou bien n’en retirer aucun profit.

773. Je comprends bien, ô mon Jésus, que comme la maladie se mesure à l’aide d’un thermomètre et qu’une forte fièvre nous indique la gravité de la maladie, ainsi dans la vie spirituelle, la souffrance est le thermomètre qui mesure l’amour Divin dans l’âme.

774. Dieu est mon but… et mon bonheur est d’accomplir la volonté Divine et rien au monde ne peut troubler ce bonheur, aucune puissance, aucune force.

775. Aujourd’hui le Seigneur vint chez moi, dans ma cellule et me dit : «Ma fille, Je ne te laisserai plus longtemps dans cette congrégation. Je te le dis pour que tu profites avec plus de diligence des grâces que je t’accorde. »

776. 27.XI.1936. Aujourd’hui j’étais en esprit au Ciel, et j’ai vu des beautés inimaginables et le bonheur qui nous attendent après la mort. J’ai vu comme toutes les créatures rendent perpétuellement honneur et gloire à Dieu. J’ai contemplé l’immensité du bonheur en Dieu qui s’écoule sur toutes les créatures, les rend heureuses, et revient à sa source. Et toute gloire et honneur provenant du bonheur reçu, sont rendus à Dieu et entrent dans les profondeurs divines. J’ai vu toutes les créatures contempler la vie intérieure de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, que jamais elles ne comprendront ni n’approfondiront. Cette source de bonheur est invariable dans son essence, et cependant toujours nouvelle, jaillissant pour le bonheur de toute créature. Je comprends maintenant Saint Paul qui a dit : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu à préparé pour ceux qui L’aiment. »

777. Et Dieu m’a laissé comprendre l’unique chose, qui ait à Ses yeux une valeur infinie : c’est l’amour, l’amour de Dieu, l’amour. L’amour et encore une fois l’amour, et rien ne peut être comparé à l’acte de pur amour de Dieu. Oh ! Quels inconcevables égards Dieu a envers l’âme qui l’aime sincèrement ! Oh ! Que l’âme qui déjà sur terre jouit de Ses égards particuliers est heureuse ! Et c’est l’âme petite et humble.

778. J’ai compris plus profondément cette grande Majesté Divine qu’adorent les esprits célestes selon leur degré de grâce et leur hiérarchie. Mon âme n’a éprouvé ni frayeur ni terreur, non absolument aucune, à la vue de cette puissance et de cette grandeur de Dieu. Mon âme a été remplie de paix et d’amour. Et plus je connais la grandeur de Dieu, plus je me réjouis qu’il soit Tel. Et sa grandeur me comble de bonheur. Et je me réjouis de ce que je sois si petite car, puisque je suis si petite, Il me tient dans Sa main et près de Son Cœur.

779. Ô mon Dieu, comme j’ai pitié des gens qui ne croient pas à la vie éternelle ! Comme je prie pour eux pour qu’un rayon de miséricorde les saisisse et que Dieu les presse sur Son Cœur Paternel !

780. Ô amour, ô roi ! L’amour ne connaît pas la peur, il passe par tous les chœurs des anges, qui montent la garde devant le trône de Dieu. Il n’aura peur de personne, il atteint Dieu et se plonge en Lui comme dans son unique trésor. Le Chérubin avec l’épée de feu, qui garde le Paradis, n’a pas de force contre l’amour. Ô pur amour de Dieu, comme tu es grand et incomparable ! Oh ! Si les âmes connaissaient ta force !

781. Aujourd’hui je me sens très faible, je ne peux même pas faire ma méditation à la chapelle et je dois me coucher. Ô mon Jésus, je vous aime et je désire vous adorer par ma faiblesse en me soumettant complètement à votre Sainte volonté !

782. Je dois beaucoup veiller sur moi, aujourd’hui surtout, car une excessive sensibilité vis-à-vis de tout s’empare de moi. Des choses, qu’en bonne santé je n’aurais même pas remarquées, me choquent aujourd’hui. Ô mon Jésus, mon bouclier et ma force, accordez-moi la grâce de sortir victorieuse de ces combats ! Ô mon Jésus, changez-moi en Vous-même par la force de votre amour, pour que je sois un instrument digne de proclamer Votre miséricorde !

783. Je remercie Dieu pour cette maladie et pour cette faiblesse physique, car j’ai du temps pour causer avec le Seigneur Jésus. Ma joie est de passer de longs moments aux pieds du Dieu caché. Et les heures passent comme des minutes. Je sens qu’un feu brûle en moi et je ne comprends d’autre vie que celle du sacrifice, qui provient directement du pur amour.

784. 29.XI.1936. Notre Dame m’a enseigné comment me préparer à la fête de Noël. Je l’ai vue aujourd’hui sans l’Enfant-Jésus. Elle me dit : « Ma fille, applique-toi à être douce et humble pour que Jésus qui habite constamment dans ton cœur, puisse S’y reposer ! Adore-Le dans ton cœur, n’en sors pas ! J’obtiendrai pour toi, ma fille la grâce d’une vie intérieure, telle que tout en restant à l’intérieur de toi-même, tu puisses accomplir à l’extérieur tous tes devoirs avec une précision encore plus grande. Sois continuellement avec Lui, dans ton propre cœur ! Il sera ta force. Avec toutes les créatures aie seulement les contacts que réclament le devoir et la nécessité !
Tu es un logis agréable au Dieu vivant, dans lequel Il séjourne constamment avec amour et plaisir. Et la vivante présence Divine que tu ressens de façon réelle et distincte te confirmera, Ma fille, dans ce que Je t’ai dit. Tâche d’agir ainsi jusqu’au jour de Noël et ensuite Lui-même te fera connaître de quelle manière tu dois agir et t’unir à Lui ! »

785. 30. XI. 1936. Aujourd’hui pendant les vêpres, une douleur me pénétra l’âme. Je vois qu’à tous points de vue cette œuvre dépasse mes forces. Je suis comme un petit enfant devant l’immensité de cette tâche, et c’est seulement sur un ordre divin formel que je procède à son accomplissement. Et d’autre part, même ces grandes grâces me sont un fardeau, que j’ai peine à porter. Je vois l’incrédulité de la part de mes Supérieures et la méfiance et les doutes de toutes sortes avec lesquelles elles me traitent pour cette raison. Mon Jésus, je vois que même de si grandes grâces peuvent être une souffrance et cependant c’est ainsi !

Non seulement, elles peuvent être une cause de souffrance, mais elles doivent l’être comme signe de l’action Divine. Je comprends bien que si Dieu ne fortifiait pas mon âme dans ces différentes épreuves, elle n’en viendrait pas à bout d’elle-même. Donc Dieu Lui-même est son bouclier. Quand par la suite, je méditais durant les vêpres sur cette sorte de mélange de souffrances et de grâces, j’entendis la voix de la Très Sainte Vierge : « Sache, ma fille, que quoique j’ai été élevée à la dignité de Mère de Dieu, sept glaives de douleur ont transpercé mon cœur ! Ne fais rien pour te défendre ! Supporte tout avec humilité ! Dieu Seul te défendra. »

1. XII. 1936. Retraite d’un jour.

Aujourd’hui pendant les méditations matinales le Seigneur me fit connaître et comprendre nettement l’irrévocabilité de Ses désirs. Et je vois clairement que personne ne peut me dispenser de ce devoir d’accomplir la volonté Divine que j’ai appris à connaître. Un manque évident de santé et de forces physiques n’est pas une raison suffisante et ne me libère pas de cette œuvre que Dieu lui-même réalise. Je dois être seulement un instrument dans Sa main. Eh bien ! Alors Seigneur me voici pour accomplir Votre volonté. Ordonnez-moi selon Vos éternelles intentions et prédilections ! Donnez-moi seulement la grâce pour que je sois toujours fidèle !

787. Alors que je causais avec Dieu caché, Il m’a fait connaître et comprendre que je ne dois pas trop réfléchir, ni avoir peur des difficultés qui peuvent se trouver sur mon chemin. « Sache, que Je suis avec toi ! Je provoque les difficultés et Je les renverse. Et les dispositions malveillantes peuvent en un instant tourner en faveur de cette cause. » Le Seigneur m’éclaire en beaucoup de choses durant la conversation d’aujourd’hui, mais je n’écris pas tout.

788. Céder toujours le pas aux autres en toutes circonstances, surtout durant la récréation. Ecouter tranquillement sans interrompre, même si l’on vous raconte dix fois la même chose. Je ne poserai jamais de questions sur une chose qui m’intéresse beaucoup.

789. Résolution, toujours la même : m’unir au Christ miséricordieux.
Résolution générale : calme intérieur, silence.

790. Cachez-moi, Jésus, dans les profondeurs de Votre miséricorde et alors le prochain peut me juger comme il lui plaît !

791. Ne jamais parler de mes propres épreuves. Dans la souffrance, chercher le soulagement. Dans la prière, dans les doutes, même les plus petits, chercher conseil seulement auprès de mon confesseur. Avoir le cœur toujours accueillant pour accepter les souffrances d’autrui et noyer mes propres souffrances dans le Cœur Divin pour qu’à l’extérieur, autant que possible, on ne s’en aperçoive pas.
Toujours travailler à maintenir l’équilibre, même si les circonstances sont contraires. Ne pas permettre que soient troublés le calme et le silence intérieur. Rien ne peut être comparé à la paix de l’âme. Si l’on me reproche quelque chose injustement, ne pas m’excuser.
Si la Supérieure veut savoir la vérité, si j’ai raison ou non, qu’elle le sache plutôt par d’autres que par moi. Ma part est de tout accepter en toute humilité.

792. Je passe un moment avec la Très Sainte Vierge. J’attends avec grand désir la venue du Seigneur. Mes désirs sont Grands. Je souhaite que tous les peuples connaissent le Seigneur. Je voudrais préparer toutes les nations à la venue du Verbe Incarné. Ô Jésus, faites que la source de Votre miséricorde jaillisse avec plus d’abondance, car l’humanité est très malade et plus que jamais elle a besoin de Votre Pitié. Vous êtes une mer sans fond de miséricorde envers nous, les pécheurs. Et plus notre misère est grande, plus nous avons droit à Votre miséricorde. Vous êtes la source du bonheur pour toutes les créatures par Votre infinie miséricorde.

793. Aujourd’hui, je pars faire une cure à Pradnik, situé un peu en dehors de Cracovie. Je dois y rester trois mois. La grande sollicitude des Supérieures en a décidé ainsi, et surtout notre chère Mère Générale qui se soucie tant des Sœurs malades.

794. J’ai accepté la faveur de cette cure, car j’accepte complètement la volonté Divine. Que Dieu fasse de moi ce qui Lui plaît ! Je ne désire rien d’autre qu’accomplir Sa sainte volonté. Avec la Vierge Marie, je quitte Nazareth pour aller à Bethléem. Là, je passerai la fête de Noël, parmi des étrangers, mais avec Jésus, Marie et Joseph, car telle est la volonté de Dieu. Je tâche d’accomplir en tout la volonté de Dieu. Je ne désire pas plus le retour à la santé que la mort. Comme un petit enfant, je me confie entièrement à Son infinie miséricorde, et je vis dans la plus grande paix. Je m’efforce seulement de rendre mon amour pour Lui, de plus en plus profond et pur, afin qu’il soit un délice pour Son divin regard.

795. Le Seigneur m’a dit de réciter ce chapelet pendant neuf jours, avant la fête de la Miséricorde. La neuvaine doit commencer le Vendredi Saint. Pendant ce temps j’obtiendrai aux âmes beaucoup de grâces.

796. A la pensée que j’allais rester si longtemps seule, en dehors de la Communauté, la peur s’empara de moi. Jésus me dit : « Tu ne seras pas seule, car je suis avec toi toujours et partout. Auprès de Mon Cœur n’aie peur de rien ! C’est Moi, qui ai provoqué ton départ. Sache que Mon regard suit avec grande attention tous les mouvements de ton cœur ! Je te sépare des autres pour pouvoir Moi-même former ton cœur en vue de Mes projets. De quoi as-tu peur ? Si tu es avec Moi, qui oserait te toucher ? Cependant, je Me réjouis beaucoup que tu Me confies tes inquiétudes. Ma fille, parle-Moi de tout simplement, tu Me fais un grand plaisir. Je te comprends, car Je suis Homme-Dieu. Cette simple conversation de ton cœur M’est plus agréable que des hymnes composés en Mon honneur. Sache, Ma fille que plus tes paroles sont simples, plus tu m’attires vers toi ! Et maintenant sois en paix ! Et maintenant sois en paix près de Mon Cœur ! Mets de côté ta plume, et prépare-toi au départ ! »

797. Je suis partie ce matin pour Pradnik. Sœur Chryzostome m’a conduite. J’ai une chambre séparée, je ressemble à une Carmélite. Quand Sœur Chrysostome est partie et que je suis restée seule, je me suis plongée en prière, me mettant sous la protection spéciale de la Très Sainte Vierge. Elle seule est toujours avec moi. Comme une bonne Mère, elle surveille mes épreuves et mes efforts.

798. Soudain je vis le Seigneur Jésus, qui me dit : « Sois tranquille, Mon enfant, tu vois que tu n’es pas seule ! Mon Cœur veille sur toi. » Jésus me remplit de force à l’égard d’une certaine personne, je le sens bien dans mon âme.

799. Principe moral.

Quand on ne sait pas ce qu’il y a de meilleur, il faut réfléchir, considérer et prendre conseil, car on n’a pas le droit d’agir dans l’incertitude de la conscience. Dans l’incertitude de la conscience. Dans l’incertitude, il faut se dire : quoi que je fasse, ce sera bien pourvu que j’aie l’intention de bien faire. Ce que nous considérons comme bon, Dieu l’accepte et le considère comme bon. Ne pas se chagriner, si après un certain temps l’on voit que ces choses ne sont pas bonnes. Dieu regarde l’intention avec laquelle nous commençons et Il accordera la récompense selon cette intention. C’est un principe que nous devons suivre.

800. Encore aujourd’hui, je suis allée faire une courte visite au Seigneur avant de me coucher. Mon esprit s’est abîmé en Lui, mon seul Trésor. Mon cœur a reposé un instant près du Cœur de mon époux. J’ai reçu la lumière sur la manière de me comporter à l’égard de mon entourage et je suis revenue dans ma solitude. Le médecin s’est occupé de moi et je me sens entourée de cœurs bienveillants.

801. 10. XII. Aujourd’hui, je me suis levée plus tôt et j’ai fait ma méditation avant la Messe. La Sainte Messe est célébrée à six heures. Après la Sainte Communion, mon âme fut noyée dans le Seigneur, unique objet de mon amour. Je me sentis absorbée par Sa Toute-Puissance. Quand je suis revenue dans ma solitude, je me sentis mal et je dus me coucher. La Sœur m’a apporté des gouttes, mais toute la journée je me suis sentie mal. Le soir, j’ai tenté de faire les méditations de l’Heure Sainte. Cependant, je n’y suis pas arrivée, je m’unissais seulement au Christ souffrant.

802. Ma chambre est voisine de la chambre des hommes. Je ne savais pas que les hommes étaient de tels bavards. Dès le matin, jusque tard dans la nuit, conversation sur différents sujets. C’est beaucoup plus tranquille dans la salle des femmes. On fait toujours aux femmes ce reproche d’être bavardes, cependant j’eus l’occasion de me convaincre du contraire. Il m’est difficile de me concentrer sur ma prière à cause des rires et de ces plaisanteries. Ils ne me gênent pas quand la grâce de Dieu me prend totalement, car alors je ne sais pas ce qui se passe autour de moi.

803. Mon Jésus, comme ces gens parlent peu de Vous. Ils parlent de tout, mais pas de Vous, Jésus. Et s’ils en parlent peu c’est que probablement, ils n’y pensent pas du tout. Le monde entier les intéresse, mais sur Vous, le Créateur : silence. Que c’est triste Jésus, de voir cette indifférence et cette ingratitude des êtres créés ! Ô mon Jésus, je désire vous aimer à leur place et Vous dédommager par mon amour !

804. L’immaculée Conception de la Mère de Dieu.

Dès le matin, j’ai ressenti la proximité de la Très Sainte Vierge pendant la Sainte Messe. Je La vis si belle que les mots me manquent pour décrire cette beauté, même en partie. Elle était toute blanche, ceinte d’une écharpe bleue, le manteau bleu aussi, une couronne sur la tête. De toute sa personne rayonnait une lumière inconcevable. « Je suis la Reine du ciel et de la terre, mais surtout votre mère. » Elle me serra contre Son Cœur et dit : « J’ai compassion de toi. » Je sentis la force de Son Cœur immaculé se communiquer à mon âme. Maintenant, je comprends pourquoi depuis deux mois je me préparais et j’attendais cette fête avec impatience. Depuis aujourd’hui, je tâche d’avoir l’âme aussi pure que possible pour que les rayons de la grâce Divine s’y reflètent dans toute leur lumière. Je désire être un cristal pour Lui plaire.

805. Ce jour-là, je vis un certain prêtre éclatant de sa lumière à Elle. Sûrement cette âme aime l’Immaculée.

806. Une étrange langueur s’empara de mon âme, je m’étonne qu’elle ne sépare pas l’âme du corps. Je désire Dieu, je désire me noyer en Lui. Je comprends que je suis dans un terrible exil. De toute sa force, mon âme s’élance vers Dieu. Ô habitants de ma patrie, souvenez-vous de l’exilée ! Quand les voiles tomberont-ils pour moi aussi ? Quoique je voie et que je sente approximativement quand, cependant un voile très fin me sépare encore du Seigneur. Je désire Le regarder face à face, mais que tout se fasse selon Votre volonté !

807. 11. XII.1936. Aujourd’hui, je ne pus assister à la Sainte Messe toute entière. J’assistai seulement aux parties les plus importantes et, après avoir reçu la Sainte Communion, je me retirai tout de suite dans ma solitude. Soudain, je fus envahie par la présence Divine. Et à ce moment, je sentis la Passion du Seigneur pendant un très court moment. Alors je connus plus profondément l’œuvre de la miséricorde.

808. Dans la nuit, je fus soudainement éveillée et je compris qu’une âme avait grand besoin de prières. En peu de mots, mais de toute mon âme, je priai le Seigneur de lui accorder la grâce.

809. Le lendemain après-midi en entrant dans la salle, je vis une personne mourante et j’ai appris que l’agonie avait commencé pendant la nuit. J’ai constaté que c’était au moment où l’on me demandait des prières. Tout à coup, j’entendis dans mon âme une voix : « Dis ce chapelet que Je t’ai enseigné ! » Je courus chercher mon rosaire. Et je m’agenouillai près de l’agonisante et je commençai avec toute l’ardeur de mon âme à dire ce chapelet. Soudain, la moribonde ouvrit les yeux. Elle me regarda et je n’eus pas le temps d’achever le chapelet qu’elle était morte dans une étrange paix. Je priais ardemment le Seigneur de tenir la promesse qu’Il m’avait faite pour la récitation de ce chapelet. Le Seigneur me fit connaître que cette âme avait reçu la grâce que le Seigneur m’avait promise. Cette âme était la première qui ait obtenu la promesse du Seigneur. Je sentais la force de la miséricorde qui entourait cette âme.

810. En rentrant dans ma solitude, j’entendis ces mots : « Je défends chaque âme à l’heure de la mort comme Ma propre gloire. Que l’on récite ce chapelet soi-même, ou bien que d’autres le récitent pour l’agonisant, l’indulgence est la même. Quand on le récite auprès de l’agonisant, la colère divine s’apaise, la miséricorde insondable s’empare de son âme et les profondeurs de Ma miséricorde sont émues par la douloureuse Passion de Mon Fils. »
Oh ! Si l’on pouvait comprendre combien est grande la miséricorde du Seigneur et que nous en avons tous besoin, surtout à cette heure décisive !

811. Aujourd’hui, j’ai lutté contre les esprits des ténèbres à propos d’une âme. Comme Satan hait terriblement la miséricorde divine, je vois qu’il s’oppose à toute cette œuvre.

812. Ô Jésus miséricordieux, étendu sur la croix, souvenez-vous de l’heure de notre mort ! Ô Cœur très miséricordieux de Jésus, ouvert par la lance, cachez-moi à l’heure dernière de ma mort ! Ô Sang et Eau qui avez jailli du Cœur de Jésus, soyez pour moi des sources de miséricorde insondable à l’heure de ma mort ! Jésus mourant, otage de miséricorde, apaisez la colère de Dieu à l’heure de ma mort !

12. XII. 1936. Aujourd’hui, j’ai seulement reçu la Sainte Communion et j’assisterai quelques instants à la Sainte Messe. Toute ma force est en Vous, Pain vivant ! Il me serait difficile de vivre un jour, si je n’allais pas communier. Vous êtes mon bouclier. Sans Vous, Jésus je ne saurais vivre !

814. Jésus, mon Amour, m’a fait comprendre aujourd’hui qu’il m’aime beaucoup, quoiqu’il y ait un si grand abîme entre nous : le Créateur et la créature. Et cependant, il y a une sorte d’égalité : l’amour qui comble cet abîme, Lui-même se penche vers moi et me rend capable d’être en union avec Lui. Je suis noyée en Lui, comme si je me perdais complètement. Et cependant, sous Son regard miséricordieux mon âme prend de la vigueur et de la force. Elle prend conscience qu’elle aime et est particulièrement aimée. Elle sait que le Tout-Puissant la défend. Une telle prière, quoique courte apporte cependant beaucoup à l’âme. Et des heures entières de prière ordinaire ne lui donnent pas autant de lumière qu’un court moment de prière intense.

815. L’après-midi, j’étais pour la première fois dans la véranda. Et aujourd’hui Sœur Félicie vint me voir, m’apporta quelques menus objets de première nécessité, quelques belles pommes et les amitiés de la chère Mère Supérieure et des chères Sœurs.

816. 13. XII. 1936. Confession devant Jésus

Quand j’ai constaté que voilà trois semaines que je ne me suis pas confessée, je me suis mise à pleurer en voyant les péchés et certaines difficultés de mon âme. Je ne me suis pas confessée car les circonstances m’en empêchèrent. Quand il y avait la confession, j’étais alitée justement ce jour-là. La semaine suivante, la confession était fixée pour l’après-midi et j’étais partie pour l’hôpital le matin. Aujourd’hui, dans l’après-midi, le Père Andrasz est entré dans ma chambre et s’assit pour que je me confesse. Auparavant, nous n’avons pas échangé un seul mot. Ce qui me réjouit extrêmement car je désirais beaucoup me confesser. Comme toujours, j’ai découvert mon âme et le Père me donna une réponse à chaque menu détail.
Je me sentais très heureuse.

 

817. 16. XII. 36. J’offre ce jour pour la Russie. J’offre pour ce pauvre pays toutes mes souffrances et mes prières. Après la Sainte Communion, Jésus me dit : « Je ne peux plus tolérer ce pays. Ne me lie pas les mains, ma fille ! »
Je compris que, si ce n’étaient les prières des âmes agréables à Dieu, toute cette nation serait déjà anéantie. Oh ! Comme je souffre pour ce pays qui a chassé Dieu de ses frontières !

818. Ô Source inaltérable de miséricorde divine qui coulez sur nous, il n’y a pas de frontière pour Votre bonté ! Fixez, ô Seigneur, la force de Votre Miséricorde à la mesure du gouffre de ma misère, car Votre pitié n’a pas de limites ! Votre miséricorde qui étonne les esprits humains et angéliques est étrange et inaccessible.

819. Mon Ange Gardien me recommanda de prier pour une âme et le matin, j’appris que c’était un homme, qui justement était entré en agonie. Jésus me fait connaître d’une façon étrange quand quelqu’un a besoin de ma prière. Je reconnais en particulier quand c’est une âme qui entre en agonie. Maintenant, cela m’arrive plus souvent qu’autrefois.

820. Jésus me fit connaître qu’une âme, qui vit pour la volonté Divine, Lui est très agréable et Lui rend ainsi une très grande gloire.

821. Aujourd’hui je compris que, même si je ne parvenais pas à accomplir ce que Dieu exigeait, je sais que je serai récompensée comme si j’avais tout accompli. Car Il voit l’intention avec laquelle je commence. Et même s’Il me reprenait aujourd’hui, Son œuvre ne pourrait en souffrir, car Lui seul est le Souverain Maître de l’œuvre et de celui qui agit. Il dépend de moi de L’aimer à la folie. Toutes les épreuves ne sont un rien devant Lui. L’amour a une grande force, une signification et un mérite. Il a ouvert dans mon âme de grands horizons. L’amour comble les abîmes.

822. 17. XII. 1936. J’ai offert ce jour pour les prêtres, j’ai souffert plus que jamais intérieurement et extérieurement. Je ne savais pas qu’on pouvait tant souffrir en un jour. Je tâchais de faire l’Heure Sainte, pendant laquelle mon esprit goûta l’amertume du Jardin des Oliviers. Je lutte toute seule, soutenue par Son bras contre toutes les difficultés qui se dressent comme des murs infranchissables devant moi. Cependant j’ai confiance dans la force de Son Nom et je n’ai peur de rien.

823. Dans cet isolement Jésus est mon Maître. C’est Lui qui m’élève et m’enseigne. Je sens que je suis l’objet de Son action particulière. Pour Ses intentions incompréhensibles et Ses verdicts insondables, Il m’unit à Lui d’une façon spéciale et me permet de pénétrer dans ses mystères inconcevables. Il y a un Mystère, qui m’unit au Seigneur, que personne ne peut savoir, même pas les anges. Même si je voulais le formuler, je ne saurais comment le dire. Cependant, je vis de cela et je vais le vivre dans les siècles. Ce mystère me distingue des autres âmes ici, sur terre, et dans l’Eternité.

824. Ô jour magnifique où se réaliseront tous mes souhaits ! Ô jour vivement désiré, qui sera le dernier de ma vie ! Je me réjouis du trait que le divin Artiste posera sur mon âme, qui lui donnera une beauté particulière et qui me distinguera de la beauté des autres âmes. Ô grand jour, dans lequel se fixera l’amour divin en moi. En ce jour, pour la première fois, je chanterai devant le ciel et la terre le chant de l’insondable miséricorde divine. C’est mon œuvre et la mission que Dieu m’a destinée depuis la fondation de la terre. Pour que le chant de mon âme soit agréable à la Sainte Trinité, dirigez et formez mon âme Vous-même, ô Esprit Divin ! Je m’arme de patience et j’attends Votre venue, Jésus miséricordieux, dans les terribles douleurs et les affres de l’agonie ! A ce moment, plus que jamais j’ai confiance dans le gouffre de Votre miséricorde et je vous rappelle, Christ miséricordieux, doux Sauveur, toutes les promesses que Vous m’avez faites.

825. Ce matin, j’ai eu une mésaventure : ma montre s’était arrêtée et je ne savais pas quand me lever. C’eût été dommage d’omettre la Sainte Communion. Il faisait nuit et je ne pouvais pas savoir quand il faudrait me lever. Je m’habillai, je fis la méditation et je suis allée à la chapelle, mais tout était fermé et le silence régnait partout. Je me mis à prier surtout pour les malades. Maintenant, je sais combien les malades ont besoin de prières. Enfin la chapelle fut ouverte, la prière me venait avec peine, car je me sentais exténuée. Et après la Sainte Communion, je revins tout de suite dans ma solitude. Alors je vis le Seigneur qui me dit : « Sache, Ma fille, que l’ardeur de ton cœur M’est agréable. Comme tu désires ardemment t’unir avec Moi dans la Sainte Communion, Moi aussi Je désire Me donner complètement à toi. Et comme récompense pour ton ardeur, repose-toi près de Mon Cœur ! » A cet instant, mon âme se noya dans Son Etre, comme une goutte d’eau dans un océan sans fond. Je me noie en Lui comme dans mon unique trésor. J’ai reconnu ainsi que le Seigneur permet certaines difficultés pour Sa plus grande gloire.

826. 18. XII. 1936. Aujourd’hui, j’ai ressenti quelque peine, car il y a une semaine que personne n’est venu me voir. Comme je m’en plaignais au Seigneur, Il me répondit : « Est-ce que cela ne te suffit pas que Je te visite chaque jour ? » J’ai demandé pardon au Seigneur et ma peine a disparu. Ô mon Dieu, ma force, Vous me suffisez !

827. Le soir, j’ai perçu qu’une âme avait besoin de ma prière. Je fis une ardente prière, mais je sentais que c’était trop peu, donc je suis restée plus longtemps en prière. Le lendemain, j’appris qu’à ce moment-là justement, commença l’agonie d’une personne qui dura jusqu'au matin.
Je reconnus par quelles dures luttes elle était passée ! D’une façon étrange, le Seigneur Jésus me fait connaître qu’une âme agonisante a besoin de ma prière. Je sens cet esprit qui me demande la prière vivement et distinctement. Je ne savais pas qu’il y avait une telle union entre les âmes. Et souvent aussi mon Ange Gardien me parle.

828. Le petit Enfant-Jésus pendant la Sainte Messe fait la joie de mon âme. Souvent, la distance n’existe pas, je vois un prêtre qui Le fait venir. J’attends Noël avec grande impatience, je partage cette attente avec la Très Sainte Vierge.

829. Ô Lumière éternelle, qui venez sur cette terre, illuminez mon esprit et fortifiez ma volonté pour que je ne succombe pas dans les moments de dure épreuve ! Que la lumière disperse toutes les ombres du doute ! Que Votre Toute-Puissance agisse par moi ! J’ai confiance en Vous, ô Lumière qui n’avez pas été créée ! Ô Enfant-Jésus, Vous m’êtes un modèle, pour accomplir la volonté de Votre Père ! Vous qui avez dit : « Je viens pour accomplir fidèlement Votre Volonté, » faites que moi aussi je sache accomplir la volonté divine en toutes choses. Ô Divin Enfant, donnez-moi cette grâce !

830. Ô mon Jésus, mon âme languissait vers les jours d’épreuves ! Dans le trouble de mon âme, ne me laissez pas seule mais tenez-moi fortement près de vous ! Postez une sentinelle auprès de ma bouche ! Que le parfum de mes souffrances soit connu de Vous seul et qu’il Vous soit agréable !

831. Ô Jésus miséricordieux avec quel désir Vous Vous hâtiez vers le Cénacle pour consacrer l’hostie que je vais recevoir dans ma vie ! Vous désirez, Jésus, demeurer dans mon cœur et que Votre Sang vivant s’unisse au mien ! Qui comprendra cette étroite union ? Mon cœur renferme le Tout-Puissant, l’Infini. Ô Jésus, donnez-moi Votre vie divine ! Que Votre Sang pur et noble palpite de toute sa force dans mon cœur ! Je Vous donne tout mon être. Changez-moi en Vous-même et rendez-moi capable d’accomplir en tout Votre sainte volonté et de Vous aimer ! Ô mon doux époux, Vous savez que mon cœur ne connaît personne d’autre que Vous ! Vous avez ouvert dans mon cœur une profondeur inassouvie d’amour envers Vous. Dès le premier moment où je Vous ai connu, mon cœur Vous a aimé et s’est noyé en Vous comme dans son objet. Que Votre amour pur et tout-puissant me pousse aux actes. Qui concevra et comprendra cette profondeur de miséricorde qui a jailli de Votre Cœur ?

832. J’ai éprouvé combien il y a de jalousie, même dans la vie spirituelle. Je reconnais qu’il y a peu d’âmes vraiment assez grandes, pour piétiner tout ce qui n’est pas Dieu. Ô âme, en dehors de Dieu, tu ne trouveras pas de beauté ! Oh ! Combien est fragile la base chez les âmes pour qu’elles se haussent en écrasant les autres ! Quelle perte !


833. 19. XII. 1936. Ce soir, je sentis dans mon âme qu’une personne avait besoin de ma prière. J’ai tout de suite commencé à prier. Soudain, je reconnus intérieurement et je sentis l’esprit qui me le demandait. Je priai jusqu’au moment ou je me tranquillisai. Ce chapelet est une aide puissante pour les mourants. Souvent, je prie pour une intention intérieurement précisée. Je prie toujours jusqu’au moment où je sens dans mon âme que ma prière a été efficace.

834. Surtout ici, depuis que je suis dans cet hôpital, j’éprouve un lien avec les agonisants qui, en entrant en agonie, me demandent de prier. Dieu me donne une étrange correspondance avec les mourants. Quand cela arrive, le plus souvent, j’ai même la possibilité de vérifier l’heure.

Aujourd’hui, à onze heures du soir, je fus soudain éveillée et je sentis distinctement qu’il y avait auprès de moi, un esprit qui demandait ma prière ; une force me contraint tout simplement à la prière. Ma vision est purement spirituelle, par une soudaine lumière qu’en cet instant Dieu m’accorde. Je prie jusqu’au moment où je sens la paix en mon âme. La durée n’est pas toujours la même. Il arrive parfois qu’avec un seul Ave Maria je sois tranquillisée, et alors je dis le « De profondis ». Parfois, il arrive que je dise le chapelet tout entier, et seulement alors j’éprouve un apaisement.

Et ici aussi, j’ai constaté que, si je suis forcée à la prière pendant un temps plus long, c'est-à-dire si j’éprouve une inquiétude intérieure, c’est que l’âme soutient une plus grande lutte et a une plus lourde agonie. C’est ainsi que j’ai vérifié l’heure : j’ai une montre et je regarde l’heure. Le lendemain, quand on me parle de la mort de telle personne, je demande l’heure, qui s’accorde toujours en ce qui concerne l’agonie. On me dit : « telle personne a lutté très fort », d’autres fois on me dit : « Aujourd’hui telle personne est morte. Mais elle s’est endormie vite et tranquillement. » Il arrive que la personne mourante soit dans la seconde ou la troisième baraque, mais pour l’esprit la distance n’existe pas. Il arrive que j’aie cette même connaissance à quelques centaines de kilomètres. C’est arrivé plusieurs fois, à l’égard de ma famille et de personnes apparentées, mais aussi à l’égard de mes Sœurs en religion et même pour des âmes que je n’ai pas connues durant ma vie.

Ô Dieu, plein d’insondable miséricorde, qui me permettez par une prière indigne de porter apaisement et aide aux mourants, soyez béni autant de fois qu’il y a de milliers d’étoiles dans le ciel et de gouttes d’eau dans l’océan ! Que Votre miséricorde s’étende à tout le globe terrestre. Que le culte de cette miséricorde monte jusqu’au pied de Votre trône, louant le plus grand de Vos attributs, c’est-à-dire Votre inconcevable miséricorde ! Ô Dieu, cette miséricorde insondable introduit les âmes saintes et tous les esprits célestes dans un nouveau ravissement. Tous les purs esprits se plongent dans un profond étonnement, adorant cette inconcevable miséricorde Divine qui les introduit dans un nouveau ravissement. Leur adoration est parfaite. Ô Dieu Eternel, comme je désire ardemment adorer Votre plus grand attribut, c’est-à-dire Votre infinie miséricorde ! Je vois toute ma petitesse. Et je ne peux pas m’égaler avec les habitants du Ciel qui dans une sainte admiration glorifient la miséricorde du Seigneur. Mais moi aussi, j’ai trouvé une manière d’adorer cette inconcevable et parfaite miséricorde Divine.

835. Ô très doux Jésus, Vous avez daigné m’admettre, moi misérable, à la connaissance de cette insondable miséricorde ! Ô très doux Jésus, qui avez gracieusement exigé de moi que je parle de Votre inconcevable miséricorde au monde entier, voici qu’aujourd’hui, je prends en mains ces deux rayons, qui ont jailli de Votre Cœur miséricordieux : le Sang et l’Eau, et je les répands sur tout le globe terrestre, pour que toute âme éprouve Votre miséricorde, et l’ayant éprouvée, Vous adore pendant l’éternité. Ô Très Saint Jésus, qui avez daigné dans Votre inconcevable bienveillance unir mon cœur misérable à Votre Cœur très miséricordieux, c’est par Votre propre Cœur que j’adore Dieu, notre Père, d’une façon telle qu’aucune âme ne l’a encore adoré.

836. 21. XII. 1936. La radio joue tout l’après-midi, donc je ressens le manque de silence. Jusqu’à midi, de continuelles conversations et du bruit. Mon Dieu, je me réjouissais d’être en silence, de parler seulement avec le Seigneur et ici c’est tout le contraire. Mais maintenant rien ne me trouble, ni les conversations, ni la radio. En un mot, rien. La grâce de Dieu a fait que, quand je prie, je ne sais même pas où je suis. Je sais seulement que mon âme est unie au Seigneur et ainsi se passent mes journées à l’hôpital.

837. J’admire toutes les humiliations, et toutes les souffrances que ce prêtre accepte pour cette cause. Je le vois à certains moments, et je le soutiens par mon indigne prière. C’est seulement Dieu, qui peut donner un tel courage, car autrement l’âme se lasserait. Mais je vois avec joie que toutes ces contrariétés, contribuent à augmenter la gloire Divine. Le Seigneur n’a pas beaucoup d’âmes de cette trempe à Son service.

Ô éternité infinie, tu révèleras les efforts des âmes héroïques. Pour ces efforts, la terre ne paye que par l’ingratitude et la haine. Car de telles âmes n’ont pas d’amis, elles sont solitaires. Et dans cette solitude, elles deviennent plus fortes. Elles puisent leur force seulement en Dieu. Et avec humilité, mais aussi avec courage, elles s’opposent à tous les orages qui les frappent. Comme des chênes élevés, elles ne se laissent pas troubler. Et à cela il n’y a qu’un secret : elles puisent en Dieu cette force et tout ce dont elles ont besoin, pour elles et pour les autres. Elles portent leur fardeau, mais elles savent et sont capables de prendre sur elles les fardeaux des autres. Ce sont des colonnes de lumière sur les chemins divins, qui vivent dans la lumière et illuminent les autres. Elles vivent elles-mêmes sur les hauteurs et savent les indiquer aux autres et les aider à les atteindre.

838. Mon Jésus, Vous voyez, que non seulement je ne sais pas écrire, mais en plus, je n’ai même pas une bonne plume ! Et souvent j’écris si mal, et parfois c’est si difficile, que je dois écrire lettre après lettre pour former les phrases. Et encore ce n’est pas tout. Car j’ai cette difficulté que je note certaines choses en secret, devant les Sœurs. Et souvent à chaque instant, je dois fermer le cahier et écouter patiemment le récit de l’une d’elles. Et ainsi passe le temps qui était destiné à écrire. Et le cahier à force d’être fermé en hâte, devient gribouillé. J’écris avec la permission de la Supérieure et sur ordre de mon confesseur. C’est une chose étrange que j’écrive parfois passablement et parfois, vraiment, j’ai de la peine à me relire moi-même.

839. 23.XII. 1936. Je passe le temps avec la Divine Mère et me prépare pour le moment solennel de la venue du Seigneur Jésus. La Sainte Vierge m’apprend cette vie intérieure de l’âme avec Jésus, surtout dans la Sainte Communion. Quel grand mystère la Sainte Communion accomplit en nous ! Nous le saurons seulement dans l’éternité. Ô moments les plus précieux de la vie !

840. Ô mon Créateur, je languis après Vous ! Vous me comprenez, ô mon Seigneur ! Tout ce qui est sur terre me paraît un pâle reflet. Je Vous désire et Vous exige, quoique Vous fassiez incompréhensiblement beaucoup pour moi. Car Vous me visitez Vous-même, d’une façon particulière. Cependant, ces visites n’apaisent pas les blessures de mon cœur, mais m’excitent à une plus grande langueur pour Vous, Seigneur ! Oh ! Prenez-moi avec Vous, si telle est Votre volonté ! Vous savez que je meurs et je meurs de langueur pour Vous et je ne puis mourir. Mort, où es-tu ? Vous m’attirez dans l’abîme de Votre Divinité et Vous Vous couvrez de ténèbres. Tout mon être est plongé en Vous et cependant je désire Vous voir face. Quand cela arrivera-t-il pour moi ?

841. Aujourd’hui Sœur Chrysostome est venue me voir et m’a apporté des citrons, des pommes et un tout petit arbre de Noël, ce qui m’a fait le plus grand plaisir. Par Sœur Chrysostome, la Mère Supérieure a demandé au médecin qu’il me permette de retourner à la maison pour les fêtes, ce qu’il a volontiers permis. Je m’en suis réjouie et me suis mise à pleurer comme un petit enfant. Sœur Chrysostome s’est étonnée que j’ai si mauvaise mine et que je sois tellement changée. Et elle a dit : « Savez-vous Faustinette, vous allez sûrement mourir ! Vous devez, ma Sœur, être très souffrante ! » J’ai répondu qu’aujourd’hui je souffre plus que les autres jours, mais ce n’est rien. Pour sauver les âmes, ce n’est pas trop. Ô Jésus Miséricordieux, donnez-moi les âmes des pécheurs !

842. 24. XII. 1936. Aujourd’hui pendant la Sainte Messe, je me suis particulièrement unie à Dieu et à Sa Mère Immaculée. L’humilité et l’amour pour la Vierge Immaculée ont pénétré mon âme. Plus j’imite la Mère de Dieu, plus j’apprends à connaître Dieu profondément. Oh ! Quelle incompréhensible langueur s’empare de mon âme ! Jésus, comment pouvez-Vous encore me laisser dans cet exil ? Je meurs du désir de Vous. Chaque fois que Vous touchez mon âme, cela me blesse énormément. L’amour et la souffrance vont de pair. Cependant, je n’échangerais cette souffrance causée par Vous pour aucun trésor, car c’est la douleur d’indicibles délices et ces blessures me sont infligées par une Main aimante.

843. Sœur K. est arrivée cet après-midi, et m’a emmenée pour les fêtes à la maison, afin que je les passe avec la Communauté. En passant par la ville je m’imaginais que c’était Bethléem. Je regardais tous les gens qui se dépêchaient. Je pensais : qui médite aujourd’hui ce mystère inconcevable dans le calme et le silence ? Ô Vierge pure, Vous voyagez aujourd’hui et moi je suis en route ! Je sens que ce voyage d’aujourd’hui a sa signification. Ô Vierge rayonnante, pure comme le cristal, toute plongée en Dieu, je vous confie ma vie intérieure ! Arrangez tout pour que cela soit agréable à Votre doux fils ! Ô ma Mère, je désire si ardemment que Vous me donniez le Petit Jésus pendant la Messe de Minuit. Et je sentis dans la profondeur de mon âme, une si vive présence de Dieu que par la force de ma volonté je contins ma joie, pour ne pas laisser voir extérieurement ce qui se passait dans mon âme.

844. Avant le souper, je suis entrée à la chapelle pour partager spirituellement le pain azyme avec les personnes qui sont chères à mon cœur. Je les présentai toutes par leur nom au Seigneur Jésus en sollicitant Ses grâces pour chacune. Mais ce n’est pas tout. Je confiai aussi au Seigneur les persécutés, les souffrants et ceux qui ne connaissent pas Son Nom, surtout les pauvres pécheurs. Ô Petit Jésus, je Vous en prie ardemment, accueillez-les tous dans l’immensité de Votre infinie miséricorde ! Ô doux Petit Jésus, mon cœur est à Vous : qu’il Vous soit un petit logement agréable et utile ! Ô Majesté sans bornes, comme vous vous êtes approché de nous avec douceur ! Ici ce n’est pas la terreur des foudres du grand Yahvé. Ici il y a le doux Petit-Jésus. Ici aucune âme n’a peur, quoique Votre Majesté n’ait pas diminué, elle s’est seulement cachée. Après le souper, je me sentis très fatiguée et souffrante. J’ai dû me coucher, mais je veillais avec la Très Sainte Mère, attendant l’arrivée du Petit-Enfant.

845. 25. XII.1936. La Messe de Minuit. Pendant la Sainte Messe la présence de Dieu m’était perceptible. Un moment avant l’Elévation, je vis la Vierge, le Petit-Jésus et le bon Joseph. La Très Sainte Mère me dit ces paroles : « Ma fille, Faustine, prends mon trésor le plus cher ! » Et Elle me tendit son tout-petit Jésus. Quand je pris Jésus dans mes mains, mon âme éprouva une joie tellement indicible que je ne suis pas en état de la décrire. Mais, chose étrange, après un moment Jésus devint terrible, affreux à voir, grand et douloureux, et la vision disparut. Bientôt il fallut aller à la Sainte Communion. Quand je reçus le Seigneur Jésus dans la Sainte Communion, toute mon âme se mit à trembler sous l’influence de la présence de Dieu.

Le lendemain, j’ai vu le Divin Enfant un court moment durant l’Elévation.
Le second jour de fête, le Père Andrasz est venu chez nous dire la Sainte Messe, pendant laquelle j’ai aussi vu le Petit-Jésus.

846. L’après-midi, je suis allée me confesser. A certaines questions concernant cette œuvre, le Père ne m’a pas donné de réponse, il a dit : « Quand vous serez bien portante, alors nous pourrons parler concrètement. Maintenant tâchez de tirer une bonne santé. Quant au reste, vous savez comment vous diriger et à quoi vous en tenir dans ces choses. » Comme pénitence, il m’a dit de dire le chapelet que Jésus m’avait enseigné.

847. Soudain en disant ce chapelet, j’entendis une voix : « Oh ! Quelles grandes grâces j’accorderai aux âmes qui diront ce chapelet. Les profondeurs de Ma miséricorde sont émues, pour ceux qui disent ce chapelet. Inscris ces mots, Ma fille. Parle au monde de Ma miséricorde ! Que l’humanité entière apprenne à connaître Mon insondable miséricorde ! C’est un signe pour les derniers temps. Après viendra le jour de la Justice. Tant qu’il en est temps, que les hommes aient recours à la source de Ma miséricorde, qu’ils profitent du Sang et de l’Eau qui ont jailli pour eux ! » Ô âmes humaines, où chercherez-vous refuge au jour de la colère de Dieu ? Fuyez maintenant vers les sources de la miséricorde Divine ! Oh quel grand nombre d’âmes je vois ! Elles ont adoré la Miséricorde Divine et elles vont chanter l’hymne de gloire dans l’éternité.

848. 27.XII. Aujourd’hui, me voici revenue dans mon lieu de solitude. J’ai fait un voyage agréable en compagnie d’une certaine personne, qui portait un enfant au baptême. Nous l’avons accompagnée jusqu'à la porte de l’église de Podgorze. Pour pouvoir sortir de la voiture, elle a mis l’enfant dans mes bras. Quand je pris l’enfant, je l’offris à Dieu pour qu’un jour il Lui procure une gloire spéciale. Je sentis dans mon âme que le Seigneur regarda tout spécialement cette petite âme. A notre arrivée à Pradnik, Sœur N. m’aida à porter mon paquet quand nous sommes entrées dans ma chambre particulière, nous vîmes un très joli ange, fait en papier avec l’inscription : Gloria in … J’ai l’impression que c’est de la part de cette Sœur malade à qui j’avais envoyé l’arbre de Noël. Voilà que les fêtes sont finies !

849. Rien ne peut calmer ma langueur. Je languis après Vous, mon Créateur et Dieu éternel. Ni les solennités, ni les beaux chants ne calment mon âme, mais ils l’excitent à un désir encore plus grand. A la seule mention de Votre Nom, mon esprit s’élance vers Vous, Seigneur !

850. 28. XII. 1936. Aujourd’hui, j’ai commencé la neuvaine à la Miséricorde Divine. C’est-à-dire que je me transporte en esprit devant ce tableau, je récite le chapelet que le Seigneur m’a enseigné. Le second jour de la neuvaine, je vis ce tableau comme vivant, avec d’innombrables ex-voto accrochés autour de lui et je voyais de grandes multitudes de gens venir ici. Beaucoup de gens rayonnaient de bonheur. Ô Jésus, de quelle joie a battu mon cœur ! Je faisais la neuvaine à l’intention de deux personnes, notre archevêque et l’abbé Sopoko. Je prie ardemment Dieu d’inspirer notre archevêque, afin qu’il daigne approuver ce petit chapelet si agréable à Dieu, et ce tableau, et qu’il ne retarde pas cette œuvre.

851. Aujourd’hui, tout d’un coup le regard du Seigneur m’a transpercé comme un éclair. Alors j’ai vu les petits grains de poussière dans mon âme. Voyant ma nullité toute entière, je tombai à genoux et je demandai pardon au Seigneur. Et avec une grande confiance, je me plongeai dans Son infinie miséricorde. Une telle connaissance ne me déprime pas, ni ne m’éloigne du Seigneur, mais elle éveille plutôt dans mon âme, un plus grand amour et une confiance sans bornes. Le repentir de mon coeur est uni à l’amour. Ces singulières lumières divines forment mon âme. Ô doux rayons Divins, éclairez-moi jusque dans les plus secrètes profondeurs, car je désire parvenir à une plus grande pureté de coeur et d’âme !

852. Le soir, une grande langueur s’est emparée de mon âme. Je pris la brochure avec l’image de Jésus miséricordieux. Je la serrais sur mon cœur et de mon âme jaillirent ces paroles : « Jésus, Amour éternel, pour Vous je vis, pour Vous je meurs ! C’est à Vous que je désire m’unir. » Soudain, je vis le Seigneur d’une beauté indicible, qui me regarda gracieusement et dit : « Ma fille, Moi aussi par amour pour toi je suis descendu du Ciel ! Pour toi j’ai vécu, pour toi Je suis mort et pour toi j’ai créé les cieux. » Il m’a serrée contre Son Cœur et m’a dit : « Bientôt déjà, sois tranquille, Ma fille ! » Quand je suis restée seule, mon âme fut enflammée du désir de la souffrance jusqu’au moment où le Seigneur dira : « Assez ». Et même si je devais vivre des milliers d’années, je vois à l’aide de la lumière Divine que c’est seulement un moment. L’âme… (Pensée inachevée.)

853. 29. XI.1936. Aujourd’hui, après la Sainte Communion, j’entendis dans mon âme une voix : « Ma fille, veille, car Je viendrai sans qu’on Me remarque. » Jésus, vous ne voulez pas me dire l’heure que j’attends avec tant de langueur ? – « Ma fille tu l’apprendras pour ton bien, mais pas maintenant. Veille ! » Ô Jésus, faites de moi ce qu’il Vous plaira ! Je sais que Vous êtes le Sauveur miséricordieux et je sais que Vous ne changerai pas pour moi l’heure de ma mort. Si dès maintenant, Vous me témoignez un amour si particulier et Vous daignez si gracieusement et confidentiellement Vous unir à moi, je m’attends à beaucoup plus à l’heure de ma mort. Vous, le Seigneur, mon Dieu, Vous ne pouvez changer ! Vous êtes toujours le même. Les cieux peuvent changer, ainsi que tout ce qui a été créé, mais Vous, Seigneur, Vous êtes toujours le Même. Vous êtes dans les siècles. Donc venez, comme Vous voulez et quand Vous voulez ! Père infiniment miséricordieux, moi, Votre enfant, j’attends avec nostalgie Votre venue.

Ô Jésus, Vous avez dit dans le Saint Evangile: Vous serez jugés sur vos paroles. Jésus, je parle toujours de Votre indicible miséricorde, donc j’ai confiance que Vous allez me juger selon Votre insondable miséricorde.

854. 30.XII. 1936. l’année finit. Je prends la journée d’aujourd’hui pour ma retraite mensuelle. Mon esprit a approfondi les bienfaits que Vous avez répandus sur moi durant toute l’année. Mon âme a tremblé à la vue de l’immensité des grâces du Seigneur. De mon âme a jailli vers Dieu un hymne d’action de grâces. Toute une heure durant, je me suis plongée dans l’adoration et dans l’action de grâces, méditant un à un, les bienfaits de Dieu et aussi mes petits manquements. Tout ce que cette année renfermait s’est engouffré dans l’éternité. Rien ne se perd. Je me réjouis que rien ne se perde.

855. 30. XII. 1936. Retraite d’un jour.

Pendant la méditation du matin, j’ai ressenti une aversion et une répugnance pour tout ce qui est créé. Tout me paraît si pâle, mon esprit est détaché de tout. Je ne désire que Dieu seul, et cependant je dois vivre. C’est un martyre que je ne peux décrire. Dieu se donne à l’âme avec amour et l’entraîne dans les inconcevables profondeurs de la Divinité. Mais en même temps, Il la laisse sur cette terre dans le seul but de souffrir et d’agoniser en languissant après Lui. Et ce puissant amour est si pur que Dieu, Lui-même y trouve Son délice. L’amour-propre n’a pas de part à ses actions, car ici tout est parsemé d’amertume, donc tout est très pur. La vie est une perpétuelle mort, douloureuse et terrible. Mais en même temps, elle est la base de la vraie vie, du bonheur inconcevable, de la force de l’âme. Et par là même, l’âme est capable de grandes actions pour Dieu.

856. Le soir, j’ai prié pendant quelques heures, d’abord pour mes parents et ma famille, pour la Mère Générale et toute la Congrégation, pour nos élèves, pour trois prêtres à qui je dois beaucoup. J’ai parcouru le monde entier en long et en large et j’ai rendu grâce à l’insondable miséricorde de Dieu pour toutes les grâces données aux hommes. Et je Lui ai demandé pardon pour tout ce qui L’a offensé.

857. Pendant les vêpres, j’ai aperçu Jésus qui a regardé doucement et profondément mon âme. « Prends patience, ma fille, ce ne sera plus long. » Ce regard profond et ces paroles, ont donné à mon âme force, puissance et courage, ainsi qu’une étrange confiance que j’accomplirai tout ce qu’Il exige de moi, malgré tant d’énormes difficultés. Elles introduisirent aussi dans mon âme l’étrange conviction que le Seigneur est avec moi et qu’avec Lui je peux tout. Toutes les puissances du monde et de l’enfer entier ne me sont rien, tout doit s’écrouler de par la puissance de Son Nom. Je remets tout entre Vos mains, ô mon Seigneur et mon Dieu. Unique Chef de mon âme, dirigez-moi d’après Vos désirs éternels !

858. Cracovie, Pradnik I. I. 1937 Jésus, j’ai confiance en Vous !

Aujourd’hui, j’ai dit adieu à l’année 1936 et j’ai salué l’année 1937. C’est avec tremblement et appréhension qu’en cette première heure de l’année, j’ai regardé bien en face ce laps de temps. Jésus miséricordieux, j’irai courageusement et bravement dans le combat et les batailles. En Votre Nom, j’accomplirai tout et je vaincrai tout. Mon Dieu, bonté infinie, je Vous en prie que Votre infinie miséricorde m’accompagne toujours et partout !
En entrant dans cette nouvelle année, la peur me prend face à la vie. Mais Jésus éloigne de moi cette peur en me faisant connaître quelle grande gloire Lui procurera cette œuvre de la miséricorde.

859. Il y a des moments dans la vie où l’âme ne trouve d’apaisement que dans une profonde prière. Que les âmes sachent persévérer dans l’oraison ! En de tels moments, c’est une chose bien importante.

860. J. M. J. Jésus, j’ai confiance en Vous !
Résolutions pour l’année 1937, 1er jour du 1er mois.
Résolutions détaillées, toujours les mêmes :
- m’unir au Christ miséricordieux.
- comment aurait fait le Christ dans telle ou telle occasion ?
- embrasser par l’esprit le monde entier, surtout la Russie et l’Espagne.

Résolutions générales.
I. Stricte observance du silence. Calme intérieur.
II. Voir en chaque Sœur l’image de Dieu, de ce motif doit dériver tout l’amour du prochain.
III. A chaque moment de la vie, accomplir fidèlement la volonté de Dieu et en vivre.
IV. Rendre fidèlement compte de tout à mon directeur de conscience et ne rien entreprendre d’important sans m’être entendue avec lui. Je vais tâcher de lui dévoiler clairement les plus secrètes profondeurs de mon âme en me souvenant que c’est à Dieu seul que j’ai affaire, et que ce n’est qu’un homme qui Le remplace. Prier Dieu chaque jour qu’Il lui donne la lumière nécessaire.
V. A l’examen du soir, me poser cette question : « S’Il m’appelait aujourd’hui ? »
VI. Ne pas chercher Dieu au loin, mais demeurer avec Lui en tête-à-tête dans mon cœur.
VII. Dans les épreuves et les contrariétés, recourir au tabernacle et me taire.
VIII. Unir toutes mes souffrances, prières, travaux et mortifications aux mérites de Jésus dans le but d’obtenir miséricorde pour le monde.
IX. Profiter des moments libres, mêmes les plus petits pour prier à l’intention des agonisants.
X. Qu’il n’y ait pas un jour dans ma vie où je ne sollicite Votre grâce pour les œuvres de notre congrégation.
XI. N’avoir jamais aucun égard pour l’opinion humaine. N’être sur pied de familiarité avec personne. Envers nos élèves : avoir une douce fermeté, une patience sans bornes. Les punir sévèrement, mais avec des punitions de ce genre : prière et sacrifice de soi-même. La force contenue dans l’anéantissement de soi est pour elles un constant remords de conscience et cela fléchit leur cœur rebelle.
XII. La présence de Dieu est le fondement de toutes mes actions, mes paroles et mes pensées.
XIII. Profiter de chaque aide spirituelle. Remettre toujours l’amour-propre à sa place, c’est-à-dire la dernière. Faire mes exercices spirituels comme si je les faisais pour la dernière fois de ma vie, et accomplir tous mes devoirs de même.

861. 2. I. 1937. Ô Jésus, qu’il est grand Votre Nom Seigneur ! Il est la puissance de mon âme ! Lorsque les forces m’abandonnent et que les ténèbres envahissent mon âme, Votre Nom devient alors comme un soleil dont les rayons éclairent et réchauffent l’âme. Et sous leur ardeur l’âme embellit et rayonne de l’éclat de Votre Nom. Au doux Nom de Jésus mon coeur bat plus fort. Il y a des moments où en entendant le Nom de Jésus je tombe en défaillance. Mon esprit s’élance vers Vous.

862. Ce jour est pour moi tout particulièrement un grand jour. Ce jour-là, je suis allée pour la première fois m’occuper de la peinture de cette image. Ce jour-là, la Miséricorde divine a été pour la première fois particulièrement honorée au dehors, bien qu’elle soit connue depuis longtemps, mais cette fois-ci sous la forme que le Seigneur souhaitait. Ce jour de Fête du doux Nom de Jésus me rappelle bien des grâces particulières.

863. Aujourd’hui la Mère Supérieure de la Congrégation, qui assure le service de l’hôpital, est venue me voir avec une de ses Sœurs. Nous avons longuement parlé de choses spirituelles. J’ai reconnu en elle une grande ascète. C’est pour cela que notre conversation a été agréable à Dieu.

Aujourd’hui une jeune fille est venue chez moi. J’ai reconnu qu’elle était souffrante, pas tant de corps que d’âme. Je la consolais autant que je pouvais, mais mes paroles de consolation ne suffisaient pas. C’était une pauvre orpheline, son âme était plongée dans l’amertume de la douleur. Elle me dévoila son âme et elle me raconta tout. J’ai compris que de simples mots de consolation ne suffiraient pas ici. J’ai imploré le Seigneur pour cette âme et j’ai offert à Dieu ma joie pour la lui donner à elle, et qu’il m’ôte tout sentiment de joie. Le Seigneur a exaucé ma prière. Pour moi resta la consolation qu’elle avait été consolée.

864. Adoration. Le premier dimanche du mois, pendant l’adoration, je me suis sentie si pressée d’agir que je me suis mise à pleurer. Et j’ai dit au Seigneur : « Jésus, ne me pressez pas, mais donnez l’inspiration à ceux qui, Vous le savez, retardent cette œuvre. » Et j’ai entendu ces mots : « Ma fille sois tranquille, ce ne sera plus long ! »

865. Pendant les vêpres, j’ai entendu ces paroles : « Ma fille, Je désire Me reposer en ton cœur, car beaucoup d’âmes M’ont aujourd’hui rejeté de leur cœur. » J’en ai éprouvé une tristesse mortelle. J’ai taché de consoler le Seigneur, en Lui faisant mille fois l’offrande de mon amour. J’ai ressenti en mon âme une grande aversion pour le péché.

866. Mon cœur est constamment abreuvé d’amertume, car je désire aller chez Vous, Seigneur, dans la plénitude de la vie. Ô Jésus, comme cette vie me semble un terrible désert. Il n’y a de nourriture ni pour mon cœur, ni pour mon âme sur cette terre. Je souffre et me languis de Vous, Seigneur. Vous m’avez laissé, ô Seigneur, la Sainte Eucharistie. Mais elle attise davantage encore la nostalgie de mon âme envers Vous, Dieu éternel, mon Créateur. Jésus, je désire m’unir à Vous, daignez entendre les soupirs de Votre bien-aimée. Oh ! Comme je souffre de ne pouvoir encore m’unir à Vous ! Mais qu’il en soit selon Vos désirs !

867. 5. I. 1937. Ce soir, j’ai vu un prêtre qui avait besoin de prières, pour une certaine affaire. J’ai prié ardemment, car cette affaire me tient aussi à cœur. Merci, Jésus pour cette bonté.

868. Ô Jésus miséricordieux, enveloppez le monde entier, et pressez-moi contre Votre Cœur !…. Permettez, Seigneur que mon âme repose dans l’océan de Votre insondable miséricorde !

869. 6. I. 1937. Aujourd’hui, pendant la Sainte Messe, je me suis inconsciemment plongée dans l’infinie Majesté de Dieu. Toute l’immensité de l’amour divin, inondait mon âme, en ce moment précis. J’ai compris combien Dieu s’est abaissé pour moi – ce Seigneur au-dessus de tous les Seigneurs – et que suis-je moi, misérable pour que Vous ayez de telles relations avec moi ? La stupéfaction qui m’a saisie après cette grâce particulière se prolongea avec vivacité pendant toute la journée. Profitant de l’intimité à laquelle le Seigneur m’admet, je L’ai supplié pour le monde entier. Dans de tels moments, il me semble que le monde entier dépend de moi.

870. Mon Maître, disposez ainsi mon cœur : que je n’attende l’aide de personne, mais qu’au contraire je tâche toujours d’aider les autres, de les consoler et de les soulager en tout. J’ai le cœur toujours ouvert aux souffrances d’autrui. Je ne le ferme pas aux souffrances des autres. C’est pour cela que l’on m’appelle, avec une allusion malicieuse, la pelle à poussière. C'est-à-dire, que chacun jette sa douleur dans mon cœur. J’ai répondu, que chacun a sa place en mon cœur. Et moi, en compensation, j’ai ma place dans le Cœur de Jésus. Ces allusions au droit d’amour ne rétrécissent pas mon cœur. Mon âme est toujours sensible sur ce point, et Jésus seul est le mobile de mon amour du prochain.

871. 7. I. 1937. Pendant l’Heure Sainte, le Seigneur me permit de goûter Sa Passion. J’ai partagé l’amertume dont était remplie Son âme durant la Passion. Jésus m’a fait comprendre combien l’âme doit être fidèle à l’oraison malgré les tourments, la sécheresse et les tentations. Car, pour la plupart, c’est d’une telle oraison que dépend la réalisation des desseins de Dieu qui sont parfois bien grands. Si nous ne persévérons pas dans cette oraison, nous déjouons que Dieu voulait accomplir par nous, ou en nous. Que chacun se rappelle ces paroles : « En proie à la détresse, Il priait de façon plus instante. » Je prolonge toujours semblable oraison autant qu’il est en mon pouvoir et en accord avec mes devoirs.

872. 8. 1. 1937. Vendredi matin, lorsque j’allais à la chapelle pour la Sainte Messe, soudain j’ai aperçu sur le trottoir un grand buisson de genévrier dans lequel se trouvait un terrible chat qui me barrait le passage vers la chapelle, me regardant méchamment. Un soupir au Nom de Jésus dispersa tout. J’ai offert toute cette journée pour les pécheurs agonisants. Pendant la Sainte Messe, j’ai ressenti d’une manière particulière la proximité du Seigneur. Après la Sainte Communion, j’ai regardé le Seigneur avec confiance et je Lui dis : « Jésus, je désire tant Vous dire quelque chose. » Et le Seigneur me regarda avec amour et me dit : « Que désires-tu Me dire ? »- « Jésus, je Vous supplie par l’inconcevable puissance de Votre miséricorde, que toutes les âmes, qui agoniseront aujourd’hui échappent au feu de l’enfer, seraient-ce les âmes des plus grands pécheurs ? C’est aujourd’hui vendredi, commémoration de votre amère agonie sur la Croix et parce que Votre miséricorde est inconcevable, les Anges ne s’en étonneront pas. » Jésus me serra contre Son Cœur et dit : « Ma fille bien-aimée, tu as bien reconnu l’immensité de Ma miséricorde. Je ferai comme tu m’en as prié. Mais unis-toi constamment à Mon Cœur agonisant et donne satisfaction à Ma justice ! Sache que tu M’as priée pour une grande chose. Je vois que cela t’a été dicté par le pur amour que tu as pour Moi. C’est pourquoi Je vais satisfaire tes exigences. »

873. Marie, Vierge Immaculée, prenez-moi sous Votre protection particulière ! Gardez la pureté de mon âme, de mon cœur et de mon corps ! Vous êtes le modèle et l’étoile de ma vie.

874. J’ai éprouvé aujourd’hui une grande souffrance au moment de la visite de nos Sœurs. J’ai appris une chose, qui a profondément blessé mon cœur, cependant je me suis maîtrisée de telle façon que les Sœurs n’ont rien remarqué. Pendant un long moment la douleur déchira mon cœur. Mais tout cela c’est pour les pauvres pécheurs… Ô Jésus pour les pauvres pécheurs… Jésus, ma force, soyez près de moi, secourez-moi !…

875. 10. I. 1937. J’ai prié aujourd’hui le Seigneur de m’accorder des forces pour que je puisse aller communier. « Mon Maître, je Vous prie de tout mon cœur languissant de me donner, si cela est conforme à Votre Sainte Volonté, toutes les souffrances et les faiblesses qu’Il Vous plaît. Je désire souffrir durant la journée et la nuit entière. Mais je Vous en supplie, fortifiez-moi au moment où je dois communier. Vous voyez bien, Jésus, qu’on n’apporte pas la Sainte Communion aux malades. Alors si Vous ne me fortifiez pas pour ce moment-là afin que je puisse descendre à la chapelle, comment puis-je Vous recevoir dans le mystère de l’Amour ? Et Vous savez combien mon cœur languit de Vous. Ô mon doux époux, à quoi bon tant de plaintes ? Vous savez que je vous désire ardemment. Si Vous le voulez, Vous pouvez faire cela pour moi. » Le lendemain matin je me suis sentie tout à fait bien portante : défaillances et faiblesses avaient disparues. Cependant quand je suis revenue de la chapelle, toutes ces souffrances et ces faiblesses me sont immédiatement revenues comme si elles m’attendaient. Mais je n’avais plus du tout peur d’elles, car je m’étais nourrie du Pain des Forts. Je regarde tout bravement droit dans les yeux, même la mort.

876. Ô Jésus caché dans l’hostie, mon doux Maître et fidèle Ami, mon âme est heureuse d’avoir un tel ami, qui me tient toujours compagnie ! Je ne me sens pas seule, bien que je sois dans l’isolement. Jésus Eucharistie, nous nous connaissons, cela me suffit.

877, 12. I. 1937. Aujourd’hui, lorsque le médecin est venu pour visiter les malades, je ne lui ai guère plu. J’étais naturellement plus souffrante et ma température était sensiblement plus élevée. Il va sans dire qu’il a décidé que je ne devais plus descendre pour la Sainte Communion jusqu’à ce que la température ait complètement baissé. J’ai répondu : « Bien, » quoique la douleur ait serré mon cœur. Mais j’ai dit que, si je n’avais pas de fièvre je descendrai. Il consent à cela.

Quand le médecin fut sorti, j’ai dit au Seigneur : « Jésus, maintenant cela dépend de Vous que j’y aille ou non. » Et je n’y ai plus pensé quoique à chaque instant l’idée me venait : « Je ne vais pas pouvoir recevoir Jésus – non, c’est impossible – et non seulement une fois, mais plusieurs fois, jusqu’à ce que la température baisse. » Mais le soir j’ai dit au Seigneur : « Jésus, si mes Saintes Communions Vous sont agréables, je Vous prie humblement de n’avoir pas un seul degré de température demain matin. » Le matin je prends ma température et pense en moi-même : Si j’ai, ne serait-ce qu’un seul degré, alors je ne me lèverai pas, car ce serait contraire à l’obéissance. » Cependant, je retire le thermomètre et il n’y avait pas un seul degré de température. J’ai sauté tout de suite au bas de mon lit et je suis allée communier.

Lorsque le médecin est venu et que je lui ai dit que, n’ayant pas un seul degré de température, j’étais allée communier, il en fut étonné. Je l’ai prié de ne pas me faire de difficultés pour aller communier, car cela ne peut avoir une influence défavorable sur ma cure. Il a répondu : « Afin d’avoir la conscience tranquille, et en même temps afin de ne pas vous déranger, ma Sœur, arrangeons-nous de telle sorte que s’il fait beau temps, s’il ne pleut pas, et que vous vous sentiez bien, alors vous pouvez aller communier. Mais en conscience soyez prudente ! Je me suis réjouie que le médecin ait tant d’égards pour moi. Voyez-Vous, Jésus, ce que je devais faire, je l’ai déjà fait. Maintenant je compte sur Vous et je suis toute à fait tranquille.

878. J’ai vu aujourd’hui le Père Andrasz célébrer la Sainte Messe. Avant l’Elévation, j’ai aperçu le Petit Jésus qui, les petites mains tendues, était très joyeux. Puis, un moment après je ne vis plus rien. J’étais dans ma chambre séparée, continuant à faire mon action de grâces.. Cependant plus tard, j’ai pensé en moi-même : pourquoi l’Enfant Jésus était-Il si gai ? Car Il n’est pas toujours aussi gai, à ce que je vois. Soudain, j’entendis ces mots en mon âme : « Car Je me sens bien dans son cœur. » Et cela ne m’a pas du tout étonnée, car je sais que le Père aime beaucoup Jésus.

879. Mon union avec les agonisants continue d’être très étroite. Oh ! Que la miséricorde divine est inconcevable ! Dieu me permet par mon indigne prière, de venir en aide aux agonisants ! J’essaye, autant qu’il m’est possible, de me trouver auprès de chaque agonisant. Ayez confiance en Dieu car Il est bon et inconcevable. Sa miséricorde dépasse notre compréhension.

880. 14. I. 1937. Aujourd’hui Jésus est entré dans ma chambre particulière. Vêtu d’une robe claire, ceint d’une ceinture d’or, une grande majesté rayonnait de Sa personne et Il a dit : « Ma fille, pourquoi t’abandonnes-tu à des pensées alarmantes ? » J’ai répondu : « Ô Seigneur, Vous savez pourquoi. » Et Il m’a dit : « Pourquoi ? »- « Cette œuvre m’alarme. Vous savez que je suis incapable de l’accomplir. » Et Il a dit : Pourquoi ? » - « Vous voyez bien que je ne suis pas en bonne santé, que je n’ai pas d’instruction, que je n’ai pas d’argent, que je suis un abîme de misère et que les relations avec les gens me font peur. Jésus, je ne désire que Vous. Vous pouvez, Vous, me dispenser de cela. » Et le Seigneur m’a dit : « Ma fille, ce que tu as dit est vrai. Tu es très misérable. Mais il M’a plu de réaliser l’œuvre de la miséricorde, justement par toi, qui est la misère même. N’aie pas peur. Je ne te laisserai pas seule. Fait ce que tu peux dans cette affaire, Moi J’accomplirai tout ce dont tu es incapable. Tu sais ce qui est en ton pouvoir de faire, alors fais-le ! » Le Seigneur a jeté un regard plein de bienveillance au fond de mon être. J’ai cru que j’allais en mourir de joie. Le Seigneur disparut. En mon âme demeurèrent joie, puissance et force d’agir. Mais je suis étonnée de ce que le Seigneur ne veuille pas me dispenser et qu’Il ne change rien à ce qu’il a une fois décidé. Et malgré toutes ces joies, il y a toujours une ombre de douleur. Je vois que l’amour et la douleur vont de pair.

881. J’ai rarement de semblables visions, mais le plus souvent, mon commerce avec le Seigneur s’opère de manière très profonde. Les sens restent assoupis quoique ce soit imperceptible. Et tout ce qui touche à l’être divin, aux vérités révélées, ainsi qu’à la connaissance de ma propre misère, devient pour moi plus réel et plus clair que si je le voyais de mes yeux. En un instant, l’esprit discerne plus que durant de longues années de réflexions approfondies et de méditations.

882. Rien ne me dérange dans cette union avec le Seigneur, ni la conversation avec le prochain, ni aucune tâche, quand bien même il s’agirait d’affaires très importantes, cela ne me dérange aucunement. Mon esprit est avec Dieu. Mon cœur est plein de Dieu, je ne le cherche donc pas en dehors de moi-même.

Lui, le Seigneur transperce mon âme, comme le rayon de soleil transperce le verre. Lorsque j’étais enfermée dans le sein de ma mère, je ne lui étais pas aussi unie que je le suis à mon Dieu. Là, c’était l’inconscience. Ici c’est la réalité en plein, ainsi que la conscience de l’union. Mes visions sont purement intérieures. Mais mieux je les comprends, moins je puis les exprimer en paroles.

883. Oh ! Comme le monde spirituel est beau ! Et il est si réel qu’en comparaison, la vie extérieure n’est que vain leurre, impuissance.

884. Jésus, donnez-moi force et sagesse pour que je puisse venir à bout de ce terrible désert, pour que mon cœur sache supporter patiemment la nostalgie de Vous, ô mon Seigneur ! Je demeure toujours dans un saint étonnement, quand je vois que Vous Vous approchez de moi, Vous, le Seigneur possesseur d’un terrible trône, que Vous descendez dans ce misérable exil et venez chez une pauvre mendiante qui n’a rien hors la misère. Je ne sais Vous régaler, mon Prince royal, mais Vous savez que je vous aime de chaque tressaillement de mon cœur. Je vois que Vous Vous abaissez, mais cependant Votre Majesté ne diminue pas à mes yeux. Je sais que Vous m’aimez d’un amour d’Epoux et cela me suffit, bien qu’un grand abîme nous sépare, car Vous êtes le Créateur et moi Votre créature. Pourtant, l’amour seul explique notre union, hors de lui tout est incompréhensible. Seul l’amour explique cette inconcevable intimité avec laquelle Vous me fréquentez. Ô Jésus, Votre grandeur m’effraie et je serais dans un étonnement constant et une peur continuelle, si Vous ne m’apaisiez pas Vous-même. Vous me rendez capable d’avoir commerce avec Vous.

885. 15. I. 1937. La tristesse ne s’installe pas dans un cœur qui aime la volonté divine. Mon cœur languissant après Dieu ressent toute la misère de l’exil. J’avance courageusement, quoique mes pieds se blessent, vers ma patrie. Et en route, je me nourris de la volonté divine. Elle m’est nourriture. Secourez-moi, vous, les heureux habitants de la patrie céleste afin que votre sœur ne faiblisse pas en route. Le désert est terrible, pourtant je marche le front levé et de mes yeux je fixe le soleil, c’est-à-dire Votre Cœur miséricordieux.

886. 19. I. 1937. Ma vie s’écoule maintenant dans une calme conscience de Dieu. Mon âme silencieuse vit de Lui et cette vie consciente de Dieu dans mon âme m’est source de bonheur et de force. Je ne cherche pas de bonheur en dehors de la profondeur de mon âme dans laquelle demeure Dieu. Je suis consciente de cela. Je sens comme un besoin de me communiquer aux autres. Je découvre en mon âme la source du bonheur, c’est Dieu. Ô mon Dieu, je vois que tout ce qui m’entoure est comblé de Dieu. Et c’est mon âme qui est la plus comblée, elle qui est ornée de la grâce de Dieu. Je commence maintenant ce dont je vivrai dans l’éternité.

887. Le silence est un langage si puissant, qu’il atteint le trône du Dieu vivant. Le silence est Sa parole qui, bien que mystérieuse, est puissante et vivante.

888. Jésus, vous me faites voir et comprendre en quoi consiste la grandeur de l’âme : ce n’est pas dans de grandes actions, mais dans un grand amour. L’amour a de la valeur, et c’est lui qui donne de la valeur à nos actions. Et, bien que nos actes soient petits et ordinaires en eux-mêmes, à cause de l’amour, ils deviennent grands et puissants devant Dieu.

889. L’amour est un mystère qui transfigure tout ce qu’il touche en des choses belles et agréables à Dieu. L’amour de Dieu rend l’âme libre. Elle est comme une reine, qui ne connaît pas la contrainte de l’esclavage. Elle entreprend tout avec grande aisance, car l’amour qui l’habite lui donne l’impulsion pour agir. Tout ce qui l’entoure lui fait comprendre que Dieu seul est digne de son amour. L’âme amoureuse de Dieu est plongée en Lui. Elle va à son devoir dans les mêmes dispositions qu’à la Sainte communion. Et elle accomplit la plus simple action avec un grand soin sous le regard amoureux de Dieu. Elle ne se trouble pas lorsque, après un certain temps, quelque chose se révèle peu réussi. Elle reste calme, car au moment d’agir elle a fait ce qui était en son pouvoir. Lorsqu’il arrive que la présence vivante de Dieu la quitte, cette présence dont elle jouit presque sans cesse, elle tâche alors de vivre de foi pure. Cette âme comprend qu’il y a des moments de repos et des moments de lutte. Par la volonté elle est toujours avec Dieu. Cette âme est exercée au combat comme un chevalier, elle voit de loin où l’ennemi se cache et elle est prête à la lutte. Elle sait qu’elle n’est pas seule, Dieu est sa force.

890. 21. I. 1937. Aujourd’hui, dès ce matin, je suis étrangement unie au Seigneur. Dans la soirée, le prêtre de l’hôpital est venu me voir. Après un moment de conversation, je sentis que mon esprit commençait à se plonger davantage en Dieu et j’ai commencé à perdre la notion de ce qui se passait autour de moi. J’ai prié ardemment Jésus : « Donnez-moi la possibilité de causer ». Et le Seigneur me l’a donnée. Je pouvais parler aisément. Mais il y eut un moment où je n’ai pas compris ce que le prêtre a dit. J’entendais sa voix, mais il ne m’était pas possible de le comprendre. Je lui ai demandé pardon de ne pas comprendre ses paroles bien que j’entendisse sa voix. C’était un instant de cette grâce d’union avec Dieu, mais imparfaite, car les sens agissant extérieurement, mais également d’une manière imparfaite, il n’y a pas de complète fusion en Dieu, c'est-à-dire de suspension des sens, comme cela arrive souvent : On entend ni ne voit rien de l’extérieur. L’âme entière est aisément toute plongée en Dieu. Lorsque j’éprouve cette grâce, je désire être seule. Je prie Jésus qu’Il me mette à l’abri des regards des créatures. J’avais vraiment bien honte devant ce prêtre. Mais je me suis tranquillisée, car il a eu un peu connaissance de mon âme par la confession.

891. Aujourd’hui, le Seigneur me fit connaître en esprit le couvent de la miséricorde divine. J’ai vu dans ce couvent une haute spiritualité mais tout était pauvre et très simple. Ô mon Jésus, Vous me faites demeurer en esprit avec ces âmes, mais peut-être mon pied ne se posera-t-il jamais là-bas ! Mais que Votre Nom soit béni et qu’il en soit selon Votre Volonté.

892. 22. I. 1937. C’est aujourd’hui vendredi. Mon âme est dans une mer de souffrances. Les pécheurs m’ont tout pris, mais c’est bien pour eux. J’ai tout donné afin qu’ils connaissent Votre bonté et Votre infinie miséricorde. Quant à moi, je vous resterai fidèle sous les arcs-en-ciel comme dans les orages.

893. Aujourd’hui, le médecin a décidé que je ne devais pas aller à la Sainte Messe, mais seulement à la Sainte communion. Je désirais beaucoup assister à la Sainte Messe, mais mon confesseur, d’accord avec le médecin, m’a dit d’être obéissante ; « La volonté de Dieu, ma Sœur, est que vous soyez bien portante. Il vous est défendu de vous mortifier en quoi que ce soit. Soyez obéissante et Dieu vous en récompensera. J’ai senti que ces paroles du confesseur étaient les paroles de Jésus. Et quoique je regrette de manquer la Sainte Messe, durant laquelle Dieu me donnait la grâce de voir le petit Enfant-Jésus, cependant je préfère l’obéissance à tout autre chose.

Je m’étais plongée dans l’oraison et je récitais la pénitence lorsque soudain j’ai aperçu le Seigneur qui m’a dit : « Ma fille, sache que tu me rends une plus grande gloire par un acte d’obéissance que par de longues prières et des mortifications. » Oh ! Qu’il est bon de vivre dans l’obéissance, en ayant conscience que tout ce que je fais est agréable à Dieu !

894. 23. I. 1937. Aujourd’hui je n’avais pas envie d’écrire. Soudain, j’ai entendu dans mon âme une voix : « Ma fille, tu ne vis pas pour toi, mais pour les âmes. Ecris pour leur profit. Tu sais que Ma volonté quant à tes écrits, t’a été bien souvent confirmée par tes confesseurs. Tu sais ce qui M’est agréable et si tu as quelques doutes quant à Ma parole, tu sais aussi qui tu dois interroger. Je lui donne la lumière pour qu’il juge Mon affaire. Mon œil veille sur lui. Ma fille, tu dois être, comme un enfant envers lui, pleine de candeur et de franchise. Préfère son opinion à toutes Mes exigences ! Il te conduira selon Ma volonté. S’il ne te permet pas d’accomplir Mes exigences, sois tranquille, Je ne te jugerai pas. Cette affaire restera entre Moi et lui. Toi, tu dois être obéissante ! »

895. 25. I. 1937. Mon âme est plongée aujourd’hui dans l’amertume. Ô Jésus, ô mon Jésus, à chacun il est permis de me donner de la souffrance. Et Vous, ô Jésus, Vous avez le devoir de me donner puissance et force en ces durs moments. Hostie Sainte, soutiens-moi et ferme mes lèvres au murmure et à la plainte ! Lorsque je fais silence, je sais que je remporte la victoire.

896. 27. I. 1937. Je sens une amélioration considérable de ma santé. Jésus me ramène des portes de la mort à la vie, puisque j’ai manqué mourir. Et voilà que le Seigneur m’accorde pleinement la vie. Quoique je doive encore rester au sanatorium, je suis déjà presque bien portante. Je vois que la volonté ne s’est pas encore accomplie en moi, c’est pourquoi je dois vivre. Car je sais bien que, si j’accomplis tout ce que Dieu a décidé à mon égard sur la terre. Il ne me laissera pas plus longtemps en exil car ma maison c’est le Ciel. Mais avant d’entrer dans la Patrie, nous devons accomplir la volonté divine sur la terre, c’est-à-dire que les épreuves et les luttes doivent œuvrer en nous.

897. Ô mon Jésus, Vous me redonnez la santé et la vie. Donnez-moi donc la force de combattre, car sans Vous, je ne suis capable de rien. Donnez-moi la force, car vous pouvez tout ! Vous voyez que je ne suis qu’une frêle enfant, que puis-je ? Je connais toute la puissance de Votre miséricorde. Et j’ai pleine confiance que Vous me donnerez tout ce dont Votre faible enfant a besoin.

898. Comme j’ai beaucoup désiré la mort, je ne sais si j’aurai encore dans la vie une telle nostalgie de Dieu. Il y eut des moments où je tombais en défaillance à cause de cela. Oh ! Que la terre est vilaine quand on connaît le Ciel. Je dois me faire violence pour vivre. Ô volonté divine, tu es ma nourriture !

899. Oh ! Que la vie est grise et pleine de choses incompréhensibles ! J’y exerce ma patience et puis vient l’expérience. Je comprends beaucoup et j’apprends chaque jour. Je vois que je sais peu et je découvre constamment des fautes dans ma conduite. Mais cela ne me décourage pas. Je remercie seulement Dieu de daigner m’accorder Sa lumière pour me connaître moi-même.

900. Il y a une personne qui met ma patience à rude épreuve, je dois lui consacrer beaucoup de temps. Quand je cause avec elle, je sens qu’elle ment continuellement. Et parce qu’elle me parle de choses lointaines que je ne puis vérifier, ce mensonge lui échappe. Mais je suis intérieurement persuadée qu’il n’y a aucune vérité dans ce qu’elle dit. Lorsqu’une fois j’ai été prise de doutes me demandant si c’était moi qui me trompais et que peut-être elle disait la vérité, j’ai prié Jésus de me donner le signe suivant. Si réellement elle mentait qu’elle me l’avoue elle-même quel que fut le sujet sur lequel j’avais la certitude qu’elle mentait. Et si elle disait la vérité, que Jésus m’ôte la conviction qu’elle ment. Un moment après, elle vint me voir à nouveau et me dit : « Je vous demande bien pardon, ma sœur, mais j’ai menti en disant telle et telle chose. » J’ai compris que la lumière que j’avais intérieurement sur cette personne, ne me trompait pas.

901. 29. I. 1937. Aujourd’hui j’ai dormi trop longtemps. Je n’avais qu’un court instant pour ne pas être en retard pour la Sainte Communion, car la chapelle est à un bon bout de chemin de notre section. Quand je suis sortie la neige arrivait à la hauteur des genoux. Mais avant d’avoir réfléchi que le médecin ne me permettait pas d’aller par une telle neige, j’étais déjà chez le Seigneur à la chapelle. J’ai communié et je suis revenue tout de suite. J’ai entendu dans mon âme ces paroles : « Ma fille, repose près de Mon Cœur ! Je vois tes efforts. » Mon âme se trouve encore plus heureuse lorsque je suis près du Cœur de mon Dieu.

30. I. 1937. Retraite d’un jour.

Je reconnais de plus en plus la grandeur de Dieu et je jouis de Lui. Je demeure sans cesse avec Lui dans la profondeur de mon cœur. C’est dans ma propre âme qu’il m’est le plus facile de trouver Dieu.

903. Pendant la méditation j’ai entendu ces paroles : « Ma fille, c’est pour la patiente soumission à Ma volonté, que tu me rends la plus grande gloire. Et toi-même, tu gagnes un si grand mérite que ni par les jeûnes, ni par aucune mortification tu ne l’obtiendrais sans cela. Saches, Ma fille, que si tu soumets ta volonté à la Mienne, tu t’attires Ma prédilection. Ce sacrifice M’est agréable. Il est plein de douceur pour Moi. Je me complais en lui, il a de la puissance. »

904. Examen de conscience : toujours la même chose, m’unir au Christ Miséricordieux. Pratique : le silence intérieur, c’est-à-dire garder strictement le silence.

905. Dans les moments difficiles, je fixerai mes regards sur le Cœur pacifiant de Jésus étendu sur la Croix. Et de Son Cœur Miséricordieux, brûlant d’amour, jailliront pour moi puissance et force pour soutenir la lutte.

906. Chose étrange, un canari vient en hiver, sous ma fenêtre et chante très joliment pendant un moment. Je voulais m’assurer qu’il était peut-être quelque part ici dans une cage. Mais non, il n’est nulle part, pas même dans la seconde section. Une des malades l’a aussi entendu, mais une fois seulement. Et elle est s’est étonnée qu’un canari chante par un temps si glacial.

907. Ô Jésus, combien j’ai pitié des pauvres pécheurs. Jésus, accordez-leur la contrition et le repentir. Souvenez-Vous de Votre douloureuse passion. Je connais Votre infinie miséricorde. Je ne peux supporter qu’une âme qui Vous a tant coûté, périsse.
Jésus, donnez-moi les âmes des pécheurs. Que Votre miséricorde repose en elles. Prenez-moi tout, mais donnez-moi les âmes. Je désire devenir hostie de sacrifice pour les pécheurs. Que l’enveloppe du corps cache mon offrande, puisque Votre sacré-Cœur est aussi caché dans l’hostie et que Vous êtes Vous-même une vivante offrande. Transfigurez-moi en Vous Jésus, pour que je sois une offrande vivante et agréable pour Vous. Je désire Vous donner satisfaction à tout moment pour les pauvres pécheurs. L’offrande de mon âme se cache sous l’enveloppe du corps, l’œil humain ne l’atteint pas. C’est pour cela qu’elle est pure et qu’elle Vous est agréable. Ô mon Créateur, Père de grande miséricorde, j’ai confiance en Vous, car Vous êtes la bonté même ! N’ayez pas peur de Dieu, vous, les âmes ! Mais ayez confiance en Lui, car Il est bon et Sa miséricorde est infinie.

908. Nous nous connaissons mutuellement, le Seigneur et moi dans la demeure de mon cœur. Oui, c’est moi, qui vous accueille maintenant. Vous êtes mon Hôte dans la maisonnette de mon cœur. Mais le temps approche où Vous m’inviterez en Votre demeure, celle que Vous m’avez préparée depuis la création du monde. Oh ! Que suis-je comparée à Vous Seigneur !

909. Le Seigneur me conduit dans un monde, qui m’est inconnu. Il me fait connaître Sa grande grâce. Mais moi, j’en ai peur et autant qu’il me sera possible, je ne me soumettrai pas à Son influence jusqu’à ce que je me sois assurée auprès de mon directeur de ce qu’est cette grâce.

910. À un certain moment, la présence de Dieu transperça tout mon être et mon esprit fut étrangement éclairé en ce qui concerne l’Être Divin. Il m’a admise à la connaissance de Sa vie intérieure. J’ai vu en esprit les Trois Personnes Divines, mais Leur Être est un. Il est Seul, Seul et unique, mais en Trois Personnes. Aucune d’Elles n’est ni plus petite, ni plus grande. Il n’y a de différence ni en beauté, ni en sainteté, car Elles sont Un. Elles sont absolument Un. Son amour m’a transportée dans cette connaissance, et m’a unie à Lui. Lorsque j’étais unie à Une Personne, j’étais également unie à la Seconde, et à la Troisième. Car lorsque nous nous unissons à l’Une des personnes de la sainte Trinité, par là même nous nous unissons également aux Deux autres. Une est Leur volonté. Un est Dieu, quoique en Trois Personnes.
Lorsque l’âme est en relation avec l’Une des trois Personnes, par la puissance de la Même Unique Volonté, elle se trouve unie aux Trois Personnes. Et elle est inondée du bonheur qui procède de la Sainte Trinité. Les saints se nourrissent de ce bonheur. Semblable bonheur jaillit de la Sainte Trinité, rends heureux tout ce qui est créé, fait jaillir la vie, donne et entretien toute vie qui prend son commencement en Lui ! En ces moments, mon âme a éprouvé de si grands délices divins qu’il m’est difficile de l’exprimer. Soudain, j’ai entendu ces paroles ainsi formulées : « Je veux t’épouser ». La peur transit mon âme.


911. Mais sans inquiétude, je considérais quelles pouvaient être ces épousailles. Cependant, à chaque fois la peur transperce mon âme. Mais mon âme reste calme cependant, d’un calme soutenu par la grâce d’En-Haut. Cependant, j’ai fait mes vœux perpétuels, et je les ai faits avec une volonté sincère et consciente. J’ai donc continué à m’interroger sur ce que cela signifiait. Je sens et je pénètre que c’est une grâce exceptionnelle. Quand je la considère, je défaille après Dieu. Mais en cette défaillance mon esprit reste clair et pénétré de lumière.
Lorsque je suis unie à Lui, je défaille d’un excès de bonheur, mais mon esprit est clair et pur, sans ombres. Vous abaissez Votre Majesté pour demeurer avec une pauvre créature. Merci, Seigneur, pour cette grande grâce qui me rend capable d’avoir des relations avec Vous Jésus. Votre Nom est un délice pour moi. Je pressens de loin mon Bien-Aimé et mon âme languissante repose dans Ses bras. Je ne peux pas vivre sans Lui. J’aime mieux être avec Lui dans les souffrances et les supplices, que sans Lui dans les plus grands délices du Ciel.

912. 2. II. 1937. Un recueillement divin pénètre aujourd’hui mon âme depuis le matin. Pendant la Sainte Messe, je pensais voir le petit Jésus comme je le vois souvent. Cependant aujourd’hui j’ai vu Jésus crucifié pendant la Sainte Messe. Jésus était cloué à la Croix et dans de grands supplices. Mon âme et mon corps furent pénétrés des souffrances de Jésus de façon réellement douloureuse, quoique invisible.

913. Oh ! Quels terribles mystères ont lieu pendant la Sainte Messe. Un grand mystère s’accomplit pendant la Sainte Messe. Avec quelle piété devrions-nous écouter et prendre part à cette mort de Jésus. Nous connaîtrons un jour ce que Dieu accomplit pour nous à chaque Messe et quel don Il y prépare pour nous. Seul Son amour divin a pu vouloir nous gratifier d’un tel don. Ô Jésus, mon Jésus, mon âme est pénétrée d’une si grande douleur quand je vois cette source de vie jaillissant avec tant de douceur et de puissance pour chaque âme et que je vois aussi, malgré cela des âmes flétries et qui dépérissent par leur propre faute. Ô mon Jésus, faites que la puissance de la miséricorde s’empare de ces âmes !

914. Ô Marie, c’est aujourd’hui que le terrible glaive pénétra Votre Sainte âme ! A part Dieu, personne ne connaît Votre souffrance. Votre âme n’est pas brisée, mais elle est courageuse, car elle est avec Jésus. Douce Vierge, unissez mon âme à Jésus, car ce n’est qu’alors que je pourrai endurer toutes les épreuves et les expériences. Et ce n’est qu’en union avec Jésus que mes petits sacrifices seront agréables à Dieu. Très douce Mère, instruisez-moi de la vie intérieure. Que le glaive des souffrances ne me brise jamais ! Ô Vierge pure, versez en mon cœur le courage, et gardez-le !

915. Aujourd’hui est un jour exceptionnel pour moi, quoique j’aie éprouvé beaucoup de souffrances, mon âme est inondée d’une grande joie. Dans la chambre voisine, il y avait une juive très malade. Je suis allée la voir il y a trois jours, et j’ai ressenti une douleur en mon âme en voyant qu’elle allait mourir bientôt et que la grâce de Saint baptême ne laverait pas son âme. J’ai parlé avec la Sœur garde-malade de ce qu’il faudrait la baptiser quand viendra le dernier moment. Mais il y avait une difficulté, c’est que les Juifs l’entouraient constamment. Cependant, j’ai senti une inspiration en mon âme, celle de prier devant l’image que Jésus m’a fait peindre. J’ai ma brochure et sur la couverture, il y a une reproduction de l’image de la miséricorde divine. J’ai dit au Seigneur : « Jésus, Vous m’avez dit Vous-même que Vous accorderez beaucoup de grâces par cette image. Je Vous prie donc de donner la grâce du Saint Baptême à cette Juive. Peu importe qui la baptisera, pourvu qu’elle soit baptisée. » Après ces mots, je me suis sentie étrangement tranquillisée et j’ai une complète certitude que malgré les difficultés, l’eau du saint Baptême coulera sur son âme.

Et la nuit alors qu’elle était très faible, je me suis levée trois fois pour veiller, guettant le moment propice de pouvoir lui accorder cette grâce. Le matin, elle se sentait un peu mieux. Dans l’après-midi le dernier moment commença à approcher. La Sœur garde-malade a dit qu’il sera difficile de lui accorder cette grâce, car ils sont près d’elle. Le moment est venu où la malade commença à perdre connaissance, ils ont alors commencé à sortir, les uns pour chercher le médecin, les autres ailleurs, pour sauver la malade. Et il est arrivé qu’elle est demeurée seule et la Sœur garde-malade lui administra le Saint baptême. Et avant qu’ils fussent tous revenus, son âme était bien belle, ornée de la grâce de Dieu et l’agonie commença de suite. Elle dura peu de temps et la malade semblait s’être endormie. Soudain, j’ai vu son âme d’une délicieuse beauté entrant dans le Ciel. Oh ! Quelle est belle l’âme habitée de la grâce sanctifiante ! La joie a régné dans mon âme parce que je lui ai obtenu une si grande grâce en priant devant cette image !

916. Que la miséricorde divine est grande ! Que chaque âme la loue ! Ô mon Jésus, cette âme va Vous chanter l’hymne de la miséricorde pendant toute l’éternité !
Je n’oublierai pas l’impression que j’éprouvais dans mon âme ce jour là. C’est déjà la seconde grâce que j’ai obtenue ici pour les âmes devant cette image. Oh ! Que le Seigneur est bon et plein de pitié ! Jésus, comme je Vous remercie pour ces grâces !

917. 5. II. 1937. Mon Jésus, malgré tout, je désire beaucoup m’unir à Vous. Jésus, si cela se peut, prenez-moi chez Vous, car il me semble que mon cœur va mourir de nostalgie de Vous ! Oh ! Combien je ressens que je suis en exil ! Quand donc me trouverai-je dans la maison de notre Père et quand vais-je m’abreuver du bonheur qui jaillit de la Sainte Trinité ? Mais si Votre Volonté est que je vive encore et que je souffre, alors je désire ce que Vous m’avez destiné. Gardez-moi sur terre tant qu’il Vous plaira, serait-ce jusqu’à la fin du monde. Ô volonté de mon Seigneur, soit le délice et l’émerveillement de mon âme ! Bien que la terre soit si peuplée, je me sens toute seule et la terre m’est un terrible désert. Ô Jésus, Jésus, Vous savez et connaissez la grande ardeur de mon cœur, Vous seul, Ô Seigneur, pouvez me combler !.

918. Aujourd’hui, lorsque j’ai fait la remarque à une certaine jeune fille que de causer des heures entières dans un corridor avec des hommes ne convenait pas à une jeune fille comme il faut, elle m’a demandé pardon et m’a promis de se corriger. Puis elle s’est mise à pleurer lorsqu’elle a reconnu sa déraison. Quand je lui ai dit ces quelques mots à propos de la morale, les hommes de la salle entière sont accourus et ont écouté cette instruction. Même les Juifs en ont entendu quelque peu à leur propos. Une certaine personne m’a dit après qu’ils avaient appliqué l’oreille au mur et avaient écouté avec recueillement. Je sentais étrangement qu’ils écoutaient, mais j’ai dit ce que j’avais à dire. Les murs ici sont si minces que l’on entend même si l’on parle bas.

919. Il y a ici chez nous une personne qui autrefois était notre élève, et naturellement elle met ma patience à l’épreuve. Elle me rend visite plusieurs fois par jour. Après chacune de ses visites, je suis fatiguée. Mais je vois que Jésus m’a envoyé cette âme. Soyez loué en tout, ô Seigneur ! La patience rend gloire à Dieu. Oh ! Que les âmes sont pauvres !

920. 6. II. 1937. Aujourd’hui le Seigneur m’a dit : « Ma fille, on me dit que tu possèdes beaucoup de simplicité, pourquoi donc ne Me parles-tu pas de tout ce qui te concerne, même des moindres détails ? Parle-Moi de tout ! Sache, que cela Me procure beaucoup de joie ! » J’ai répondu : « Mais puisque Vous savez tout, Seigneur ! » Jésus m’a répondu : « Oui, Je sais tout. Mais le fait que Je sache ne t’excuse pas, toi. Dis-moi tout avec la simplicité d’un enfant, parce que J’ai l’oreille et le Cœur à ton écoute et que ta parole M’est agréable. »

921. Lorsque j’ai commencé cette grande neuvaine à trois intentions, j’ai aperçu par terre un petit ver et j’ai pensé : « Comment est-il arrivé ici au milieu de l’hiver ? » Alors j’ai entendu dans mon âme ces mots : « Vois-tu, je pense à lui et je l’entretiens. Et qu’est-il en comparaison à toi ? Pourquoi ton âme s’est-elle inquiétée durant un instant ? » J’ai demandé pardon au Seigneur pour cet instant. Jésus veut que je sois toujours une enfant, que je m’en remette à Lui de tout souci et que je me soumette aveuglement à Sa Sainte Volonté. Lui se charge de tout.

922. 7. II. 1937. Aujourd’hui le Seigneur m’a dit : J’exige de toi une offrande parfaite et l’holocauste de ta volonté. Aucune autre offrande ne peut être comparée à celle-là. Je dirige Moi-même ta vie et J’arrange tout de manière à ce que tu Me sois une continuelle offrande et que tu fasses toujours Ma volonté. Pour faire cette offrande tu vas t’unir à Moi sur la Croix. Je sais ce que tu peux. Je vais te commander beaucoup de choses directement. Je vais retarder la possibilité de leur accomplissement et les subordonner aux autres. Mais ce que les Supérieures n’atteindront pas, Je vais l’accomplir Moi-même directement dans ton âme et, dans les plus secrètes profondeurs. L’offrande sera parfaite et elle sera un holocauste, non pour un temps seulement, mais sache le, Ma fille, cette offrande durera jusqu’à la mort. Viendra le temps où Moi, le Seigneur Je réaliserai chacun de tes désirs. J’ai une prédilection pour toi, comme pour une hostie vivante. N’aie peur de rien, Je suis avec toi. »

923. Aujourd’hui, j’ai reçu un billet de ma Supérieure disant qu’il m’est défendu d’être au chevet des mourants et des agonisants. J’enverrai donc à ma place l’obéissance et c’est elle qui soutiendra les âmes agonisantes. Telle est la volonté divine, cela me suffit. Ce que je ne comprends pas maintenant, je l’apprendrai plus tard.

924. 7. II. 1937. Aujourd’hui, j’ai prié plus ardemment que jamais à l’intention du Saint Père et de trois prêtres pour que Dieu les inspire sur ce qu’Il attend de moi, car c’est d’eux que dépend la réalisation. Oh ! Comme je suis contente que le Saint Père se porte mieux. J’ai entendu aujourd’hui Son allocution au Congrès Eucharistique et je me suis transportée là-bas en esprit pour recevoir la bénédiction apostolique.

925. 9. II. 1937. Fin du carnaval. En ces deux derniers jours du carnaval, il m’a été donné de voir la multitude des punitions et des péchés. Le Seigneur m’a fait connaître en un instant les péchés du monde entier commis en ces jours. Je me suis évanouie de frayeur et, bien que je connaisse toute la profondeur de la miséricorde divine, je suis étonnée que Dieu permette à l’humanité d’exister. Et le Seigneur me fit comprendre que ce qui soutient l’existence de cette humanité, ce sont les âmes choisies. Lorsque la mesure de ceux qui sont choisis sera comble, le monde cessera d’exister.
Pendant ces deux jours, j’ai communié avec une intention d’expiation et j’ai dit au Seigneur : « Jésus, j’offre tout, aujourd’hui, pour les pécheurs.

926. Que les coups de Votre Justice retombent sur moi et que l’océan de la miséricorde engloutisse les pauvres pécheurs. » Le Seigneur entendit ma demande et beaucoup d’âmes sont revenues à Lui, tandis que moi, j’agonisais sous le joug de la justice divine. Je sentais que j’étais l’objet de la colère du Dieu Très Haut. Le soir, j’ai souffert d’un tel délaissement spirituel que des gémissements s’élevaient involontairement de ma poitrine. J’ai fermé la porte de ma chambre à clef et j’ai commencé l’adoration, c’est-à-dire l’Heure Sainte. L’abandon intérieur et la justice divine que je ressentais, me tinrent lieu d’oraison. Les gémissements et la douleur qui s’élevaient de mon âme, prirent la place de la douce conversation avec le Seigneur.

927. Soudain, j’ai aperçu le Seigneur, qui me pressa contre Son Cœur et me dit : « Ma fille, ne pleure pas, car je ne puis supporter tes larmes. Je te donnerai tout ce que tu demandes, mais cesse de pleurer. » Une grande joie m’envahit et mon esprit, comme d’habitude se perdit en Lui comme en son unique trésor. Ce jour-là, encouragée par Sa bonté, j’ai causé plus longtemps avec Jésus.

928. Tandis que je reposais près de Son doux Cœur, je Lui ai dit : « Jésus, j’ai tant à Vous dire. » Et le Seigneur me dit aimablement : « Parle, Ma fille ! ». J’ai commencé à me répandre en plaintes sur les douleurs de mon cœur : C'est-à-dire que toute l’humanité me tient tant à coeur que tous ne Vous connaissent pas autant que Vous êtes digne d’être aimé. D’autre part, je vois combien les pécheurs Vous offensent terriblement ou bien je vois aussi comme les fidèles sont opprimés et persécutés, surtout Vos serviteurs. Je vois aussi beaucoup d’âmes qui courent aveuglément vers le terrible gouffre de l’enfer. Voilà Jésus la douleur qui s’enfonce dans mon cœur et mes os ! Quoique Vous me favorisiez de Votre amour particulier et inondiez mon cœur des torrents de Vos joies, pourtant cela n’apaise pas les souffrances que je Vous ai citées ? Mais bien au contraire, elles pénètrent plus vivement mon pauvre cœur. Oh ! Comme je désire ardemment que toute l’humanité se tourne avec confiance vers Votre miséricorde. Alors mon cœur sera soulagé en voyant la gloire de Votre Nom.

Jésus a écouté ces épanchements de mon cœur gravement et avec intérêt, comme s’Il n’en savait rien, comme s’Il cachait de moi Sa connaissance de ces choses. Et moi, j’étais comme gênée de ce que je disais. Le Seigneur m’a dit « Ma fille, la parole de ton cœur M’est agréable et par la récitation de ce chapelet tu rapproches l’humanité de Moi. » Après cela je me suis vue seule, mais la présence de Dieu est toujours dans mon âme.

929. Ô mon Jésus, quand j’irai vers Vous et que Vous me comblerez de Vous-même, ce sera pour moi la plénitude du bonheur. Pourtant je n’oublierai pas l’humanité. Je désire soulever le voile du ciel pour que la terre ne doute pas de la miséricorde divine. Mon repos sera de proclamer Votre miséricorde. L’âme rend la plus grande à son Créateur lorsqu’elle se tourne avec confiance vers la miséricorde divine.

930. C’est aujourd’hui le Mercredi des Cendres. Pendant la Sainte Messe, j’ai ressenti un court instant la Passion de Jésus dans mes membres. Le Carême est un temps particulièrement favorable pour les travaux sacerdotaux. Il faut venir en aide aux prêtres pour sauver les âmes.

931. J’ai écrit, il y a quelques jours à mon directeur lui demandant la permission de pratiquer certaines petites mortifications pendant le Carême. Parce que je n’ai pas la permission du médecin d’aller en ville, j’ai du régler cela par écrit, mais c’est déjà aujourd’hui Mercredi des Cendres et je n’ai pas encore de réponse. Le matin, après la Sainte Communion, j’ai prié Jésus d’éclairer mon directeur de Sa lumière pour que j’aie sa réponse. Et j’ai eu connaissance dans mon âme que le Père n’est pas contraire à ce que je pratique ces mortifications dont je lui ai parlées et qu’il m’accordera sa permission. J’ai alors tranquillement commencé à les pratiquer. Le même jour dans l’après-midi, je reçois une lettre de Père me faisant savoir qu’il m’accorde volontiers la permission de pratiquer ce que je lui avais demandé. J’étais très contente que ma connaissance intérieure ait perçu avec justesse l’opinion de mon Père spirituel.

932. Alors j’ai entendu ces mots dans mon âme : « Tu recevras une plus grande récompense pour ton obéissance et ta soumission envers le confesseur que pour ces mortifications que tu vas t’imposer. Sache cela Ma fille, et agis ainsi : la moindre chose, marquée du sceau de l’obéissance est agréable à Mon Cœur et grande à mes yeux ! »

933. Les petites pratiques pendant le Carême. Je ne puis plus m’imposer de grandes mortifications comme auparavant, malgré mon grand désir et mon envie, car je suis sous contrôle médical. Mais je peux pratiquer de petites choses : - dormir sans oreiller – avoir un peu faim – chaque jour réciter le chapelet que le Seigneur m’a appris, les mains étendues, - parfois prier les mains étendues pendant un temps indéterminé sans formuler ma prière. L’intention : obtenir aux pauvres pécheurs la miséricorde divine et aux prêtres la puissance de briser la dureté des cœurs enclins au péché.

934. Mon union avec les âmes agonisantes est aussi étroite qu’avant. J’accompagne souvent de bien loin une âme agonisante. Mais ma plus grande joie est de voir la promesse de la miséricorde divine s’accomplir dans ces âmes. Le Seigneur est fidèle à Ses promesses.

935. Une personne malade dans notre section de l’hôpital était en train de mourir, elle était dans de grands tourments. Pendant trois jours, elle agonisait par moments, puis elle reprenait connaissance. Tout le monde dans la salle priait pour elle. Le désir me prit d’y aller aussi, mais la Mère Supérieure m’avait défendu d’assister les agonisants. Je priai donc dans ma chambre particulière pour cette âme, mais j’entendis qu’elle souffrait encore et on ne savait pas quand cela pourrait finir. Alors soudain, quelque chose m’a dit de prier Jésus et j’ai dit au Seigneur : « Jésus, si tout ce que je fais Vous est agréable, je vous en prie, permettez, en témoignage que cette pauvre âme ne souffre plus, mais qu’elle passe immédiatement au bonheur éternel. » Quelques minutes après cela, j’ai appris qu’elle s’éteignit si tranquillement et si vite qu’on n’a pas même eu le temps d’allumer le cierge.

936. Je noterai encore un mot à propos de mon directeur de conscience. C’est étrange qu’il y ait si peu de prêtres capables de donner à l’âme puissance, courage et force, pour qu’elle continue d’avancer sans fatigue. Sous une telle direction, l’âme, même si elle a peu de forces, peut faire beaucoup pour la gloire de Dieu. Et j’ai découvert ici un secret, c’est que le confesseur ou plutôt le directeur ne dédaigne pas les plus petites choses que l’âme lui présente. Quand l’âme s’aperçoit qu’elle est contrôlée en cela, elle commence à s’y exercer et ne manque pas la plus petite occasion de pratiquer cette vertu et elle évite les moindres fautes. Et de ces efforts s’élève dans l’âme un temple très beau, bâti de ces petites pierres. Si, au contraire, l’âme se rend compte que le directeur dédaigne ces petites choses, elle aussi commencera à les dédaigner. Elle cessera d’en rendre compte à son confesseur. Et ce qui est pire encore, elle commencera à se négliger dans les petits détails. Ainsi, au lieu d’avancer, elle reculera lentement. Et elle ne s’en apercevra que lorsqu’elle tombera en des fautes plus graves. Ici se pose une sérieuse question : qui est fautif ? Elle ou le confesseur, c’est-à-dire le directeur ? Je pencherais plutôt pour le directeur. Il me semble qu’il faut imputer toute la faute à l’imprudence du directeur. La faute de l’âme est qu’elle s’est elle-même choisie son directeur. Le directeur aurait pu mener l’âme à la sainteté par les voies de la volonté divine. L’âme devrait prier très ardemment et très longtemps pour avoir un directeur.

937. Et elle devrait demander que Dieu daigne Lui-même, lui en choisir un. Ce qui commence en Dieu, sera à Dieu. Et ce qui commence d’une manière purement humaine restera humain. Dieu est si miséricordieux que pour aider l’âme, Il lui assigne Lui-même un chef spirituel. Et Il donnera à l’âme la connaissance de la personne à qui l’âme doit dévoiler comme devant Jésus Seul, ses plus secrètes profondeurs. Lorsque l’âme considèrera et reconnaîtra que c’est Dieu qui dirige cela, qu’elle prie bien ardemment pour ce directeur afin qu’il puisse bien la connaître à la lumière divine. Qu’elle ne change pas de directeur, à moins que ne survienne quelque chose de sérieux ! Comme elle a beaucoup prié pour connaître la volonté divine avant le choix du directeur, de même si elle veut en changer, qu’elle prie beaucoup et ardemment pour savoir si c’est vraiment la volonté divine qu’elle en choisisse un autre. Si elle ne voit pas la volonté formelle de Dieu, qu’elle n’en change pas ! Car seule, l’âme n’ira pas loin et Satan ne désire que cela, que l’âme qui aspire à la sainteté se dirige elle-même. Et alors il n’y a pas de doute, elle n’arrivera pas à la sainteté. Il y a une exception, c’est lorsque Dieu dirige l’âme directement Lui-même.

938. Mais le directeur s’apercevra tout de suite que l’âme est dirigée par Dieu seul. Dieu lui permettra de reconnaître cela clairement et distinctement. Dans ce cas, l’âme doit être sous un contrôle plus strict encore que d’autres. Et le rôle du directeur consistera moins à diriger et à indiquer la voie que l’âme doit suivre, qu’à juger et à approuver que l’âme est dans la bonne voie et qu’un bon esprit la dirige. Le directeur devrait être non seulement saint, mais aussi expérimenté et prudent. L’âme devrait préférer son opinion à l’opinion de Dieu même. Alors elle sera à l’abri des illusions et des déviations. L’âme qui ne soumettrait pas ses inspirations au strict contrôle de l’Eglise, c’est-à-dire de son directeur, par cela même fait supposer qu’un mauvais esprit la dirige. Le directeur doit être très prudent à cet égard et il doit éprouver l’âme par obéissance. Satan peut se dissimuler sous le manteau de l’humilité. Mais il ne sait pas se revêtir du manteau de l’obéissance.
Et là toute son action le trahit. Mais le directeur ne devrait pas avoir trop peur. Car si Dieu remet cette âme exceptionnelle sous sa protection, Il lui donnera aussi une grande lumière divine à cet égard. Autrement comment pourrait-il juger les grands mystères qui se passent entre l’âme et Dieu ?

939. J’ai beaucoup souffert moi-même et j’ai été très éprouvée sous ce rapport. C’est pourquoi j’écris seulement ce que j’ai moi-même éprouvé. J’ai fait beaucoup de neuvaines et de pénitences, j’ai récité beaucoup de prières avant que Dieu ne m’envoie le prêtre qui comprendrait mon âme. Il y aurait beaucoup plus d’âmes saintes, s’il y avait plus de directeurs expérimentés et saints. Plus d’une âme, qui aspire sincèrement à la sainteté ne sait pas se débrouiller seule quand viennent les moments d’épreuves. Et elle quitte alors la voie de la perfection. Ô Jésus, donnez-nous des prêtres zélés et saints !

940. Oh ! Quelle est grande la dignité du prêtre, mais comme sa responsabilité est grande aussi ! On vous a beaucoup donné, ô prêtres, mais on exigera aussi beaucoup de vous…

941. 11. II. 1937. C’est aujourd’hui vendredi. Pendant la Sainte Messe, j’ai ressenti des douleurs dans mon corps : dans mes mains, mes pieds et mon côté. Jésus permet ceci comme expiation pour les pécheurs. Cela ne dure pas longtemps, mais la souffrance est grande. Je ne souffre pas plus de quelques minutes, mais j’en garde longtemps une très vive impression.

942. Aujourd’hui, mon âme se sent si délaissée que je ne peux me l’expliquer moi-même. Je voudrais me cacher aux yeux des hommes et pleurer sans fin. Personne ne peut comprendre un cœur blessé par l’amour. Et quand il se sent délaissé, personne ne le consolera. Ô âmes des pécheurs, vous m’avez pris le Seigneur, mais c’est bien ainsi. Reconnaissez comme le Seigneur est doux. Que tout l’océan de votre amertume m’inonde le cœur, je vous ai donné toutes mes consolations divines !

943. A certains moments, lorsque je me méfie de moi-même, que je suis totalement persuadée de ma faiblesse et de ma misère, j’ai compris que je ne pourrai persévérer qu’en ayant confiance dans l’infinie miséricorde divine. La patience, l’oraison et le silence : voilà ce qui donne des forces à l’âme. Il y a des moments où l’âme doit se taire et où cela ne lui convient pas de parler avec les créatures. C’est quand elle est mécontente d’elle-même et qu’elle se sent faible comme un enfant. Alors, dans ces moments-là, de toutes mes forces je reste près de Dieu, je vis exclusivement de la foi. Et quand je me sens affermie par la grâce de Dieu, je suis plus courageuse pour parler et entrer en relation avec mon prochain.

944. Dans la soirée, le Seigneur me dit : « Repose-toi, mon enfant, auprès de Mon Cœur, Je vois que tu as beaucoup travaillé dans Ma vigne. » Et mon âme fut inondée de joie divine.

945. 12. II. 1937. Aujourd’hui, la présence de Dieu me pénètre comme un rayon de soleil. Je languis tellement après Dieu que cela me fait défaillir à chaque instant. Je sens que l’amour éternel touche mon cœur et ma petitesse ne peut le supporter. Elle me fait défaillir. Mais la force intérieure est grande, l’âme veut égaler l’Amour dont elle est aimée. A ces moments l’âme a une très profonde connaissance de Dieu, et plus elle Le connaît, plus son amour pour Lui devient ardent et pur. Oh ! Les mystères de l’âme et de Dieu sont inconcevables. Il arrive parfois que mon âme soit plongée des heures entières dans l’émerveillement en voyant la Majesté divine infinie s’abaisser vers mon âme. Je ne cesse de m’étonner de ce que le Seigneur Très-Haut ait une prédilection pour moi. Il me le dit Lui-même, et moi, cela me plonge plus encore en mon néant, car je sais ce que je suis de moi-même.

Je dois dire cependant que j’aime mon Créateur à la folie par chaque battement de mon cœur et de tout mon être. Mon âme inconsciemment se noie, se perd… en Lui. Je sens que rien ne me séparera du Seigneur, ni le ciel, ni la terre, ni le temps présent, ni l’avenir. Tout peut changer, mais l’amour, jamais, il est toujours le même. Lui, le Souverain immortel me fait connaître Sa volonté pour que je L’aime particulièrement. Et Il rend mon âme capable de l’amour dont il désire être aimé par moi. Je me plonge toujours plus en Lui et je n’ai peur de rien. L’amour occupe tout mon cœur. Même si on me parlait de la Justice divine et que puisque les purs esprits frémissent devant Lui et cachent continuellement leur face devant Sa Sainteté, par conséquent mes relations intimes avec le Seigneur seraient un préjudice pour Son honneur et Sa Majesté, je répondrai non, non et encore une fois non. Tout est contenu dans l’amour pur, le plus grand honneur et la plus profonde adoration. L’âme est plongée en Dieu dans la plus grande paix par l’amour et les paroles des créatures n’ont aucune influence sur elles. Ce qu’elles lui disent de Dieu n’est qu’un pâle aperçu comparé à ce qu’elle éprouve intérieurement en Dieu. Elle s’étonne souvent que les âmes s’émerveillent en entendant ce que l’on dit de Dieu. Pour elles c’est le pain quotidien, car elle sait ce qui se laisse prononcer n’est pas encore si grand. Elle accepte et elle écoute tout avec respect, mais elle a sa propre vie en Dieu.

947. 13. II. 1937. Aujourd’hui, pendant la lecture de la Passion, j’ai aperçu Jésus supplicié, couronné d’épines. Il tenait à la main une tige de roseau. Jésus se taisait et les soldats se bousculaient pour Le torturer. Jésus ne disait rien, Il me regardait seulement et dans ce regard j’ai ressenti un indicible tourment. Nous n’avons même pas idée de ce que Jésus a souffert pour nous avant d’être crucifié. Mon âme est pleine de douleur et de langueur. J’ai éprouvé en mon âme une violente haine pour le péché. La plus petite infidélité me semble une haute montagne, je l’expie par la mortification et la pénitence. Lorsque je vois Jésus supplicié, mon cœur se déchire en lambeaux. Je pense : « Qu’adviendra-t-il des pécheurs s’ils ne profitent pas de la Passion de Jésus ? » Je vois dans Sa Passion un véritable océan de miséricorde.

948. J.M.J. 12. II. 1937.

L’amour divin est la fleur et la miséricorde est le fruit. Que l’âme qui doute, lise ces considérations sur la miséricorde et elle deviendra confiante.
Miséricorde Divine, jaillissant du sein du Père, j’ai confiance en Vous !
Miséricorde Divine, le plus grand attribut de Dieu, j’ai confiance en Vous !
Miséricorde Divine, mystère inconcevable, j’ai confiance en Vous !
Miséricorde Divine, source jaillissant du Mystère de la Sainte Trinité, j’ai confiance en Vous !
Miséricorde Divine, insondable à tout esprit humain ou angélique, j’ai confiance en Vous !
Miséricorde Divine, dont jaillit la vie et le bonheur, j’ai confiance en Vous !
Miséricorde Divine, au-dessus des cieux,
Miséricorde Divine, source de miracles et de merveilles,
Miséricorde Divine, qui enveloppe le monde entier,
Miséricorde Divine, venue sur la terre en la Personne du Verbe Incarné,
Miséricorde Divine, qui coula de la blessure ouverte du Cœur de Jésus,
Miséricorde Divine, contenue dans le Cœur de Jésus pour nous et particulièrement pour les pécheurs,
Miséricorde Divine, insondable dans l’institution de la sainte Eucharistie,
Miséricorde Divine, en l’institution de la Sainte Eglise,
Miséricorde Divine, dans le Sacrement du Saint Baptême,
Miséricorde Divine, notre justification par Jésus-Christ,
Miséricorde Divine, nous accompagnant pendant toute la vie,
Miséricorde Divine, nous enveloppant particulièrement à l’heure de la mort,
Miséricorde Divine, nous gratifiant de la vie éternelle,
Miséricorde Divine, présente à chaque instant de la vie,
Miséricorde Divine, nous préservant du feu infernal,
Miséricorde Divine, pour la conversion des pécheurs insensibles,
Miséricorde Divine, étonnante aux Anges, inconcevable aux Saints,
Miséricorde Divine, insondable dans tous les mystères divins,
Miséricorde Divine, nous relevant de toute misère,
Miséricorde Divine, source de notre bonheur et de notre joie,
Miséricorde Divine, nous appelant du néant à l’existence,
Miséricorde Divine, englobant toutes les œuvres de Ses mains,
Miséricorde Divine, couronnant tout ce qui existe et existera,
Miséricorde Divine, en laquelle nous sommes tous plongés,
Miséricorde Divine, doux apaisement des cœurs tourmentés,
Miséricorde Divine, seul espoir des âmes désespérées,
Miséricorde Divine, repos des cœurs, paix au milieu des frayeurs,
Miséricorde Divine, délice et merveille des âmes saintes,
Miséricorde Divine, éveillant la confiance contre tout espoir, j’ai confiance en Vous !

949. Ô Dieu éternel, dont la miséricorde est insondable, et le trésor de pitié inépuisable, jetez sur nous un regard bienveillant et augmentez en nous Votre miséricorde pour que nous ne désespérions pas dans les moments difficiles, que nous ne perdions pas courage, mais que nous nous soumettions avec grande confiance à Votre Sainte Volonté qui est l’amour et la Miséricorde même.

950. O inconcevable et insondable miséricorde divine,
Qui peut T’adorer et te glorifier dignement ?
Toi, le plus grand attribut du Dieu Tout-puissant
Tu es le doux espoir de l’homme pécheur.

A l’unisson étoiles, terre et mer chantez avec gratitude l’hymne de l’inconcevable miséricorde divine !

951. Mon Jésus, Vous voyez que Votre sainte volonté est tout pour moi ! Ce que Vous ferez de moi m’est indifférent. Vous m’ordonnez de me mettre à l’œuvre ? Je m’y prendrai avec calme quoique je sache en être incapable. Vous m’ordonnez par la bouche de Vos remplaçants d’attendre ? J’attendrai avec patience. Vous remplissez mon âme de ferveur et Vous ne me donnez pas la possibilité d’agir. Vous m’attirez à Vous dans les cieux, et Vous me laissez sur terre. Vous versez dans mon âme la nostalgie de Vous, et Vous Vous cachez à mes yeux. Je meurs du désir de m’unir à Vous pour l’éternité, et Vous ne permettez pas à la mort de s’approcher de moi. Ô volonté divine, Vous êtes la nourriture et le délice de mon âme ! Lorsque je me soumets à la sainte volonté de Mon Dieu, un océan de paix m’inonde.
Ô mon Jésus, Vous ne récompensez pas le succès de l’action, mais la volonté sincère et la peine de l’entreprise, c’est pour cela que je suis tout à fait tranquille. Même si toutes mes initiatives et tous mes efforts étaient anéantis ou ne pouvaient se réaliser, du moment que je fais tout mon possible, le reste ne me concerne pas. C’est pour cela que les plus grandes tempêtes ne troublent pas mon calme profond, la volonté divine demeure en ma conscience.

952. 15. II. 1937. Mes souffrances ont un peu augmenté. Je ressens non seulement de plus grandes douleurs dans les poumons, mais aussi d’étranges douleurs dans les intestins. Je souffre autant que ma faible nature est capable de le supporter. Et j’offre tout pour les âmes immortelles, pour obtenir la miséricorde divine aux pauvres pécheurs et la force aux prêtres. Oh ! Quel grand respect j’ai pour les prêtres ! Et je prie Jésus, le Grand Prêtre, de leur donner beaucoup de grâces.

953. Aujourd’hui après la Sainte Communion le Seigneur m’a dit : « Ma fille, mon délice est de M’unir à toi. La plus grande gloire que tu puisses Me rendre, c’est de te soumettre à Ma volonté. Tu t’attires d’innombrables bénédictions. Je n’aurais pas de prédilection pour toi, si tu ne vivais pas de Ma volonté ! » Ô mon doux Hôte, je suis prête à tous les sacrifices pour Vous. Pourtant Vous savez que je suis la faiblesse même, mais avec Vous je puis tout. Ô mon Jésus, je Vous en supplie, soyez avec moi à chaque instant !

954. 15. II. 1937. Aujourd’hui, j’ai entendu ces paroles dans mon âme : « Hostie agréable à Mon Père, sache, Ma fille, que la Sainte Trinité toute entière a une particulière prédilection pour toi, parce que tu vis exclusivement de la volonté divine ! Aucun sacrifice n’égale celui-là. »

955. À ces mots la connaissance de la volonté divine pénétra mon âme. C'est-à-dire que je regarde tout de plus haut et que j’accepte tous les événements et les désagréments avec amour, comme preuves de la prédilection particulière du Père Céleste.

956. La pure offrande de ma volonté va brûler sur l’autel de l’amour. Pour que mon offrande soit parfaite, je m’unis étroitement au sacrifice de Jésus sur la croix. Et quand sous l’influence de grandes souffrances, ma nature tremblera et que mes forces physiques et spirituelles diminueront, alors je me cacherai profondément dans la blessure ouverte de Cœur de Jésus, sans me plaindre, comme une colombe. Que toutes mes préférences les plus saintes, les plus belles et les plus nobles soient toujours au dernier plan et Votre sainte volonté à la première place. Vos moindres désirs, ô Seigneur, me sont plus chers que le Ciel avec tous ses trésors. Je sais bien que les créatures ne me comprendront pas, c’est pourquoi mon offrande sera plus pure à Vos yeux.

957. Il y a quelques jours, une personne est venue me demander de beaucoup prier à son intention, car elle avait des affaires très importantes et urgentes. Soudain j’ai senti dans mon âme que ces affaires n’étaient pas très agréables à Dieu. Et je lui ai répondu que je n’allais pas prier à cette intention mais que je prierai en général, « Pour vous Madame ». Quelques jours après, cette dame est revenue et elle m’a remercié de ne pas avoir prié à cette intention mais pour elle-même. Car elle avait eu en vue des désirs de vengeance envers une personne pour laquelle elle aurait dû avoir du respect en vertu du quatrième Commandement. Jésus changea son cœur et elle avoua sa faute. Je fus pourtant étonnée d’avoir pénétré son secret.

958. J’ai reçu aujourd’hui une lettre de l’abbé Sopocko, qui m’envoie des souhaits pour ma fête. Ses souhaits m’ont réjouie, mais son manque de santé m’a affligée. Je le savais déjà par ma propre intuition, mais je ne savais pas si je pouvais m’y fier. Pourtant il me semble que s’il me l’a écrit lui-même, les autres choses qu’il ne m’a pas écrites, sont vraies aussi et que ma connaissance intérieure ne me trompe pas. Il me recommande de souligner tout ce que je sais ne pas provenir de moi. C’est-à-dire tout ce que Jésus m’a dit, ce que j’entends dans mon âme. Il me l’a déjà demandé plusieurs fois mais je n’en avais pas le temps et, à vrai dire, je ne me dépêchais pas de le faire. Mais comment sait-il que je ne l’ai pas encore fait ? J’étais bien étonnée. Je me mets maintenant de tout cœur à ce travail. Ô mon Jésus, la volonté de Vos remplaçants est très nettement et sans l’ombre d’un doute Votre Sainte Volonté.

959. 16. II. 1937. Aujourd’hui par erreur, je suis entrée dans la chambre voisine et j’ai parlé avec la personne qui y était. Lorsque je suis revenue chez moi, j’ai encore pensé à elle pendant un moment, quand soudain Jésus se tint debout près de moi et Il m’a dit : « Ma fille à quoi penses-tu maintenant ? » Spontanément je me suis serrée contre son Cœur, reconnaissant que j’avais trop longtemps pensé à une créature.

960. Le matin, ayant fini mes exercices spirituels, je me suis mise à travailler au crochet. Je sentais que Jésus reposait dans mon cœur silencieux. Et cette profonde et douce conscience de la présence divine m’a porté à dire au Seigneur : Ô Sainte Trinité qui demeurez dans mon cœur, accordez, je Vous en prie, la grâce de la conversion à autant d’âmes que je crochèterai de points aujourd’hui. Alors j’ai entendu dans mon âme ces mots : « Ma fille, tes exigences sont trop grandes. » -« Jésus, il Vous est cependant plus facile de donner plus que de donner peu. Mais chaque conversion d’une âme pécheresse exige un sacrifice. Je Vous offre, doux Jésus, mon travail consciencieux ; il ne me semble pas que cette offrande soit trop petite pour un si grand nombre d’âmes. Jésus, comme Vous avez Vous-même sauvé les âmes par trente ans de travail, et puisque la sainte obéissance me défend les pénitences et les grandes mortifications, je Vous prie donc d’accepter, Seigneur, ces petites choses, marquées de sceau de l’obéissance comme si c’était de grandes choses. » J’ai alors entendu une voix dans l’âme : « Ma douce fille, Je vais satisfaire ta demande. »

961. Je vois souvent une certaine personne, agréable à Dieu. Le Seigneur a une grande prédilection pour elle, non seulement parce qu’elle tâche de faire connaître la gloire de la miséricorde divine mais aussi pour l’amour qu’elle a envers Dieu, quoique cette âme ne ressente pas toujours cet amour dans son cœur d’une manière sensible. Elle demeure presque continuellement au jardin des Oliviers, et pourtant elle est toujours agréable à Dieu. Et sa grande patience remportera la victoire dans toutes les adversités.

962. Oh ! si l’âme souffrante savait combien Dieu l’aime, elle mourrait de joie par excès de bonheur ! Un jour, nous découvrirons ce qu’est la souffrance, mais alors nous ne serons plus capable de souffrir. Le moment présent nous appartient.

963. 17. II. 1937. J’ai vu ce matin, pendant la Sainte Messe, Jésus souffrant. Sa Passion s’est répercutée dans mon corps d’une manière invisible mais non moins douloureuse. Jésus m’a regardée et Il a dit : « Les âmes périssent malgré Mon amère Passion.

964. Je leur offre une dernière planche de salut : La fête de Ma miséricorde. Si elles n’adorent pas Ma miséricorde, elles périront pour l’éternité. Secrétaire de Ma miséricorde, écris, parle aux âmes de Ma grande miséricorde, car ce jour terrible, le jour de Ma justice est proche. »

965. Aujourd’hui j’ai entendu dans mon âme ces paroles : « Ma fille, il est temps de te mettre à l’œuvre. Je suis avec toi. De grandes persécutions et de grandes souffrances viendront. Mais console-toi à la pensée que beaucoup d’âmes seront sauvées et sanctifiées par cette œuvre. »

966. Quand je me suis mise à cette œuvre, je soulignais les paroles du Seigneur et je passais tout en revue. Lorsque j’en suis arrivée à la page sur laquelle j’avais noté les conseils et les indications du Père Andrasz, je ne savais que faire, souligner ou ne pas souligner. J’ai entendu alors ces paroles dans mon âme : « Souligne-les car ces paroles sont Miennes. J’ai emprunté pour te parler la bouche de l’ami de Mon Cœur afin de te tranquilliser. Tu dois t’en tenir à ces indications jusqu’à la mort. Il ne Me plairait pas du tout que tu y renonces. Sache que c’est Moi-même qui l’ai mis entre Moi et ton âme. Je le fais pour ta paix et pour que tu ne t’égares pas.

967. Depuis que je t’ai mise sous la protection particulière de ce prêtre tu es dispensée vis-à-vis de tes Supérieures de rendre un compte détaillé de Mes relations avec toi. Comporte-toi néanmoins comme un enfant avec elles. Mais c’est aux prêtres seulement que tu confieras sincèrement tout ce qui se passe dans les profondeurs de ton âme. »

Et j’ai remarqué que depuis, que Dieu, m’a donné un directeur, Il n’a plus exigé comme auparavant, que je dise tout à mes supérieures, à l’exception des choses extérieures. A part cela, seul mon directeur connaît mon âme. C’est une grâce de Dieu exceptionnelle que d’avoir un directeur de conscience. Oh ! Comme il y a peu d’âmes qui ont reçu cette grâce. L’âme vit dans une paix constante au milieu des plus grandes difficultés. Chaque jour, après la Sainte Communion, je remercie Dieu pour cette grâce, et chaque jour je prie le Saint Esprit de donner à mon directeur la lumière. J’ai vraiment ressenti dans mon âme quelle grande puissance ont les paroles du directeur. Que la miséricorde divine soit adorée pour cette grâce !

968. Je suis allée aujourd’hui faire ma méditation devant le Saint Sacrement. Lorsque je me suis approchée de l’autel, la présence divine me pénétra. Je fus plongée dans l’océan de Sa Divinité et Jésus m’a dit : « Ma fille, tout ce qui existe est à toi. » J’ai répondu au Seigneur : « Mon cœur ne réclame que Vous seul, Ô Trésor de mon cœur. Je Vous remercie Seigneur pour tous Vos dons, mais je n’exige que Votre Cœur. Quoique les cieux soient grands, pour moi ils ne sont rien sans Vous. Vous savez bien, Jésus, que je défaille sans cesse après Vous. » - « Sache, ma fille, que ce que d’autres âmes atteindront dans l’éternité, tu le goûtes déjà maintenant. » Et soudain, mon âme fut inondée de la lumière de la connaissance de Dieu.

969. Oh ! Que ne puis-je exprimer tant soit peu ce que l’âme ressent près du Cœur de la Majesté inconcevable !
Je ne sais l’exprimer. Seule une âme qui l’a vécue au moins une fois dans sa vie, peut imaginer cette grâce. Quand je suis rentrée dans ma chambre, il me semblait que de la vraie vie je revenais à la mort. Le médecin est venu me prendre le pouls. Il s’est étonné : « Que vous est-il arrivé, ma Sœur ? Vous n’avez jamais eu un pouls semblable. Je voudrais savoir ce qui a provoqué une telle accélération de la pulsation ? » Que pouvais-je répondre alors que je ne savais pas moi-même que j’avais une tension si élevée ? Je sais seulement que j’agonise de langueur après Dieu. Mais je ne lui ai pas dit, car qu’est- ce que la médecine peut y faire.

970. 19. II. 1937. L’union avec les agonisants. Ils me demandent des prières et je peux prier, le Seigneur me donne un singulier esprit d’oraison. Je suis constamment unie à Lui et je sens pleinement que je vis pour les âmes, pour les amener à Votre Miséricorde, Seigneur. Pour cela aucun sacrifice n’est trop petit.

971. Aujourd’hui le docteur a décidé que je devais encore rester ici jusqu’au mois d’avril. C’est la volonté divine. Cependant je désirais déjà revenir parmi nos Sœurs.
J’ai reçu aujourd’hui la nouvelle de la mort de l’une de nos Sœurs qui est morte à Plock. Mais elle est venue chez moi avant que l’on ne m’ait annoncé sa mort

973. 22. II. 1937. Aujourd’hui une retraite pour les servantes a commencé dans notre chapelle. Tous ceux qui le désirent peuvent y prendre part. Il y a une conférence par jour. Le Père Bonaventura un Père Pieux, parle droit aux âmes toute une heure. J’ai pris part à cette retraite, désireuse de connaître Dieu plus profondément pour l’aimer plus ardemment, car j’ai compris que plus la connaissance est grande, plus l’amour est puissant.

974. J’ai entendu aujourd’hui ces paroles : « Prie pour les âmes, quelles n’aient pas peur de s’approcher du Tribunal de Ma miséricorde. Ne cesse pas de prier pour les pécheurs. Tu sais à quel point leur âme Me tient à Cœur. Soulage Ma tristesse mortelle, distribue Ma miséricorde. »

975. 24. II. 1937. Aujourd’hui, pendant la Sainte Messe j’ai vu Jésus agonisant. Les souffrances du Seigneur me transpercent l’âme et le corps d’une manière invisible, mais la douleur est grande. Elle dure un très court moment.

976. Pendant la Passion chantée, une si vive impression de Son supplice me saisit que je n’ai pu retenir mes larmes. J’aurais voulu me cacher quelque part pour donner libre cours à ma douleur provoquée par la considération de la Passion.

977. Quand j’ai prié à l’intention du Père Andrasz, j’ai reconnu qu’il est très agréable à Dieu. Depuis ce moment, j’ai encore plus de respect pour lui, comme pour un Saint. Je m’en réjouis et j’ai rendu grâce à Dieu avec ferveur.

978. Aujourd’hui j’ai vu Jésus pendant la bénédiction. Il m’a dit ces paroles : « Sois obéissante en tout à ton directeur, sa parole est Ma volonté. Grave-la au fond de ton âme. C’est Moi qui parle par sa bouche et Je désire que tu lui dévoiles l’état de ton âme avec la même simplicité et sincérité que tu as pour Moi. Je te répète encore une fois Ma fille : Sache que ses paroles sont l’expression de Ma volonté envers toi. »

979. J’ai vu aujourd’hui le Seigneur d’une grande beauté et Il m’a dit : « Mon aimable hostie, prie pour les prêtres, surtout pendant ce temps de la moisson. Mon Cœur t’aime de manière privilégiée et pour toi, je bénis la terre. »

980. J’ai compris que ces deux années de souffrances intérieures que j’endure en me soumettant à la volonté divine pour mieux connaître cette volonté, m’ont fait plus avancer dans la perfection que les dix années précédentes. Depuis deux ans, je suis sur la croix entre ciel et terre. C'est-à-dire, que d’un côté je suis liée par le vœu d’obéissance. Je dois écouter ma supérieure comme Dieu Lui-même. Et d’un autre côté, Dieu Lui-même me fait directement connaître Sa volonté. Voilà pourquoi mon supplice intérieur est si grand que personne ne peut comprendre ni concevoir ces souffrances spirituelles. Il me semble plus facile de perdre la vie que de vivre souvent, seulement une heure d’un tel supplice. Je ne vais même pas écrire beaucoup sur ce sujet, car il n’est pas à décrire : connaître directement la volonté de Dieu et être en même temps, parfaitement obéissante à la volonté divine annoncée indirectement par les Supérieures. Dieu merci, Il m’a donné, car autrement je n’avancerais pas d’un pas.

0981 Faustine,
Ces jours-ci j’ai reçu une gentille lettre de ma petite sœur de dix-sept ans. Elle me supplie et me conjure de l’aider à entrer au couvent. Elle est prête à tous les sacrifices pour le Bon Dieu. Je vois par sa lettre que le Seigneur la conduit Lui-même, je me réjouis de la grande miséricorde divine.

982. Aujourd’hui la Majesté de Dieu m’a enveloppée et a transpercé mon âme. La grandeur de Dieu me plonge et m’envahit à ce point que je me noie toute entière en elle : je fonds et je disparais toute en Lui comme dans la vie, la vie parfaite.

983. Mon Jésus, je comprends bien que ma perfection ne consiste pas en ce que Vous me chargez de faire de grandes œuvres pour Vous. Oh non, ce n’est pas en cela que consiste la grandeur de l’âme, mais dans un grand amour pour Vous. O Jésus, je comprends au fond de mon âme que les plus grandes œuvres ne peuvent se comparer à un acte de pur amour pour Vous. Je désire Vous être fidèle, répondre à Vos désirs. J’applique mes forces et mon intelligence à accomplir tout ce que Vous me recommandez, Seigneur. Et je n’ai pas une ombre d’attachement pour tout cela. Je le fais, car telle est Votre volonté. Mon amour entier s’est noyé non pas dans Vos œuvres, mais en Vous-même, ô mon Créateur et mon Seigneur.

984. 25. II. 1937. J’ai ardemment prié pour la mort heureuse d’une personne qui souffrait beaucoup. Elle s’est trouvée pendant deux semaines entre la vie et la mort. Elle m’a fait pitié et j’ai dit au Seigneur : « Doux Jésus, si les travaux que je m’engage à faire pour Votre gloire Vous sont agréables, je Vous en prie, prenez-la chez Vous, qu’elle repose en Votre miséricorde. » J’étais étrangement tranquille. Peu après, on est venu me dire que la personne qui souffrait tant, venait de mourir..

985. J’ai vu un prêtre qui avait besoin de la grâce divine, j’ai prié pour lui jusqu’à ce que Jésus le regarde avec bienveillance et lui donne la force.

986. J’ai appris aujourd’hui qu’une personne de ma famille offense Dieu et qu’elle et en grand danger de mort. Cette connaissance causa une telle souffrance à mon âme que j’ai cru ne pouvoir survivre à l’offense faite à Dieu. J’ai bien demandé pardon à Dieu, mais je voyais Sa grande colère.

987. J’ai prié à l’intention d’un prêtre pour que Dieu l’aide dans certaines affaires. Soudain j’ai aperçu Jésus crucifié. Jésus avait les yeux fermés. Il était au supplice. J’ai salué Ses cinq blessures, une par une et Lui ait demandé Sa bénédiction, pour ce prêtre. Jésus m’a fait connaître intérieurement combien cette âme lui est agréable, et j’ai senti que la grâce a coulé de Ses blessures sur cette âme qui est, comme Jésus, étendue sur la croix.

988. Mon Seigneur et mon Dieu, Vous savez que mon âme Vous aime Vous seul. Toute mon âme s’est noyée en Vous, Seigneur. Même si je n’accomplissais rien de ce que Vous m’avez fait connaître, Seigneur, je suis tout à fait tranquille, car j’ai fait tout mon possible. Je sais bien que Vous, Seigneur, Vous n’avez pas besoin de nos œuvres. Vous n’exigez que l’amour.

989. L’amour, encore l’amour et toujours l’amour de Dieu. Il n’y à rien de plus grand au Ciel et sur la terre, ni rien qui lui soit supérieur. La perfection de la grandeur c’est d’aimer Dieu. La véritable grandeur, c’est l’amour de Dieu. La vraie sagesse, c’est aimer Dieu. Tout ce qui est grand et beau est en Dieu. En dehors de Dieu, il n’y a ni beauté ni grandeur. O vous, sages de ce monde, et vous, les grandes intelligences, reconnaissez que la vraie grandeur réside dans l’amour de Dieu. Oh ! Comme je suis étonnée, que certaines personnes s’abusent elles-mêmes en disant qu’il n’y a pas d’éternité.

990. 26. II. 1937. J’ai vu aujourd’hui que les saints mystères étaient célébrés sans vêtements liturgiques et dans des maisons privées, à cause d’un orage momentané. Et j’ai aperçu le soleil sortant du Saint Sacrement. Les autres lumières s’éteignirent ou bien furent assombries et tout le monde avait les yeux tournés vers cette lumière-là. Mais je ne comprends pas encore la signification de cette vision.

991. J’avance dans la vie parmi les arcs-en-ciel et les orages, mais le front fièrement levé, car je suis un enfant royal. Je sais que le sang de Jésus circule dans mes veines. J’ai mis ma confiance dans la grande miséricorde du Seigneur.

992. J’ai demandé au Seigneur que telle personne vienne chez moi aujourd’hui pour que je puisse la voir encore une fois. Ce sera pour moi un signe qu’elle est appelée à entrer dans la congrégation que Jésus veut que je fonde. Et chose étrange, cette personne est venue. J’ai tâché de la former un peu intérieurement. J’ai commencé à lui indiquer la voie du renoncement et du sacrifice, ce qu’elle a volontiers accepté. Cependant, j’ai remis toute cette affaire dans les mains du Seigneur pour qu’Il dirige tout selon son bon plaisir.

993. J’ai entendu aujourd’hui à la radio : « Bonsoir Chef Sacré de mon Jésus », et soudain mon esprit se noya en Dieu. L’amour divin inonda mon âme, et je suis demeurée un instant près du Père céleste.

994. Quoiqu’il ne soit pas facile de vivre en continuelle agonie,
D’être clouée à la croix par différentes douleurs,
Pourtant je m’enflamme d’amour en aimant,
Et comme un Séraphin, j’aime Dieu, bien que je ne sois que faiblesse.

Oh ! Grande est l’âme qui parmi les souffrances,
Se tient fidèlement auprès de Dieu et accomplit Sa volonté !
Et sous les plus grands arcs-en-ciel et orages elle est sans consolation.
Mais le pur amour de Dieu adoucit sa destinée.

Ce n’est pas grand-chose d’aimer Dieu dans le bien être
Et de le remercier quand tout va bien.
Mais L’adorer parmi les plus grandes contrariétés,
L’aimer pour Lui Seul
Et mettre sa confiance en Lui est bien autre chose

Lorsque l’âme séjourne dans les ombres de Gethsémani
Et dans la douleur de l’amertume solitaire,
Elle monte vers les hauteurs avec Jésus.
Et quoiqu’elle boive constamment l’amertume, elle n’est pas triste.
Quand l’âme accomplit la volonté du Dieu très haut
Fût-ce au milieu de constants supplices et tourments,
Ayant trempé les lèvres au calice qui lui est présenté,
Elle devient puissante et rien ne l’émeut.

Quoique tourmentée, elle répète : que Ta volonté soit faite.
Elle attend patiemment le moment où elle sera transfigurée ;
Car dans les plus grandes ténèbres, elle entend la voix de Jésus : tu es à Moi.
Elle le connaîtra lorsque le voile tombera.

995. 28. II. 1937. Pendant un long moment, j’ai ressenti aujourd’hui la Passion de Jésus et j’ai vu combien d’âmes ont besoin de prières. Je sens que je me change toute en prière pour obtenir à chaque âme la miséricorde divine. O mon Jésus, je Vous ai accueilli dans mon cœur comme otage de miséricorde pour les âmes.

996. Lorsque ce soir j’ai entendu à la radio le chant : «Bonsoir Chef Sacré de Mon Jésus », mon esprit fut soudain enlevé dans le sein mystérieux de Dieu. Et j’ai compris en quoi consiste la grandeur de l’âme et quelle signification a l’amour devant Dieu : l’amour encore l’amour et toujours l’amour. Et j’ai compris à quel point tout ce qui existe est imprégné de Dieu ! Un amour de Dieu si grand inonda mon âme qu’il est impossible de le décrire. Heureuse l’âme qui sait aimer sans réserve, car c’est là qu’est sa grandeur.

997. Aujourd’hui j’ai assisté à une retraie d’un jour. Au cours de la dernière conférence le prêtre parlait de ce que le monde a besoin de miséricorde divine. C’est comme un temps exceptionnel où l’humanité a tellement besoin de miséricorde divine et de prières. Alors j’ai entendu dans mon âme une voix : « Voilà des paroles pour toi. Fais tout ton possible pour l’œuvre de ma miséricorde. Je désire qu’on honore Ma miséricorde. Je donne à l’humanité sa dernière planche de salut, c’est-à-dire le recours à Ma miséricorde. Mon Cœur se réjouit de cette fête. » Ces mots m’ont fait comprendre que rien ne peut me dispenser de ce que le Seigneur exige de moi.

998. Pendant cette nuit, j’ai été si souffrante que j’ai cru que c’était la fin. Les médecins n’ont rien pu trouver, ni dire quelle était cette maladie. Je sentais comme si j’avais toutes mes entrailles mises en lambeaux. Cependant, après quelques heures de souffrances, je me porte bien. J’offre tout pour les pécheurs. Que Votre miséricorde descende sur eux, Seigneur!

999.
Dans le terrible désert de la vie
O mon doux Jésus,
Epargne aux âmes la défaite, car Tu es la source de miséricorde.

Que la clarté de tes rayons,
O doux Chef de nos âmes,
Que Ta miséricorde, changent le monde,
Et que sous l’effet de Ta grâce, le monde serve Jésus.

Je dois traverser une longue route rocailleuse,
Mais je n’ai peur de rien.
Car pour moi jaillit la source pure de la miséricorde,
Et avec elle jaillit la force de l’humble.

Je suis tourmentée et fatiguée,
Mais ma conscience me rend témoignage,
Que je fais tout pour la plus grande gloire du Seigneur.
Le Seigneur est mon repos et mon héritage.

Fin du deuxième brouillon

Cahier III

Inscription sur la couverture du troisième cahier :

Sœur (Marie-)Faustine du Très saint Sacrement
Congrégation des Soeurs de la Divine
Mère de la Miséricorde

Je chanterai la Miséricorde
Du Seigneur

J.M.J.

1000. Sois donc remercié, Seigneur, ô mon Maître,
De m’avoir en Toi toute transformée,
Tu m’accompagnes dans les difficultés et les dures épreuves de la vie,
Rien ne saurait m’effrayer quand je T’ai en mon cœur.

J.M.J.

1001. Et voici que le Cène se trouve disposée,
Jésus avec Ses Apôtres prend place à table,
Tout son Etre en amour transformé,
Car tel était le conseil de la Sainte Trinité.

C’est une grande faim que je désire assouvir avec Vous,
Avant de souffrir la mort
Sur le point de Vous quitter, l’amour Me retient parmi vous.
Le sang va couler, la vie va s’en aller, car Il aime immensément.

L’amour se dissimule sous l’apparence du pain,
Car Il ne nous quitte, qu’afin de demeurer avec nous.
Un tel anéantissement n’était point nécessaire,
Mais l’amour brûlant se dissimula sous les Saintes Espèces.

Sur le pain, sur le vin, Il dit ces mots :
Ceci est Mon Corps, ceci est Mon Sang,
Ce sont là paroles d’amour, quel mystère !
Puis Il fait passer le Calice à Se disciples

Jésus s’inquiéta en Lui-même,
Et dit : « L’un de vous trahira son Maître. »
Ils se sont tus, silence de mort.
Et Jean penche la tête sur la poitrine de Jésus.

La Cène est terminée.
Allons au Jardin.
L’Amour est rassasié,
Mais là, déjà attend le traître.

J.M.J.

1002. O volonté de Dieu, tu es ma nourriture, tu es mon délice.
Hâte ô Seigneur la Fête de la Miséricorde, afin que les âmes puissent connaître la source de Ta bonté.

Dieu et les âmes

Cracovie, le 1er mars 1937.

Sœur Marie Faustine
Du Très Saint Sacrement

1003. O volonté de Dieu Tout-Puissant,
Tu es ma jouissance, tu es ma joie.
Peu importe ce que me tend la main de mon Seigneur,
Je l’accepte avec allégresse, soumission et amour.

Faire Ta sainte volonté : voila mon repos.
En elle est toute sainteté,
En elle aussi mon salut éternel.
Car, la plus grande gloire, c’est accomplir la volonté de Dieu.

La volonté de Dieu : ce sont ses divers souhaits,
Que mon âme accomplit sans réserve,
Car tels sont Ses divins désirs,
Et c’est aussi le temps où Dieu accorde Ses confidences.

Fais de moi ce qu’Il Te plaît, Seigneur,
Je n’ai rien à y redire.
Car Tu es tout mon délice et l’amour de mon âme,
Et c’est à Toi que je confie les élans de mon cœur.

1004. J.M.J. Cracovie, le 1er mars 1937
Troisième cahier

Dieu et les âmes

Que la glorification et l’adoration du Dieu de Miséricorde se répandent sur toute créature pour les siècles passés et à venir.

1005. O mon Seigneur et mon Dieu, Vous m’ordonnez d’écrire les grâces que Vous m’accordez. O mon Jésus, si ce n’était l’ordre exprès des confesseurs m’enjoignant d’écrire ce qui se passe en mon âme, de mon propre gré je n’écrirais pas un seul mot. C’est donc sur ordre formel et au nom de la sainte obéissance, que j’écris à propos de moi-même.

1006. Honneur et gloire à Vous, ô Sainte Trinité, Dieu éternel. Que Votre miséricorde, jaillissant du plus profond de Vous-même, nous protège de Votre juste colère. Que retentisse la gloire de Votre inconcevable miséricorde. Sur toutes Vos œuvres est posé le sceau de Votre insondable miséricorde, ô Dieu.

1007. 1er mars 1937. Le Seigneur m’a fait voir à quel point Lui déplait une âme loquace : « En cette, âme je ne jouis d’aucun repos. Le tumulte incessant Me fatigue et dans ce tumulte l’âme ne discerne pas ma voix. »

Aujourd’hui, j’ai prié Notre-Seigneur Jésus de me faire rencontrer une certaine personne, ce serait pour moi l’indice qu’Il l’appelait en ce monastère. Je l’ai vue et j’ai compris que cette âme avait la vocation. J’ai prié Notre-Seigneur qu’Il daigne la former Lui-même. Puis j’ai souvent parlé avec elle de la vocation, le Seigneur fera le reste.

1009. 5 mars 1937. Aujourd’hui, j’ai longtemps ressenti le supplice de Notre-Seigneur Jésus dans mon propre corps : c’est là une bien grande douleur. Mais j‘ai enduré tout cela pour les âmes immortelles.

1010. Aujourd’hui Notre Seigneur m’a visitée. Il m’a serrée contre Son Cœur, et m’a dit : « Reposes-toi, ma petite enfant. Je suis toujours avec toi. »

1011. 8 mars 1937. Aujourd’hui, alors que je priais à l’intention du Père Andrasz, tout-à-coup, j’ai su comme il se rapprochait de Dieu. Et combien cette âme était agréable au Seigneur. Cela m’a causé une grande joie, car je désire ardemment que toutes les âmes soient le plus étroitement possible unies à Dieu.

1012. Aujourd’hui pendant les prières, un si grand désir d’entrer en action a envahi mon âme, que je n’ai pu refréner cet élan. Oh ! avec quelle ardeur je désire que les âmes de cette Congrégation se présentent devant le trône de Dieu pour implorer la miséricorde divine pour le monde entier, adorant et glorifiant cette insondable miséricorde de Dieu. Une force étrange me pousse à l’action.

1013. 12 mars1937. J’ai vu la lassitude d’un certain prêtre pour lequel le Seigneur a tracé une route dure et difficile. Mais le fruit de son travail demeurera. Que Dieu nous donne beaucoup d’âmes semblables, qui sachent aimer Dieu au milieu des plus grands tourments.

1014. J’ai senti aujourd’hui, combien l’âme d’un agonisant désirait des prières. J’ai prié pour cette âme tout le temps qu’il lui fallut pour trépasser et jusqu’à ce que je le ressente. Oh ! Combien les âmes des mourants ont besoin de prières. O Jésus, inclinez les âmes à prier souvent pour les agonisants.

1015. 15 mars 1937. Aujourd’hui, j’ai pénétré l’amertume de la Passion de Notre Seigneur Jésus. J’ai souffert uniquement en esprit et j’ai compris toute l’horreur du péché. Dieu me fit connaître l’étendue de son aversion pour le péché. Au plus profond de mon âme, j’ai réalisé à quel point le péché est affreux, même le plus minime, et combien il tourmentait l’âme de Jésus. Je préférerais souffrir mille morts plutôt que de commettre le moindre péché véniel.

1016. Le Seigneur m’a dit : « Je désire Me communiquer aux âmes et les remplir de Mon amour. Mais il y a peu d’âmes disposées à recevoir toutes les grâces que Mon amour leur destine. Ma grâce ne se perd pas si l’âme à laquelle elle est destinée ne la reçoit pas, c’est une autre âme qui la prend. »

1017. Souvent, je sens que certaines personnes prient pour moi ; je ressens cela tout-à-coup en mon âme, mais je ne sais pas toujours qui intercède pour moi. Je sais également si quelqu’un a de la peine par ma faute. Cela aussi je le ressens intérieurement, même si c’est très loin.

1018. 18 mars 1937. J’ai reçu une certaine grâce qui m’amène à une grande intimité et communication avec le Seigneur. Par une lumière intérieure, Il me fait connaître Sa Grandeur, Sa Sainteté et avec quelque bienveillance Il s’abaisse jusqu’à moi. Il me révèle Son amour exclusif envers moi, comme Il est le Maître de toute chose et comme Il se communique à l’âme. Suspendant toutes les lois de la nature, Il agit comme Il veut.

1019. Je vis en mon for intérieur les épousailles de l’âme de l’âme avec Dieu : c’est une pure célébration intérieure de l’âme avec Dieu sans aucune conséquence extérieure. . Cette grâce m’a entraînée dans l’ardeur même de l’amour de Dieu. J’ai connu à la fois Sa qualité de Trinité et l’absolue unité de Son Etre. Cette grâce est différente de toutes les autres. Elle est si hautement spirituelle, que mon incomplète description ne peut en exprimer, même l’ombre.

1020. J’ai un tel désir de me cacher ! Je voudrais tant vivre comme si je n’existais pas ! Je ressens étrangement et intérieurement l’attrait de me cacher au plus profond de moi-même afin que seul me connaisse le Cœur de Jésus. Je désire être pour Jésus un habitacle de silence où Il puisse se reposer. Je n’autoriserai rien qui puisse éveiller l’objet de mon adoration.. Me cacher, me donner la possibilité d’une fréquentation continuelle et exclusive avec Lui, objet de mon adoration. Je fréquente les créatures autant que cela Lui plaît. Mon coeur s’est mis à aimer le Seigneur de toute la force de l’amour, et je ne connais pas d’autre amour. Car dès le début mon âme a sombré dans le Seigneur comme en son unique trésor.

1021. Quoique extérieurement, j’éprouve beaucoup de douleur et diverses contrariétés, cela ne diminue cependant, en aucune façon, ma vie intérieure, ni ne trouble la paix de mon âme. Je ne crains pas la solitude. Même si tous devaient m’abandonner, je ne serais pourtant pas seule, car le <seigneur est avec moi. Même si le Seigneur devait cacher, l’amour saurait Le trouver. Car pour l’amour, il n’y a ni porte, ni gardiens. Le perspicace Chérubin lui-même avec son épée flamboyante, , ne peut empêcher l’amour qui, à travers les forêts, et dans les orages, la foudre et les ténèbres, parviens à la source dont il est sorti et y demeure des siècles. Tout cessera, mais l’amour ne cessera jamais.

1022. Aujourd’hui, j’ai reçu des oranges. Après le départ de la Sœur j’ai pensé ; « Au lieu de me mortifier et de faire pénitence durant le Saint Jeûne, je vais manger des oranges ? Je me sens déjà un peu mieux. » Sur ce, j’entends une voix en mon âme : « Ma fille, tu Me plais bien plus si, par obéissance et amour de Moi, tu manges ces oranges, que si tu te mortifies et jeûnes de ta propre volonté. Je connais ton cœur, et sais que rien ne saurait le contenter si ce n’est l’amour de Moi. »

1023. Je ne saurais vivre sans le Seigneur. Dans cet isolement, souvent Jésus me rend visite, m’édifie, me calme ou me réprimande et me rappelle à l’ordre. Mais toujours plein de bonté et de miséricorde, Lui-même façonne mon cœur à Sa guise, suivant Ses divins désirs. Nos cœurs ne font qu’un.

1024. 19 mars 1937. Je me suis unie à l’adoration qui a lieu aujourd’hui, en notre maison. Cependant mon âme était pleine et une étrange appréhension me rongeait le cœur, aussi ai-je redoublé mes prières. Et tout-à-coup, j’ai aperçu le regard de Dieu au fond de mon cœur.

1025. Quand j’ai pris place devant l’appétissant déjeuner, j’ai dit au Seigneur : « Merci pour tous ces dons, mais mon cœur se meurt de langueur pour Vous et rien de ce qui est terrestre n’est à mon goût. Je désire la manne de Votre amour. »

1026. Aujourd’hui, une force étrange me poussait à l’action. Je dois résister à cette attirance; sinon j’irai immédiatement dans cette direction.

1027 21 mars 1937. Dimanche des rameaux. Durant la Sainte Messe, mon âme a été plongée dans l’amertume et les souffrances de Jésus. Jésus m’a fait connaître combien il a souffert durant ce cortège triomphal. En écho à l’Hosanna, résonnait dans le Cœur de Jésus : « crucifie-Le ! » Jésus m’a fait ressentir ce la de façon particulière.

1028. Le médecin ne m’a pas permis de me rendre à la Chapelle pour le Chemin de croix, comme j’en avais le très grand désir. Cependant j’ai pu prier dans ma chambre séparée. Tout-à-coup, j’ai entendu la sonnette de la chambre voisine. J’y suis entrée et j’ai rendu service à un grand malade.
De retour dans ma chambre, j’ai aperçu tout-à-coup Notre Seigneur Jésus, qui s’est adressé à moi en ces termes : « Ma fille, le service que tu viens de Me rendre, Ma causé une plus grande joie que si tu avais longuement prié. » J’ai répondu : « Mais ce n’est pas à Vous, ô Jésus, mais à ce malade que j’ai rendu service. » Le Seigneur m’a répondu : « Oui, ma fille, mais quoi que tu fasse pour ton prochain, c’est à Moi que tu le fais. »

1029. Ô mon Jésus, donnez-moi la sagesse, éclairez ma raison de Votre lumière et cela, ô Seigneur, dans le but unique de Vous mieux connaître ! Car, plus je Vous connais, plus passionnément je Vous aime, unique objet de mon amour. En Vous sombre mon âme, en Vous se fond mon cœur. Je ne sais pas aimer à moitié, mais de toute la force de mon âme et de toute l’ardeur de mon cœur. Vous avez Vous même, ô Seigneur allumé mon amour pour Vous. En Vous s’est résorbé mon cœur pour l’éternité.

1030. 22 mars 1937. Parlant aujourd’hui à une personne, j’ai perçu que son âme était en peine, quoique extérieurement elle fasse semblant d’être gaie et de ne souffrir aucunement. J’eus l’inspiration de lui dire que ce qui la tourmentait était la tentation. Lorsque je lui eus découvert ce qui la torturait, elle s’est mise à pleurer tout haut et m’a déclaré qu’elle était justement venue me voir pour cela, pour en parler, car elle sentait que cela la soulagerait. Cette souffrance venait de ce que cette âme était attirée d’un côté par la grâce de Dieu, et de l’autre par le monde. Elle passa par une lutte terrible jusqu'à verser des larmes comme un petit enfant. Puis elle s’en alla calmée et tranquillisée.

1031. Durant la sainte Messe, j’ai eu la vision de Notre Seigneur Jésus cloué sur la Croix, dans de grandes souffrances. Un faible gémissement sortait de Son Cœur. Puis Il dit : « Je désire, Je veux le salut des âmes. Aide-Moi, Ma fille à sauver les âmes ! Joins tes souffrances à Ma Passion et offre-les au Père des Cieux, pour le rachat des pécheurs ! »

1032. Quand je vois que le poids de l’épreuve dépasse mes forces, je n’analyse pas, je n’approfondis pas. Mais je me sauve comme un enfant vers le Cœur de Jésus et je Lui dis seulement : « Vous seul pouvez tout ». Et je me tais, car je sais que Jésus interviendra alors, Lui seul, dans cette affaire et moi, au lieu de me tourmenter, j’occupe ce temps à l’adorer.

1033. Lundi Saint. J’ai supplié le Seigneur qu’Il me permette de prendre part à Sa douloureuse Passion, afin de participer autant qu’une créature, autant que cela est possible, corps et âme, à cette Passion. Et cela à un degré tel que je ne puisse en ressentir toute l’amertume. Le Seigneur m’a répondu qu’Il m’accorderait cette grâce et que le jeudi, après la Sainte Communion, Il me l’octroierait de façon particulière.

1034. Ce soir, mourut dans de grandes souffrances, un homme jeune encore. J’ai entrepris de dire à son intention le chapelet que m’enseigna le Seigneur. Je l’ai dit en entier. Comme l’agonie se prolongeait, j’ai voulu commencer les litanies des Saints. Mais tout à coup, j’entendis ces mots : « Récite le chapelet ». Je compris que cette âme avait particulièrement besoin de l’aide des prières et d’une grande miséricorde. Je me suis alors enfermée dans ma chambre. Je suis tombée en croix devant Dieu, et j’ai imploré Sa miséricorde pour cette âme. Ce faisant, j’ai ressenti l’immense Majesté de Dieu et Sa grande Justice. Je tremblais de peur, mais je n’ai pas cessé de supplier la miséricorde divine pour cette âme. Puis j’ai pris ma croix sur ma poitrine, cette croix qui est celle de mes vœux, et je l’ai posée sur la poitrine de l’agonisant, en disant à Notre Seigneur : « Jésus, que Votre regard rempli d’amour se pose sur cette âme, comme il s’est posé sur l’holocauste que je fis le jour de mes vœux éternels ! Je vous en supplie par la force de la promesse que Vous m’avez faite envers les agonisants qui invoqueront Votre miséricorde pour eux. » L’agonisant cessa de souffrir et mourut en paix. Oh ! Profitons de la miséricorde divine tant qu’il en est encore temps ! Demandons-Lui de nous prendre en pitié !

1035. Je me rends de mieux en mieux compte à quel point chaque âme éprouve le besoin de la miséricorde divine, toute sa vie durant, mais particulièrement à l’heure de la mort. Le chapelet en question anéantit la colère de Dieu ainsi qu’il me l’a dit Lui-même.

1036. Je me trouve si faible que, si ce n’était la Sainte Communion, je tomberais continuellement. Une seule chose me donne la force : la Sainte Communion. D’elle, je tire mes forces. En elle je trouve tout mon réconfort. J’appréhende la vie, les jours où je serais privée de la Sainte Communion. J’ai peur de moi-même. Jésus caché dans l’hostie me tient lieu de tout. Du tabernacle je tire forces, pouvoir, courage, lumière. Là, dans les moments de tourment, je cherche l’apaisement. Je ne saurais rendre gloire à Dieu, si je n’avais l’Eucharistie dans le cœur.

1037. Pologne, ma chère Patrie, si tu savais combien d’offrandes et de prières j’adresse à Dieu en ton nom ! Prends bien garde de rendre gloire à Dieu, qui t’élève et te distingue. Mais sache être reconnaissante !

1038. Je ressens une terrible douleur à la vue des souffrances de mon prochain. Toutes ses souffrances se répercutent dans mon cœur. Je porte aussi ses tourments, au point que cela m’anéantit physiquement. Afin de soulager mon prochain, je voudrais que toutes ses douleurs retombent sur moi.

1039. Au sein de plus terribles tourments, je regarde vers Vous, ô mon Dieu, et quoique l’orage s’amasse sur ma tête, je sais pourtant que le soleil ne saurait s’éteindre. De même, la perversité des créatures ne m’étonne pas et j’accepte à l’avance tous les événements. Mes lèvres se taisent, alors que mes oreilles sont saturées de railleries. Je m’efforce au calme du cœur, au milieu des plus grandes souffrances, et je me protège de tous les traits, par le bouclier de Votre nom.

1040. L’ardent désir de ce jour de Fête embrasse mon âme toute entière. Je ne ressens quelque soulagement que lorsque je fais de ferventes prières pour hâter cette Fête. J’ai entrepris une neuvaine à l’intention de certains prêtres, afin que Dieu leur accorde lumière et inspiration, afin qu’ils s’efforcent de promouvoir cette Fête et que l’Esprit de Dieu inspire le Saint Père dans toute cette affaire.
Cette neuvaine consiste en une heure d’adoration devant le Très Saint Sacrement. J’ai imploré Dieu avec ferveur de hâter cette Fête. J’ai prié le Saint Esprit d’inspirer certaines personnes dans cette affaire. Cette neuvaine sera terminée le jeudi Saint.

1041. 23 mars 1937. C’est aujourd’hui le septième jour de la neuvaine. J’ai reçu une grande grâce incompréhensible : Jésus Miséricordieux m’a fait la promesse que je serais présente à la célébration de cette Fête solennelle.

1042. Ce Mardi Saint 23 mars, est un jour où Dieu m’accorda bien des grâces.

1043. Tout à coup, je fus envahie par la présence de Dieu, et je me vis simultanément, dans la Chapelle du Saint Père, et en même temps dans notre chapelle. La célébration du Saint Père et de toute l’Eglise était étroitement liée à celle de notre Chapelle, et tout particulièrement à notre Congrégation. Je prenais donc part simultanément à la Fête solennelle à Rome, et chez nous, puisque cette solennité était étroitement liée à celle de Rome. Malgré ce que j’écris ici, je ne peux les différentier, mais seulement en parler comme c’est, c’est-à-dire comme je les ai vues. J’ai vu que dans notre Chapelle, Notre Seigneur Jésus était exposé dans l’ostensoir, sur le Maître-Autel. La Chapelle était parée comme pour les grandes cérémonies et ce jour-là, tout le monde pouvait y pénétrer, si on le désirait. La foule était si dense. La foule était si dense que je ne pouvais la parcourir des yeux. Tous ceux qui prenaient part à cette cérémonie étaient animés d’une grande joie et beaucoup d’entre eux obtinrent ce qu’ils désiraient.

Cette même cérémonie avait lieu à Rome dans un beau sanctuaire et le Saint Père, en compagnie de tout le clergé célébrait cette cérémonie. Tout à coup, j’aperçus Saint Pierre qui se tenait entre l’Autel et le Saint Père. Ce qu’a dit Saint Pierre, je n’ai pu l’entendre. Mais je sais que le Saint Père comprenait son langage.

1044. Sur ce, quelques ecclésiastiques que je ne connaissais pas, commencèrent à m’examiner et à m’humilier, ou plutôt à critiquer ce que j’avais écrit. Cependant je vis Jésus Lui-même prendre ma défense et leur donner à comprendre ce qu’ils ne savaient pas.

1045. Puis, tout à coup, j’ai vu sortir de la Sainte Hostie ces deux rayons de lumière (tels qu’ils sont peints sur ce tableau) qui se répandirent sur le monde entier. Ce ne fut qu’un moment, mais cela me sembla durer toute la journée. Notre Chapelle fut surpeuplée et toute cette journée fut remplie de joie.

1046. Ensuite, j’ai vu sur notre Autel Notre Seigneur Jésus vivant, (sous le même aspect qu’Il a sur le tableau). J’ai cependant senti que ni les Sœurs ni tous ces gens n’avaient vu Notre Seigneur Jésus, tel que je le vis. Jésus contempla avec grande bienveillance et allégresse le Saint Père, certains prêtres et tout le clergé, le peuple et notre Congrégation.

1047. Je fus ensuite transportée à proximité de Jésus et je me tins debout sur l’Autel à coté de Notre Seigneur. Quant à mon âme, elle fut remplie d’un immense bonheur que je ne suis pas en état de concevoir ni de décrire. Une paix profonde ainsi que la quiétude submergèrent mon âme. Jésus se pencha vers moi et me demanda avec bienveillance : « Que désires-tu, Ma fille ? » - Je répondis : « Je désire gloire et vénération à Votre Miséricorde. » - « Je reçois déjà toute vénération en instituant et célébrant cette Fête. Que désires-tu encore ? » Alors j’ai regardé cette immense foule qui rendait hommage à la Miséricorde divine et j’ai dit au Seigneur Jésus : « Bénissez tous ceux qui sont réunis pour Vous vénérer, pour vénérer Votre infinie Miséricorde ! » Jésus traça de la main le signe de la Sainte Croix. Cette bénédiction se réfléchit sur les âmes comme un trait de lumière.

Mon âme s’absorba dans Son amour, je sentis qu’elle s’était comme fondue en Dieu et avais disparu en Lui. Quand je revins à moi, une paix profonde emplissait mon âme. Et une étrange compréhension de bien des choses se communiqua à mon esprit, compréhension qui, auparavant, m’était refusée.

1048. Je suis immensément heureuse, bien que je sois la dernière des derniers. Et je ne voudrais, en aucun cas, modifier quoi que ce soit à ce que Dieu m’a donné. Même avec un Séraphin, je ne voudrais faire échange de la façon dont Dieu se fait connaître, Lui-même, intérieurement à moi. Mon intime union avec Dieu est telle qu’aucune créature ne peut le concevoir, et en particulier lorsque les profondeurs de Sa Miséricorde s’emparent de moi. Je suis heureuse de tout ce que Vous me donnez, Seigneur.

1049. 24 mars 1937. Mercredi Saint. Mon cœur languit de Dieu, je désire m’unir à Lui. Une légère crainte perce en mon âme et, en même temps, une sorte de flambée d’amour embrase mon cœur. Amour et souffrance cohabitent en mon cœur.

1050. Je ressens une grande souffrance en mon corps, mais je sens que Dieu me soutient, sinon, je ne pourrais la supporter.

1051. Ô mon Jésus, je vous implore pour l’Eglise entière, faites-lui partager l’amour et la lumière de Votre Esprit. Donnez force aux paroles des prêtres, afin que les cœurs endurcis se repentent et reviennent à Vous. Seigneur, donnez-nous de saints prêtres ! Vous-même, gardez-les en sainteté, ô Divin Grand Prêtre ! Que la force de Votre Miséricorde les accompagne partout ! Protégez-les des embûches et des pièges diaboliques, qui menacent sans cesse les âmes des prêtres ! Que la force de Votre Miséricorde, ô Seigneur, réduise et détruise tout ce qui pourrait ternir la sainteté des prêtres, car tout est en votre pouvoir !

1052. 25 mars 1937. Jeudi Saint. Durant la Sainte Messe j’ai vu le Seigneur qui m’a dit : « Mets ta tête sur Ma poitrine et repose-toi ! » Le Seigneur m’a étreinte sur son Cœur et m’a dit : « Je vais te donner une parcelle de Ma Passion, Mais n’aie pas peur ! Sois vaillante, ne cherche pas de soulagement ! Accepte tout, en t’abandonnant à Ma volonté ! »

1053. Lorsque Jésus prit congé de moi, une si grande douleur m’étreignit l’âme, qu’il m’est impossible de l’exprimer. Les forces physiques m’abandonnèrent. Je suis alors vite sortie de la Chapelle et me suis mise au lit. Je perdis la notion de ce qui se passait autour de moi. Mon âme soupirait après le Seigneur, et toute l’amertume de Son Cœur Divin se communiquait à moi. Cela dura trois heures environ. J’ai prié le Seigneur qu’Il m’abrite des regards de l’entourage. Malgré mon désir, je n’ai pu m’alimenter de toute la journée jusqu'à ce que le soir soit venu.

Je désirais ardemment passer toute la nuit dans le cachot avec Notre Seigneur Jésus. J’ai prié jusqu’à onze heures. A onze heures le Seigneur m’a dit : « Va t’allonger et prendre du repos ! Je t’ai fait subir trois heures ce que J’ai souffert toute une nuit. » Et je me suis immédiatement mise au lit.

Je n’avais plus aucune force physique, la torture m’ayant laissée complètement sans forces. Pendant tout ce temps, je fus comme évanouie. Chaque frémissement du Cœur de Jésus se répercutait dans mon cœur et transperçait mon âme. Si ces tortures m’avaient concerné seule, j’aurais moins souffert. Mais contemplant Celui que j’aimais de tout mon cœur, et voyant qu’Il souffrait et que je ne pouvais en rien alléger Ses souffrances, mon cœur se dissolvait dans l’amour et l’amertume. J’agonisais avec Lui, mais je ne pouvais trépasser. Je n’échangerais pas ce martyre pour toutes les jouissances du monde entier. Au cours de cette souffrance, mon amour s’accrût de façon inconcevable. Je sais que le Seigneur m’a soutenue de Sa Toute-Puissance, car autrement, je n’aurais pas pu tenir un seul instant. J’ai subi tous les tourments en même temps que Lui et de façon particulière. Le monde ignore tout ce que Jésus a souffert.
Je L’ai accompagné, tant au Jardin qu’au cachot, et devant les juges. J’étais avec Lui dans chacun de Ses tourments. Pas un de Ses mouvements, pas un de ses regards ne put m’échapper. J’ai connu la Toute-Puissance de Son Amour et de sa Miséricorde envers les âmes.

1054. 26 mars 1937. Vendredi. Dès le matin, j’ai ressenti la Passion en mon corps : les cinq Plaies du Christ. Cette souffrance dura jusqu’à trois heures. Quoiqu’extérieurement il n’y ait aucune trace, ces souffrances sont pourtant douloureuses. Je me réjouis de ce que Jésus me tienne à l’abri des regards humains.

1055. A onze heures, Jésus m’a dit : « Mon hostie, tu es un doux soulagement pour Mon Cœur torturé ! » J’ai cru après ces paroles que mon cœur allait brûler. Il le donna une si étroite union avec Lui que mon cœur épousa Son Cœur avec amour et que je ressentais Ses plus légères palpitations et Lui les miennes. Le feu de mon amour, une fois créé, fut réuni au feu éternel de Son Amour. Cette grâce, par son immensité, dépasse toutes les autres. Sa qualité de Trinité m’envahit toute et je suis entièrement plongée en Lui. Cette Toute-Puissance immortelle fortifie quelque peu ma petitesse. Je suis plongée en un inconcevable amour et, du fait de Son martyre, un inconcevable supplice. Tout ce qui touche à Son Essence se communique à moi.

1056. Jésus m’avait fait connaître et pressentir cette grâce, mais aujourd’hui Il me l’a accordée. Je n’aurais osé rêver de cette grâce. Mon coeur est comme une perpétuelle extase, quoique extérieurement, rien ne m’empêche de fréquenter mon prochain ni de vaquer à mes occupations. Rien ne saurait avoir le pouvoir d’interrompre mon extase. Personne n’est en état de la soupçonner, car j’ai prié Dieu de bien vouloir m’abriter des regards humains. A la suite de cette grâce, une mer de lumière de connaissance de Dieu et de moi-même pénétra dans mon âme. L’étonnement m’envahit toute et pénétra dans mon âme et m’amena comme à une nouvelle extase, suscitée par le fait que Dieu ait daigné s’abaisser jusqu’à moi, si petite.

1057. A trois heures, j’ai prié en croix pour le monde entier. Jésus vient de terminer Sa vie temporelle. J’ai entendu ces sept paroles. Puis Il me regarda et dit : « Bien-aimée fille de Mon Cœur, tu M’es un doux soulagement parmi de terribles souffrances. »

1058. Jésus m’ordonne de faire une neuvaine, avant la Fête de la Miséricorde, pour la conversion du monde entier et la propagation de la Miséricorde divine et je dois la commencer aujourd’hui. « Je désire que chaque âme glorifie Ma bonté ». dit-Il. – Je désire avoir la confiance de Mes créatures. Exhorte les âmes à une grande confiance, en l’abîme de Ma Miséricorde. Que l’âme faible et pécheresse ne craigne pas de s’approcher de Moi, car même si elle comptait plus de péchés qu’il n’y a de grains de sable sur terre, tout sombrera dans le gouffre de Ma miséricorde. »

1059. Lorsque Jésus rendit le dernier soupir, mon âme fut broyée par la douleur, et durant un long moment, je ne pus revenir à moi. Je trouvai dans les larmes une sorte de soulagement. Celui que chérissait mon cœur avait expiré. Qui peut concevoir ma douleur ?

1060. Dans la soirée, j’ai entendu des chants à la radio, des Psaumes chantés par des prêtres. Je fondis en larmes. Toute ma douleur se renouvela dans mon âme et j’ai pleuré douloureusement, sans pouvoir trouver d’apaisement. J’entendis alors une voix dans mon âme : « Ne pleure pas. Je ne souffre plus. Pour la fidélité avec laquelle tu M’as accompagné, dans les supplices et dans la mort, ta propre mort sera solennelle ; et Je t’accompagnerai en cette heure dernière. Parle, chérie de Mon Cœur ! Je vois ton amour si pur. Fortifié par la lutte que tu mènes, il surpasse l’amour des anges. A cause de toi, Je bénis le monde. Je vois tes efforts, tendus vers Moi et ils Me ravissent le Cœur. »

Après paroles, je cessai de pleurer. Mais je remerciai le Père des Cieux de nous avoir envoyé Son Fils et d’avoir ainsi permis le rachat du genre humain.

1061. J’ai entrepris une heure d’adoration et de reconnaissance pour toutes les grâces qui me furent octroyées et pour l’épreuve de ma maladie. Celle-ci étant également. J’ai été malade quatre mois durant, mais je ne me souviens pas d’avoir perdu une seule minute : tout fut pour Dieu et pour les âmes. En toutes circonstances je désire Lui être fidèle.
Pendant cette adoration, j’ai compris avec quelle vigilance et quelle bonté Jésus m’entourait et me défendait de tout mal. Merci Jésus, tout particulièrement de m’avoir visitée dans ma solitude. Je vous remercie d’avoir inspiré à mes Supérieures de m’envoyer faire cette cure. Communiquez-leur, Jésus, la Toute puissance de Votre bénédiction, et compensez toutes les dépenses encourues à cause de moi.

1062. Aujourd’hui, Jésus m’ordonne de consoler et de calmer certaine âme qui s’est ouverte à moi et m’a conté ses peines. Cette âme est agréable au Seigneur, mais elle-même n’en sait rien. Dieu la tient en grande humilité. J’ai rempli les directives du Seigneur.

1063. Ô mon doux Maître, Bon Jésus, je Vous abandonne mon cœur, afin que Vous le formiez et le façonniez à Votre guise. Ô amour insondable, je penche le calice de mon cœur devant Vous, tel un bouton de rose sous la rosée. Vous seul, mon Bien-aimé, connaissez le parfum de cette fleur qu’est mon cœur. Que la senteur de mon offrande Vous soit donc agréable, Dieu immortel, délices éternels. Déjà, sur cette terre, Vous m’êtes le Ciel. Que chaque battement de mon cœur soit un nouvel hymne d’adoration envers Vous, ô Sainte Trinité ! Si je disposais d’autant de cœurs qu’il y a de gouttes d’eau dans l’océan et de grains de sable sur le globe terrestre, je Vous les offrirais tous, ô mon Amour, Trésor de mon cœur. Je désire amener à Vous aimer tous ceux à qui j’aurai affaire dans la vie, quels qu’ils soient. Ô mon Jésus, vous êtes toute Beauté, mon Reposoir. Ô mon unique Maître, Juge, Sauveur et Epoux en même temps – je sais que chacun de ces titres va nuancer l’autre – j’ai tout placé en Votre Miséricorde.

1064. Mon Jésus, soutenez-moi, lorsque viendront les jours sombres et difficiles, les jours de souffrances et d’épreuves lorsque la souffrance et la lassitude commenceront à écraser mon corps et mon âme ! Soutenez-moi, Jésus, donnez-moi la force de supporter la souffrance ! Veillez sur ma bouche, afin qu’il n’en sorte aucun mot de plainte adressé aux créatures ! Tout mon espoir réside en Votre Cœur très miséricordieux. Je n’ai rien pour ma défense si ce n’est votre Miséricorde. Je me fie à elle.

1065. 27 mars 1937. Aujourd’hui je reviens de l’hôpital de Pradnik après quatre mois de traitement. Et je remercie. Et je remercie Dieu de tout cela. J’ai profité de chaque instant pour glorifier Dieu. Lorsque j’ai été un moment à la Chapelle, j’ai su combien je vais devoir souffrir et lutter dans toute cette affaire. Ô Jésus ma force, Vous seul pouvez m’aider, fortifiez-moi !

1066. 28 mars. Résurrection. Pendant la célébration, j’ai vu le Seigneur rayonnant de gloire qui m’a dit : « Ma fille, la paix soit avec toi ! » Il me bénit et disparut et mon âme s’est emplie d’une joie indescriptible. Mon coeur s’est fortifié pour la lutte et les souffrances.

1067. Aujourd’hui j’ai conversé avec le Père qui m’a recommandé une grande prudence, en ce qui concerne les brusques apparitions de Notre Seigneur Jésus. Pendant qu’il me parlait de la Miséricorde divine j’ai ressenti dans mon cœur une sorte de force, de pouvoir. Mon Dieu, je désire tant me confesser de tout et je ne le peux pas ! Le Père m’a dit que le Seigneur Jésus est très généreux pour se communiquer aux âmes ; et que pourtant d’un autre côté Il serait comme avare, « Et quoique Dieu soit toute générosité, me dit le Père, soyez malgré tout prudente, car ces soudaines apparitions éveillent la suspicion (quoique personnellement je ne vois ici rien de mal, ni quoi que ce soit en contradiction avec la foi). Soyez un plus prudente et quand la Mère Supérieure arrivera, vous pourrez parler de cette affaire ! »

1068. 29 mars 1937. Durant la méditation de ce jour, j’ai vu Notre Seigneur rayonnant de beauté. Il me dit : « La paix soit avec toi, Ma fille ! ». Mon âme se mit à trembler d’amour pour Lui et je Lui dit : « Ô Seigneur, quoique je Vous aime de tout mon cœur, je Vous prie de ne plus m’apparaître car mon directeur de conscience m’a dit que Vos brusques apparitions éveillaient la suspicion, que peut-être Vous seriez un leurre ! Et bien que je Vous aime plus que ma vie, et que je sache que c’est Vous, le Seigneur mon Dieu qui me visitez, avant tout, je dois obéir à mon confesseur. » Jésus écouta mes paroles avec gravité et bienveillance et me dit exactement ceci : « Dis à ton confesseur que si je suis sur ce pied d’intimité avec ton âme c’est parce que tu ne voles pas Mes bienfaits ! C’est pourquoi Je déverse toutes mes grâces sur elle. Car Je sais que tu ne les accapareras pas pour toi. Mais pour marquer que sa prudence m’est agréable, tu ne me verras plus et Je ne me montrerai plus à toi de cette façon, jusqu’à ce que tu te rendes compte de ce que Je viens de te dire. »

1069. 2 avril 1937. Ce matin, pendant la Sainte Messe, j’ai entendu ces paroles : « Dis à la mère Supérieure que Je désire que l’adoration se fasse ici, afin d’implorer Miséricorde pour le monde entier. »

1070. Ô mon Jésus, Vous seul, vous savez par quelles transes passe mon cœur ! Ô Vous qui êtes ma force, Vous pouvez tout ! Et quoique je m’expose à de grandes souffrances, je Vous resterai toujours fidèle, car je suis soutenue par Votre grâce particulière.

1071. 3 avril 1937. . Aujourd’hui, le Seigneur m’a dit : « Va dire à Monsieur l’abbé que je désire que durant la fête de Ma Miséricorde soit fait un sermon sur cette insondable Miséricorde ! » J’ai rempli le souhait de Dieu, cependant, ce prêtre ne voulut pas reconnaître le langage du Seigneur. Quand je fus revenue de la confession, j’entendis ces mots : « Fais ce que Je t’ordonne et sois tranquille. C’est une affaire entre lui et Moi. Tu ne répondras pas de cela. »

1072. 4 avril 1937. Le dimanche de Quasimodo, c’est-à-dire le jour de la Fête de la Miséricorde. Le matin, après la Sainte Communion, mon âme est demeurée plongée en la Divinité. J’étais unie aux Trois Personnes Divines, de telle façon qu’étant unie à Jésus, je l’étais en même temps, au Père et au Saint-Esprit. Mon âme s’est plongée dans une joie inconcevable. Le Seigneur me fit connaître toute l’immensité de la profondeur de Son insondable Miséricorde. Oh ! Si les âmes voulaient comprendre combien Dieu les chérit. Toutes les comparaisons, même les plus tendres et les plus fortes, ne sont que de pâles reflets, comparés à la réalité.
Ainsi unie au Seigneur, j’ai appris que bien des âmes adoraient cette Miséricorde de Dieu.

1073. Me rendant à l’adoration, j’ai entendu ces mots : « Ma fille chérie écris, aujourd’hui, Mon Cœur s’est reposé dans ce couvent ! Proclame dans le monde Ma Miséricorde et mon Amour ! Les flammes de la Miséricorde Me brûlent. Je voudrais les déverser sur les âmes. Oh ! Quelle douleur elles me causent, quand elles ne veulent pas les recevoir.
Fais ce qui est en ton pouvoir, Ma fille, pour étendre le culte de Ma Miséricorde ! Je compenserai tes manques. Dis à l’humanité douloureuse de se blottir dans Mon Cœur Miséricordieux et Je la comblerai de paix.
Proclame, Ma fille, que Je suis l’Amour et la Miséricorde même ! Quand l’âme s’approche de Moi avec confiance, Je la comble de tant de grâces qu’elle ne peut les contenir toutes et qu’elle les projette sur d’autres âmes.

1074. Je protègerai leur vie durant, comme une tendre mère son nourrisson, les âmes qui propageront la vénération de Ma miséricorde. A l’heure de la mort Je ne serai pas pour elles un Juge, mais le Sauveur Miséricordieux.
Lorsqu’arrive sa dernière heure, l’âme n’a plus rien pour sa défense que Ma Miséricorde. Heureuse l’âme qui, sa vie durant, puisait à la source de la Miséricorde, car la Justice ne l’atteindra pas.

1075. Ecris : Tout ce qui existe est enfoui au cœur de Ma Miséricorde, plus profondément que l’enfant dans le sein de sa mère. Que l’incrédulité en Ma Bonté Me blesse douloureusement ! Ce sont les péchés de méfiance qui Me blessent le plus douloureusement. »

1076. Durant la Sainte Messe, la Sœur Maîtresse des novices a joué un chant ravissant qui avait pour sujet la Miséricorde de Dieu. J’ai alors demandé au Seigneur qu’Il lui fasse connaître plus profondément l’abîme de cette inconcevable Miséricorde.

1077. Quand j’ai pris congé du Seigneur, avant d’aller me reposer, j’ai entendu ces mots : « Hostie agréable à Mon Cœur, à cause de toi, Je bénis la terre ! »

1078. 7 avril 1937. Lorsqu’aujourd’hui, une certaine personne est entrée dans la Chapelle, j’ai tout à coup ressenti une terrible douleur, aux bras, aux jambes, au côté, tout comme Jésus au supplice. Cela n’a duré qu’un moment mais, à cela, je reconnais qu’une âme n’est pas en état de grâce.

1079. À un certain moment, j’ai vu le Saint Père réfléchissant à cette affaire.

1080. 10 avril 1937. Aujourd’hui, la Mère Supérieure m’a donné à lire un article sur la Miséricorde Divine, où figurait également une reproduction de ce tableau qui est peint. Cet article a paru dans le « Tygodnik » de Wilno et nous a été envoyé à Cracovie, par l’Abbé Sopocko, fervent apôtre de la Miséricorde de Dieu. Dans cet article sont citées les paroles que Notre Seigneur Jésus m’a dites, certaines expressions sont reproduites à la lettre.

1081. Lorsque j’ai pris en main cet hebdomadaire un trait d’amour m’a transpercé le cœur : « Sur ton ardent désir, J’ai hâté la fête de la Miséricorde. »
Mon âme s’enflamma d’un amour si ardent qu’il me semblait me dissoudre en Dieu.

1082. Cette belle âme qui répand l’œuvre de la Miséricorde Divine de par le monde, est très agréable à Dieu par sa profonde humilité.

1083. Bien avant chaque grande grâce, mon âme est soumise à une épreuve de patience, car je pressens cette grâce, mais ne la possède pas encore. Mon âme brûle d’impatience, mais l’heure n’est pas venue. Ces moments sont si étranges qu’il est difficile de les décrire.

1084. 13 avril 1937. Aujourd’hui il me faut garder le lit toute la journée. Une toux brusque m’a terrassée, et m’a tant affaiblie que je n’ai plus la force de marcher. Mon cœur brûle d’accomplir l’œuvre de Dieu, mais les forces physiques m’ont abandonnée. Je ne puis en ce moment percer à jour Vos intentions, ô Seigneur ! C’est pourquoi je répète cet acte de volonté amoureuse : « Faites de moi ce qu’Il Vous plaira ! »

1085. Les tentations sont fortes. Tout un flot de doutes s’attaque à mon âme, le découragement est prêt à entrer en jeu. Mais le Seigneur fortifie ma volonté, et sur elle se brisent, comme sur des rochers, toutes les tentations de l’ennemi. Je vois combien Dieu me secourt de ses grâces, ce qui me soutient sans cesse. Je suis très faible et je dois tout à la grâce de Dieu.

1086. Lorsque certains jours, j’ai décidé de m’exercer à pratiquer certaine vertu, je suis tombée dix fois plus souvent, qu’un autre jour, dans l’erreur contraire à cette vertu. Le soir je me suis penchée sur ce problème : Pourquoi aujourd’hui ai-je particulièrement échoué ? Et j’ai entendu ces mots : « Tu as trop compté sur toi et trop peu sur Moi. » Et j’ai compris la cause de mes échecs.

1087. Brusque retour à la santé

Après avoir écrit une lettre à l’Abbé Sopocko, le dimanche onze avril, ma santé s’aggrava tout à coup. Je n’ai pas envoyé cette lettre, mais j’ai attendu que s’exprime clairement la volonté de Dieu. Cependant ma santé s’aggrava à un tel point que je dus me mettre au lit. La toux me torturait de si terrible façon qu’il me sembla que si cela devait se répéter, quelques fois encore, ce serait sûrement la fin.

1088. Le 14 avril, je me sentais si mal que j’ai éprouvé des difficultés à me lever pour aller assister à la Sainte Messe. Je me sentais bien plus malade que lorsqu’on m’envoya en traitement. Je souffrais de forts râles et ronflements dans les poumons, et de bizarres douleurs. Lorsque je reçus la Sainte Communion, je ne sais pourquoi, ou plutôt comme si quelque chose m’y poussait, je commençai à dire la prière suivante : « Jésus, que Votre Sang pur et sain circule dans mon organisme malade ! Que Votre Corps pur et sain transforme mon corps débile ! Que se propage en moi une vie saine et forte, s’il est vrai que Votre sainte volonté est que j’entreprenne l’œuvre en question et cela me sera la marque expresse de Votre sainte volonté ! »
Après avoir ainsi prié, j’ai ressenti subitement une sorte d’élancement dans tout l’organisme, et je me suis sentie tout à coup complètement rétablie. Ma respiration est aussi normale que si je n’avais jamais été malade des poumons et je ne ressens plus aucune douleur. Ce qui est, pour moi, la preuve que je dois me mettre à l’œuvre.
Cela se passa le dernier jour de la neuvaine que je faisais au Saint Esprit.

1089. Après ce retour à la santé, je me suis trouvée unie à Notre Seigneur Jésus de façon purement spirituelle. Jésus me donna de fortes assurances, c'est-à-dire qu’Il me confirma Ses exigences. Durant tout le jour, je demeurai dans cette intimité avec Notre Seigneur Jésus et je Lui parlai de détails concernant la nouvelle Congrégation.

Jésus a infusé dans mon âme force et courage pour l’action et je comprends maintenant que le Seigneur, s’Il réclame quelque chose d’une âme, lui donne la possibilité de l’accomplir, et par l’intermédiaire de la grâce la rend capable de cet accomplissement. S’agirait-il donc de l’âme la plus misérable, elle peut sur l’ordre du Seigneur entreprendre des choses qui dépassent son entendement. Et c’est là justement le signe par lequel on peut reconnaître que c’est l’œuvre du Seigneur, si se révèlent en cette âme ce pouvoir et cette force de Dieu, qui rendent l’âme courageuse et vaillante. En ce qui me concerne, au premier abord, la grandeur du Seigneur m’effraye toujours un peu. Mais par la suite, une paix profonde que rien ne peut troubler, pénètre en mon âme, ainsi que la force intérieure, pour l’accomplissement de ce qu’exige le Seigneur à ce moment-là.

1090. Et j’entendis ces mots : « Va et dis à la Supérieure que tu es en bonne santé. »
Combien de temps serais-je en bonne santé ? Je ne le sais, ni le demande. Je sais seulement que je jouis en ce moment d’une bonne santé. L’avenir ne m’appartient pas. J’ai demandé la santé comme signe de la volonté de Dieu, et non, pour chercher un soulagement à ma souffrance.

1091. 16 avril 1937. Aujourd’hui, quand le sentiment de la Majesté de Dieu m’a envahie, mon âme a su que le Seigneur quoique si grand, se complaît dans les âmes pleines d’humilité. Plus l’âme s’abaisse, plus le Seigneur s’approche d’elle avec bienveillance, s’unissant étroitement à elle, l’élevant jusqu’à Son Trône. Heureuse l’âme que le Seigneur Lui-même défend ! J’ai su que seul l’amour a de la valeur, que l’amour est toute grandeur et que rien ne peut égaler un seul acte de pur amour envers Dieu, rien, aucune œuvre.

1092. Ô Jésus, protégez-moi de Votre miséricorde ! Et de même, jugez-moi avec bienveillance, car sinon, Votre justice peut me perdre, à juste titre !

1093. 17 avril. Aujourd’hui, pendant le cours de catéchisme, j’ai été confirmée en la croyance (que je ne comprenais d’ailleurs en mon for intérieur depuis longtemps) qu’une âme aimant Dieu sincèrement, et intimement unie à Lui, bien que vivant extérieurement dans des conditions difficiles, peut vivre pure et intacte au milieu de la corruption. Rien n’a le pouvoir de gêner sa vie intérieure, car l’immense amour de Dieu lui donne la force de lutter. Et d’autre part, Dieu prend particulièrement la défense de l’âme qui L’aime sincèrement et le fait parfois même de façon miraculeuse.

1094. Lorsqu’un jour, Dieu me fit connaître intérieurement que je n’avais jamais perdu l’innocence. Et malgré les divers dangers où je me suis trouvée, Lui-même avait veillé à ce que demeure intacte la virginité de mon âme et de mon cœur. Je passai alors ce jour en ardentes actions de grâces. Je remercie Dieu d’avoir bien voulu me protéger du mal et également d’avoir trouvé grâce à Ses yeux et enfin de condescendre à m’en assurer Lui-même.

1095. Quelques années plus tard, Il voulut bien me le confirmer. A dater de ce moment, je n’ai plus connu aucune révolte des sens contre l’âme. J’ai écrit cela en détail dans un autre journal. A chaque fois que je me souviens de cette inestimable grâce, explose dans mon cœur un nouveau feu d’amour et de gratitude envers Dieu. Et cet amour-là me mène à l’oubli complet de moi-même.

1096. Depuis ce temps-là, je vis sous la protection virginale de Marie qui me garde et m’édifie. Je suis bien tranquille près de Son Cœur Immaculé, car je suis si faible et si inexpérimentée que je me blottis dans son Cœur comme un petit enfant.

1097. Bien que Dieu m’ait confirmée dans cette vertu, pourtant je veille sans cesse et crains jusqu’à ma propre ombre, tellement j’ai pris Dieu en affection.

1098. Cette grâce divine ne m’a été donnée que parce que j’étais le plus faible des êtres humains, et c’est pourquoi Dieu m’entoura de Sa particulière et toute puissante Miséricorde.

1099. 24 avril. A l’avance, je sens s’annoncer chacune des grandes grâces. Une étrange langueur et un étrange désir de Dieu m’envahissent. Je suis en attente de cette grâce, plus elle est grande, plus grand est le pressentiment, et plus forte, la querelle avec l’adversaire de mon salut.

Parfois mon âme se trouve dans un état que je ne peux évoquer qu’en utilisant une comparaison : ce sont deux bons amis, l’un d’eux prépare un grand festin auquel il invite son ami. L’un et l’autre se réjouissent, mais l’heure du festin est fixée. Les moments qui précèdent la grâce, sont si pressants qu’il m’est difficile de les décrire. Ils sont caractérisés par une pénible langueur et un feu d’amour. Je sens que le Seigneur est là, mais je ne peux complètement m’abîmer en Lui, car ce n’est pas encore l’heure. Dans un tel moment, je me suis trouvée plus d’une fois tout à fait démunie de grâces tant d’esprit et de volonté que de cœur. Je demeure toute seule et j’attends l’Unique Dieu. C’est Lui- même qui arrange cela en moi avant Son arrivée.

1100. 23 avril 1937. Aujourd’hui j’ai commencé trois jours de retraite.
Le soir, j’ai entendu dans mon âme ces paroles : « Ma fille, sache bien que c’est à toi que Je parle tout particulièrement par l’intermédiaire de ce prêtre afin que tu ne doutes pas de ce que Je requiers ! » Dès la première méditation, les paroles de ce prêtre à propos de mon âme m’avaient frappée. C’étaient les paroles suivantes : « Il m’est interdit de contrecarrer tant la volonté de Dieu que Sa complaisance, quelles qu’elles soient. Puisque je me suis convaincue de la vérité et de l’authenticité de la volonté de Dieu sur moi, j’ai le devoir de l’accomplir, personne ne peut me libérer de ce devoir.
Quelle que soit cette volonté de Dieu, du moment que j’en ai connaissance, je dois la remplir. » C’est là un petit aperçu, mais toute cette méditation m’a pénétré l’âme et je n’ai aucun doute, je sais ce que Dieu exige de moi et qu’il me faut accomplir.

1101. Il y a au cours de la vie des moments où l’on prend conscience de soi-même, c'est-à-dire de ces moments qui baignent dans la lumière de Dieu, où l’âme se trouve alors intérieurement instruite de choses qu’elle n’a lues dans aucun livre ; et personne parmi les hommes n’a pu l’en instruire. Ce sont là des moments d’approfondissement de soi-même, que Dieu accorde à l’âme. Ce sont là de grands secrets… Souvent j’obtiens la lumière, la possibilité de connaître la vie et l’humeur intime de Dieu : cela m’emplit d’une indicible confiance et d’une joie que je ne puis contenir en moi. Je désire alors me fondre toute en Lui…

1102. La quintessence de l’amour est le sacrifice et la souffrance. La vérité porte une couronne d’épines… La prière procède de la raison, de la volonté et du sentiment.

1103. Il y eut aujourd’hui un bien bel enseignement à propos de la bonté et de la miséricorde de Dieu ! Durant cette conférence, mon âme éprouva l’amour de Dieu et comprit que le langage de Dieu est vivant.

1104. Ma principale résolution est toujours la même : m’unir au Christ miséricordieux et garder le silence
La fleur que je dépose aux pieds de Notre Dame, en ce mois de mai, c’est m’exercer au silence.

1105. La vertu qui n’est pas prudente, n’est pas vertu. Nous devrions prier souvent le Saint-Esprit de nous accorder la grâce d’être réservé et prudent. La prudence est formée d’une prise en considération, d’une réflexion raisonnable et d’une ferme résolution. La décision définitive nous revient toujours en dernier lieu. Il nous faut décider, donc nous pouvons et devons demander conseil et chercher la lumière…

1106. Aujourd’hui durant la méditation, Dieu m’a donné la lumière intérieure et la compréhension de ce qu’est la sainteté et en quoi elle consiste. Quoique j’ai entendu ces choses bien des fois, pendant les conférences, l’âme les comprend différemment, lorsqu’elle en a connaissance à la lumière de Dieu qui alors l’illumine.
Ce ne sont ni les grâces, ni les apparitions, ni les ravissements,ni aucun don accordé qui mèneront mon âme à la perfection, mais son intime union avec Dieu. Ces dons ne sont que des ornements de l’âme, ils ne constituent ni l’essentiel, ni la perfection. Sainteté et perfection résident pour moi, en une étroite union de ma volonté avec celle de Dieu. Dieu ne fait jamais violence à notre libre arbitre. Il dépend de nous, d’accepter ou non, la grâce divine, de nous dépend de collaborer avec elle ou de la laisser se perdre.

Durant la dernière soirée d’étude, qui était une préparation au renouvellement de nos vœux, le Père parla du bonheur qui résulte de trois vœux, et de la récompense accordée à ceux qui les auront fidèlement observés. Or, tout à coup, mon âme se trouva précipitée dans de très grandes ténèbres intérieures. Au lieu de joie, mon âme s’emplit d’amertume et je ressentis dans mon cœur une violente douleur. Je me suis sentie si misérable et si indigne de cette grâce ! Ayant le sentiment de cette misère et de cette indignité, je n’oserais tomber pour les baiser aux pieds de la benjamine des postulantes. Je les voyais en mon âme, ces postulantes, belles et agréables à Dieu, et je me voyais, moi, dans un gouffre de misère.
Après la conférence, je me suis jetée aux pieds de Dieu, toute abîmée dans la douleur et les larmes. Je me suis plongée dans la mer de l’infinie miséricorde divine et ce n’est que là que j’ai connu quelque soulagement et que j’ai senti Sa Toute-Puissante miséricorde m’envahir.

1108. 30. Ce jour est celui du Renouvellement des Vœux. Dès le réveil la présence de Dieu m’a envahie et je me suis sentie l’enfant de Dieu. L’amour divin s’est déversé dans mon âme. Dieu m’a fait reconnaître combien tout dépend de Sa volonté. Puis il m’a dit : « Je désire accorder une indulgence plénière aux âmes qui iront se confesser et communieront en cette Fête de la Miséricorde… Ma fille, ne crains rien, Je suis toujours avec toi, bien qu’il te semble parfois que Je n’y sois pas. Ton humilité M’attire des hauteurs de Mon Trône et Je m’unis étroitement à toi. »

29 avril 1937. Le Seigneur m’a donné connaissance des querelles qui eurent lieu au Vatican à propos de cette Fête ; le Cardinal Pacelli y a beaucoup travaillé.

1110. Aujourd’hui donc, nous renouvelons nos vœux et nous prêtons serment au cours d’une grande cérémonie. Lorsque les Soeurs prononcèrent les vœux, j’entendis un chant céleste : « Saint, Saint, Saint, » en différents tons et dont aucune langue humaine ne saurait exprimer la grâce.

1111. Cet après-midi, j’ai conversé avec ma chère Mère Marie-Josèphe, Maîtresse des novices. Nous avons fait un tour de jardin, et j’ai parlé avec elle quoique assez superficiellement. Elle est demeurée cette même chère Sœur Maîtresse des novices, quoiqu’elle ne le soit plus vraiment, puisqu’elle est maintenant notre Supérieure. Et voici dix ans que j’ai prononcé mes vœux. L’âme qui est entrée dans les ordres ne peux vivre sans porter la Croix » m’a-t-elle dit. Puis ensuite elle me dévoila certaines souffrances par lesquelles je suis passée à Varsovie, bien que je ne lui en aie jamais parlé. Toutes les grâces que je reçus durant mon noviciat furent alors présentées aux yeux de mon âme. Oh ! Quelle reconnaissance j’ai envers elle ! Lorsque mon âme était plongée dans les ténèbres et qu’il me semblait être damnée, c’est elle qui me tira du précipice à force d’obéissance.

1112. Souvent mon âme est troublée par la souffrance et aucun être humain ne peut comprendre ce tourment.

1113. Premier mai 1937. J’ai senti aujourd’hui l’approche de ma Mère, la Mère des Cieux. Bien qu’avant chaque Sainte Communion, je prie avec ferveur la Mère de Dieu de m’aider à préparer mon âme à la visite de Son Fils et que je me sente particulièrement sous Sa protection, je La supplie de bien vouloir allumer en moi le feu de l’amour divin tel qu’il flamba dans Son Cœur immaculé au moment où le Verbe de Dieu s’est fait chair.

1114. 4 mai. Je me suis rendue un moment aujourd’hui chez Notre Mère Générale et lui ai demandé : « Petite Mère, avez-vous eu une inspiration concernant ma sortie du couvent ? » La Mère Supérieure me répondit : « Jusqu’à maintenant, je vous ai retenue, ma Sœur. Mais maintenant, je vous laisse l’entière liberté de décider. Ce sera comme vous le désirez. Vous pouvez, ma Sœur, soit quitter notre Congrégation, soit y rester.» J’ai donc répondu que c’était bien ainsi. J’ai pensé immédiatement à demander par écrit au Saint Père de me libérer de mes vœux. Mais lorsque je suis sortie de chez la Mère Supérieure, une sorte d’obscurité est tombée sur mon âme, tout comme auparavant. C’est une chose étrange, qu’à chaque fois, que je demande de sortir du Couvent, une telle obscurité envahisse mon âme et que je me sente comme abandonnée à moi-même.

Me trouvant dans cette torture de l’âme je décidai d’aller trouver immédiatement la Mère Supérieure et de lui raconter ma lutte et mes étranges tourments. La Mère me répondit « Votre désir de quitter le Couvent est une tentation maligne. » Après un moment de conversation, je me suis sentie quelque peu soulagée mais pourtant l’obscurité durait encore. « Cette miséricorde de Dieu est magnifique, et ce doit être là une grande Œuvre divine, si Satan s’y oppose tant et veut ainsi la détruire ». Telles furent les paroles de la très chère Mère Supérieure.

1115. Personne ne peut concevoir mes tortures, ni les comprendre. Pour ma part, je ne suis pas en état de les décrire, mais il ne peut exister de souffrances pires que celles-là. Les supplices des martyrs ne sont pas plus grands, puisque la mort à ce moment-là, me serait un soulagement. Je n’ai rien à quoi comparer ces tourments, cette agonie sans fin de l’âme.

1116. Etant allée aujourd’hui me confesser, j’ai dévoilé quelque peu mon âme. Car l’idée m’est venue que le fait de ressentir de telles souffrances et une telle obscurité de l’âme, dès que je demande de quitter la Congrégation, prouve que c’est bien là une tentation. Le confesseur m’a répondu que ce n’était peut-être pas le moment choisi par Dieu, qu’il me fallait prier et attendre patiemment. Mais qu’il est vrai que de grandes souffrances m’attendaient : « Vous aurez, m’a-t-il dit, beaucoup de souffrances à supporter et de difficultés à vaincre, c’est certain. Il vaudrait mieux attendre encore et prier beaucoup, afin d’obtenir une plus grande compréhension, ainsi que la lumière de Dieu. Ce sont là des choses primordiales. »

1117. Mon Dieu, en ces moments difficiles je ne peux voir mon directeur de conscience, car il est parti à Rome ! Jésus, puisque Vous me l’avez pris, dirigez-moi Vous-même, car Vous seul savez ce que je suis en état de supporter ! Je crois fermement que Dieu ne peut me donner à supporter plus que je ne peux. J’ai confiance en Sa Miséricorde.

1118. Dans les moments où je suis entre ciel et terre, je me tais. Car si je parlais, qui comprendrait mon langage ? L’éternité dévoilera bien des choses sur lesquelles je me tais maintenant…

1119. Lorsque je vais au jardin, je vois comme tout respire la joie printanière. Les arbres parés de fleurs répandent une senteur enivrante. Tout éclate de joie. Les oiseaux adorent Dieu par leurs chants et leur gazouillis, et me disent : « Réjouis-toi et sois en liesse, Sœur Faustine !» alors que mon âme est dans les ténèbres et les tourments. Mon âme est si sensible au murmure de la grâce, qu’elle sait parler avec tout ce qui a été créé, et tout ce qui m’entoure. Je sais pourquoi Dieu ainsi pare la terre… Mais mon cœur ne peut se réjouir car mon Bien-Aimé se cache à moi, et je n’aurai de repos que je ne L’ai trouvé…Je ne saurais vivre sans Dieu. Je sens que Dieu aussi, bien qu’il se suffise à Lui-même, ne peut connaître le bonheur sans moi…

1120. 6 mai 1937 - L’Ascension de Notre-Seigneur

Aujourd’hui, depuis le petit matin, mon âme est touchée par Dieu. Après la Sainte Communion, j’ai un moment communiqué avec le Père des Cieux. Mon âme fut attirée dans le feu même de l’amour. J’ai compris qu’aucune œuvre extérieure ne peut être comparée avec le pur amour de Dieu. J‘ai vu la joie du Verbe fait Chair. Et je me suis trouvée plongée dans la Trinité de Dieu. Quand je revins à moi, la nostalgie envahit mon âme, je languissais de m’unir à Dieu.
Un si fervent amour envers le Père des Cieux m’a envahie que je puis appeler ce jour, un jour d’extase ininterrompue. Tout l’univers m‘est apparu comme une goutte minuscule, comparée à Dieu. Chaque battement de mon cœur est agréable à Dieu et lorsqu’il me montre qu’Il me chérit particulièrement et qu’Il me le fait connaître intérieurement, il n’y a pas de plus grand bonheur que celui-là. Dieu me certifie Son amour et me montre combien mon âme Lui est agréable. Cette assurance intérieure amène une paix profonde en mon âme. Aujourd’hui je n’ai pu absorber aucune nourriture tant je me sentais rassasiée d’amour.

1121. Dieu de grande Miséricorde, Vous qui avez daigné nous envoyer Votre fils unique comme la plus grande preuve d’un amour infini et d’une incommensurable Miséricorde, Vous ne repoussez pas les pécheurs, mais au contraire, vous leur avez ouvert le trésor de Votre insondable Miséricorde, dans lequel ils peuvent puiser en abondance, non seulement la justification, mais encore toute la sainteté à laquelle l’âme peut aspirer ! Père de grande Miséricorde, je désire que tous les cœurs se tournent avec confiance vers Votre infinie Miséricorde ! Personne ne peut se justifier devant Vous si Votre incommensurable Miséricorde ne le protège. Lorsque Vous nous dévoilerez le mystère de Votre Miséricorde, l’éternité sera trop peu pour Vous en remercier comme il convient.

1122. Oh ! Comme il est doux d’avoir au fond de l’âme ce que l’Eglise nous ordonne de croire. Lorsque mon âme est plongée dans l’amour divin, elle peut résoudre clairement et instantanément les questions les plus embrouillées. Elle est alors capable de franchir les précipices et les cimes des montagnes. Amour, encore une fois amour.

1123. Une étrange obscurité envahit parfois mon esprit, je m’enfonce dans le néant en dépit de ma volonté.

1124. 20 mai. Lorsqu’il y eut déjà un mois que j’étais de retour à la santé, la pensée m’est venue qu’en fait, je ne savais ce qui plaisait le plus au Seigneur : Le servir par ma maladie, ou par la jouissance d’une bonne santé, comme je L’en avais prié. Et je dis au Seigneur : « Jésus, usez de moi selon Votre volonté ». Jésus me ramena alors à mon ancien état.

1125. Oh ! Comme il est doux de vivre au Couvent parmi les Sœurs ! Mais il ne faut pas oublier que ces anges ont forme humaine…

1126. A un moment j’ai vu Satan qui se dépêchait et cherchait quelqu’un parmi les Sœurs, mais ne le trouvait pas. Je reçus en mon âme l’inspiration de lui ordonner, au nom de Dieu de m’avouer ce qu’il cherchait parmi les Sœurs. Il avoua, quoique de mauvaise grâce, qu’il cherchait une âme oisive. Lorsque je l’eus à nouveau ordonné, au nom de Dieu, d’avouer auprès de quelles âmes du couvent il avait le plus d’accès, il avoua, à nouveau de mauvaise grâce, que c’était auprès des âmes paresseuses et oisives. J’ai remarqué qu’il n’y a pas de telles âmes, actuellement, dans cette maison.
Que se réjouissent les âmes laborieuses et fatiguées !

1127. 22 mai 1937. Aujourd’hui, la chaleur est si torride qu’il est difficile de la supporter ! Nous souhaitons la pluie, mais il ne pleut pas. Depuis quelques jours déjà, les nuages s’amoncellent dans le ciel. Mais la pluie ne tombe pas.
Lorsque j’ai vu les plantes si assoiffées, une grande pitié m’a envahie et j’ai décidé de dire ce « chapelet » jusqu’à ce que Dieu fasse tomber la pluie. Après le goûter, le ciel s’est couvert de nuages et une pluie battante est tombée sur la terre. J’ai dit cette oraison durant trois heures d’affilée et le Seigneur m’a fait connaître qu’à l’aide de cette prière, on pouvait tout obtenir.

1128. 23 mai 1937. Fête de la Très Sainte Trinité

Durant la Sainte Messe, je me suis trouvée unie à la Très Sainte Trinité. J’ai connu Sa Majesté et Sa Grandeur. J’étais unie aux trois personnes. Puisque j’étais unie à l’une de ces Adorables Personnes, j’étais en même temps unie aux deux autres Personnes. Le bonheur et la joie qui se communiquèrent à mon âme ne peuvent se décrire. Il m’est pénible de ne pouvoir décrire avec des mots ce qui n’a pas de mots.

1129. J’entendis ces paroles : « Dis à la Mère Générale de compter sur toi, comme étant la plus fidèle des filles du Couvent.

1130. Après ces paroles il m’est venue une compréhension intérieure : que toute chose est créée par rapport à Dieu. La majesté de Dieu est immense et insondable. S’Il s’abaisse avec bienveillance jusqu’à nous, c’est grâce à la profondeur de Sa Miséricorde.

1131. Tout a une fin dans cette vallée de larmes
Les larmes s’épuisent et la douleur passe.
Une seule chose demeure :
L’amour que nous avons pour Vous, Seigneur !

Tout a une fin en cet exil où nous sommes,
L’expérience aussi bien que le désert de l’âme…
Et celle-ci vivrait-elle en perpétuelle agonie
Si Dieu est avec elle, rien ne peut l’ébranler.

1132. 27 mai 1937. La Fête-Dieu

Durant la prière j’entendis ces mots : « Ma fille, que ton cœur s’emplisse de joie! Moi, le Seigneur, Je suis avec toi. Ne crains rien. Tu es en mon cœur. » A ce moment j’ai pris conscience de la grande Majesté de Dieu et j’ai compris que rien ne peut être comparé à un seul acte de connaissance de Dieu. La grandeur extérieure se trouve réduite en poussière par un seul acte de plus profonde connaissance de Dieu.

1133. Le Seigneur a versé en mon âme une si grande profondeur de paix que rien ne saurait la troubler. Malgré tout ce qui se passe autour de moi, pas un moment cela ne m’enlève mon calme. Même si le monde devait s’écrouler, cela ne saurait troubler la profondeur du silence qui est mien, et au sein duquel repose Dieu. Tous les évènements et diverses choses qui se passent, se trouvent sous Ses pieds.

1134. Cette profonde connaissance de Dieu me donne une si parfaite aisance et liberté d’âme que rien ne peut troubler mon étroite union avec Lui. Même le pouvoir des Anges ne saurait le faire. Je me sens pleine de grandeur lorsque je suis unie à Dieu. Quel bonheur d’avoir en son cœur la conscience de Dieu et de vivre en une étroite intimité avec Lui.

1135. Lorsque la procession venant Borek, qui apportait Jésus afin de le déposer dans notre Chapelle est arrivée chez nous, j’ai entendu une voix venant de l’Hostie : « C’est ici Mon lieu de repos ». Pendant la bénédiction, Jésus m’a annoncé que d’ici peu, aurait lieu ici même un acte solennel, juste à cet endroit.-« Je me suis plu en ton cœur et rien ne peut M’empêcher de t’accorder des grâces. » -Cette grandeur de Dieu a envahi mon âme, je sombre en Lui, je disparais et je me perds en Lui, et me fondant en Lui…

1136. 30 mai 1937. Aujourd’hui j’agonise du désir de Dieu. La nostalgie a envahi toute mon âme. Combien je ressens mon exil ! Ô Jésus, quand arrivera l’instant tant désiré ?

1137. 31 mai. Mon âme tourmentée ne trouve de secours nulle part, si ce n’est en Vous, Vivante Hostie. Je mets toute ma confiance en Votre Cœur miséricordieux. J’attends patiemment une parole de Vous, Seigneur !

1138. Oh ! Quelle douleur en mon cœur lorsque je vois qu’une religieuse n’a pas l’âme religieuse ! Comment peut-on plaire à Dieu, quand l’orgueil et l’amour de soi éclatent sous le couvert de glorifier Dieu, alors qu’il s’agit uniquement de sa propre estime ? Lorsque je m’aperçois qu’une telle chose, j’en souffre beaucoup. Comment cette âme pourrait-elle s’unir étroitement à Dieu ? Il ne peut être question d’une union avec le Seigneur.

1139. 1er juin 1937. Aujourd’hui a eu lieu chez nous la procession de la Fête-Dieu. Au premier reposoir, j’ai vu des flammes sortir de la Sainte Hostie, ce qui m’a transpercé le cœur. Et j’ai entendu une voix ; « Ici se trouve Mon repos ». Un feu s’est allumé en mon cœur et je me suis sentie toute transmuée en Lui.

1140. Le soir, Il me fit connaître combien tout ce qui est terrestre est éphémère. Quant à tout ce qui est soi-disant grand, cela s’évanouit comme fumée, ne laissant à l’âme aucune indépendance, mais au contraire de la lassitude. Heureuse l’âme qui comprend ces choses et ne fait qu’effleurer la terre ! Ma pause, mon repos à moi, c’est lorsque je suis réunie à mon Seigneur. Tout autre chose me fatigue. Oh ! combien je ressens que je suis exilée ! Je vois que personne ne comprend ma vie intérieure. Vous Seul me comprenez qui êtes caché en mon cœur et pourtant éternellement vivant.

1141. 4 juin. C’est aujourd’hui la Fête solennelle du Très Saint Cœur de Jésus. Pendant la Sainte Messe, le Cœur de Jésus se révéla à moi. Il me montra de quel feu d’amour Il brûle pour nous et quelle est l’immensité de Sa Miséricorde. Puis j’entendis une voix : « Apôtre de Ma miséricorde parle au monde entier de Mon insondable Miséricorde. Ne te laisse pas rebuter par les difficultés que tu rencontreras, Ce faisant. Ces difficultés qui te touchent si douloureusement sont nécessaires à ta sanctification et servent à démontrer que cette oeuvre est Mienne. Ma fille, prends note assidûment de chacune des phrases que je t’adresse concernant Ma Miséricorde, car elles concernent un grand nombre d’âmes qui vont en profiter. »

1142. Pendant l’adoration le Seigneur m’a fait connaître plus profondément ce qui concerne cette œuvre.

1143. Aujourd’hui, j’ai demandé pardon au Seigneur, de toutes les offenses auxquelles Son Divin Cœur est exposé en nos couvents.

1144. 6 juin 1937. Premier dimanche du mois. Aujourd’hui j’ai entrepris la retraite du mois.
Voici l’illumination de ma méditation matinale : quoique vous fassiez de moi, Jésus, je Vous aimerai toujours, car je suis Vôtre. Peu m’importe que Vous me laissiez ici ou que Vous m’envoyiez ailleurs, je suis toujours Vôtre.
C’est avec amour que je m’abandonne à Votre très sage décision, ô mon Dieu ! Et Votre volonté, ô Seigneur, est mon pain de chaque jour ! Vous qui connaissez les battements de mon cœur. Vous savez qu’il ne bat que pour Vous, mon Jésus. Rien ne saurait mettre fin à la nostalgie que j’ai de Vous. Je me meurs pour Vous, Jésus. Quand m’emporterez-Vous en Votre demeure ?

1145. « Que les plus grands pécheurs mettent leur espoir en Ma Miséricorde. Ils ont droit avant tous les autres, à la foi en l’abîme de Ma Miséricorde. Ma fille, ne cesse pas d’écrire au sujet de Ma Miséricorde pour les âmes tourmentées. Quelle joie me font les âmes qui s’adressent à Ma Miséricorde ! A de telles âmes, J’accorde des grâces bien au-dessus de leurs désirs. Je ne peux sévir, même contre le plus grand pécheur s’il invoque Ma pitié. Mais au contraire, Je l’excuse en Mon insondable et inconcevable Miséricorde. Note : Avant de Me montrer au Jugement dernier comme Juge équitable, J’ouvre d’abord toutes grandes les portes de Ma Miséricorde. Qui ne veut passer par les portes de Ma Miséricorde, doit passer par les portes de Ma justice. »

1146. Ayant une fois quelque peine au cœur pour une certaine raison et m’en étant plainte au Seigneur, Il me répondit : « Ma fille, pourquoi attaches-tu tant d’importance à la formation et au langage des gens ? Je désire, Moi-même, te former. C’est pourquoi J’arrange les circonstances afin que tu ne puisses pas assister à ces conférences. En un instant, Je te ferai connaître beaucoup plus que d’autres acquerront jamais, en peinant durant des années. »

1147. 20 juin 1937. C’est lorsque nous pardonnons à notre prochain que nous ressemblons le plus à Dieu. Dieu est amour, bonté et miséricorde… « Toute âme devrait refléter Ma Miséricorde, et plus particulièrement toute âme monastique. Mon Cœur déborde de pitié et de miséricorde pour tous. Le cœur de Ma bien-aimée doit ressembler au Mien. De son coeur doit jaillir la source de Ma miséricorde pour les autres âmes, car autrement Je ne reconnaîtrai pas cette âme pour Mienne. »

1148. À un certain moment j’ai compris combien les âmes monastiques défendent leur propre renom sous couvert de défendre la gloire de Dieu. Il s’agit là non de louer Dieu, mais de faire leur propre éloge. Ô Jésus, comme cela me fut douloureux ! Quels secrets seront dévoilés au jour de Votre jugement ? Comment peut-on dérober les dons de Dieu ?

1149. J’ai eu aujourd’hui une grande contrariété de par certaine personne, c’est-à-dire par une personne appartenant au monde. Cette personne sur la foi d’un seul fait véridique, a raconté bien des choses imaginaires. Tout ceci fut cru véritable et répété par toute la maison. Lorsque cela arriva à mes oreilles, j’en ai eu le cœur serré. Comment peut-on ainsi abuser de la bonté d’autrui ? J’ai décidé cependant de ne pas dire un mot pour ma défense et de témoigner encore plus de bonté envers cette personne Mais je me suis aperçue que j’avais trop peu de forces pour supporter ceci avec calme, car cela se prolongea des semaines durant. Lorsque je vis que l’orage s’amoncelait et que le vent commençait à jeter du sable dans les yeux, je suis allée devant le Très Saint Sacrement et j’ai dit au Seigneur : « Jésus, je Vous prie de me donner la force du secours de Votre grâce, car je sens que je ne viendrai pas à bout de cette lutte.. Protégez-moi de Votre poitrine ! » J’entendis alors ces paroles : « N’aie pas peur, Je suis avec toi ! » -Lorsque j’eus quitté l’autel, une force étrange et un grand calme envahirent mon âme Et l’orage qui faisait rage se brisa sur mon âme, comme sur un rocher. Et l’écume de cet orage retomba sur ceux qui l’avaient soulevé. Oh ! Que le Seigneur est bon ! Il rémunère chacun selon ses actes. Que toute âme implore ainsi l’aide d’une « grâce actuelle » lorsque la « grâce habituelle » est insuffisante.

1150. Quand la douleur s’empare de toute mon âme,
Et que l’horizon s’assombrit comme la nuit,
Le cœur déchiré d’un supplice de géhenne,
Alors, Jésus crucifié, Tu es toute ma vie.

Quand l’âme torturée de terribles douleurs,
Redouble ses efforts et lutte sans répit,
Et que le cœur se meurt en un amer tourment,
Jésus crucifié, Tu es l’espoir du salut.

Ainsi les jours passent,
L’âme baigne en une mer d’amertume,
Le cœur fond en larmes,
Jésus crucifié, Tu es pour moi l’aurore.

Et lorsque le calice d’amertume déborde,
Et que tout contre elle s’est conjuré,
Que l’âme descend au Jardin des Oliviers,
Jésus Crucifié, en Toi j’ai ma défense.

Quand l’âme forte de son innocence,
Reçoit de son Dieu cet insigne pouvoir,
Quand le cœur est capable de rendre amour pour tourment,
Jésus crucifié, ma faiblesse en force universelle se change.

1151. Ce n’est pas chose facile de supporter gaiement la souffrance, surtout si elle est imméritée. La nature corrompue se révolte. Et bien que la volonté et la raison surmontent la souffrance (puisque l’une et l’autre peuvent faire du bien à ceux qui causent cette souffrance), pourtant cette émotion a bien des répercutions dans l’âme. En tous points semblables à l’âme inquiète, l’émotion s’attaque à la volonté, à la raison. Mais voyant que seule, elle ne peut rien, elle se calme et s’abandonne à la raison et à la volonté.
Comme un épouvantail elle tombe dans l’âme en faisant beaucoup de bruit. Essayez seulement de l’écouter, elle, alors qu’elle n’est pas sous la coupe de la volonté et de la raison !

1152. 23 juin 1937. Alors que je priais devant le Très Saint Sacrement, tout à coup mes souffrances physiques cessèrent et j’entendis une voix en mon âme : « Tu vois, Je peux tout te donner en un moment. Aucune loi ne Me gêne ».

24 juin. Le lendemain, après la Sainte Communion, j’entendis ces paroles : « Saches, Ma fille, qu’en un moment Je puis te donner tout ce qui t’est nécessaire pour accomplir cette œuvre ! » Une merveilleuse lumière demeura en mon âme après avoir entendu ces paroles et tous les désirs de Dieu me semblèrent si faciles qu’un petit enfant pourrait les réaliser.

1153. 27 juin1937. J’ai vu aujourd’hui, le couvent de cette nouvelle Congrégation. C’est un bâtiment très large et très grand. J’en ai visité chaque partie, l’une après l’autre, et je me suis rendu compte que partout, la divine Providence avait pourvu à tout ce qui était nécessaire. Les personnes vivant dans ce couvent ne portaient pas encore l’habit religieux, mais l’esprit monastique y régnait totalement. Et j’organisais tout, comme le souhaitait le Seigneur. Tout à coup je fus apostrophée par l’une de nos Sœurs : « Comment pouvez-vous, ma Sœur, accomplir une telle œuvre ? » Je répondis : « Ce n’est pas moi mais le Seigneur qui le peut, par mon intermédiaire. Je possède l’autorisation pour tout. » Durant la Messe, la lumière se fit en moi, de même que la profonde compréhension de toute cette œuvre ; et pas l’ombre d’un doute ne demeura dans mon âme.

1154. Le Seigneur m’a fait connaître pour ainsi dire trois nuances de Sa volonté, mais cela revient au même.
La première est que les âmes retirées du monde brûleront en offrande devant le trône de Dieu et imploreront miséricorde pour le monde entier… Elles demanderont la bénédiction pour les prêtres et prépareront le monde, par leur prière, à l’avènement final de Jésus.

1155. La deuxième réside en la prière unie à l’acte de miséricorde. Ces âmes défendront particulièrement les enfants contre l’esprit du mal. Prières et acte de Miséricorde contiennent en soi tout ce que ces âmes devront mettre en œuvre. Et au sein de cette Congrégation, pourrons être admises même les plus pauvres. Elles essayeront d’éveiller l’amour et la Miséricorde de Jésus dans ce monde égoïste.

1156. La troisième consiste en prière et acte de miséricorde, sans aucune obligation de prononcer des vœux. Cependant ce faisant, les âmes auront droit à tous les mérites et privilèges de l’ensemble A cette troisième catégorie peuvent appartenir tous les gens vivant dans le monde.

1157. Tout participant devra accomplir au moins un acte quotidien de miséricorde ; au moins, car il peut y en avoir beaucoup, puisqu’il est aisé pour chacun, même pour le plus misérable, de faire un acte de miséricorde. Car l’accomplissement a trois aspects : d’abord, la parole miséricordieuse qui est pardon et consolation. Deuxièmement, si la parole est inutile, il faut utiliser la prière, et cela est miséricorde. Troisièmement l’acte de miséricorde. Et lorsque viendra le dernier jour, nous serons jugés sur cela. Et c’est sur ces bases, que sera prononcé notre jugement pour l’éternité.

1158. Les écluses de Dieu se sont entr’ouvertes pour nous, profitons-en donc avant que n’arrive le Jour de la Justice de Dieu, ce jour terrifiant.

1159. Lorsqu’un jour, j’ai demandé à Notre Seigneur comment il se fait qu’Il puisse tolérer tant de forfaits et tant de crimes sans les châtier, le Seigneur me répondit : « J’ai l’éternité pour les punir. Maintenant Je prolonge le temps de la miséricorde. Mais malheur à ceux qui ne savent pas reconnaître le moment de Ma visite. Ma fille, secrétaire de Ma Miséricorde, tu as non seulement l’obligation d’écrire et de prêcher Ma miséricorde aux âmes, mais encore celle de leur en obtenir la grâce, afin qu’elles aussi, glorifient Ma Miséricorde. »

1160. Aujourd’hui, mon âme a ressenti de si grands tourments que j’ai entrepris de me plaindre à Notre Seigneur : Jésus, comment pouvez-Vous me laisser seule ? Je ne peux faire toute seule, un seul pas en avant. Vous m’avez pris mon confesseur et Vous-même, Vous Vous cachez de moi. Vous savez bien, Jésus, que je ne sais, ni ne peux rien de plus par moi-même, si ce n’est laisser perdre Vos grâces. Jésus, faites que les circonstances s’arrangent afin que le Père Andrasz revienne ! » Pourtant les tourments demeurent.

1161. L’idée m’est alors venue d’aller trouver un prêtre pour lui confesser mes tourments, ainsi que diverses inspirations, afin qu’il les résolvent. J’ai même fait part de cette idée à la Mère Supérieure. La Mère me répondit : « Je comprends, ma Sœur, que vous vivez des moments difficiles, mais vraiment, je ne vois pour le moment aucun prêtre qui puisse vous convenir. Le prêtre va d’ailleurs bientôt revenir. Et jusque là vous pouvez, ma Sœur, vous confesser de tout au Seigneur. »

1162. Durant une conversation avec le Seigneur j’entendis une voix en mon âme : « Ma fille, Je ne donne pas Ma grâce, pour que tu la révèles ailleurs, et même si tu te confessais, Je ne donnerais pas à un autre prêtre la grâce de te comprendre. Actuellement il me plaît que tu te supportes patiemment toute seule. Ma fille, il n’entre point dans mes vues que tu parles à tous des dons que je t’ai accordés. Je t’ai mise sous la protection de l’ami de Mon Cœur. C’est sous sa direction que s’épanouira ton âme. C’est à lui que J’ai accordé la lumière pour la compréhension de Ma vie en ton âme.

1163. Lorsque J’étais devant Hérode, Ma fille, je t’ai obtenu une grâce, c’est que tu saches te tenir au-dessus du mépris humain, et que tu marches fidèlement sur Mes traces. Fais silence, lorsqu’ils ne veulent point reconnaître la vérité quand elle vient de toi. Car c’est alors que tu parles éloquemment.

1164. Tu sais bien, Ma fille, qu’en tendant à la perfection, tu sanctifieras bien des âmes. Et que si tu ne tendais pas à la Sainteté, de même bien des âmes demeureraient imparfaites. Sache bien que leur perfection dépendra de la tienne et que la plus grande part de responsabilité, en ce qui concerne les âmes, retombera sur toi. »

1165. Puis Il me dit : « Ne crains rien, Mon enfant, mais garde confiance en Ma grâce seule !.. »

1166. Satan m’a avoué que j’étais l’objet de sa haine. « Mille âmes me font moins de dommages, m’a-t-il dit, que toi, lorsque tu parles de la Grande Miséricorde du Tout-Puissant. Les plus grands pécheurs reprennent confiance et reviennent à Dieu. Et moi, dit le mauvais esprit, je perds tout. Mais qui plus et, tu me poursuis moi-même avec cette insondable Miséricorde du Tout Puissant. » J’ai pris conscience de la haine de Satan envers la Miséricorde de Dieu. Il ne veut pas reconnaître que Dieu est bon.

1167. 29juin 1937. Aujourd’hui, durant le petit déjeuner, le Père Andrasz a salué toute la Congrégation par téléphone. Il est de retour et cet après-midi même, il est venu chez nous. Les Sœurs professes, les novices et les deux classes d’élèves, se réunirent dans la cour où nous attendîmes notre cher Père revenu de Rome. Les enfants lui souhaitèrent la bienvenue par des chants et des poèmes. Puis nous lui avons demandé de nous parler de Rome et des belles choses qu’il a vues là bas. Il nous a raconté tout cela pendant plus de deux heures. Par contre il n’a pas eu le temps pour un entretien particulier.

1168. Aujourd’hui mon âme est entrée en étroite union avec le Seigneur. Il me fit connaître que je devais toujours m’abandonner à Sa sainte volonté. « En un instant je peux te donner plus que tu n’es en état de désirer. »

1169. 30 juin 1937. Aujourd’hui le Seigneur m’a dit : « J’ai souvent voulu distinguer cette Congrégation, mais Je ne le peux à cause de son orgueil. Tu sais, Ma fille, qu’aux âmes orgueilleuses, je n’accorde pas de grâces. Et même celles que j’accorde, Je les reprends ! »

1170. Aujourd’hui Sœur Yolande m’a demandé de faire un accord avec elle; Elle priera pour moi et je prierai pour sa classe de Wilno. Quant à moi, je prie toujours pour notre oeuvre. Mais j’ai décidé de prier pendant deux mois pour sa classe de Wilno et Sœur Yolande dira, chaque jour, à mon intention trois Ave Maria au Verbe Incarné afin que la grâce de Dieu me soit accordée. Notre amitié s’en est trouvée renforcée.

1171. 1er juillet 1937. Mois de juillet.
Aujourd’hui pendant l’Angélus, le Seigneur m’a fait comprendre l’inconcevable amour de Dieu envers les hommes ; Il nous élève jusqu'à Sa divinité, inspiré uniquement par Son amour et Son insondable Miséricorde. L’Ange informe du mystère. Dieu seul l’accomplit.

1172. Malgré le calme profond dont jouit mon âme, je lutte sans cesse et parfois, je mène un dur combat afin de suivre fidèlement ma route, car telle est la voie que le Seigneur Jésus désire que je prenne. Ma voie est faite de fidélité à la volonté de Dieu en tout, et toujours ; et particulièrement de fidélité à mon inspiration intérieure, afin d’être un instrument efficace dans la main de Dieu pour mener à bien Son Œuvre d’insondable Miséricorde.

1173. 4 juillet 1937. Premier Dimanche du mois. Retraite mensuelle Le soir, je me suis préparée très méticuleusement et j’ai longuement prié le Saint Esprit afin qu’il veuille m’accorder Sa lumière et me prendre sous Sa direction particulière. Je fis de même envers la Mère de Dieu, mon Ange Gardien et les Saints Patrons.

1174. Fruit de ma méditation.
Tout ce que Jésus a fait, fut bien fait. « Il passa en faisant le bien. » Son attitude fut pleine de bonté et de Miséricorde. La pitié dirigeait Ses pas. Il montra bonté, aménité, compréhension envers Ses ennemis, comme envers ceux qui avaient besoin d’aide ou de consolation. Ce mois-ci, j’ai décidé de refléter fidèlement en moi ces traits de Jésus, même si cela devait me coûter beaucoup.

1175. Pendant l’Adoration, j’entendis une voix en mon âme : « Tes efforts, Ma fille, Me sont agréables. Ils font les délices de Mon Cœur. Je vois chaque mouvement de ton cœur, de ce cœur avec lequel tu M’adores. »

1176. Résolutions particulières.
Toujours la même : M’unir au Christ Miséricordieux. Par Sa douloureuse Passion, j’implorerai le Père des Cieux pour le monde entier.
Point important de la règle : observer un silence rigoureux.
Descendre dans la profondeur de Son Etre et remercier Dieu de tout en m’unissant à Jésus. Avec Lui, en Lui et par Lui, je rends gloire à Dieu.

1177. Ô Seigneur, mon amour, je Vous remercie de m’avoir permis, en ce jour, de puiser des trésors de grâces à la source de Votre insondable Miséricorde. Ô Jésus, non seulement aujourd’hui, mais à tout instant, je reçois tout de Votre insondable Miséricorde, tout ce que l’âme et le corps peuvent désirer.

1178. 7 juillet 1937. Dans les moments d’incertitudes, c’est-à-dire lorsque l’âme est affaiblie, que l’âme demande à Jésus d’agir Lui-même, et quoi qu’elle sache qu’elle devrait agir par la grâce divine, pourtant, à certains moments, il convient de laisser le champ d’action à Dieu.

1179. 15 juillet 1937. A un certain moment j’ai su que j’allais être transférée dans une autre maison. Cette connaissance était toute intérieure. Au même moment j’entendis une voix en mon âme : « Ne crains rien, Ma fille, Ma volonté est que tu demeures ici. Les projets humains vont être contrecarrés et l’on devra se conformer à Ma volonté. »

1180. Quand je fus tout prêt du Seigneur, Il me dit : « Pourquoi appréhendes-tu de commencer l’œuvre que je t’ai commandée ? » Je répondis ; Pourquoi Jésus, dans ces moments-là, me laissez-vous seule ? Et pourquoi est-ce qu’alors je ne ressens plus aucunement Votre présence ? » - « Ma fille, même si tu peux Me percevoir dans les plus secrètes profondeurs de ton cœur, tu ne peux affirmer que J’en suis absent. Ce que Je t’enlève, c’est seulement la sensation de Ma personne. Et cela ne devrait pas être une difficulté pour toi dans l’exécution de Ma volonté. Je fais ceci pour accomplir Mes insondables desseins que tu connaîtras plus tard.
Ma fille, sache bien, une fois pour toute, que seul le péché grave Me chasse de l’âme et rien d’autre. »

1181. Aujourd’hui le Seigneur m’a dit : « Ma fille, délectation et prédilection de Mon Cœur, rien ne M’empêche de t’accorder Ma grâce. Ta misère ne s’oppose en rien à Ma Miséricorde. Ma fille, écrit que plus la misère de l’âme est grande, plus celle-ci aura droit à Ma Miséricorde. Et encourage toutes les âmes la confiance en l’inconcevable abîme de Ma Miséricorde. Car Je désire leur salut à toutes. La source de Ma Miséricorde a été largement ouverte sur la croix, par la blessure de la lance, et depuis elle coule pour toutes les âmes, sans aucune exception. »

1182. Ô Jésus, je désire vivre le moment qui passe, vivre comme si ce jour devait être le dernier pour moi. Je désire profiter de chaque instant, pour la plus grande gloire de Dieu. Je désire retirer de chaque circonstance un bienfait pour mon âme, et regarder tout de ce point de vue. Rien n’arrive sans la volonté de Dieu.
Dieu d’insondable Miséricorde, envahissez le monde entier et déversez-Vous sur nous, par le Cœur compatissant de Jésus.

Je note ici d’anciens souvenirs :
1183. Un soir, j’ai vu le Seigneur Jésus sur la Croix. De Ses mains, de Ses pieds et de Son côté, coulait Son Très Saint Sang. Puis Jésus me dit : « Tout cela, c’est pour le salut des âmes. Examine bien, Ma fille, ce que tu fais, toi, pour leur salut. » J’ai répondu : « Jésus, lorsque je contemple Votre supplice, je vois que ce que je fais pour le salut des âmes n’est presque rien. » Et le Seigneur m’a dit : « Sais-tu, Ma fille que tes tourments quotidiens, ton total abandon à Ma volonté conduisent bien des âmes au Ciel ?
Et lorsqu’il te semble que la souffrance dépasse tes forces, contemple Mes Plaies et tu t’élèveras alors au-dessus du mépris et des jugements humains. Examiner en toi Mon supplice t’aidera à t’élever au-dessus de tout. » J’ai compris alors bien des choses que je ne pouvais concevoir avant.

1184. 9 juillet 1937. Ce soir, est venue à moi l’une de nos Sœurs disparues qui m’a demandé de lui consacrer un jour de jeûne, et d’offrir à son intention, ce même jour, tous mes exercices spirituels. J’ai répondu que je le ferai.

1185. Dès le lendemain matin, je me suis donc empressée de consacrer ce jour à cette intention. Durant la Sainte Messe, j’ai vécu un moment le supplice de cette Sœur. J’ai ressenti en mon âme une telle faim de Dieu, qu’il me semblât mourir du désir de m’unir à Lui. Cela dura peu de temps, mais j’ai compris ce qu’est cette nostalgie de l’âme au Purgatoire.

1186. Immédiatement après la Sainte Messe, j’ai demandé à la Mère Supérieure de m’autoriser à jeûner, ce que je n’ai pas obtenu, parce que je suis malade. En entrant à la Chapelle, j’entendis ces paroles : « Si vous aviez jeûné, ma Sœur, je n’aurais obtenu de soulagement à ma peine que ce soir seulement. Mais grâce à votre obéissance qui vous a empêchée de jeûner, j’ai obtenu ce soulagement immédiatement. C’est une grande force que l’obéissance… » Après ces paroles j’entendis : « Dieu vous le rende ! »

1187. Souvent je prie pour la Pologne, mais je vois que Dieu est très fâché contre elle, à cause de son ingratitude. Je me concentre de toute mon âme, afin de la défendre. Je rappelle sans cesse à Dieu Sa promesse de Miséricorde. Quand je vois Sa colère, je me jette avec confiance dans l’abîme de Miséricorde, et j’y plonge toute la Pologne et cette fois Dieu ne pourra user de Sa Justice. Ô ma Patrie, combien tu me coûtes ! Il n’y a pas de jour où je ne prie pour toi.

1188. Propos de Saint Vincent de Paul : « Le Seigneur met toujours la Main à l’œuvre lorsqu’Il écarte tous les moyens humains et nous ordonne d’accomplir ce qui dépasse nos forces. »

1189. Jésus : « De toutes Mes Plaies, comme d’un ruisseau coule la Miséricorde pour les âmes. Mais la blessure de Mon Cœur est la source de l’insondable Miséricorde. De cette source jaillissent toutes les grâces destinées aux âmes. Les flammes de la pitié me brûlent. J’ai l’ardent désir de les communiquer aux âmes humaines. Parle de Ma Miséricorde au monde entier. »

1190. Aussi longtemps que nous vivons, l’amour de Dieu grandit en nous. Nous devrions jusqu’à la mort, nous efforcer d’obtenir l’amour de Dieu. J’ai appris et j’ai expérimenté que l’on reconnaît les âmes vivant dans une atmosphère d’amour divin, à ce qu’elles ont de grandes lumières sur toutes choses divines, tant en leur âme que dans les âmes des autres. Et les âmes simples, sans instruction, se distinguent par leur savoir.

1191. À la quatorzième station de la Passion, je ressens l’étrange impression que Jésus va en terre.
Lorsque mon âme est tourmentée, je pense seulement ceci : Jésus est bon et plein de Miséricorde, et même si la terre devait me manquer sous les pieds, je ne cesserais pas de Lui faire confiance.

1192. Aujourd’hui j’ai entendu ces mots : « Ma fille, prédilection de Mon Cœur, c’est avec grand plaisir que Je contemple ton âme. Il y a bien des grâces que Je n’accorde qu’à cause de toi. Je suspends aussi bien des châtiments uniquement à cause de toi. Tu me retiens et Je ne peux revendiquer Mes droits. Tu me lies les mains par ton amour. »

1193. 13 juillet 1937. Aujourd’hui Jésus m’a donné quelques lumières sur l’attitude que je dois avoir envers une Sœur qui m’a questionnée sur bien des sujets touchant l’âme et sur lesquels elle avait des doutes. Mais au fond, ce n’était pas de cela qu’il s’agissait. Elle voulait se convaincre de mes opinions sur ces sujets, afin d’avoir la possibilité d’informer les autres Sœurs sur moi. Oh! Si au moins, elle répétait les mots mêmes que je lui ai dit, sans les déformer ni en rajouter. Jésus m’a mise en garde contre cette âme. J’ai pris la décision de prier pour elle, car seule la prière peut l’éclairer.

1194. Ô mon Jésus, rien ne peut rabaisser mon idéal, c’est-à-dire l’amour que j’ai envers Vous. Je ne crains pas d’aller de l’avant, bien que le chemin soit terriblement épineux. Même si une grêle de persécutions devait s’abattre sur moi, même si mes amis devaient m’abandonner, même si tout devait se liguer contre moi et que l’horizon s’assombrisse, même si l’orage devait faire fureur et que je me sente seule face à tout cela, c’est alors qu’en toute tranquillité je ferais confiance à Votre Miséricorde, ô mon Dieu, et mon espoir ne sera pas déçu.

1195. Aujourd’hui j’ai ressenti une grande souffrance aux endroits des plaies à l’approche d’une Sœur au réfectoire. Cette Sœur était de service. Il me fut donné de connaître l’état de son âme. J’ai beaucoup prié pour elle.

1196. A propos de l’apaisement de l’orage. Cette nuit, il y eut un terrible orage. Je me suis courbée la face contre terre et j’ai commencé à réciter les litanies de Tous les Saints. Vers la fin de ces litanies, le sommeil me prit si bien que je ne pus en aucune façon terminer cette prière. Alors je me suis levée et j’ai dit au Seigneur :
« Jésus, apaisez cet orage, car Votre enfant est incapable de prier plus longtemps et le sommeil l’accable ». Puis j’ai ouvert toute grande la fenêtre sans même mettre le crochet. Sœur N. m’a dit alors : « Que faites-vous, ma Sœur ? Voyons, la bourrasque va arracher la fenêtre ». Je lui ai répondu de dormir tranquille, et tout à coup, l’orage s’est complètement apaisé. Le lendemain, les Sœurs commentèrent ce brusque apaisement de l’orage, ne sachant comment l’expliquer. Je n’ai rien répondu à cela. J’ai seulement pensé en moi-même : Jésus et Faustine savent ce que cela signifie…

1197. 20 juillet 1937. J’ai appris aujourd’hui que je dois me rendre à Rabka ? Je ne devais y aller qu’après le 5 août, mais j’ai prié la Mère Supérieure de m’autoriser à m’y rendre dès maintenant. Je n’ai pas vu le Père Andrasz et j’ai demandé de partir au plus vite. La Mère Supérieure s’est un peu étonnée que je veuille partir si vite. Cependant, je ne m’en suis pas expliquée, de même que je n’ai donné aucune explication sur moi-même. Cela restera un secret pour l’éternité Dans ces circonstances j’ai pris une décision à laquelle je me tiendrai.

1198. 29 juillet. Aujourd’hui je dois partir pour Rabka. Je suis entrée un moment à la Chapelle et j’ai prié Notre Seigneur Jésus de m’accorder un bon voyage. Pourtant mon âme est comme plongée dans l’obscurité. Je sens que je suis seule, je n’ai personne. J’ai demandé à Jésus d’être avec moi. Alors j’ai senti en mon âme un rayon de lumière, preuve que Jésus était avec moi. Mais après cette faveur, l’obscurité se renforça et la nuit se fit encore plus profonde en mon âme. Alors j’ai dit : « Que Votre volonté soit faite, car tout est en Votre pouvoir ! » Dans le train, quand je regardais par la fenêtre et que je voyais le ravissant paysage et les montagnes, je ressentais encore plus de tourments en mon âme. Et lorsque les Sœurs me souhaitèrent la bienvenue et commencèrent à m’entourer de leur affectueuse cordialité, mes souffrances redoublèrent.

1199. J’aurais voulu me cacher et me reposer un moment dans la solitude, en un mot demeurer seule. Dans de tels moments aucune créature n’est en état de me consoler et même si je voulais parler de moi-même, j’éprouverais de nouveaux tourments. C’est pourquoi à ces moments-là, je me tais, m’abandonnant silencieusement à la volonté de Dieu et cela m’apporte l’apaisement. Je n’exige rien des créatures. Je ne les fréquente que par nécessité. Je ne peux me confier, à moins que cela ne soit nécessaire à la gloire de Dieu. Je n’ai de commerce qu’avec les Anges.

1200. Cependant ma mauvaise santé s’est aggravée ici au point que je suis obligée de garder le lit. Je ressens d’étranges douleurs aiguës dans toute la cage thoracique. Je ne peux même pas remuer les bras. Une nuit j’ai dû demeurer couchée sans pouvoir bouger, car il me semblait que, si je bougeais, tout se déchirerait dans mes poumons. Cette nuit m’a parue sans fin : je me suis unie à Jésus crucifié et j’ai imploré le Père des Cieux pour les pécheurs. On dit que la maladie pulmonaire ne provoque pas de souffrances aussi aiguës et pourtant, j’éprouve sans cesse des souffrances atroces. Ma santé s’est tant aggravée ici, que je dois garder le lit et Sœur N. a dit que je ne me porterai pas mieux ici, car l’air de Rabka n’est pas bon pour tous les malades.

1201. Aujourd’hui je n’ai même pas pu me rendre à la Sainte Messe, ni communier. Mais en proie aux souffrances de l’âme et du corps je me répétais : « Que soit faite la volonté du Seigneur ! Je sais que votre générosité est infinie. » J’entendis alors l’Ange qui chanta le chant de toute ma vie, tout ce qu’elle contenait. Je m’en suis étonnée mais également fortifiée.

1202. Saint Joseph me demande d’avoir pour lui une incessante dévotion. Il m’a dit lui-même de réciter chaque jour trois Pater et un « Souvenez-Vous ». Il est enclin à beaucoup de bienveillance et m’a fait savoir qu’il appuie cette œuvre. De même il m’a promis une aide particulière ainsi que sa protection. Chaque jour je dis les prières demandées et je ressens sa protection particulière.

1203. Premier août 1937. Retraite d’un jour. Retraite de souffrance. Ô Jésus, en ces jours de souffrance, accablée de corps et d’âme, je ne suis capable d’aucune prière ! Ô mon Jésus, Vous voyez bien que Votre enfant est réduite à l’impuissance ! Je ne tente d’autre effort que de soumettre ma volonté à celle de Jésus. Ô Jésus, Vous êtes toujours Jésus pour moi !

1204. Lorsque j’allai me confesser ne sachant même plus le faire, le prêtre cependant comprit immédiatement l’état de mon âme et me dit : « Malgré tout, vous faites votre salut. Vous êtes sur le droit chemin. Mais il se peut que l’ancienne lumière ne revienne plus et que Dieu laisse votre âme jusqu’à la mort dans ces ténèbres et ce déclin de l’âme. Abandonnez vous en tout à la volonté de Dieu !»

1205. Aujourd’hui j’ai commencé une neuvaine à Notre-Dame de l’Assomption, dans trois intentions : la première afin que je puisse rencontrer l’abbé Sopocko ; la deuxième afin que Dieu presse l’exécution de cette œuvre ; la troisième : à l’intention de Ma Patrie.

1206. 10 août. Je dois retourner à Cracovie, aujourd’hui accompagnée d’une Sœur. Mon âme baigne dans la souffrance, mais par un acte de volonté, je m’unis sans cesse à Dieu. Il m’est force et puissance.

1207. Soyez béni, ô mon Dieu, pour tout ce que Vous m’envoyez ! Sans Votre volonté, il n’est rien de nouveau sous le soleil. Je ne peux percer Votre secret à mon égard, mais j’appuie mes lèvres au calice qui m’est offert.
Jésus, j’ai confiance en Vous !

1208. Neuvaine à la Miséricorde Divine que Jésus m’ordonna d’écrire et de réciter avant la Fête de la Miséricorde. On la commence le Vendredi Saint. « Je désire que, durant ces neuf jours, tu amènes les âmes à la source de Ma Miséricorde, afin qu’elles puisent force et soulagement, ainsi que toutes les grâces dont elles ont besoin dans les difficultés de la vie et particulièrement à l’heure de la mort. Chaque jour tu amèneras jusqu’à mon Cœur un nouveau groupe d’âmes et tu les plongeras dans l’immensité de Ma Miséricorde. Et moi je les conduirai toutes dans la maison de Mon Père. Tu feras cela dans cette vie et dans l’autre. Je ne refuserai rien à toute âme que tu amèneras à la source de Ma Miséricorde. Et chaque jour tu imploreras Mon Père, au nom de Ma douloureuse Passion de t’accorder des grâces pour ces âmes-là. »
J’ai répondu : Jésus, je ne sais comment faire cette neuvaine, ni quelles âmes conduire tout d’abord à Votre Cœur Très Miséricordieux. » Jésus me répondit qu’Il me dirait chaque jour quelles âmes je devais conduire à Son Cœur.

Premier jour

1209. « Aujourd’hui, amène-Moi l’humanité entière, particulièrement les pécheurs ! Immerge-les dans l’immensité de Ma Miséricorde ! Tu Me consoleras ainsi de cette amère tristesse dans laquelle Me plonge la perte des âmes. »

1210. Très Miséricordieux Jésus, dont le propre est d’avoir pitié de nous et de nous pardonner, ne regardez pas nos péchés, mais la confiance que nous avons en Votre infinie bonté. Recevez-nous dans la demeure de Votre Cœur Très Miséricordieux et ne permettez pas que nous en sortions pour l’éternité. Nous Vous en supplions par l’amour Ô Toute-Puissante Miséricorde de Dieu, Secours du pécheur, Océan d’amour infini et de pitié,
Vous venez en aide à ceux qui Vous prient avec humilité.
Père Eternel, jetez un regard de Miséricorde sur toute l’humanité, et particulièrement sur les pauvres pécheurs, enfermés dans le Cœur Très Miséricordieux de Jésus ! Par Sa douloureuse Passion, faites-nous Miséricorde afin que soit glorifié Votre Toute-Puissante Miséricorde dans les siècles des siècles. Amen.

Deuxième jour

1211. « Aujourd’hui amène-Moi les âmes sacerdotales et religieuses, et plonges-les dans Mon insondable Miséricorde ! Elles ont bien fait durer Mon amer supplice. Par elles comme par des canaux, Ma Miséricorde s’écoule sur l’humanité. »

1212. Très Miséricordieux Jésus, de qui provient tout ce qui est bon, multipliez Vos grâces en nous, afin que nous accomplissions dignement les actes de Miséricorde, et que notre prochain en glorifie le Père de Miséricorde qui est au Cieux !

Jaillie de la mer de Miséricorde,
La fontaine de l’Amour divin
Habite les cœurs purs,
Scintillante comme l’étoile,
Limpide comme l’aurore.

Père Eternel, jetez un regard de Miséricorde sur ce groupe d’élus au cœur de Votre vigne : les âmes sacerdotales et religieuses ! Accordez-leur les bienfaits de Votre bénédiction ! Par amour pour le Cœur de Votre fils qui est leur demeure, concédez-leur le pouvoir de Votre lumière, afin qu’elles puissent guider les autres sur le chemin du salut, et qu’elles puissent toutes ensemble rendre hommage à Votre insondable Miséricorde pour l’éternité. Amen.

Troisième jour

1213. « Aujourd’hui, amène-moi toutes les âmes pieuses et fidèles et plonge-les dans l’océan de Ma Miséricorde. Ces âmes me consolèrent sur le chemin du Calvaire. Elles furent cette goutte de consolation dans un océan d’amertume. »

1214. Très Miséricordieux Jésus qui accordez surabondamment le trésor de Votre Miséricorde à tous, recevez-nous tous ans la demeure de Votre Cœur Très Compatissant ! Et ne nous en laissez pas sortir pour l’éternité, je Vous en supplie par cet inconcevable amour dont brûle Votre Cœur pour le Père Céleste.
Impénétrables merveilles de la Miséricorde,
Insondables au pécheur comme au juste,
Lorsque sur nous, vous jetez un regard de pitié,
Vous nous attirez tous vers Votre Amour !

Père Eternel, jetez un regard de Miséricorde sur les âmes fidèles, héritage de Votre Fils ! Par Sa douloureuse Passion, accordez leur Votre bénédiction et entourez-les de Votre incessante protection afin qu’elles ne perdent l’amour ni le trésor de la Sainte Foi, mais qu’elles glorifient Votre infinie Miséricorde avec le chœur des Anges et des Saints pour l’éternité ! Amen.

Quatrième jour

1215. « Aujourd’hui, amène-moi les païens et ceux qui ne Me connaissent pas encore. Je pensais aussi à eux durant Ma douloureuse Passion, et leur zèle futur consolait Mon Cœur. Plonge-les dans l’immensité de Ma Miséricorde ! »

1216. Très compatissant Jésus qui êtes la lumière du monde, recevez dans la demeure de Votre Cœur Très Compatissant les âmes des païens et de ceux qui ne Vous connaissent pas encore ! Que les rayons de Votre Grâce les illuminent, afin qu’elles aussi glorifient avec nous les merveilles de Votre Miséricorde ! Et ne les laissez pas sortir de la demeure de Votre Cœur Très Compatissant !

Faites que la lumière de Votre amour, mon Dieu,
Illumine enfin toutes les âmes restées dans les ténèbres,
Et que n’hésitant plus à Vous reconnaître,
Elles chantent avec nous la gloire de votre Miséricorde !

Père Eternel, jetez un regard de Miséricorde sur les âmes des païens et de tous ceux qui ne Vous connaissent pas encore, mais qui sont enfermés dans le Cœur Très Compatissant de Jésus ! Attirez-les vers la lumière de l’Evangile ! Elles ne savent pas combien est grand le bonheur de Vous aimer. Faites donc qu’elles aussi, puissent glorifier la munificence de Votre Miséricorde dans les siècles des siècles. Amen.

Cinquième jour.

1217. « Aujourd’hui, amène-Moi les âmes des hérétiques et des apostats ! Plonge-les dans l’immensité de Ma Miséricorde ! Dans Mon amère Passion, elles Me déchiraient le Corps et le Cœur, c’est-à-dire Mon Eglise. Lorsqu’elles reviendront à l’unité de l’Eglise alors se cicatriseront Mes Plaies. Et de cette façon elles Me soulageront dans Ma Passion. »

Même pour ceux qui mirent en pièces le manteau de l’unité,
Coule en Ton Cœur une source de pitié.
Par la Toute-Puissance de Ta Miséricorde, ô Dieu,
Tu peux aussi retirer ces âmes de l’erreur.

1218. Très Miséricordieux Jésus qui êtes la bonté même, Vous ne refusez pas la lumière à ceux qui Vous la demandent. Recevez dans la demeure de Votre Cœur Très compatissant les âmes des hérétiques et des apostats ! Par Votre lumière ramenez-les à l’unité de l’Eglise ! Ne les laissez sortir de la demeure de votre Cœur Très Compatissant, mais faites qu’elles aussi glorifient la munificence de Votre Miséricorde !

Père Eternel, jetez un regard miséricordieux sur les âmes des hérétiques et des apostats qui, persistant obstinément dans leurs erreurs, gaspillèrent Vos bontés et abusèrent de Vos grâces ! Ne regardez pas leurs fautes, mais l’amour de Votre fils et Son amère Passion qu’Il souffrit également pour elles, puisqu’elles aussi sont enfermées dans le Cœur Très Compatissant de Jésus. Faites qu’elles aussi glorifient Votre immense Miséricorde dans les siècles des siècles ! Amen.

Sixième jour

1219. « Aujourd’hui, amène-Moi les âmes douces et humbles, ainsi que celles des petits enfants et plonge-les dans Ma Miséricorde ! Ce sont elles qui ressemblent le plus à Mon Cœur. Elles m’ont réconforté dans Mon amère agonie. Je les voyais veiller sur Mes autels comme des Anges terrestres. Sur elles Je verse des torrents de grâces. Ma grâce ne peut être reçue que par les âmes pleines d’humilité. Ce sont ces âmes-là en qui Je mets Ma confiance.

1220. Très Miséricordieux Jésus qui avez dit Vous-même : « Apprenez de Moi que Je suis doux et humble de Cœur », recevez dans la demeure de Votre Cœur Très Compatissant les âmes douces et humbles, ainsi que celles des petits enfants ! Ces âmes-là plongent dans le ravissement le Ciel entier, et sont particulièrement aimées du Père des Cieux. Elles forment un bouquet de fleurs devant le trône divin dont Dieu seul respire le parfum. Ces âmes-là demeurent pour toujours dans le Cœur très compatissant de Jésus, chantant sans cesse l’hymne de l’amour et de la Miséricorde pour l’éternité.

1221. L’âme véritablement humble et douce,
Respire déjà le Paradis sur terre,
D’un parfum d’humilité son cœur
Grise le Créateur Lui-même.

1222. Père Eternel, jetez un regard de Miséricorde sur les âmes douces et humbles, ainsi que sur celles des petits enfants demeurant dans le Cœur Très Compatissant de Jésus. Ce sont ces âmes-là qui ressemblent le plus à Votre Fils. Le parfum de ces âmes montent de la terre et s’élève jusqu’à Votre trône. Père de Miséricorde et de toute bonté, je Vous implore par l’amour et la prédilection que Vous avez pour ces âmes, de bien vouloir bénir le monde entier, afin que toutes les âmes puissent chanter ensemble la gloire de Votre Miséricorde pour l’éternité. Amen.

Septième jour

1223. « Aujourd’hui, amène-Moi les âmes qui vénèrent et glorifient particulièrement Ma Miséricorde et plonge-les en elles. Ces âmes-là ont le plus partagé les souffrances de Ma Passion. Ce sont elles qui ont pénétré le plus profondément en Mon âme. Elles sont le vivant reflet de Mon Cœur Compatissant. Ces âmes brilleront d’un éclat particulier dans la vie future. Aucune n’ira en enfer. Je défendrai chacune d’elles en particulier à l’heure de la mort. »

1224. Très Miséricordieux Jésus dont le Cœur n’est qu’amour, recevez dans la demeure de Votre Cœur Très Compatissant les âmes qui vénèrent et glorifient plus particulièrement l’immensité de Votre Miséricorde. Dotées de la puissance même de Dieu, elles avancent confiantes en Votre Miséricorde au milieu de tous les tourments et contrariétés. Ces âmes sont unies à Jésus et portent le poids de l’humanité entière sur leurs épaules. Elles ne seront pas jugées sévèrement, mais Votre Miséricorde les protègera au moment de l’agonie.

L’âme qui célèbre la bonté du Seigneur
Est, de Lui, tout particulièrement chérie.
Près de la source de vie, elle a trouvé demeure,
Et puise mille grâces en la Miséricorde de Dieu.

Père Eternel, daignez jeter un regard de Miséricorde sur les âmes qui célèbrent et vénèrent Votre plus grand attribut : Votre infinie Miséricorde ! Enfermées dans le Cœur Très Compatissant de Jésus, elles sont un vivant Evangile. Leurs mains sont pleines d’actes de miséricorde. Comblées de joie elles chantent l’hymne de la Miséricorde du Très-Haut. Je Vous en supplie, manifestez-leur Votre Miséricorde selon l’espoir et la confiance qu’elles ont mis en Vous ! Que s’accomplisse en elles la promesse de Jésus qui a dit : « Je défendrai leur vie durant, comme Ma propre Gloire, les âmes qui vénéreront Mon infinie Miséricorde. Je les défendrai tout particulièrement à l’heure de la mort. »

Huitième jour

1225. « Aujourd’hui, amène-Moi les âmes qui sont au Purgatoire et plonge-les dans l’abîme de Ma Miséricorde ! Que les flots de Mon Sang rafraîchissent leurs brûlures ! Toutes ces âmes Me sont très chères, mais elles Me rendent Justice. Il est en ton pouvoir de leur apporter quelque soulagement.
Puise dans le trésor de Mon Eglise toutes les indulgences, et offre-les en leur nom ! Oh ! Si tu connaissais leur souffrance, tu offrirais sans cesse en leur nom l’aumône de tes prières, et tu paierais leurs dettes à Ma Justice. »

1226. Très Miséricordieux Jésus qui avez dit vouloir Vous-même la Miséricorde, voici que j’amène à la demeure de Votre Cœur Très Compatissant, les âmes du Purgatoire, qui Vous sont très chères, mais qui pourtant doivent rendre des comptes à Votre Justice. Que les flots de Sang et d’Eau jaillis de Votre Cœur éteignent les flammes du feu purificateur afin que, là aussi, soit glorifiée la puissance de Votre Miséricorde !

De la terrible ardeur du feu purificateur,
Une plainte s’élève vers Ta Miséricorde,
Demandant consolation, soulagement, fraîcheur,
Des seuls ruisseaux d’Eau à Ton Sang mêlés.

Père Eternel, daignez jeter un regard de Miséricorde sur les âmes souffrant au Purgatoire, enfermées dans le Cœur Très Compatissant de Jésus ! Je Vous implore par la douloureuse Passion de Jésus, Votre Fils, et par toute l’amertume dont son Ame Très Sainte fut inondée, de manifester Votre Miséricorde aux âmes qui sont soumises à Votre Justice sans défaut. Que Votre regard ne tienne compte que des mérites des plaies de Jésus, Votre Très Cher Fils, car nous croyons que Votre bonté et Votre pitié sont infinies !

Neuvième jour

1227. « Aujourd’hui, amène-Moi les âmes indifférentes et froides, et plonge-les dans l’abîme de Ma Miséricorde. Ce sont ces âmes-là qui blessent le plus douloureusement Mon Cœur. Ce sont elles, qui au Jardin des Oliviers, m’inspirèrent la plus grande aversion. C’est à cause d’elles que j’ai dit : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de Moi ! »
Pour elles, l’ultime planche de salut est de recourir à Ma Miséricorde. »

1228. Très Compatissant Jésus qui n’êtes que pitié, j’amène à la demeure de Votre Cœur Très Compatissant les âmes indifférentes et froides. Que ces âmes, dont la froideur cadavérique Vous emplit de répulsion, retrouvent la flamme de la vie au feu de Votre pur amour ! Très Compatissant Jésus, usez de la Toute-Puissance de Votre Miséricorde : entraînez-les dans le brasier même de Votre amour et communiquez-leur le feu de l’amour divin, car Vous pouvez tout !

Feu et glace ensemble il ne faut mêler,
Car le feu s’éteindra ou la glace fondra.
Mais par Ton infinie Miséricorde, Mon Dieu,
Tu peux suppléer de plus grandes déficiences.

Père Eternel, jetez un regard de Miséricorde sur les âmes indifférentes, qui sont cependant enfermées dans le Cœur Très Compatissant de Jésus ! Père de Miséricorde, je Vous supplie par la Passion amère de Votre Fils et par Son agonie de trois heures sur la croix, permettez que ces âmes-là célèbrent aussi l’abîme de Votre Miséricorde !

1229. Ô jour éternel, ô jour tant désiré,
Avec impatience, avec nostalgie je guette.
Et très bientôt l’amour,
Le salut se dressera juste devant moi !

Ô jour merveilleux, moment incomparable,
Où pour la première fois je fixerai mon Dieu,
L’époux de mon âme et le Seigneur des seigneurs.
Ce jour, l’épouvante n’étreindra point mon âme !

Ô jour très solennel, ô jour de clarté,
Où l’âme reconnaîtra son Dieu à Sa puissance,
Toute entière sombrera, à Son amour livrée.
Seront alors passés misère, exil, souffrance !

Ô jour bienheureux, jour de bénédiction,
Pour toi mon cœur flambera d’un feu éternel
Que je ressens déjà comme à travers un brouillard.
Jésus à travers vie et mort, m’est extase et charme !

Ô jour dont j’ai rêvé toute ma vie durant !
Vois, je T’ai si longuement attendu, Seigneur,
Car Toi seul je désire en cet ultime instant,
Toi, l’Unique en mon cœur, le reste ne m’est rien !

Jour de délice ! Infinie suavité!
De Ta grande Majesté, ô Dieu, mon Epoux !
Rien ne saurait contenter un cœur virginal, tu le sais.
Là sur Ton doux Cœur j’appuie mon front.

Fin du troisième cahier.

Cahier IV

Inscription sur la couverture du troisième cahier :

Quatrième cahier du Petit Journal de Sœur (Marie-) Faustine

J.M.J.

1230. Aujourd’hui Jésus a habité mon cœur.
Il est descendu de son trône céleste,
Ce grand Seigneur, créateur de l’univers.
Il est venu à moi sous la forme du pain.

Ô Dieu éternel enfermé dans mon cœur,
Te possédant, je possède le ciel entier.
Et de concert avec les Anges, je chante le Très Saint.
Je vis uniquement pour Ta gloire.

Ce n’est pas au Séraphin que Tu T’unis mon Dieu,
Mais à l’homme chétif,
Qui sans Toi ne peut rien accomplir.
Mais pour l’homme Tu es toujours miséricordieux.

Mon cœur t’est un habitacle,
Ô Roi d’éternelle gloire !
Règne en maître et roi, en mon cœur,
Comme en un superbe palais !

Ô Dieu grand et inconcevable,
Qui as daigné tant T’abaisser,
Je Te rends gloire en toute humilité,
Et Te supplie de bien vouloir me sauver.

J.M.J.
1231. Ô douce Mère de Dieu,
Sur Toi je modèle ma vie.
Tu es pour moi la lumineuse aurore,
En Toi je sombre avec ravissement !

Ô Mère, Vierge immaculée,
Par toi se reflète pour moi le rayonnement de Dieu.
C’est Toi qui m’apprends à aimer le Seigneur à travers les orages,
Contre l’ennemi, Tu es mon bouclier et ma protection !

Cracovie le 10 août 1937.
Sœur Marie Faustine
Du Très Saint Sacrement

1232. Ô Sainte Eucharistie, source des douceurs divines,
Tu donnes force à mon âme.
Ô Toi, le Tout-Puissant, qui pris corps en la Vierge,
Tu visites mon cœur secrètement,
Et la force des sens ne T’atteint pas !


1233. J.M.J. Cracovie, le 10 août 1937

Quatrième cahier.

Tout est pour Vous, Jésus ! De chaque battement de mon cœur je désire glorifier Votre Miséricorde. Et autant que faire se peut, je désire encourager les âmes à faire confiance à cette Miséricorde, ainsi que Vous me l’avez vous-même commandé, Ô Seigneur !

1234. En mon cœur, en mon âme, c’est la nuit noire. Devant mon esprit se dresse un mur impénétrable, qui me dérobe Dieu. Cependant je ne suis pas la cause de cette obscurité. Etrange est ce tourment dont je crains de décrire ici l’étendue. Mais même dans cet état, j’essaie de Vous être fidèle. Ô mon Jésus, toujours et en tout, mon cœur ne bat que pour Vous !

1235. 10 août 1937. Aujourd’hui je suis revenue de Rabka à Cracovie, je me sens très malade. Seul Jésus sait combien je souffre. Ces jours-ci, j’ai été tout à fait semblable à Jésus crucifié. Je me suis armée de patience afin d’expliquer à chaque Sœur pourquoi je ne pouvais demeurer là. C’est-à-dire que l’état de ma santé avait empiré. Quoique je sache bien que certaines Sœurs ne le demandaient pas pour partager mes souffrances, mais pour les augmenter.

1236. Ô Jésus, quelle obscurité m’envahit et quel néant me saisit ! Mais mon Jésus, ne me laissez pas seule, accordez-moi la grâce de la fidélité ! Bien que je ne puisse connaître les mystères de Votre divine volonté, cependant, il est en mon pouvoir de dire : « Que Votre volonté soit faite ! »

1237. Le 12 août. Aujourd’hui, j’ai eu un entretien avec Monsieur l’Abbé Sopocko qui, passant par Cracovie, s’arrêta un moment. Je désirais le voir, Dieu a exaucé mon désir.

Ce prêtre est une grande âme entièrement remplie de Dieu. Ma joie a été profonde et j’ai remercié Dieu pour cette grande faveur puisque je désirais le voir pour la plus grande gloire de Dieu.

1238. Ô vivante Hostie, Jésus caché, Vous voyez l’état de mon âme ! Je suis incapable de prononcer, de moi-même, Votre Saint Nom. Je ne peux pas allumer un feu d’amour, en mon cœur. Mais m’agenouillant à Vos pieds, je tourne vers le Tabernacle le regard de mon âme, un regard de fidélité. Même si en mon âme il y a du changement, Vous êtes, Vous, toujours le même. J’ai confiance que viendra le moment où Vous dévoilerai Votre face, et Votre enfant apercevra à nouveau Votre doux Visage. Je m’étonne, Jésus, que Vous puissiez si longtemps Vous cacher de moi, et que Vous puissiez retenir cette avalanche d’amour que Vous éprouvez pour moi. De toute son attention, mon cœur écoute, et j’attends Votre venue, unique trésor de mon cœur.

1239. Notre Seigneur Jésus prend vivement la défense de Ses représentants sur terre. Il est si fort en communion d’esprit avec eux qu’Il m’ordonne de préférer leur avis au Sien. J’ai compris combien l’intimité entre Jésus et le prêtre est grande. Ce que le prêtre dit, Jésus en prend la défense. Et souvent Il se conforme à ses désirs. Plus d’une fois Il fait dépendre de son avis, Ses rapports avec une âme. J’ai été initiée à tout ceci par une grâce particulière. Et je sais jusqu’à quel point Vous partagez avec eux pouvoir et mystère, ô Jésus, plus que Vous ne le faites avec les Anges ! Je me réjouis de tout cela, car c’est pour mon bien.

1240. Ô mon Jésus, qu’il est difficile, lorsque quelqu’un est peu aimable avec nous et que l’on nous fait de la peine de supporter cette souffrance. Ce n’est qu’une petite peine. Mais c’est pour moi une peine insurmontable si quelqu’un me montre son amabilité, tout en me dressant des embûches à chaque pas.

Comme il faut avoir une grande force de volonté pour aimer cette âme en Dieu. Plus d’une fois, l’âme doit aller jusqu’à l’héroïsme, afin d’aimer cette âme comme Dieu l’exige. Si l’on avait peu de contacts avec elle, il serait plus facile de la supporter. Mais si l’on vit ensemble et qu’on expérimente ceci à chaque pas, cela exige un très grand effort.

1241. Mon Jésus, imprimez-Vous en moi, afin que je puisse Vous refléter ma vie durant. Divinisez-moi, pour que mes actes aient une valeur surnaturelle. Faites que j’aie pour chaque âme sans exception, amour, pitié et miséricorde. Ô mon Jésus, chacun de vos Saints reflète en sa personne l’une de Vos vertus ! Moi je désire refléter Votre Cœur compatissant et plein de Miséricorde. Je veux le glorifier.
Que Votre Miséricorde, ô Jésus, soit imprimée dans mon cœur et dans mon âme, tel un sceau ! Ce sera là mon emblème en cette vie et en l’autre. Glorifier Votre miséricorde est l’unique tâche de ma vie.

1242. Instruction du Père Andrasz. 15 août 1937.
Cet intervalle que Dieu a permis, (c’est-à-dire, cette sécheresse de l’âme et le sentiment de son misérable état) fait connaître à celle-ci, combien elle a peu de pouvoir par elle-même, et lui apprend à quel point il convient d’apprécier les grâces de Dieu
Le deuxième point : c’est la fidélité aux exercices et aux devoirs, la fidélité d’une façon générale, et en tout, comme dans les moments de joie.
Troisième point : en ce qui concerne cette affaire, il faut obéir totalement à l’Archevêque. Mais on peut, de temps à autre, la lui rappeler avec calme. Parfois un peu d’amère vérité est nécessaire.

A la fin de notre entretien, je lui ai demandé de me permettre d’avoir des entretiens avec Notre Seigneur Jésus, comme auparavant. Il m’a répondu : « Je ne peux donner des ordres à Notre Seigneur Jésus. S’Il vous attire Lui-même vers Lui, vous pouvez vous abandonner à cette attirance, mais souvenez-vous bien de le vénérer toujours grandement, car c’est un très grand Seigneur. Si vous cherchez vraiment en tout cela la volonté de Dieu et désirez l’accomplir, vous pouvez alors être tranquille, Dieu ne permettra aucune sorte d’écart. En ce qui concerne les mortifications et souffrances, vous me rendrez compte la prochaine fois de la façon dont vous les pratiquez. Je vous laisse sous la garde de la Très Sainte Vierge Marie. »

1243. 15 août 1937. Durant la méditation, la présence de Dieu pénétra fortement en moi. Et je connus l’allégresse de la Très Sainte Vierge au moment de Son Assomption…

Durant la cérémonie qui eut lieu à la gloire de Notre Dame, vers la fin, j’aperçus la Très Sainte Vierge qui me dit : « Oh ! Combien l’hommage de votre amour m’est agréable !» Et à ce moment, Elle couvrit de son manteau toutes les Sœurs de notre Congrégation. De son bras droit, Elle serra contre Elle, la Mère Générale Michaëla, du gauche, moi-même, et toutes les Sœurs étaient à Ses pieds abritées sous Son manteau. Alors la Très Sainte Vierge déclara : « Toutes celles qui demeureront avec zèle, jusqu’à la mort, dans Ma Congrégation, éviteront le feu du Purgatoire. Je désire que chacune se distingue par les vertus suivantes : humilité, douceur et pureté, amour de Dieu et du prochain, compassion et miséricorde. » Après ces paroles, toute la Congrégation disparut de ma vue, et je demeurai seule avec la Très Sainte Mère qui m’instruisit de la volonté de Dieu, et comment l’appliquer dans la vie en m’abandonnant totalement à Son Très Saint Jugement. Il est impossible sans accomplir Sa Sainte Volonté - « Ma fille, Je te recommande vivement de réaliser fidèlement les moindres souhaits de Dieu, car c’est ce qui Lui est le plus agréable ! Je désire vivement que tu te distingues par ta fidélité à accomplir la volonté de Dieu. Place la volonté de Dieu bien au-dessus de tous les sacrifices et holocaustes ! » Tandis que la Mère du Ciel me parlait, une profonde compréhension de la volonté de Dieu pénétrait mon âme.

1244. Mon Jésus, délices de mon cœur, lorsque mon âme est remplie de Votre divinité, je reçois dans une égale mesure douceur et amertume ! L’une comme l’autre passeront. La seule chose que je conserverai en mon âme, c’est l’amour de Dieu. C’est Lui que je désire, et tout le reste compte peu.

1245. 16 Août 1937. Après la Sainte Communion, j’ai vu Notre Seigneur Jésus dans toute Sa Majesté. Il m’a dit : « Ma fille, les semaines durant lesquelles tu n’as pas vu ni senti Ma présence, J’étais plus profondément uni à toi que durant les moments de transport. Et ta fidélité, ainsi que le parfum de tes prières parvenaient jusqu’à Moi. » Après ces paroles, mon âme fut envahie par la joie de Dieu. Je ne voyais pas Jésus, mais je ne pouvais prononcer qu’un mot : « Jésus ». Et après avoir prononcé ce nom, mon âme fut à nouveau envahie de lumière et d’un profond recueillement qui dura trois jours sans interruption. Cependant j’ai pu, apparemment, remplir ma tâche coutumière.
Tout mon être s’est trouvé bouleversé dans sa plus secrète profondeur. La grandeur de Dieu ne m’effraie pas, mais au contraire elle me rend heureuse car en la vénérant je m’élève moi-même.
Voyant Son bonheur, je suis moi-même heureuse puisque tout ce qui est en Lui fait écho en moi.

1246. Lorsque j’ai connaissance de l’état d’une âme et de ce qui, en elle, déplaît à Dieu, je l’apprends de la façon suivante : je ressens immédiatement des douleurs aux mains, aux pieds et au côté, aux endroits où furent percés les Mains, les Pieds et le côté du Sauveur. Et à ce moment là, j’ai connaissance de l’état de cette âme et du genre de péché commis.

1247. Je désire faire réparation à Notre Seigneur Jésus. Aujourd’hui, j’ai porté sept heures durant une ceinture de chaîne, afin d’obtenir pour une âme la grâce du repentir. A la septième heure, j’ai éprouvé un soulagement, alors que cette âme ressentait en elle-même la rémission de son péché, bien qu’elle ne se fût pas encore confessée. Pour les péchés des sens, je mortifie le corps et jeûne dans la mesure permise. Pour les péchés d’orgueil je prie, le front contre terre. Pour les péchés de haine, je prie et fais quelque bonne action envers une personne qui m’inspire peu de sympathie. Ainsi, j’accomplis la réparation selon le genre de péché constaté.

1248. 19 août 1937. Aujourd’hui, pendant l’Adoration, le Seigneur m’a fait connaître combien Il désire que l’âme se distingue par des actes d’amour. Et je perçus combien sont nombreuses les âmes qui nous disent : « Donnez-nous Dieu ! » Le sang des Apôtres a bouillonné en moi. Je n’en serai pas avare, car, je le verserai jusqu'à la dernière goutte, pour les âmes immortelles, bien que physiquement Dieu ne l’exige pas. Mais en mon âme cela m’est possible et se trouve être, non moins méritoire.

1249. J’ai su aujourd’hui qu’il ne fallait pas demander une certaine permission, mais répondre en cette affaire, comme la Mère de Dieu le désire.
Pour le moment aucun éclaircissement n’est nécessaire. Le calme m’est revenu. J’ai reçu cette inspiration en me rendant à l’examen de conscience et alors que je m’affligeais fort, car je ne savais que faire. La lumière de Dieu peut plus en un moment que mes tourments de plusieurs jours.

1250. 22 août. Ce matin, la Vierge Sainte Barbara m’a visitée et m’a recommandé de communier neuf jours durant, à l’intention de ma Patrie. « De cette façon, tu apaiseras la colère de Dieu. Cette Vierge portait une couronne d’étoiles et tenait une épée en main. L’éclat de sa couronne était le même que celui de l’épée, sa robe était blanche, ses cheveux flottants. Elle était si belle que, si je ne connaissais déjà la Très Sainte Vierge pour L’avoir vue, j’aurais pensé que c’était Elle. Je comprends maintenant que chaque Vierge se distingue par une beauté à part. Une beauté particulière, rayonne de chacune d’elles.

1251. 25 août 1937. Aujourd’hui Monsieur l’Abbé Sopocko est arrivé et demeurera chez nous jusqu’au 30. Je m’en suis fort réjouie. Dieu seul sait combien je désirais le voir à cause de cette œuvre que Dieu accomplit par son intermédiaire. Je m’en suis réjouie bien que cette visite ait été accompagnée de quelques ennuis.

1252. Pendant qu’il célébrait la Sainte Messe, j’ai vu, juste avant l’Elévation Notre Seigneur Jésus crucifié dégager Sa main droite de la Croix, et la lumière qui sortait de Sa blessure se prolongeait jusqu’à Son épaule. Ceci se répéta durant trois Messes et je compris que par là Dieu lui donnait la force d’accomplir cette œuvre, malgré les difficultés et les oppositions. Cette âme-là, qui est agréable à Dieu, est crucifiée par de multiples souffrances. Mais je ne m’en étonne pas, car c’est ainsi que Dieu agit avec eux qu’Il chérit particulièrement.

1253. Aujourd’hui, 29, j’ai été autorisée à converser longuement avec l’Abbé Sopocko. J’ai donc appris que bien qu’il y ait des difficultés, l’œuvre progresse pourtant et que la Fête de la grande Miséricorde est déjà fort avancée. Il s’en faut de peu de sa réalisation, mais il convient encore de beaucoup prier, afin que certains obstacles cèdent.

1254. « Maintenant en ce qui vous concerne, ma Sœur, il est bien que vous soyez en cet état d’indifférence pour ce qui est de la volonté de Dieu et que vous soyez plus équilibrée. Je vous demande d’essayer de conserver cet équilibre. Maintenant en ce qui concerne toutes ces choses, ceci dépend uniquement, ma Sœur, du Père Andrasz. Je suis entièrement d’accord avec lui. Ne faites rien, ma Sœur, arbitrairement. Mais en tout, prenez conseil auprès de votre directeur de conscience. Je vous demande en tout ceci, de conserver l’équilibre et le plus grand calme.
Encore une chose. J’ai fait imprimer ce « chapelet » qui doit figurer au verso de l’image, de même que ces oraisons, qui ressemblent à des litanies et qui y figureront aussi. Une autre grande image a également été imprimée, ainsi que quelques feuillets contenant la neuvaine à la Miséricorde. Priez, ma Sœur, afin que ceci soit autorisé !»

1255. Monsieur l’Abbé Sopocko est parti ce matin. Tandis que je m’abîmai dans une prière de gratitude pour cette grande grâce que j’ai reçue de Dieu, c’est-à-dire d’avoir pu voir l’Abbé, je fus alors de façon particulière unie au Seigneur qui m’a dit : « Voilà le prêtre selon Mon Cœur ! Ses efforts me sont agréables. Tu vois, Ma fille, que Ma volonté doit être faite et que Je tiens ce que je t’ai promis. Par ce prêtre, Je répands la consolation sur les âmes souffrantes et torturées. Par lui, il M’a plu de faire divulguer la vénération envers Ma Miséricorde
Et par cette œuvre de Miséricorde, tant d’âmes se rapprochent de Moi, bien plus qu’il n’en pourrait absoudre, nuit et jour, jusqu’à la fin de sa vie. Car il ne travaillerait alors que jusqu’à la fin de sa vie. Mais par cette œuvre il travaillera jusqu’à la fin du monde. »

1256. J’avais entrepris une neuvaine afin de voir l’Abbé, mais je ne l’avais pas terminée que Dieu m’avait accordé cette grâce.

1257. Ô mon Jésus, combien j’ai peu profité de cette grâce ! Mais cela ne dépendait pas de moi, quoique d’un autre côté beaucoup en dépendît.

1258. Pendant cet entretien, j’ai eu connaissance des tourments de son âme, de cette âme crucifiée, semblable à celle du Sauveur. Là où on s’attendait avec raison à rencontrer la consolation, on trouve la Croix. Il vit parmi nombre d’amis, mais il n’a personne à part Jésus. C’est ainsi que Dieu dépouille l’âme qu’Il chérit particulièrement.

1259. Aujourd’hui j’ai entendu ces paroles : « Ma fille, sois toujours comme une enfant envers ceux qui me représentent. Autrement tu ne profiteras pas des grâces que par eux Je t’envoie.

1260. 1er septembre 1937. J’ai vu Notre Seigneur Jésus dans toute Sa royale Majesté, qui regardait notre terre d’un regard sévère. Pourtant à la prière de sa Mère, Il prolongea le temps de la Miséricorde.

1261. 3 septembre. Premier Vendredi du mois. Durant la Sainte Messe, je me suis trouvée unie à Dieu. Jésus me fit connaître que même la moindre chose ne saurait se passer au monde sans Sa volonté. Après avoir vu cela, mon âme connut un étrange repos. Je me suis tout à fait tranquillisée, quant à l’œuvre en question et à son étendue. Dieu peut agir envers moi comme Il lui convient. Je le bénirai en tout.

1262. Jusqu’à maintenant, c’est avec une certaine crainte que je me demandais jusqu’où ces inspirations me mèneraient. Une crainte plus grande encore m’envahit lorsque le Seigneur me fit connaître que je devais quitter cette Congrégation. Trois ans ont passé depuis lors et mon âme ressent tour à tour soit de l’enthousiasme et de l’inclination à l’action (et j’ai alors beaucoup d’audace et de force), soit lorsque approche le moment décisif de commencer l’œuvre, l’abandon du Seigneur, et alors une étrange crainte envahit mon âme, et je constate que ce n’est pas encore l’heure désignée par le Seigneur pour commencer à agir. Ce sont là des souffrances que je ne peux même pas décrire. Dieu seul sait ce que je supporte nuit et jour… Il me semble que le plus grand des martyres me serait plus léger en comparaison de ce à quoi je suis soumise bien que ce soit sans verser une goutte de sang. Mais toute cette souffrance-là c’est pour les âmes, pour les âmes, Seigneur…

1263. Acte d’abandon total à la volonté de Dieu, volonté qui n’est pour moi qu’amour et miséricorde.

Acte d’offrande
Jésus-Eucharistie, que je viens à l’instant de recevoir en mon cœur, par cette union avec Vous, je m’offre au Père des Cieux, en hostie expiatoire, m’abandonnant tout à fait et entièrement à la Très Miséricordieuse et Sainte volonté de Dieu. A partir d’aujourd’hui, Votre volonté, Seigneur, est ma nourriture. Voici tout mon être, disposez de moi à Votre gré. Peu importe ce que me donne Votre main paternelle : je le reçois avec soumission, calme et joie. Je n’ai aucune crainte de quelque façon que Vous me dirigiez. J’accomplis à l’aide de Votre grâce tout ce que Vous exigez de moi.
Maintenant je ne crains aucune de vos inspirations, ni n’examine avec inquiétude jusqu’où elles me mèneront. Guidez-moi, ô Dieu, par les chemins qui Vous plaisent. J’ai une confiance totale en Votre volonté, qui n’est pour moi qu’amour et miséricorde. Vous m’ordonnez de demeurer dans ce couvent, j’y resterai. Vous m’ordonnez de me mettre à l’œuvre, je m’y mets. Vous me laissez jusqu’à la mort, dans l’incertitude quant à cette œuvre, soyez-en béni. Vous me donnez la mort, alors qu’humainement parlant, il semblerait que ma vie soit particulièrement nécessaire, soyez-en béni ! Vous m’emportez en pleine jeunesse, soyez-en béni ! Vous me ferez atteindre un âge avancé, soyez béni ! Me donnerez-Vous santé et forces, soyez béni ! Vous me clouez sur un lit de douleur, la vie durant, soyez-en béni ! Vous ne m’accordez dans la vie que déceptions et insuccès, soyez-en béni ! Vous permettez que mes plus innocentes intentions soient blâmées, soyez-en béni ! Vous donnez la lumière à mon esprit, soyez-en béni ! Vous me laissez dans l’obscurité et au milieu de toutes de supplices, soyez-en béni !

Depuis ce moment, je vis dans la plus profonde tranquillité, car le Seigneur lui-même me porte à bout de bras. Il sait bien, le Seigneur de l’infinie miséricorde, que c’est Lui seul que je désire en tout, partout et toujours.

1264. Prière. Ô Jésus, écartelé sur la croix, je Vous en supplie, accordez-moi la grâce d’accomplir fidèlement la Très Sainte volonté de Votre Père, toujours, partout et en tout ! Et lorsque la volonté de Dieu me semblera bien dure et difficile à accomplie, c’est alors que je Vous supplie Jésus, de faire que de Vos Plaies coule en moi force et puissance. Quant à ma bouche, faites qu’elle répète : « Que Votre volonté soit faite, Seigneur ! » - Ô Sauveur du monde, si désireux du salut des hommes, que durant une torture si atrocement douloureuse, Vous Vous oubliâtes Vous-même, pour ne penser qu’au salut des âmes ! Jésus très compatissant, accordez-moi la grâce de l’oubli de moi-même afin que je ne vive que pour les âmes, en Vous aidant à l’œuvre du salut, selon la Très Sainte volonté de Votre Père.

1265. 5 août 1937. Le Seigneur m’a appris combien notre chère Mère Supérieure me défend contre…non seulement par des prières, mais par des actes. Merci, Jésus, de cette grâce, ceci trouvera en mon cœur un écho de gratitude. Lorsque je suis avec Jésus, je pense à elle.

1266. 6 septembre 1937. Aujourd’hui je change mes occupations au jardin pour celles de Sœur tourière solitaire, à la grande porte. Je suis allée converser un moment avec le Seigneur, je Lui ai demandé Sa bénédiction, ainsi que la grâce de pouvoir remplir fidèlement les occupations qui me sont confiées. J’entendis alors ces mots : « Ma fille, je suis toujours avec toi. Je t’ai donné la possibilité de t’exercer aux actes de Miséricorde que tu vas accomplir avec obéissance. Si tu parles avec Moi, chaque soir, tout particulièrement de cette tâche, tu Me feras un grand plaisir ». Je sentis que Jésus m’accordait une nouvelle grâce, quant à cette fonction, mais malgré cela je me suis enfermée au fond de Son Cœur.

1267. Aujourd’hui je me suis sentie plus malade. Mais Jésus m’a donné, en ce jour, bien plus d’occasions de m’exercer à la vertu. Il arriva que ma tâche, ayant été plus chargée, la Sœur préposée à la cuisine a montré son mécontentement de ce que je m’étais mise en retard pour le déjeuner quoiqu’il m’ait été véritablement impossible de venir plus tôt. Pourtant me sentant si malade, j’ai dû prier la Mère supérieure de me permettre d’aller me mettre au lit. Je suis donc allée demander à Sœur N. de me remplacer dans ma tâche. Je fus à nouveau rabrouée : « Comment cela, ma Sœur, vous vous êtes tellement fatiguée que vous allez à nouveau vous mettre au lit ?...avec ce lit !... » J’ai supporté tout cela, mais ce n’est pas tout, il me fallait encore aller demander à la Sœur qui sert les malades de m’apporter le repas. Après le lui avoir dit, elle est sortie précipitamment de la Chapelle derrière moi, dans le corridor, afin de pouvoir dire ce qu’elle avait sur le cœur : « Je ne comprends pas, ma Sœur, pourquoi vous allez vous aliter, etc… » Je lui ai alors demandé de ne pas m’apporter de repas. J’écris ceci en abrégé car je n’ai pas l’intention d’écrire ces choses-là. Mais je le fais uniquement afin qu’on ne se conduise pas ainsi envers une autre personne, car cela déplaît au Seigneur. Dans les âmes souffrantes, nous devons voir Jésus Crucifié et non pas un parasite et un poids mort, pour la Congrégation. L’âme souffrante qui s’abandonne à la volonté de Dieu, attire bien plus de bénédictions sur le couvent, que toutes les Sœurs occupées à un travail. Misérable est le couvent où il n’y a pas de Sœur malade. Bien souvent, Dieu accorde de nombreuses et importantes grâces, à cause des âmes souffrantes et éloigne bien des châtiments uniquement à cause d’elles.

1268. Ô mon Jésus, quand saurons-nous contempler les âmes en ayant des mobiles plus élevés ? Quand saurons-nous porter des jugements véridiques ? Vous nous donnez la possibilité de nous exercer à des actes de Miséricorde et nous nous exerçons à porter des jugements. Pour savoir si dans un monastère s’épanouit l’amour de Dieu, il convient de demander comment on se comporte envers les malades, les infirmes, les impotents.

1269. 10 septembre 1937. Au cours de mes réflexions, j’ai eu conscience que plus l’âme est pure, plus son commerce avec Dieu se situe uniquement au niveau de l’esprit, et a peu d’égards pour les sens et leur révolte. Dieu est esprit, je L’aime donc en esprit et en vérité.

1270. Lorsque j’ai su combien il est dangereux à notre époque de se trouver près de la porte d’entrée, à cause des troubles révolutionnaires, et combien de mauvaises gens ont de la haine pour les couvents, je me suis entretenue avec le Seigneur et je lui ai demandé qu’Il s’arrange de façon à ce qu’aucun méchant n’ose s’approcher de la porte. Alors j’entendis ces mots : « Ma fille, dès le moment où tu as été préposée à ce service, j’y ai mis un Chérubin afin qu’il la garde. Sois donc sans inquiétude ! » Après être revenue de mon entretien, avec le Seigneur, je vis un léger nuage blanc et dans ce nuage un chérubin, les mains jointes, dont le regard était semblable à l’éclair. J’ai compris que le feu de l’amour divin brûlait dans ce regard.

1271. 14 septembre 1937. Exaltation de la Sainte Croix. J’ai connu aujourd’hui, combien ce prêtre supporte de grandes contrariétés dans toute cette affaire. Même les âmes pieuses et enthousiastes à glorifier Dieu s’opposent à lui. Et il ne doit qu’à la grâce divine de ne pas encore être découragé de tout cela.

1272. Jésus : « Ma fille, crois-tu avoir suffisamment écrit sur Ma Miséricorde ? Ce que tu as écrit n’est qu’une goutte, comparée à l’océan. Je ne suis qu’Amour et Miséricorde. Il n’y a pas de misère qui puisse se mesurer à Ma Miséricorde, ni en venir à bout puisqu’au moment de se communiquer, elle s’amplifie. L’âme qui fait confiance à Ma Miséricorde est la plus heureuse car je prends Moi-même soin d’elle. »

1273. Je ressens en mon âme de grands tourments, lorsque je reconnais que l’on insulte Dieu. Aujourd’hui j’ai su que l’on avait commis de graves péchés, non loin de notre porte. C’était le soir, j’ai prié avec ferveur à la chapelle puis je me suis flagellée. Quand je me suis agenouillée pour prier, le Seigneur m’a fait comprendre combien souffre l’âme qui est rejetée loin de Dieu…Il me semblait que mon cœur se brisait en morceaux et en même temps j’ai compris combien cette âme blesse le Cœur Très Miséricordieux de Jésus. Cette pauvre créature ne veut pas accepter la Compassion de Dieu. Plus Dieu poursuit l’âme de Sa Miséricorde, plus Il sera juste envers elle.

1274. Ma secrétaire, écris bien que Je suis plus généreux envers les pécheurs qu’envers les justes ! C’est pour eux que Je suis venu sur terre, c’est pour eux que J’ai versé mon Sang. Qu’ils ne craignent pas de s’approcher de Moi ! Ce sont eux qui ont le plus besoin de Ma Miséricorde. »

1275. 16 septembre 1937. Je désirais tant aujourd’hui, passer une heure en prière auprès du Très Saint Sacrement, pourtant toute autre était la volonté de Dieu. A huit heures, je ressentis de si violentes douleurs que je dus m’aliter immédiatement. Je me suis tordue de douleur trois heures durant, c’est-à-dire jusqu’à onze heures du soir. Aucun médicament ne me fit d’effet. Ce que je prenais, je le rejetais. Par moment ces douleurs m’enlevaient la conscience. Jésus me fit savoir que je venais de cette façon de prendre part à Son agonie au Jardin des Oliviers, et que Lui-même permit ces souffrances pour donner satisfaction à Dieu pour les avortements. Voici trois fois déjà que je passe par ces souffrances. Elles commencent toujours à huit heures du soir et durent jusqu’à onze heures. Aucun médicament n’est capable de les réduire. Quand s’approchent onze heures, elles cessent d’elles-mêmes, et je m’endors immédiatement. Le lendemain je me sens très faible. Cela m’est arrivé pour la première fois au Sanatorium. Les médecins ne purent en faire l’analyse. Ni piqûres, ni médicaments ne m’apportèrent de soulagement et moi-même je ne comprenait pas de quelle sorte de souffrance il s’agissait. J’ai dit au médecin que je n’avais eu de ma vie de telles souffrances. Il déclara qu’il ne savait de quoi il s’agissait. Maintenant je comprends ce que sont ces souffrances, car le Seigneur me l’a révélé… Pourtant, lorsque je pense que je devrai peut-être un jour souffrir à nouveau de cette façon, un frisson de terreur me saisit. Mais j’ignore si je vais souffrir encore de cette façon. Je laisse cela à Dieu. Ce qu’Il Lui plaît de m’envoyer, je le recevrai avec soumission et amour. Que je puisse seulement par ces souffrances sauver ne serait-ce qu’un de ces enfants de l’assassinat !

1276. Après ces souffrances, le lendemain, je pressens l’état des âmes et leurs disposition envers Dieu. Je suis alors pénétrée d’une véritable connaissance.

1277. Je reçois la Sainte Communion comme la reçoivent les Anges. Mon âme se trouve envahie par la lumière de Dieu et se nourrit de Lui. Les sens sont comme morts. C’est là s’unir au Seigneur par le biais de l’âme. C’est la grande supériorité de l’âme sur la nature.

1278. Dieu m’a accordé la connaissance des grâces dont Il me comble sans cesse. Cette lumière m’a pénétrée très profondément et j’ai alors compris les inconcevables égards de Dieu envers moi. Je suis restée dans ma cellule, pour une longue action de grâce, allongée, le visage contre terre, j’ai versé des larmes de gratitude. Je ne pouvais me relever, car chaque fois que je le voulais, la lumière de Dieu me donnait connaissance d’une nouvelle grâce. A la troisième fois je pus me soulever de terre. En tant qu’enfant, je sentis que tout ce que possède le Père des Cieux, est également mien. Lui-même me souleva de terre jusqu’à Son Cœur. Je sentis que tout ce qui existe, est en quelque sorte exclusivement mien. Mais je n’avais de cela aucun désir, car Dieu seul me suffit.

1279. Aujourd’hui, j’ai connu avec quelle aversion le Seigneur s’approche de certaines âmes pendant la Sainte Communion. Il va vers ces cœurs comme Il irait au cachot pour être martyrisé et supplicié. J’ai imploré Son pardon et je l’ai dédommagé de cet affront.

1280. Le Seigneur m’a fait connaître que je rencontrerai mon frère. Mais pourtant je ne pouvais comprendre Mais pourtant je ne pouvais comprendre comment je le verrais ni pourquoi il serait venu me voir. Je savais bien que Dieu lui avait fait la grâce de lui donner la vocation religieuse, mais pourquoi serait-il venu me voir ? Pourtant j’ai repoussé ce raisonnement et je me suis mise à croire que si Dieu m’avait fait savoir qu’il viendrait, cela devait me suffire. J’ai uni ma pensée à Dieu sans plus m’inquiéter de la créature, remettant tout en Dieu.

1281. Lorsque les mêmes indigents viennent mendier à la porte, pour la deuxième fois, je les reçois avec une douceur accrue, et je ne laisse pas voir que je me souviens les avoir déjà vus, et je ne les laisse pas voir que je me souviens les avoir déjà vus, afin de ne pas les gêner. Alors ils me parlent sans crainte de leurs peines et de leurs besoins.
Sœur N. me dit qu’il ne faut pas se conduire ainsi envers les mendiants et elle me ferme la porte au nez. Cependant lorsqu’elle est absente je me conduis avec eux comme l’aurait fait mon Maître. On donne parfois plus en donnant peu, qu’en donnant beaucoup, mais de façon trop rude.

1282. Souvent, le Seigneur me donne en mon for intérieur la possibilité de connaître les personnes avec lesquelles je suis en contact à la porte. Un jour une personne digne de pitié a commencé d’elle-même à me dire quelque chose. Profitant de l’occasion, je lui ai fait comprendre dans quel misérable état était son âme. Elle s’est éloignée dans de meilleures dispositions.

1283. 17 septembre 1937. Ô Jésus, je vois tant de beauté éparses tout alentour, beautés pour lesquelles je Vous rends continuellement grâce. Mais je m’aperçois que certaines âmes sont comme la pierre, toujours froides et insensibles. Les miracles même, ne les émeuvent guère. Leurs regards sont fixés à leurs pieds, et de cette façon elles ne voient rien, si ce n’est elles-mêmes.

1284. Vous m’avez entourée dans la vie de Votre tendre et réelle protection. Bien plus que je ne peux le concevoir, car je ne comprendrai pleinement Votre bonté que lorsque tout sera dévoilé. Je désire que toute ma vie ne soit qu’une action de grâce pour Vous, mon Dieu.

1285. Sois remercié, mon Dieu, pour toutes les grâces,
Dont Tu me combles sans cesse,
Et qui m’éclairent comme la lumière du soleil.
Par elles Tu me montres le chemin sûr !

Je Te remercie, mon Dieu, de m’avoir créée,
De m’avoir du néant appelée à l’existence,
D’avoir imprimé Ta divine empreinte en mon âme,
Et de ne l’avoir fait que par amour.

Merci, mon Dieu pour le Saint Baptême,
Qui m’incorpora à Ta Divine famille.
C’est là un don inconcevable,
Qui transforma mon âme.

Je te remercie, Seigneur, pour la Sainte Confession,
Pour cette source de grande miséricorde, intarissable,
Pour cette source de grâces inconcevables,
Qui rend la blancheur aux âmes souillées par le péché.

Merci, Jésus, pour la sainte Communion,
Par laquelle Tu Te donnes à nous,
Je sens comme Ton Cœur bat en ma poitrine,
Comme Tu fais Toi-même, mon Dieu, s’épanouir la vie en moi.

Ô Saint Esprit, sois remercié pour le sacrement de la confirmation,
Qui m’a armé chevalier à Ton service,
Et donne force à l’âme à chaque instant,
Et protège du mal !

Merci, mon Dieu, pour la grâce de la vocation,
D’être à Ton service exclusif,
Me donnant la possibilité de T’aimer, Toi seul,
Honneur sans pareil pour mon âme !

Sois remercié, Seigneur, pour les vœux éternels,
Pour ce lien du pur amour,
D’avoir daigné joindre au mien Ton Cœur divin,
Et d’avoir uni Ton Cœur au mien par un lien de pureté !

Je te remercie, Seigneur, pour le sacrement de l’Extrême-Onction
Qui me fortifiera dans mes derniers moments de lutte,
M’aidera à parvenir au salut, donnera force à mon âme,
Afin que nous nous réjouissions éternellement.

Merci à Toi, mon Dieu, pour toutes les inspirations,
Dont Ta bonté me comble,
Pour ces illuminations intérieures de l’âme,
Qu’on ne peut exprimer, mais que le cœur ressent !

Merci à Toi, Sainte Trinité, pour cette foule de grâces,
Dont Tu me combles à chaque instant, ma vie durant.
Ma gratitude croîtra à mon entrée dans l’aube éternelle,
Lorsque j’entonnerai pour la première fois un chant à ta gloire.

1286. Malgré le calme de mon âme, je mène un incessant combat contre l’ennemi de mon âme. Je découvre de plus en plus et de nouveau la lutte bat son plein.
Je m’exerce durant les intervalles de calme et je veille afin que l’ennemi ne me surprenne sans défense. Et lorsque je vois sa grande furie, alors je demeure en la forteresse, c'est-à-dire dans le Très Saint Cœur de Jésus.

1287. 19 septembre 1937. Aujourd’hui le Seigneur m’a dit : « Ma fille, écris qu’il m’est très pénible de voir les âmes des religieux s’approcher du Sacrement d’Amour uniquement par habitude, comme si elles ne distinguaient pas particulièrement cette nourriture des autres. Je ne trouve en leur cœur ni foi ni amour. Je vais vers ces âmes avec grand déplaisir, il vaudrait mieux qu’elles ne Me reçoivent pas. »

1288. Très doux Jésus, allumez mon amour pour Vous et transformez moi en Vous, divinisez-moi afin que mes actes Vous soient agréables ! Faites-le par le pouvoir de la Sainte Communion que je reçois chaque jour ! Comme je désire être complètement transformée en Vous, ô Seigneur !

1289. 19 septembre 1937. Mon frère par le sang, Stasio, m’a rendu visite aujourd’hui. Cela m’a fait un immense plaisir de revoir cette belle âme, qui a également l’intention de se consacrer au service de Dieu. C’est-à-dire que Dieu Lui-même l’attire vers Son amour. Nous avons longuement parlé de Dieu, de Sa bonté. Pendant cette conversation avec lui, je me suis rendu compte, combien son âme est agréable à Dieu. J’ai obtenu de notre Mère Supérieure, l’autorisation de le voir souvent. Lorsqu’il m’a demandé conseil pour entrer en religion, je lui ai répondu : « Tu sais mieux que personne ce que le Seigneur réclame de toi.» Je lui ai parlé de l’ordre des Jésuites, « mais entre où il te plaît ! ». J’ai promis de prier pour lui et j’ai décidé de faire une neuvaine au Sacré Cœur par l’intercession de l’Abbé Piotr Skarga, avec promesse d’une annonce dans le Messager du Cœur de Jésus, car il a de grandes difficultés dans cette affaire. J’ai appris qu’en cette affaire, la prière est plus utile que le conseil.

1290. 21 septembre. M’étant éveillée plusieurs fois cette nuit, j’ai remercié Dieu de tout mon cœur, bien que rapidement, de toutes les grâces qui me furent accordées, ainsi qu’à notre congrégation. J’ai médité sur Sa très grande bonté.

1291. Après avoir communié, je Lui ai dit : « Jésus, j’ai pensé tant de fois à Vous cette nuit, » et Jésus me répondit : « Moi, J’ai pensé à toi avant de t’appeler à l’existence. » - « Jésus, de quelle façon pensiez-Vous à moi ? » - « De façon à te faire partager Mon bonheur éternel. » Après ces paroles l’amour de Dieu a envahi mon âme et je ne pouvais me lasser d’admirer combien Dieu nous aime.

1292. Malgré ma sincère résolution, il m’est arrivé de retomber dans une même erreur. Ce n’était qu’une petite imperfection plutôt involontaire, j’en ressentis pourtant, en mon âme une si vive douleur que je dus interrompre mes occupations et me rendre un instant à la Chapelle. En tombant aux pieds de Jésus, poussée par l’amour et une très grande douleur, je Lui ai demandé pardon. J’étais d’autant plus honteuse que le matin même, après la Sainte Communion, pendant ma conversation avec Lui, je Lui avais promis fidélité. J’entendis alors ces mots : « Sans cette petite imperfection, tu ne serais pas venue vers Moi. Tu sais que chaque fois que tu viens vers Moi, en t’humiliant pour demander pardon, je déverse de nombreuses grâces sur ton âme. Ton imperfection disparaît à Mes yeux, Je ne vois que ton amour et ton humilité. Tu ne perds rien, bien au contraire, tu progresses beaucoup. »

1293. Le Seigneur m’a fait connaître que si l’âme n’accepte pas les grâces qui lui sont destinées, elles sont immédiatement transmises à une autre âme. Ô mon Jésus, faites que je sois digne de recevoir Vos grâces, car de moi-même, je ne peux rien faire ! Je ne peux même pas sans Votre secours, prononcer convenablement Votre Nom.

1294. 25 septembre 1937. Après avoir compris combien les difficultés sont grandes dans cette affaire, je suis allée vers le Seigneur et Lui ai dit : « Jésus, ne voyez-Vous pas comme on crée des obstacles à Votre œuvre ? » et j’entendis une voix en mon âme : « Fais ce qui est en ton pouvoir et ne t’inquiète pas du reste ! Ces obstacles montrent que cette œuvre est Mienne. Sois sans inquiétude si tu fais tout ton possible ! »

1295. J’ai ouvert aujourd’hui la grande porte à la Mère Supérieure et j’ai perçu en moi-même qu’elle se rendait en ville pour ce qui touche à la Miséricorde Divine. C’est cette Supérieure qui a contribué le plus grandement à toute cette œuvre de Miséricorde.

1296. J’ai demandé aujourd’hui imprudemment à deux enfants pauvres s’il n’avaient vraiment rien à manger chez eux ? Les enfants ne me répondirent pas, ils s’éloignèrent de la porte. Je compris alors combien il leur était difficile de parler de leur misère. Je courus donc vers eux et je les ramenai. Je leur ai donné ce que je pouvais et ce à quoi j’étais autorisée.

1297. Ô Dieu Tout-Puissant, toujours miséricordieux,
Ta pitié n’est jamais épuisée,
Bien que ma misère ait l’immensité de la mer,
J’ai absolue confiance en la Miséricorde du Seigneur.

Montre-moi, mon Dieu, Ta Miséricorde,
Selon la pitié du cœur de Jésus !
Prête l’oreille à mes soupirs et à mes prières
Ainsi qu’aux larmes d’un cœur contrit !

Ô Trinité éternelle, Dieu de bonté à jamais,
Ta pitié n’est jamais calculée !
J’ai confiance en Ta Miséricorde sans limites.
Et je Te sens, Seigneur, bien que m’isole un voile.

Que la Toute-Puissance de Ta Miséricorde, Seigneur,
Soit proclamée par le monde entier !
Que ta gloire ne cesse jamais !
Annonce, mon âme, avec ardeur la Miséricorde de Dieu !

1298. 27 septembre 1937. Nous nous sommes rendues, la Mère Supérieure et moi chez l’imprimeur où l’on imprimait et peignait les petites images de la Miséricorde divine, de même qu’on y imprimait les invocations et le « Chapelet » qui venait d’obtenir l’imprimatur. Nous devions voir également la grande image rectifiée. Elle est très ressemblante, j’en ai éprouvé une grande joie.

1299. Lorsque j’ai contemplé cette image, j’ai ressenti pour Dieu un amour si vif, que pendant un bon moment je ne savais où j’étais. Nous nous sommes ensuite rendues à l’Eglise de la Très Sainte Vierge Marie. Nous y avons entendu la Sainte Messe, au cours de laquelle le Seigneur m’a révélé qu’un nombre important d’âmes pourront trouver le salut grâce à cette œuvre. J’ai ensuite commencé une conversation intime avec le Seigneur. Je l’ai remercié d’avoir condescendu à me donner la grâce de voir se répandre la gloire de Son insondable Miséricorde. Je me suis profondément abîmée dans l’action de grâce. Oh ! Que la générosité de Dieu est grande ! Que soit béni le Seigneur qui est fidèle dans ses promesses !

1300. Il est étrange de constater à quel point Mère Irène, possède sur toute cette affaire une grande et divine lumière. C’est elle qui la première permit d’exécuter les désirs du Seigneur. Bien qu’elle ne devint ma Supérieure que deux ans après l’apparition, c’est pourtant elle qui vint la première avec moi, lorsqu’on commença à peindre le tableau. Voilà que maintenant, à nouveau, alors qu’on imprime certaines choses sur la Miséricorde divine et que sont reproduites les petites images, c’est elle aussi qui m’accompagne pour cette affaire. Dieu a gouverné tout ceci de façon déroutante. Car de Wilno où tout avait commencé, la volonté de Dieu a dirigé les circonstances, de telle façon que cette entreprise s’est poursuivie à Cracovie. Je sais combien notre Supérieure est agréable à Dieu. Je vois que Dieu dirige tout et veut que durant ces moments graves, je sois sous la protection de cette Mère Supérieure… Soyez remercié, mon Dieu, pour de semblables Supérieures qui vivent dans l’amour et la crainte du Seigneur. Aussi est-ce pour elle que je prie le plus, car c’est elle qui s’est donné le plus de peine pour cette œuvre de la Miséricorde de Dieu !

1301. 29 septembre 1937. J’ai compris aujourd’hui bien des secrets de Dieu. J’ai su que la sainte communion demeure en moi jusqu’à la Sainte Communion suivante. La présence de Dieu que l’on peut ressentir et qui est vivante, prolonge sa durée en mon âme et la conscience de ceci me plonge dans un profond recueillement, sans aucun effort de ma part. Mon cœur est un vivant Tabernacle dans lequel se conserve l’hostie vivante. Je n’ai jamais cherché Dieu bien loin, mais dans mon for intérieur. C’est dans la profondeur de mon propre être que je rencontre Celui qui est mon Dieu.
1302. Mon Dieu, malgré toutes les grâces, je languis sans cesse d’être réunie à mon Dieu pour l’éternité, et mieux je Le connais, plus vivement je le désire.

J. M. J.

1303. Avec nostalgie, je regarde le ciel étoilé,
Le bleu saphir des firmaments infinis.
Vers Toi, mon Dieu, est attiré le cœur pur
Qui désire se libérer des entraves charnelles !

Avec grande impatience, je te regarde, ô ma Patrie,
Quand donc prendra fin mon exil ?
Ainsi Te crie Jésus, Ton épousée,
Que la soif de Toi fait agoniser !

Je languis en regardant les saintes traces,
De ceux qui ont passé par ce désert jusqu’à la patrie.
Ils me laissent l’exemple de la vertu,
Ainsi que leurs conseils,
Et ils me disent : Patience, sœur, sous peu tomberont tes chaînes !

Mais l’âme impatiente n’entend point ces paroles.
Elle désire ardemment son Dieu et Seigneur,
Et ne comprend pas le langage humain,
Car c’est de Lui seul qu’elle est éprise.

Languissante est mon âme d’amour blessé,
Elle se fraie un passage à travers tout ce qui est créé
Et s’unit dans l’éternité infinie,
Avec le Seigneur que mon cœur a épousé.

A mon âme nostalgique, permet, ô Dieu,
De sombrer en ta divine Trinité,
Comble mes désirs pour lesquels je T’implore en toute humilité,
Le cœur empli du feu de l’amour !

1304. Aujourd’hui, s’est présentée à la grande porte une personne, qui a demandé à être reçue parmi nos élèves. Cependant elle ne put être acceptée. Cette personne avait grand besoin de notre maison. Pendant l’entretien que j’ai eu avec elle, se renouvela en moi la Passion de Jésus. Lorsqu’elle fut partie, j’entrepris une des plus grandes mortifications. Pourtant la prochaine fois, je ne laisserai pas partir une telle âme. J’ai beaucoup souffert trois jours durant pour cette âme. Combien je déplore que nos établissements soient si petits, et ne puissent contenir un grand nombre de personnes ! Mon Jésus, vous savez combien je pleure chaque brebis égarée !

1305. Ô humilité, fleur de beauté, je vois combien peu d’âmes te possèdent ! Est-ce parce que tu es si belle et en même temps si difficile à conquérir ? Oh ! Oui, l’un et l’autre. Dieu Lui-même t’apprécie au plus haut point. Sur l’âme pleine d’humilité sont entr’ouvertes les écluses du ciel : un océan de grâces se déverse sur elle. Oh ! Qu’elle est belle, l’âme pleine d’humilité ! Du cœur plein d’humilité monte, comme d’un encensoir, un parfum extrêmement agréable qui, à travers les nues, parvient jusqu’à Dieu Lui-même, et emplit de joie son Très Saint Cœur. A cette âme, Dieu ne sait rien refuser. Elle est toute puissante. Elle influence le sort du monde entier. Dieu l’élève jusqu’à Son trône. Plus elle s’humilie, plus Dieu se penche vers elle, la suit de Ses grâces et l’accompagne à chaque moment de Sa Toute Puissance. Cette âme est très profondément unie à Dieu. Ô humilité, implante-toi profondément dans tout mon être ! Ô Vierge, toute pureté, et aussi toute humilité, aidez-moi à obtenir une profonde humilité !
Je comprends maintenant pourquoi il y a si peu de Saints. C’est que peu d’âmes sont vraiment et profondément humbles.

1306. Amour éternel, tréfonds de la Miséricorde, ô triple Sainteté en un seul Dieu, Père très bon dont le cœur déborde d’amour pour tous, Vous ne méprisez personne ! Ô Amour de Dieu, source vive, déversez-Vous sur nous, Vos indignes créatures ! Que notre misère ne retienne pas le torrent de Votre Amour, puisqu’il n’y a point de limites à Votre Miséricorde !

1307. Ô Jésus, je me suis aperçue qu’en quelque sorte Vous Vous occupiez moins de moi ! « Oui, mon enfant, je me fais remplacer par ton directeur de conscience. Il s’occupe de toi selon Ma volonté. Respecte chacune de tes paroles comme Mes propres paroles. Il est pour Moi ce voile sous lequel je me cache. Ton Directeur de conscience et Moi ne faisons qu’un. Ses paroles sont les Miennes. »

1308. Lorsque je fais le Chemin de la Croix, à la douzième station, je ressens une profonde émotion. Là, je mesure la Toute-Puissance de la Miséricorde de Dieu qui passa par le Cœur de Jésus. Dans cette blessure ouverte du Cœur de Jésus, j’enferme toute la pauvre humanité… et particulièrement certaines personnes que j’aime. Je fais cela chaque fois que je fais le Chemin de la Croix. De cette source de Miséricorde, sont sortis ces deux rayons, le sang et l’eau, et leur immense grâce submerge le monde entier.

1309. Lorsque l’on se sent faible et malade, on fait des efforts incessants pour être en mesure de faire ce que tous sont accoutumés à faire et pourtant, on ne parvient pas toujours à venir à bout de ce « quotidien ». Soyez remercié Jésus pour tout, car ce n’est pas la quantité d’efforts qui sera récompensée. Ce qui est accompli avec amour n’est pas petit.
Votre œil voit bien tout cela. Je ne sais pas pourquoi je me sens particulièrement mal le matin. Je dois rassembler toutes mes forces pour sortir du lit, parfois même, c’est de l’héroïsme. A la pensée de la Sainte Communion les forces me reviennent un peu. C’est donc par une lutte que commence la journée et c’est par une lutte qu’elle se termine. Quand je vais prendre du repos, je me sens comme le soldat au retour du champ de bataille. Vous seul, mon Maître et Seigneur, savez ce que fut cette journée.

1310. Méditation. Pendant la méditation, la Sœur qui occupe le prie-Dieu à côté du mien, se mouche et tousse longuement, parfois sans arrêt. Un moment il m’est venu l’idée de changer de place pour la durée de la méditation, puisque la Sainte Messe avait été dite. Mais j’ai pensé que si je changeais de place, cette Sœur s’en apercevrait et cela pouvait lui être pénible de voir que je m’éloignais d’elle. Je décidai donc de demeurer à ma place durant la prière et d’offrir à Dieu cet acte de patience.
Vers la fin de la méditation, mon âme fut envahie par la consolation de Dieu, et ceci, dans la mesure où mon cœur était capable de le supporter. Et le Seigneur me fit comprendre que si je m’étais détournée de cette Sœur, je me serais également détournée des grâces qui affluèrent en mon âme.

1311. Jésus s’est présenté aujourd’hui à la grande porte sous l’apparence d’un pauvre jeune garçon. Ce pauvre jeune homme émacié, vêtu d’un costume terriblement déchiré, pieds nus et tête nue, était gelé, car le temps était pluvieux et froid. Il a demandé quelque chose de chaud à manger. Je suis donc allée à la cuisine, mais n’y ai rien trouvé pour les pauvres. Pourtant après un moment de recherche, j’ai trouvé un peu de soupe que j’ai fait réchauffer et dans laquelle j’ai émietté un peu de pain. Et l’ai servi le pauvre qui s’est mis à manger et au moment où je lui reprenais le bol, Il me fit connaître qu’Il était le Maître du Ciel et de la terre. Lorsque je Le vis tel qu’Il était, Il disparut à mes yeux.
Après être retournée au logis et alors que je réfléchissais sur ce qui s’était passé à la grande porte, j’entendis ces paroles en mon âme : « Ma fille, les bénédictions des pauvres qui Me bénissent en s’éloignant de la grande porte sont parvenues à Mes oreilles. Et ta miséricorde, dans les limites de l’obéissance, m’a plue. C’est pourquoi, je suis descendu de Mon trône afin de goûter les fruits de ta miséricorde. »

1312. Ô mon Jésus, tout ce qui s’est passé il y a un moment, est maintenant clair et compréhensible. Je me suis bien demandé qui était ce pauvre qui montrait tant d’humilité. Dès cet instant s’est allumé en mon cœur un amour encore plus pur envers les pauvres et ceux qui sont dans le besoin. Oh ! Comme je me réjouis que mes Supérieures m’aient donné cette sorte de travail. Je comprends que la miséricorde est multiple et qu’on peut faire le bien toujours, partout et en tout temps. Un fervent amour de Dieu voit tout autour de soi, un incessant besoin de se communiquer par l’acte, la parole et la prière.
Maintenant seulement je comprends les paroles que Vous m’avez dites, ô Seigneur, il y a longtemps.

1313. Oh ! Quels efforts j’ai besoin de faire pour bien remplir mes devoirs, alors que ma santé est si faible ! Vous seul savez, ô Christ !

1314. Dans les moments d’abandon intérieur, je ne perds pas ma tranquillité, parce que je sais que Dieu n’abandonne pas l’âme, sauf si elle-même, par son infidélité, brise ce lien d’amour. Pourtant, toutes les créatures sans exception dépendent du Seigneur et sont soumises à Sa Toute-Puissance. Il gouverne les unes avec amour et les autres avec Justice. De nous dépend le régime sous lequel nous voulons vivre. Car le secours de la grâce suffisante n’est refusé à personne. Un abandon présumé ne m’effraie pas. J’examine plus profondément s’il n’y a pas de ma faute. Si cela n’est pas, soyez-en béni !

1315. 1er octobre 1937. « Ma fille, J’ai besoin d’offrandes faites par amour, car ceci seul importe pour Moi. Les dettes dont le monde M’est redevable sont bien grandes ! Les âmes pures peuvent les acquitter par leurs sacrifices, accomplissant ainsi une œuvre de miséricorde spirituelle. »

1316. Je comprends Vos paroles, Seigneur, ainsi que l’étendue de la Miséricorde qui doit briller en mon âme. Jésus : « Je sais, Ma fille, que tu les comprends et fais tout ce qui est en ton pouvoir. Mais écris ceci pour nombre d’âmes qui, plus d’une fois, se font souci de ne pas avoir les moyens matériels de faire un acte de miséricorde. Cependant combien plus grand est le mérite de la miséricorde spirituelle pour laquelle il ne faut avoir ni autorisation ni trésor. Elle est accessible à toutes les âmes. Si l’âme ne fait aucun acte de miséricorde, elle n’aura pas accès à Ma Miséricorde au Jour du Jugement. Oh ! Si les âmes savaient amasser les trésors éternels, elles ne seraient pas jugées. Elles devanceraient Mon jugement par la miséricorde. »

1317. 10 octobre 1937. Ô mon Jésus, en signe de gratitude pour tant de grâces, je vous offre mon âme et mon corps, ma raison et ma volonté ainsi que tous les sentiments de mon cœur. Par mes vœux, je me suis donnée entièrement à Vous, il n’y a donc plus rien que je puisse Vous offrir. Jésus m’a dit : « Ma fille, tu ne m’as pas donné ce qui est essentiellement tien. » Rentrant en moi-même je reconnus que j’aimais Dieu de toutes les forces de mon âme et, ne pouvant découvrir ce que je n’avais pas livré à Dieu, je demandai : « Jésus, dites le moi et je Vous le livrerai immédiatement, de bon cœur ! Jésus me dit avec bienveillance : « Ma fille, livre-Moi ta misère, car c’est ta propriété exclusive ! » A ce moment un rayon de lumière illumina mon âme, je vis tout l’abîme de ma misère. Au même instant, je me suis blottie dans le Très Saint Cœur de Jésus, avec une si grande confiance que même si j’avais eu sur la conscience les péchés de tout les damnés, je n’aurais pas douté de la Miséricorde de Dieu, mais le cœur brisé, je me serais jetée dans l’abîme de Sa Miséricorde. Je crois, ô Jésus, que vous ne m’auriez pas repoussé loin de Vous, mais que Vous m’auriez absoute par la main de Votre représentant.

1318. Vous avez été à l’agonie, Jésus, et la source de vie a jailli pour les âmes. Un océan de Miséricorde se découvrit pour le monde entier. Ô source de vie, Insondable Miséricorde de Dieu, submergez le monde entier, engloutissez-nous !

1319. « A trois heures, implore Ma Miséricorde, tout particulièrement pour les pécheurs. Et ne fût-ce que pour un bref instant, plonge-toi dans Ma Passion, en particulier au moment où j’ai été abandonné lors de Mon agonie ! C’est là une heure de grande Miséricorde pour le monde entier. Je te laisserai partager ma mortelle tristesse ; en cette heure, Je ne saurais rien refuser à l’âme qui me prie, par Ma Passion. »

J.M.J.

1320. Salut à Toi, Très Miséricordieux Cœur de Jésus,
Source vivante de toutes les grâces,
Notre unique abri, notre unique refuge,
En Toi repose mon espérance !

Salut à Toi, Très Compatissant Cœur de mon Dieu,
Insondable source d’amour,
D’où jaillit la vie pour l’homme pécheur,
Ainsi que la source de toute douceur !

Salut, blessure ouverte du Très Saint Cœur,
D’où sont sortis les rayons de Miséricorde,
C’est là qu’il nous est donné de puiser la vie,
Avec une confiance totale !

Salut, bonté de Dieu, inconcevable,
Ni mesurée, ni approfondie,
Pleine d’amour et de Miséricorde, mais toujours sainte,
Tu te penches sur nous comme une bonne mère !

Salut, trône de la Miséricorde, Agneau de Dieu,
Toi qui offris Ta vie pour moi,
Toi devant qui chaque jour s’humilie,
L’âme vivante en une profonde foi !

Fin du quatrième cahier.

Cahier V
Inscription sur la couverture du cinquième cahier :

Sœur (Marie-) Faustine du Très Saint Sacrement
Congrégation des Sœurs de la Divine Mère de la Miséricorde

1321. J.M.J.

Vogue la barque de ma vie,
Parmi les brumes crépusculaires et les ombres de la nuit.
Je ne vois aucun rivage,
Je suis au cœur de l’étendue marine.

La moindre tempête pourrait me noyer,
Engloutissant ma barque dans le tourbillon des eaux,
Si Tu ne veillais Toi-même sur moi, mon Dieu,
A chaque instant de ma vie, à chaque moment.

Parmi le fracas et les clameurs de la houle,
Je vogue tranquillement avec confiance.
Et tel l’enfant, sans crainte, je regarde au loin,
Car Tu m’es, Jésus, toute lumière.

Alentour c’est l’épouvante et l’effroi,
Mais en mon âme le calme est plus profond que les profondeurs de la mer.
Car celui qui est avec toi, Seigneur, ne saurais périr,
Ainsi m’assure Ton amour divin

Malgré tant de dangers alentour,
Je ne saurais les redouter car je regarde le ciel étoilé,
Et je vogue courageusement, gaiement,
Comme il convient à un cœur pur.

Mais c’est par-dessus tout, uniquement,
Parce que Tu es au gouvernail, ô Dieu,
Que vogue si tranquillement, la barque de ma vie.
Je le confesse avec la plus profonde humilité.

1322. J.M.J.

Je t’aime, ô mon Dieu.
Sœur (Marie-)Faustine
Du Très Saint Sacrement

1323. Cracovie, le 30 septembre 1937

Je t’adore, Pain des Anges,
Avec une foi profonde, avec espoir, avec amour,
Je T’adore du plus profond de mon âme,
Bien que je sois néant.

Je t’adore, Dieu caché,
Et je t’aime de tout mon cœur.
Point ne me gênent les voiles du mystère,
Je t’aime ainsi que les élus au Ciel.

Je t’adore, Agneau de Dieu,
Toi qui effaces les péchés de mon âme,
Et que je reçois en mon cœur, chaque matin,
Toi qui m’aides à faire mon salut.

1324. J.M.J.

Cracovie, le 20 octobre 1937
Cinquième journal

Ô mon Dieu, que tout ce qui est en moi Vous vénère, Mon Créateur et mon Maître. Je désire glorifier Votre insondable Miséricorde par chaque battement de mon cœur. Je désire parler aux âmes de Votre bonté et les inciter à avoir confiance en Votre Miséricorde. Telle est la mission que Vous-même, Seigneur, m’avez assignée dans cette vie et dans la vie à venir.

1325. Nous commençons aujourd’hui une retraite de huit jours. Jésus, mon Maître, aidez-moi à accomplir ces saints exercices de retraite avec le plus de ferveur possible. Que Votre Esprit me guide, ô Dieu, dans une profonde connaissance de Vous, Seigneur, ainsi que de moi-même. Car je vous aime dans la proportion où je Vous connais. Je me méprise dans la proportion où j’ai connaissance de ma misère. Je sais que vous ne sauriez me refuser Votre aide, Seigneur. Au sortir de cette retraite, je désire me trouver sainte, bien que les regards humains ne puissent l’apercevoir, pas même ceux de notre Supérieure. Je m’abandonne entièrement à l’action de Votre Grâce. Que Votre volonté, Seigneur, s’accomplisse complètement en moi.

1326. Premier jour. Jésus : « Ma fille, cette retraite sera une contemplation ininterrompue. Je te guiderai dans cette retraite comme à un festin de l’âme auprès de Mon Cœur Miséricordieux. Tu évalueras toutes les grâces qu’a connues ton cœur, et ton âme goûtera une profonde paix. Je désire que le regard de ton âme soit toujours fixé sur Ma sainte volonté. C’est ainsi que tu Me plairas le plus. Aucun sacrifice ne peut entrer en comparaison avec ceci. Durant tous les exercices, tu demeureras près de Mon Cœur. Tu n’entreprendras aucune réforme, puisque Je dispose de ta vie à Ma guise. Le prêtre qui donnera la retraite ne dira pas un mot qui puisse te troubler. »

1327. Mon Jésus, je me suis déjà plongée dans deux méditations, et je reconnais que tout ce que vous m’avez dit est vrai ! Je ressens une paix profonde.
Et cette paix découle du témoignage que me donne ma conscience. C'est-à-dire que j’accomplis toujours Votre volonté, ô Seigneur !

1328. Dans la méditation sur la destinée de l’homme, j’ai compris que cette vérité, est profondément enracinée en mon âme et que c’est pourquoi mes actions sont plus parfaites. Je sais dans quel but j’ai été créé. Toutes les créatures mises ensemble ne peuvent remplacer pour moi le Créateur. Je sais que mon but suprême est Dieu. Et donc, dans toutes mes entreprises, c’est Dieu que je prends en considération.

1329. Oh ! Comme il est bon de faire retraite près du Très Doux Cœur de mon Dieu. Je suis en un lieu désert, avec mon Bien-Aimé. Personne ne vient me troubler au cours de ce doux entretien que j’ai avec Lui.

1330. Jésus, c’est Vous-même qui avez daigné poser les fondations de l’édifice de ma sainteté, car ma coopération ne fut pas bien grande ! Pour ce qui est de l’indifférence dans l’utilisation et le choix des êtres, Vous m’avez aidée, ô Seigneur ! Car mon cœur est de lui-même bien faible et c’est pourquoi je vous ai prié, mon Maître, de ne pas prendre garde à la douleur de mon cœur, mais de couper court à tout ce qui aurait pu me retenir sur le chemin de l’amour. Je ne Vous comprenais pas, Seigneur, dans les moments de douleur lorsque Vous accomplissiez Votre œuvre, en mon âme. Mais je vous comprends aujourd’hui et je jouis de la liberté de l’âme. Jésus Lui-même à ce qu’aucune passion ne prenne possession de mon cœur. J’ai compris de quels danger Il m’avait protégée et c’est pourquoi ma gratitude envers mon Dieu est sans limites.

1331. Deuxième jour. Alors que je méditais sur le péché des Anges et son immédiate punition, j’ai demandé à Jésus pourquoi les Anges furent punis immédiatement après le péché. J’entendis une voix : « A cause de leur plus grande connaissance de Dieu. Aucun homme sur terre, même s’il est un grand Saint, ne peut avoir une connaissance de Dieu telle que l’a un Ange. » Pourtant, pour moi qui suis si misérable, Vous Vous êtes montré Dieu Miséricordieux et à chaque fois Vous me portez à la source de la Miséricorde, Vous me pardonnez toujours lorsque j’implore Votre pardon d’un cœur contrit.

1332. Un profond silence envahit mon âme. Pas un nuage ne me cache le soleil, je m’abandonne entièrement à ses rayons. Que Son Amour réalise en moi un complet changement ! Je désire sortir de cette retraite en état de sainteté et ceci malgré tout, c'est-à-dire malgré ma misère. Je désire devenir sainte et j’espère que la Miséricorde divine, de cette misère même où je suis, peut me porter à l’état de sainteté, puisque j’ai une entière bonne volonté. Malgré tous les échecs, je veux lutter et me comporter comme une âme sainte. Rien ne saurait me décourager, tout comme rien ne peut décourager une âme sainte. Je veux vivre et mourir comme une âme sainte, les yeux fixés sur Vous, Jésus cloué sur la Croix, comme sur le modèle auquel je dois me conformer. J’ai cherché maint exemple autour de moi et je n’en ai pas trouvé de satisfaisant. Et j’ai observé comme une sorte de retard dans mon état de sainteté. Mais à partir de maintenant j’ai fixé mon regard sur Vous, Christ, le meilleur de mes guides. Je Vous fais confiance et suis certaine que Vous bénirez mes efforts.

1333.. Dans une méditation sur le péché, le Seigneur m’a fait connaître toute la malignité du péché et l’ingratitude qu’il implique. Je ressens en mon âme une profonde aversion, même envers le plus petit péché.
Cependant ces vérités éternelles que je médite dans mes réflexions, ne provoquent aucunement en mon âme la moindre confusion, ni perturbation. Et bien que j’y prenne un profond intérêt, ma contemplation n’en est pas pour cela interrompue. Pendant cette contemplation ce n’est pas l’élan du cœur que je ressens, mais une paix en profondeur et un étrange silence. Mon amour pour Dieu est grand, mais singulièrement équilibré. Malgré la présence de ce sentiment, le fait même de recevoir l’Eucharistie ne m’impressionne pas. Mais il m’amène à une union en profondeur, où mon amour fondu en l’Amour de Dieu, forme un tout avec Lui.

1334. Jésus m’a fait connaître qu’il convenait que je prie pour les Sœurs qui font la retraite. J’ai eu, durant les prières, connaissance de la lutte menée par quelques âmes, j’ai redoublé ma prière.

1335. Dans le profond silence, je peux mieux juger de l’état de mon âme. Elle est semblable à une eau transparente dans laquelle je vois tout : tant ma misère que la grandeur des grâces divines. Par l’intermédiaire de cette véritable connaissance d’elle-même, mon âme s’examine en une profonde humilité. J’expose mon cœur à l’action de la grâce, tel un cristal aux rayons du soleil. Qu’en lui s’imprime Votre image, ô mon Dieu, autant que faire se peut, dans le cœur d’une créature. Que par moi rayonne Votre divinité, ô Vous qui habitez mon âme !

1336. Lorsque j’ai prié devant le Très Saint Sacrement, en saluant les Cinq Plaies de Notre Seigneur Jésus, à chaque salut j’ai ressenti comme un torrent de grâces qui jaillissait en mon âme, me donnant un avant-goût du Ciel et une absolue confiance en la Miséricorde de Dieu.

1337. Au moment où j’écrit ces mots, j’entends le cri de Satan : « Elle écrit tout, Elle écrit tout, et à cause de cela nous perdons tant ! N’écris rien de la bonté de Dieu, Il est juste ! » Hurlant de colère, Il disparut.

1338. Ô Dieu Miséricordieux, qui ne nous méprisez pas, mais sans cesse nous comblez de Vos Grâces, Vous nous rendez dignes d’entrer dans Votre royaume. Par Votre bonté, Vous faites occuper par les hommes les places qu’abandonnèrent les Anges ingrats. Ô Dieu de grande Miséricorde, qui avez détourné votre saint regard des Anges révoltés pour les reporter sur l’homme contrit, que soit vénérée et glorifiée Votre insondable Miséricorde, ô Dieu, qui ne dédaignez pas le cœur des humbles !

1339. Mon Jésus, malgré les grâces que Vous m’envoyez, je sens que ma nature tout en s’ennoblissant ne disparaît pas complètement ! Ma vigilance est donc incessante. Je dois lutter contre plusieurs mauvais penchants, sachant bien que ce n’est pas la lutte qui abaisse, mais la lâcheté et la chute.

1340. Quand on est de faible santé, il faut supporter beaucoup de choses. Car, lorsque l’on n’est pas alité nul ne vous considère comme malade. On a donc sans cesse, et pour diverses raisons, l’occasion de faire des sacrifices et parfois de très grands. Je comprends maintenant que bien des choses seront révélées dans l’éternité. Mais je comprends également que si Dieu exige des sacrifices, Il n’est pas, par contre, avare de Sa grâce mais la donne à l’âme en abondance.
1341. Mon Jésus, que mon offrande se consume tout doucement devant Votre trône ! Mais, de toute la force de mon amour j’implore Votre Miséricorde pour les âmes !

1342. Troisième jour. Au cours de la méditation sur la mort : je me suis préparée comme si j’allais véritablement mourir. J’ai fait mon examen de conscience et j’ai réglé toutes mes affaires comme si j’étais aux approches de la mort. Et de par la Grâce divine mes affaires furent toutes arrangées en fonction de la Fin dernière : ce que mon cœur accepta avec une profonde gratitude envers Dieu. Et je décidai à l’avenir de servir mon Dieu avec une fidélité encore plus grande. Une seule chose est nécessaire, mettre à mort le vieil homme et commencer une nouvelle vie. Je me suis préparée, dès le matin, à recevoir la Sainte communion, comme si ce devait être la dernière de ma vie. Après la Sainte Communion, j’ai imaginé ma mort réelle. J’ai d’abord récité les prières pour les agonisants, puis le « de profundis », pour mon âme. L’on descendit mon corps dans la tombe et je dis alors à mon âme : « Regarde ce qui est advenu de ton corps, un tas de boue et une quantité de vermine, c’est là ton sort. »

1343. Ô Dieu de Miséricorde, qui me permettez encore de vivre, donnez-moi la force afin que je puisse vivre d’une nouvelle vie : la vie de l’âme sur laquelle la mort n’a pas de pouvoir ! Et voici que mon cœur s’est renouvelé et que j’ai déjà commencé une nouvelle vie sur cette terre : une vie d’amour de Dieu. Toutefois je n’oublie pas. Pourtant pas un moment je ne doute d’obtenir l’aide de Votre Grâce, ô Dieu !

1344. Quatrième jour. Jésus, je me sens étrangement bien près de Votre Cœur durant cette retraite. Rien ne trouble la profondeur de cette paix. Je place sous mes yeux, d’un côté, l’abîme de ma misère, et de l’autre, l’abîme de Votre Miséricorde.
1345. Pendant la Sainte Messe qui fut célébrée par le Père Andrasz, j’ai vu l’Enfant Jésus qui se tenait dans le Calice de la Sainte Messe et qui tendait les mains vers nous. Après m’avoir regardée profondément, Il m’a dit : « J’habite en ton cœur, tout comme tu Me vois dans ce Calice. »

1346. La Sainte Confession. Après avoir rendu compte de l’état de ma conscience, j’ai obtenu la permission de ce que j’ai demandé : le port de bracelets pendant une demi-heure, tous les jours, durant la Sainte Messe ; et dans les moments difficiles, deux heures durant, le port de la ceinture de fil de fer. « Conservez, ma Sœur, la plus grande fidélité envers Notre Seigneur Jésus ! »

1347. Cinquième jour. Lorsque je suis entrée ce matin dans la Chapelle, j’ai su que notre Mère Supérieure avait quelques désagréments à mon sujet. Cela me fit bien de la peine. Après la Sainte Communion j’ai posé la tête sur le Très Saint Cœur de Jésus et j’ai dit : « Ô mon Seigneur, je Vous en prie, faites en sorte, que toute la consolation dont je jouis par Votre présence en mon cœur se déverse dans l’âme de ma chère Supérieure qui vint d’avoir des désagréments par ma faute et à mon insu ! »

1348. Jésus me réconforta disant que nous en avions toutes deux tiré avantage, pour nos âmes. Cependant, j’ai imploré le Seigneur qu’il daigne m’épargner cela : que quelqu’un souffre par ma faute, car mon cœur ne peut le supporter.

1349. O blanche Hostie, Tu préserves la blancheur de mon âme. Je crains le jour où je pourrais T’abandonner. Tu es le pain des Anges, donc le pain des Vierges.

.1350. Jésus, mon modèle très parfait, les yeux fixés sur Vous, j’irai par la vie sur Vos traces, adaptant ma nature à la Grâce, selon Votre très sainte volonté et Votre lumière qui illuminent mon âme, entièrement confiante en Votre aide !

J.M.J.

1351. Carte de contrôle de ma vie intérieure.
Examen de conscience détaillé.
Union avec le Christ Miséricordieux ; puisque je suis unie à Jésus, je dois donc Lui être fidèle toujours et partout, je dois m’unir intérieurement au Seigneur, mais à l’extérieur fidélité à la Règle et particulièrement au silence.

Cartes de contrôles
1352. Victoires Echecs
Novembre… 53 2
Décembre... 104
Janvier … 78 I 1
Février … 59 1
Mars….. 50
Avril… 61
Mai
Juin
Juillet
Août….. I
Septembre
Octobre

1353. Lorsque j’hésite sur la conduite à tenir, j’interroge toujours l’amour, c’est lui qui conseille le mieux.

1354. Examen de conscience général Année 1937, 25 Octobre

Victoires Echecs
Nov.Oct.Jan.Fév. Mars.Avril
Commandements de Dieu
Vœu de pauvreté 9
Vœu de Chasteté 7
Vœu d’obéissance 27 7
Règle 7
Amour du prochain 38 17 73 35 30 20 1,1,1
Humilité 7 39 23 34 56 25 2,3,1
Patience 23 56 50 17 80 50
Douceur 11 45 37 28 37 20
Réputation du prochain - 15 25 3 - - 1
Sainte Messe Mes. Com.
Et Sainte Communion 17 12 13 7 - 10 6,2,1 12,1
Méditation 6 5 - 10 - -
Examen de consc. Détaillé 7 5 11 - - - 1
Attitude envers Dieu
et le confesseur - 5 - 5 - -
envers les Supérieures 7 - - - - - 1,1
envers les Sœurs et les enfants - 4 7 - - -
envers les laïcs 20 2 - - - - 2,1

1355. Sixième jour. Ô Mon Dieu, je suis prête à faire chacune de vos volontés. De quelque façon que Vous me dirigiez, je Vous bénirai. Quoi que Vous exigiez, je l’accomplirai avec l’aide de Votre grâce. Quelle que puisse être Votre Sainte volonté envers moi, je l’accepterai de tout mon cœur, de toute mon âme, sans tenir compte de ce que m’inspirera ma nature corrompue.

1356. Une fois, passant près d’un groupe de personnes, j’ai demandé au Seigneur si toutes étaient en état de grâce car je ne ressentais pas Ses souffrances. –« Ce n’est pas parce que tu ne ressens pas Mes souffrances que toutes sont en état de grâce. Je te laisse parfois ressentir certain état d’âme et Je te donne la grâce de la souffrance uniquement parce que Je t’utilise, alors, comme instrument de conversion. »

1357. Là où l’on trouve la véritable vertu, doit également se trouver le sacrifice. Toute la vie ne doit être qu’un sacrifice. Ce n’est que par le sacrifice que les âmes peuvent être utiles. C’est le sacrifice de moi-même qui dans mon commerce avec mon prochain, peut procurer de la gloire à Dieu. Cependant l’Amour de Dieu doit rayonner dans ce sacrifice car tout converge en cet Amour, et prend par lui de la valeur.

1358. « Souviens-toi qu’au sortir de cette retraite, Je me conduirai envers toi comme envers une âme parfaite. Je désire t’avoir en main, tel un instrument propre à l’accomplissement de l’œuvre. »

1559. Ô Seigneur qui scrutez tout mon être, ainsi que les plus secrètes profondeurs de mon âme, Vous voyez que je ne désire que Vous, et que l’accomplissement de Votre sainte volonté, ne me laissant arrêter par aucune difficulté, aucune souffrance, aucune humiliation, ni aucune raison humaine.

1360. « Ta ferme décision de devenir sainte M’est excessivement agréable. Je bénis tes efforts et Je te procurerai l’occasion de te sanctifier. Sois vigilante afin que ne t’échappe aucune des occasions de sanctification que t’enverra Ma Providence. Cependant si tu ne réussis pas à profiter de l’occasion en question, ne perds pas ton calme, Mais humilie-toi profondément devant Moi et avec une grande confiance, plonge-toi toute entière dans Ma Miséricorde. De cette façon tu gagneras plus que tu n’auras perdu, car on donne généreusement à une âme humble, bien plus qu’elle ne demande elle-même. »

1361. Septième jour. Avoir connaissance de ma destinée, c’est avoir l’intime assurance que j’atteindrai la Sainteté. Cette certitude profonde a empli mon âme de gratitude envers Dieu à qui revient toute gloire car je sais ce que je suis de moi-même.

1362. Je sors de cette retraite entièrement transformée par l’amour de Dieu. Mon âme commence une nouvelle vie, sérieusement, courageusement. Bien qu’en apparence rien n’ait changé et que personne ne s’en aperçoive, cependant l’amour pur guide maintenant ma vie. Et extérieurement c’est la Miséricorde qui en est le fruit. Je sens que je suis toute empreinte de Dieu. Et avec ce Dieu je vais par la vie de tous les jours, cette vie grise, fastidieuse et pénible, faisant confiance à Celui que je sens en mon cœur, pour transformer cette grisaille en ma sainteté personnelle.
Dans un calme profond, mon âme a mûri durant cette retraite, près de Votre Cœur Miséricordieux. Aux purs rayons de Votre Amour, mon âme a perdu de son acrimonie elle est devenue un fruit doux et mûr.

1363. C’est maintenant que je peux être entièrement utile à l’Eglise, par une sainteté personnelle qui animera sa vie toute entière puisque nous ne constituons tous qu’un seul organisme en Jésus. C’est pourquoi je fais tous mes efforts pour que le terreau de mon cœur donne naissance à de bons fruits. Et bien que peut-être restés inaperçus à tout œil humain, pourtant un jour viendra où il apparaîtra que bien des âmes se sont nourries et se nourriront de ces fruits.

1364. Ô Amour éternel, qui allumez en moi une nouvelle vie, une vie d’amour et de Miséricorde, soutenez-moi de Votre grâce, afin que je réponde dignement à Votre appel, et que j’accomplisse dans les âmes ce que Vous-même entendez y accomplir par mon intermédiaire.
Je vois mon Dieu, l’éclat de l’éternelle aurore. Toute mon âme s’élance vers Vous, Seigneur, déjà plus rien ne me retient, ni ne me rattache à la terre. Aidez-moi, Seigneur, à supporter patiemment le reste de mes jours. L’offrande de mon amour brûle sans arrêt devant Votre Majesté, mais si doucement que seul Votre œil, mon Dieu la voit, aucune créature n’est capable de l’apercevoir.

1365. Ô mon Seigneur, tant de choses me retiennent : j’ai à cœur, l’œuvre en question, je désire le triomphe de l’Eglise et le salut des âmes, toutes les persécutions de Vos fidèles me touchent, chaque chute des âmes m‘est douloureuse. Cependant, au-dessus de tout cela règne en mon âme un calme profond qu’aucun triomphe, aucun désir, aucune contrariété ne sont en état d’ébranler, car Vous surpassez, pour moi, toute épreuve, mon Seigneur et mon maître !

1366. Huitième jour. Ô mon Seigneur, me souvenant devant Votre Très Saint Cœur de tous Vos bienfaits, j’ai ressenti le besoin d’exprimer ma gratitude personnelle pour tant de grâces et de faveurs de Dieu. Je désire rendre grâces et de faveurs de Dieu. Je désire rendre grâces au Dieu de Majesté, me plonger en des prières d’action de grâces durant sept jours et sept nuits. Et bien qu’extérieurement je remplisse tous mes devoirs, cependant mon âme sera sans cesse devant le Seigneur, et tous mes exercices seront imprégnés par l’esprit d’action de grâces. Chaque soir je m’agenouillerai une demi-heure dans ma cellule, seule à Seul avec le Seigneur. La nuit chaque fois que je me réveillerai, autant de fois je me plongerai dans des prières d’action de grâces. Je veux de cette façon remercier Dieu de Ses grands bienfaits, ne serait-ce que pour une parcelle.

1367. Cependant, afin que tout ceci soit plus agréable aux yeux de Dieu et afin d’écarter de moi jusqu'à l’ombre d’un doute, je suis allée trouver mon directeur de conscience et je lui ai exposé les désirs de mon âme, c’est-à-dire de se plonger dans cette action de grâces. J’ai obtenu la permission pour tout, mais je ne dois pas m’efforcer de prier la nuit lorsque je m’éveille.

1368. Avec quelle joie je suis revenue au Couvent où j’ai le jour suivant commencé cette grande action de grâces par le renouvellement de mes vœux. Mon âme se plongea toute en Dieu, et tout mon être n’était qu’une flambée de remerciements et de gratitude. De mots il n’y en eut guère, car les bienfaits de Dieu, tel un feu ardent, consumaient. Et toutes les souffrances et les peines étaient comme du bois jeté aux flammes, sans lequel le feu se serait éteint. J’invoquai tout le ciel et la terre pour qu’ils se joignent à mon action de grâces.

1369. Les jours de retraite ont pris fin, ces beaux jours où l’on est seule à Seul avec Notre Seigneur Jésus. J’ai accompli cette retraite comme Jésus le désirait et de la manière qu’Il m’a recommandée le premier jour de la retraite, c’est-à-dire dans le plus grand calme, en évaluant les bienfaits de Dieu. De ma vie je n’avais fait semblable retraite. Mon âme, par ce calme, s’est trouvée plus affermie que par un choc ou une émotion. Sous le rayonnement de l’Amour j’ai tout vu tel que cela est en réalité.

1370. En sortant de cette retraite, je me sens entièrement métamorphosée par l’Amour de Dieu. Ô Seigneur, divinisez mes actions, afin qu’elles méritent l’éternité. Si grande que soit ma faiblesse, j’ai cependant confiance en la puissance de Votre Grâce, qui me soutiendra.

1371. Mon Jésus, Vous savez bien que depuis mon plus jeune âge, j’ai désiré devenir une grande Sainte, c’est-à-dire que je désirais Vous aimer d’un amour si grand qu’aucune âme n’y serait encore parvenue ! C’était là au début mes secrets désirs dont seul Jésus avait connaissance. Je ne peux plus aujourd’hui les contenir dans mon cœur. Je voudrais crier au monde entier : aimez Dieu, car Il est bon, et grande est Sa Miséricorde !

1372. Oh ! Jours de semaine pleins de grisaille, je vous vois revêtus de fête et de solennité ! Qu’il est grand et solennel ce temps qui nous donne la possibilité de mériter le Ciel éternel, je l’entends comme l’ont utilisé les Saints !

1373. 30 octobre 1937. Aujourd’hui, deuxième jour d’action de grâces : au cours de la cérémonie monastique, durant la Sainte Messe, j’ai vu Notre Seigneur Jésus d’une grande beauté qui me dit : « Ma fille, Je ne t’ai pas dispensée d’agir. » J’ai répondu : « Seigneur, ma main est bien faible pour une telle œuvre. » - « Oui, Je le sais, mais unie à Ma droite, tu accompliras tout. Sois cependant obéissante aux confesseurs. Je leur donnerai la lumière sur la façon de te diriger. » - « Seigneur, je voulais déjà me mettre à l’œuvre en Votre nom, cependant l’abbé S. temporise encore. » Jésus répondit : « Je le sais. Aussi fait ce qui est en ton pouvoir, mais il ne t’est pas permis de te retirer. »

1374. Novembre. 1er novembre 1937.
Aujourd’hui après les vêpres, la procession est allée au cimetière. Je ne pus m’y rendre, car j’étais de garde, près de la porte, mais cela ne m’empêcha pas de prier pour les âmes. Lorsque la procession revint du cimetière à la Chapelle, mon âme ressentit la présence de nombreuses âmes. J’ai compris la grande Justice de Dieu, selon laquelle chacun doit acquitter jusqu’au dernier liard.

1375. Le Seigneur m’a donné l’occasion de m’exercer à la patience par l’intermédiaire d’une personne avec laquelle j’ai une tâche en commun. Elle est si lente que je n’ai encore jamais vu un être aussi lent. Il faut s’armer d’une grande patience, afin d’écouter ses propos ennuyeux.

1376. 5 novembre. Ce matin, cinq chômeurs se sont présentés à la grande porte, voulant absolument rentrer. Sœur N. s’efforça en vain un long moment de les congédier sans y parvenir. Elle alla donc à la Chapelle trouver notre petite Mère qui m’ordonna d’y aller. J’étais encore à un bon bout de chemin de la porte, quand me parvenaient déjà leurs coups bruyants. En un instant le doute et la crainte m’envahirent, je ne savais si je devais leur ouvrir où, comme Sœur N. leur répondre par le guichet. Cependant tout à coup j’entendis une voix en mon âme : « Va et ouvre leurs la porte et parle-leur avec la même douceur avec laquelle tu Me parles. » J’ouvris immédiatement la porte et je me suis approchée du plus menaçant et j’ai commencé à leur parler avec une telle douceur et un tel calme qu’eux-mêmes ne savaient pas quoi faire et qu’il commencèrent également à parler de façon délicate et dirent : « Alors tant pis, puisque le Couvent ne peux pas nous donner du travail. »- Et ils s’en allèrent tranquillement. J’ai ressenti clairement que Jésus, que j’avais reçu dans la Sainte Communion voici près d’une heure avait agi par moi sur leur cœur. Oh ! Comme il est bon d’agir sous l’inspiration de Dieu !

1377. Aujourd’hui je me sens plus mal, et je suis allée trouver la Mère Supérieure dans l’intention de lui demander l’autorisation de m’aliter.
Cependant, avant même que je ne l’ai fait la Mère Supérieure me dit : « Ma Sœur, voyez à vous débrouiller aujourd’hui seule à la grande porte. J’emmène la petite aux choux car il n’y a personne pour les choux. » J’ai répondu : « Bien », et je suis sortie de la chambre. Lorsque je fus près de la porte, je me suis sentie étrangement forte et j’ai accompli ma tâche durant toute la journée, me sentant bien soutenue par la force de la sainte obéissance…

1378. 10 novembre 1937. Lorsque petite Mère me montre ce livret dans lequel se trouve le chapelet, les litanies et la neuvaine, je l’ai priée de bien vouloir me le donner pour le parcourir. Pendant que je lisais, Jésus m’a fait connaître intérieurement et Il me dit que bien des âmes déjà étaient : « attirées vers Mon amour, par l’intermédiaire de cette image. Ma Miséricorde agit sur les âmes, par cette œuvre. »

1379. J’ai su que notre Mère Supérieure devra porter une croix assez lourde en rapport avec des souffrances physiques mais qui durera peu.

1380. L’idée m’est venue de ne pas m’administrer de médicament à la cuillère, mais peu à peu, car c’est un médicament cher. A ce moment j’entendit une voix : « Ma fille, un tel comportement Me déplait. Accepte avec gratitude tout ce que Je te donne par la Supérieure. C’est de cette façon que tu Me plairas le plus.»

1381. Lorsque Sœur Dominique mourut, la nuit vers une heure, elle vint à moi et me fit savoir qu’elle était morte. J’ai prié pour elle avec ferveur. Le matin les Sœurs m’ont dit qu’elle avait trépassé. Je leur ai répondu que je le savais car j’avais eu sa visite. La Sœur infirmière m’a demandé de l’aider à habiller cette Sœur. Et alors que j’étais seule avec elle, le Seigneur m’a fait connaître qu’elle souffrait encore en Purgatoire et j’ai redoublé mes prières à son intention. Cependant malgré le zèle avec lequel je prie toujours pour nos Soeurs disparues, je me suis trompée de jour. Et, au lieu d’offrir trois jours de prières comme l’ordonne la règle, je n’ai, par erreur, offert que deux jours. Le quatrième jour elle me fit connaître que des prières lui étaient encore dues et qu’elles lui sont nécessaires.
J’ai immédiatement offert tout le jour à son intention, mais non seulement ce jour mais bien plus comme me le dictait l’amour du prochain.

1382. Parce que Sœur Dominique, après sa mort, avait une très jolie mine et ne donnait pas l’impression d’un cadavre, quelques Sœurs pensèrent qu’elles étaient peut-être en léthargie et l’une d’elles m’a dit que nous devions lui mettre un miroir sur la bouche, afin de voir s’il s’embuait. Car si elle vit, la vapeur de la respiration se verra. J’ai dit : « Bien », et nous avons fait ainsi que nous l’avions dit. Mais il n’y eut pas de vapeur sur le miroir, quoiqu’il nous ait semblé qu’il y en avait eu réellement. Cependant le Seigneur m’a fait savoir combien ceci Lui avait déplu. Et j’ai été très sévèrement rappelée à l’ordre, afin que je ne me conduise plus jamais à l’encontre de mon intime conviction. Je me suis profondément humiliée devant le Seigneur, et je Lui ai demandé pardon.


1383. Je vois un certain prêtre que Dieu aime beaucoup, mais que Satan déteste terriblement, car il mène bien des âmes à un grand état de sainteté et ne prend en considération, que la gloire de Dieu. Mais je prie Dieu que ne cesse pas sa patience envers ceux qui sans cesse le contrecarrent. Satan, lorsqu’il ne peut seul, être néfaste, se sert alors des gens.

1384. 19 novembre. Aujourd’hui après la Sainte communion, Jésus m’a dit combien Il désire visiter le cœur humain. « Je désire m’unir aux âmes, mon plus grand plaisir est de m’unir ; Sache ceci, Ma fille que lorsque je viens par la Sainte Communion jusqu’au cœur des hommes, J’ai les mains pleines de toutes sortes de Grâces que je désire transmettre aux âmes, mais les âmes ne font même pas attention à Moi. Elles Me laissent Seul et s’occupent d’autre chose. Comme cela M’attriste que les âmes n’aient pas compris l’amour. Elles se conduisent envers Moi comme une chose morte.» J’ai répondu à Jésus : « Ô Trésor de mon cœur, unique objet de mon amour, et tout le délice de mon âme, je désire Vous adorer en mon cœur ainsi que Vous l’êtes sur le trône de Votre gloire éternelle. Je désire par mon amour, Vous dédommager, ne serait-ce qu’à peine, de la froideur d’un si grand nombre d’âmes. Jésus, voici mon cœur qui est pour Vous une demeure à laquelle nul autre n’a accès. Vous seul y reposez comme en un beau jardin. Ô mon Jésus, au revoir, je dois accomplir ma tâche, mais je Vous témoignerai mon amour envers Vous par un constant sacrifice. Je ne négligerai ni ne me permettrai en aucune façon de l’esquiver.»

1385. Quand je suis sortie de la Chapelle, la Mère Supérieure m’a dit : « Vous n’irez pas, ma Sœur, au cours de catéchisme. Vous serez de service.» - « Bien !» Jésus, j’ai eu ainsi durant toute la journée exceptionnellement beaucoup d’occasions de sacrifices. Je n’en ai laissé passer aucune, grâce à la force d’âme que j’avais puisée dans la Sainte Communion.

1386. Il y a des moments dans la vie où l’âme est dans un tel état qu’elle ne comprend plus en quelque sorte le langage humain. Tout la fatigue, rien ne peut la calmer, si ce n’est une fervente prière. Par elle, l’âme reçoit soulagement, et malgré son désir de recevoir des explications, celles-ci ne pourraient l’amener qu’à une plus grande inquiétude.

1387. Au cours d’une prière, j’ai connu combien l’âme du Père Andrasz est agréable à Dieu. C’est un véritable enfant de Dieu. Et cela, parce qu’il a une particulière dévotion envers la Mère de Dieu. Rares sont les âmes dans lesquelles se manifeste aussi nettement cette filiation avec Dieu.

1388. Ô mon Jésus, en dépit de ma grande hâte, il me faut obéir, afin de ne pas gâter Votre œuvre par ma précipitation. Ô mon Jésus, Vous me faites connaître Vos secrets et Vous voulez que je les transmette aux autres âmes. La possibilité d’agir me sera donnée sous peu. Au moment où la destruction sera en apparence absolue, c’est alors que ma mission commencera sans embûches. Telle est en ceci la volonté de Dieu, qui ne changera pas. Bien des personnes y seront opposées, cependant rien ne pourra contrarier cette volonté de Dieu.

1389. Je vois l’Abbé Sopocko : comme son esprit est occupé et travaille pour la cause de Dieu, auprès des autorités ecclésiastiques, afin de leur soumettre les souhaits de Dieu. Grâce à son action, une nouvelle lumière va briller dans l’Eglise de Dieu pour la consolation des âmes. Quoique pour le moment, son âme soit remplie d’amertume, comme si telle était la récompense de ses efforts pour Dieu, cependant il n’en sera pas ainsi. Je vois sa joie, à laquelle il ne sera fait aucun préjudice. Dieu lui accordera une partie de cette joie déjà dès ici bas. Je n’ai encore jamais rencontré une fidélité à Dieu aussi grande que celle qui distingue cette âme.

1390. Aujourd’hui au réfectoire durant le dîner, j’ai ressenti le regard de Dieu au fond de mon cœur. Une présence si vivante pénétra mon âme, que durant un moment je ne savais plus où j’étais. La douce présence de Dieu a envahi mon âme et par moment, je ne savais de quoi me parlaient les Sœurs.

1391. Tout ce qui a de bon en moi l’est par la Sainte Communion ; c’est à elle que je dois tout. Je sens que ce Saint Feu m’a complètement transformée. Oh ! Combien je me réjouis d’être une demeure pour Vous Seigneur, mon cœur est un Sanctuaire où Vous séjournez continuellement !…

1392. J.M.J.

Jésus, délice de mon âme, pain des Anges,
Tout mon être est plongé en Toi.
Et je vis de Ta vie divine comme les élus au Ciel.
Et la vérité de cette vie ne cessera point !

Jésus-Eucharistie, Dieu immortel
Qui continuellement séjourne en mon cœur,
Lorsque je T’ai, la mort elle-même ne peut me nuire,
Ainsi l’Amour me dit que je Te verrai au terme de la vie !

Imprégnée de Ta vie divine,
Je regarde calmement le ciel ouvert pour moi,
Et la mort honteuse s’en ira les mains vides,
Car Ta vie divine est contenue en mon âme

Et même de par Ta sainte volonté, ô Seigneur,
La mort toucherait-elle mon corps,
Je désire que ce dénouement
Ait lieu le plus rapidement possible !

Car par lui j’entrerai dans la vie éternelle.
Jésus-Eucharistie, vie de mon âme,
Tu m’as élevé jusqu’à la sphère éternelle
Par le supplice et l’agonie dans une terrible géhenne !

1393. 26 novembre 1937. Retraite mensuelle d’un jour.
Au cours de cette retraite, le Seigneur m’a donné la lumière d’une plus profonde connaissance de Sa volonté, celle de m’abandonner entièrement à la Sainte volonté de Dieu. Cette lumière m’a confirmée en ma profonde tranquillité, me faisant comprendre que je ne dois rien craindre, en dehors du péché. J’accepte tout ce que Dieu permettra pour moi, m’abandonnant entièrement à Sa Sainte volonté. Peu importe où Il me mettra. Je m’efforcerai fidèlement d’accomplir Sa Sainte volonté ainsi que tous ses désirs autant que cela sera en mon pouvoir. Je m’y efforcerai, cette volonté de Dieu, serait-t-elle pour moi aussi dure et difficile que la volonté du Père des Cieux envers son fils en prière au Jardin des Oliviers. Ainsi me suis-je aperçue que si la volonté du Père des Cieux s’accomplit de cette façon, en Son Fils Bien-Aimé, c’est justement aussi de cette façon qu’elle s’accomplira en nous : souffrances, persécutions, affronts, honte, c’est par tout cela que mon âme deviendra semblable à celle de Jésus. Et plus les souffrances seront grandes, plus je me rends compte que je deviendrai semblable à Jésus. C’est la route la plus sûre. Si une autre route était meilleure, Jésus me l’aurait montrée.

Les souffrances ne m’enlèvent nullement mon calme ; mais d’un autre côté, bien que je jouisse d’un calme profond, celui-ci n’efface pas en moi l’impression de souffrance. Bien que j’ai plus d’une fois le visage penché vers la terre et que mes larmes coulent abondamment, cependant à ce même moment, mon âme est imprégnée de profonde paix et de bonheur…

1394. Je désire me cacher en Votre Cœur très Miséricordieux, telle la goutte de rosée dans le calice de la fleur pour me protéger du gel de ce monde. Personne ne peut concevoir mon bonheur, comme mon cœur se délecte en secret, seul à seul avec Dieu.

1395. J’ai entendu aujourd’hui une voix en mon âme : « Oh ! Si les pécheurs connaissaient Ma Miséricorde, il n’en périrait pas un si grand nombre ! Dis aux âmes des pécheurs qu’elles ne craignent pas de s’approcher de Moi ! Parle-leur de ma grande Miséricorde ! »

1396. Le Seigneur m’a dit : « La perte de chacune des âmes me plonge en une mortelle tristesse. Tu me consoles toujours lorsque tu pries pour les pécheurs. La prière qui M’est la plus agréable est cette prière pour la conversion des âmes pécheresses. Sache, Ma fille, que cette prière est toujours exaucée ! »

1397. L’Avent approche. Je désire préparer mon cœur à la venue de Notre Seigneur Jésus par la douceur et le recueillement de l’âme. Je m’unis ainsi à la Très Sainte Mère et imite fidèlement Sa vertu de douceur par laquelle Elle fut agréable aux yeux de Dieu Lui-même. J’ai foi en ce qu’à Ses côtés, je persisterai dans cette résolution.

1398. Le soir, lorsque je suis entrée un moment à la Chapelle, j’ai ressenti une terrible épine dans la tête. Cela dura peu de temps, mais cette piqûre fut si douloureuse qu’en un instant je suis tombée, tête en avant sur la balustrade. Il me semblait que cette épine s’était enfoncée dans mon cerveau. Mais ce n’est rien, tout est pour les âmes, afin d’implorer pour elles la Miséricorde de Dieu.

1399. Je vis d’heure en heure. Je ne suis pas en état de me conduire autrement. Je désire profiter au mieux du moment présent, accomplissant fidèlement tout ce qu’Il me donne. En tout, je m’abandonne à Dieu avec une inébranlable confiance.

1400. J’ai reçu hier une lettre de Monsieur l’Abbé Sopocko. J’ai appris que l’affaire de Dieu progresse, quoique lentement. Je m’en réjouis immensément, et j’ai redoublé mes prières pour toute cette œuvre. Je sais qu’actuellement en ce qui concerne cette œuvre, Dieu exige de moi prières et sacrifices. Mon action pourrait en effet, contrecarrer les projets de Dieu, comme me l’a écrit dans sa lettre d’hier, Monsieur l’Abbé Sopocko. Ô mon Jésus, accordez-moi la grâce d’être dans Votre main un instrument patient ! J’ai constaté dans cette lettre combien la lumière que Dieu accorde à ce prêtre est grande. Cela me confirme dans la conviction que Dieu Lui-même mène cette œuvre malgré les obstacles qui s’accumulent. Je sais bien que, plus grande et plus belle est l’œuvre, plus terribles seront les orages qui se déchaîneront contre elle.

1401. Bien souvent Dieu, en Ses jugements impénétrables, permet que ceux qui prirent le plus de peine à l’accomplissement d’une œuvre ne puissent jouir sur cette terre, des fruits de cette œuvre, Dieu leur en conservant toute la joie pour l’éternité. Mais malgré tout, parfois Dieu leur fait savoir combien leurs efforts Lui sont agréables.
Et ces moments les fortifient pour de nouvelles luttes et épreuves. Ce sont là les âmes les plus semblables au Sauveur qui n’a goûté qu’amertume dans l’Oeuvre qu’Il fonda sur terre.


1402. Ô mon Jésus, soyez béni pour tout, je me réjouis que s’accomplisse Votre très Sainte volonté, cela suffit entièrement à mon bonheur !

1403. Jésus caché, en Vous repose toute ma force ! Depuis ma plus tendre enfance, Notre Seigneur Jésus présent dans le Saint Sacrement m’a attirée vers Lui. J’avais sept ans lorsque, étant à Vêpres et Notre Seigneur Jésus exposé dans l’ostensoir, pour la première fois l’amour de Dieu se communiqua à moi, et emplit mon cœur. Et le Seigneur me donna la compréhension des choses divines. Depuis ce jour jusqu’à aujourd’hui mon amour pour Dieu caché s’est accru jusqu'à la plus étroite intimité. Toute la force de mon âme provient du Très Saint Sacrement. Je passe chaque moment de liberté en conversation avec Lui. Il est mon Maître.

1404. 30 novembre 1937. Alors que je montais les escaliers le soir, tout à coup, un étrange dégoût de ce qui est divin m’a envahie. Sur ce j’entendis Satan qui m’a dit : « Ne pense donc pas à cette œuvre, Dieu n’est pas aussi Miséricordieux que tu le dis. Ne prie pas pour les pécheurs car ils seront de toutes façon damnés. Par cette œuvre de Miséricorde tu t’exposes toi-même à la damnation. Ne parle jamais de cette Miséricorde de Dieu à ton confesseur, particulièrement à l’Abbé Sopocko ni au Père Andrasz. » Cette voix prit l’apparence de celle d’un Ange gardien. A ce moment j’ai répondu : « Je sais qui tu es, le père du mensonge. » J’ai fait le signe de la Croix et le prétendu Ange disparut avec fracas et furie.

1405. Aujourd’hui le Seigneur m’a fait connaître intérieurement qu’Il ne m’abandonne pas. Il m’a fait voir Sa Majesté, Sa Sainteté, en même temps que Son Amour et Sa Miséricorde envers moi. Il m’a aussi fait connaître plus profondément ma misère. Cependant cette grande misère qui est mienne, ne m’enlevait pas la confiance, tout au contraire. Dans la mesure où je connaissais ma misère, ma confiance en la Miséricorde de Dieu se fortifiait. J’ai compris que tout cela dépend du Seigneur. Je sais que personne ne touchera un seul de mes cheveux, sans Sa volonté.

1406. Aujourd’hui, alors que je recevais la Sainte Communion, j’ai remarqué dans le Calice une Hostie vivante qui me fut donnée par le prêtre. Quand je revins à ma place j’ai demandé au seigneur : « Pourquoi l’une est-elle vivante ? Puisque Vous êtes vivant de même en toutes ? » Le Seigneur m’a répondu : « C’est exact, dans toutes les hosties Je suis le même. Mais toutes les âmes ne Me reçoivent pas avec une foi aussi vivante que la tienne, Ma fille, et c’est pourquoi Je ne peux agir en leur âme, comme en la tienne. »

1407. A la Sainte Messe que célébrait Monsieur l’Abbé Sopocko j’étais présente et pendant cette Messe j’ai vu le Petit Jésus qui, touchant du doigt le front de ce prêtre m’a dit : « Sa pensée est étroitement unie à la Mienne, sois donc sans crainte pour ce qui est de Mon Œuvre. Je ne laisserai pas se tromper. Et toi, n’agis pas sans son autorisation. » - Ceci emplit mon âme d’une grande tranquillité pour l’ensemble de cette œuvre.

1408. Aujourd’hui Notre Seigneur Jésus me fit prendre conscience de Lui-même, ainsi que de Son plus tendre Amour et de Sa protection, dans une profonde assurance que tout dépend de Sa volonté. De même, Il permet certaines difficultés uniquement pour notre mérite, afin que se manifeste clairement notre fidélité, et qu’ainsi, la force de la souffrance et de l’abnégation se communique à nous.

1409. Aujourd’hui, veille de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie, pendant le repas de midi, à un moment donné, Dieu me fit connaître la grandeur de ma destinée qui est : la proximité de Dieu. Il me révéla que cette proximité m’avait été accordée pour les siècles. Il le fit avec une telle acuité et si distinctement que durant un long moment je suis restée profondément abîmée en Sa vivante Présence, m’humiliant devant Sa Grandeur.

1410. J.M.J.

Ô Esprit de Dieu, Esprit de vérité et de lumière,
Demeure constamment en mon âme par Ta grâce divine !
Que Ton souffle dissipe les ténèbres
Et que dans ta lumière les bonnes actions se multiplient !

Ô Esprit de Dieu, Esprit d’Amour et de Miséricorde
Qui verse en mon cœur le baume de la confiance,
Ta grâce confirme mon âme dans le bien,
Lui donne une force invincible : la constance !

Ô Esprit de Dieu, Esprit de paix et de joie,
Qui réconforte mon cœur altéré,
Verse en lui la vivante source de l’Amour divin
Et rends le intrépide dans la lutte !

Ô Esprit de Dieu, hôte très aimable de mon âme,
Je désire de mon côté Te garder fidélité,
Tant aux jours de joie qu’aux heures de souffrances,
Je désire, Esprit de Dieu, vivre toujours en Ta présence !

Ô Esprit de Dieu, qui imprègne mon être
Et me fait connaître Ta vie divine et Trinitaire
Et m’initie à Ton Etre divin,
Ainsi unie à Toi ma vie est déjà éternelle !

1411. C’est avec un grand zèle que je me suis préparée à célébrer la Fête de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu. J’ai veillé davantage au recueillement de mon âme et j’ai approfondi Son privilège exclusif. Aussi mon cœur s’est épris d’Elle, et j’ai remercié Dieu d’avoir accordé à Marie ce grand privilège.

1412. Je me suis non seulement préparée par la neuvaine dite en commun, à laquelle toute la Congrégation participait, mais encore je me suis efforcée personnellement de la saluer mille fois par jour en récitant à Sa gloire mille « Je vous salue Marie » par jour, durant neuf jours.
Voici déjà trois fois que j’adresse une telle neuvaine à la Sainte Vierge, c’est-à-dire une neuvaine se composant de mille Ave par jour. Ce sont donc neuf mille Ave qui forment l’ensemble de cette neuvaine. J’ai déjà pratiqué cette neuvaine trois fois au cours de ma vie, dont deux durant mes travaux quotidiens. Et cependant, je n’ai manqué à aucun de mes devoirs, les remplissant avec grande exactitude. Je la fais en dehors des exercices, c’est-à-dire que, ni durant la sainte Messe ni au cours de la Bénédiction, je n’ai récité ces Ave ; et j’ai fait une neuvaine semblable une troisième fois alors que j’étais hospitalisée.
Pour celui qui veut, rien n’est difficile. En dehors des récréations, je priais et travaillais. Ces jours-là, je n’ai prononcé aucun mot qui ne soit absolument nécessaire. Je dois cependant avouer que cette affaire nécessite une assez grande attention ainsi qu’un effort, mais pour glorifier l’Immaculée, rien n’est de trop.

1413. Fête de l’Immaculée Conception. Avant la Sainte Communion, j’ai vu la Très Sainte Mère d’une incomparable beauté. S’adressant à moi avec un sourire, Elle me dit : « Ma fille, sur la recommandation de Dieu, je dois être tout particulièrement une véritable mère pour toi. Mais je désire que, Ma très aimable fille, tu sois tout particulièrement Mon enfant.

1414. Je désire que tu t’exerces à trois vertus qui me sont chères entre toutes et qui sont le plus agréable à Dieu :
la première, c’est l’humilité, l’humilité et encore l’humilité ;
la deuxième : la chasteté ;
la troisième : l’amour envers Dieu.
Tu es Ma fille, et comme telle, tu dois particulièrement briller par ces vertus.» A la fin de l’entretien Elle me serra sur Son Coeur et disparut.
Lorsque je suis revenue à moi, mon cœur est demeuré étrangement attiré par ces vertus auxquelles je m’exerce fidèlement ; elles sont comme gravées en mon cœur.

1415. Ce fut un grand jour pour moi. J’étais plongée en une incessante contemplation, car seul le souvenir de cette grâce m’entraînait à une nouvelle contemplation. Et durant tout le jour j’ai persévéré dans une action de grâce que je n’ai pu terminer. Car le souvenir de cette grâce poussait mon âme à se plonger à nouveau en Dieu…

1416. Ô Seigneur, mon âme est pourtant la plus misérable qui soit, et Vous Vous abaissez vers elle avec tant de bienveillance. Je vois clairement et Votre grandeur et ma petitesse. C’est pourquoi je me réjouis de Votre Toute-Puissance et de Votre Immensité, et aussi de ma toute petitesse.

1417. Christ souffrant, je vais à Votre rencontre et en tant que Votre bien-aimée, je dois Vous ressembler. Votre manteau d’infamie doit également me recouvrir. Ô Christ, Vous savez combien je désire vivement Vous ressembler ! Faites-moi partager toute Votre Passion.
Que toute Votre douleur se déverse en mon cœur. J’ai confiance que pour cela, Vous comblerez mes déficiences.

1418. Aujourd’hui adoration de nuit. Je n’ai pu y prendre part, à cause de la faiblesse de ma santé ; cependant avant de m’endormir je me suis unie aux Sœurs adoratrices. Entre quatre et cinq heures, tout à coup, j’entendis une voix m’invitant à me joindre aux personnes qui faisaient l’adoration à ce moment-là. J’ai su que parmi ces personnes, une âme priait pour moi.
Et lorsque je me suis plongée dans la prière, je me suis trouvée transportée en esprit à la Chapelle. Et j’ai vu Notre Seigneur exposé dans l’ostensoir. A la place de l’ostensoir, j’ai vu la face glorieuse du Seigneur. Et Jésus m’a dit : « Ce que tu vois en réalité, ces âmes le voient par la foi. Oh ! Combien leur grande foi m’est agréable ! Bien qu’en apparence il n’y ait en Moi aucune trace de vie, cependant, chaque hostie contient réellement Ma vie toute entière. Mais l’âme doit avoir la foi, afin que je puisse agir sur elle. »

1420. Oh ! Que la foi vivante m’est agréable ! Cet acte d’adoration était accompli par la Mère Supérieure et quelques autres Sœurs. Cependant j’ai su que par sa prière, la Mère Supérieure avait touché le ciel, et je me suis réjouie qu’il existe des âmes aussi agréables à Dieu.

1421. Lorsque le jour suivant durant la récréation, j’ai demandé quelles Sœurs avaient participé à l’adoration entre quatre et cinq heures, l’une d’elles s’écria : « Pourquoi le demandez-vous, ma Sœur ? Vous avez sûrement eu une vision ? » - Je me suis tue et je n’ai plus rien dit bien que j’ai été questionnée par la Mère Supérieure. Je ne pouvais répondre car le moment n’était pas favorable.

1422. Une fois, l’une des Sœurs me confia quelle avait l’intention de choisir tel prêtre, comme directeur de conscience. Elle se confia donc à moi, toute joyeuse et me demanda de prier à cette intention, ce que je fis. Pendant que je priais, j’ai su que cette âme n’en retirerait aucun avantage. Et voilà que nous rencontrant de nouveau, cette personne me parla de sa joie d’avoir choisi ce directeur de conscience. Moi, j’ai partagé sa joie, cependant, après son départ je fus sévèrement rappelée à l’ordre. Jésus m’a dit de lui répondre ainsi qu’Il me l’a fait savoir au cours de la prière. Et je l’ai d’ailleurs fait à la première occasion, bien que cela m’ait vraiment coûté.

1424. Aujourd’hui j’ai ressenti la souffrance de la couronne d’épines pendant un temps relativement court. J’étais alors en train de prier pour une certaine âme devant le Saint Sacrement. A un moment, j’ai ressenti une douleur si violente que ma tête heurta la balustrade, et bien que ce moment ait été court, ce fut très douloureux

1425. Christ, donnez-moi des âmes ! Permettez tout ce que bon Vous semblera pour moi, mais en échange, donnez-moi les âmes ! Je désire leur salut. Je désire qu’elles connaissent Votre Miséricorde. Je n’ai rien pour moi-même, car j’ai tout distribué aux âmes. En sorte que quand je comparaîtrai devant Vous au jour du Jugement dernier, ayant tout donné, Vous n’aurez donc rien sur quoi me juger. Et nous nous rencontreront ce jour-là : l’Amour avec la Miséricorde…

1426. J.M.J.

Jésus caché, vie de mon âme,
Objet de mon ardent désir,
Rien ne saurait étouffer en mon cœur l’amour que j’ai pour Toi.
Telle est l’assurance que me donne la force de l’amour partagé !

Jésus caché, gage glorieux de ma résurrection,
En Toi se concentre toute ma vie !.
C’est Toi, Eucharistie, qui me rend capable d’aimer éternellement,
Et je sais que Tu m’aimeras en retour comme
Ton petit enfant !

Jésus caché, mon amour le plus pur,
Ma vie avec Toi commence déjà ici-bas,
Elle se montrera pleinement dans l’éternité future,
Car notre mutuel amour ne changera jamais !

Jésus caché, Toi l’unique que mon âme désire,
Tu m’es, à Toi seul, plus que la jouissance du Ciel
Plus que tous les dons, plus que toutes les grâces
C’est Toi seul que mon âme attend,
Toi qui viens à moi sous la forme du pain !

Jésus caché, prends enfin mon cœur altéré de Toi
Qui brûle pour Toi du même feu que les Séraphins.
Je ne suis qu’une faible femme
Mais sur Tes traces, invincible,
Je vais par la vie, le front haut, tel un chevalier !

1427. Je me sens plus mal depuis un mois, et à chaque quinte de toux, je ressens la décomposition de mes poumons. Et il m’est arrivé plus d’une fois de sentir la complète décomposition de mon propre corps. Il est difficile d’exprimer quelle grande souffrance est là. Et malgré l’accord total de ma volonté c’est là une grande souffrance pour ma nature, plus grande que de porter le cilice ou que la flagellation jusqu’au sang. Je la sentais surtout lorsque j’allais au réfectoire; je faisais de grands efforts pour manger tant soit peu alors que la nourriture me donnait la nausée. C’est à cette époque que commencèrent des douleurs intestinales. Toute nourriture quelque peu relevée provoquait en moi d’atroces souffrances. Je me suis tordue dans de terribles douleurs et dans les larmes pour le salut des pécheurs.

1428. Cependant j’ai demandé à mon confesseur ce qu’il fallait faire : continuer à supporter cela pour les pécheurs ou demander à la Supérieure de faire une exception en me donnant une nourriture plus douce. Le confesseur a décidé que je devais demander à la Supérieure une nourriture plus douce ; ainsi ai-je agi, suivant ses indications, voyant que cette humiliation était plus agréable à Dieu.

1429. Un jour je me suis demandé si vraiment je pouvais sentir cette décomposition de mon organisme et en même temps, continuer à marcher et à travailler : était-ce une illusion ? D’un autre côté, ce ne pouvait être une illusion puisque cela m’occasionnait de si grandes douleurs.

Pendant que j’étais en train de penser à cela, l’une des Sœurs vint parler un moment avec moi. Au bout de quelques minutes, elle fit une horrible grimace et me dit : « Ma Sœur, je sens ici l’odeur d’un cadavre en décomposition. Oh ! C’est affreux.
Je lui ai répondu : « Ne vous effrayez pas, ma Sœur, cette odeur de cadavre vient de moi ! » Elle s’en est grandement étonnée, mais a dit qu’elle ne pourrait pas résister plus longtemps.
Lorsqu’elle fut partie, j’ai compris que Dieu avait fait sentir ceci à cette Sœur afin que je n’ai plus de doutes ; mais qu’Il cache cette souffrance à toute la Communauté de façon tout simplement miraculeuse. Ô mon Jésus, Vous seul savez toute la profondeur de ce sacrifice !

1430. Cependant, il fallut encore supporter au réfectoire plus d’un soupçon comme quoi je faisais des manières ; alors comme toujours en pareil cas je m’empresse d’aller vers le Tabernacle, je m’incline devant le Ciboire et j’y puise la force de rester en accord avec la volonté de Dieu.
Et je suis loin d’avoir tout écrit.

1431. Aujourd’hui, pendant la confession, rompant en esprit le pain azyme avec moi, mon confesseur m’a adressé les vœux suivants : « Soyez le plus possible fidèle à la grâce divine ! Deuxièmement : Implorez la Miséricorde pour vous-même et pour le monde entier, car tous, nous avons besoin de la miséricorde divine ! »

1432. Deux jours avant les Fêtes, on a lu au réfectoire les mots suivants : « Demain, naissance de Jésus-Christ selon la chair.» - Ces mots firent jaillir en moi la lumière l’Amour de Dieu : j’ai mieux compris le secret de l’Incarnation. Que la Miséricorde de Dieu contenue dans le secret de l’Incarnation du fils de Dieu est grande !

1433. Aujourd’hui Dieu m’a révélé Sa colère contre l’humanité qui mériterait, par ses péchés, que ses jours soient raccourcis. Mais il m’a été révélé que l’existence du monde était soutenue par les âmes choisies, c'est-à-dire par les Ordres religieux. Que le monde serait à plaindre si les monastères venaient à manquer !

J.M.J.

1434. J’accomplis chaque action ayant la mort présente devant mes yeux,
Je l’accomplis maintenant comme je voudrais la voir à ma dernière heure.
Quoique la vie passe aussi vite qu’une bourrasque,
Aucune action entreprise pour Dieu ne se perd.

Je sens la complète décomposition de mon organisme,
Quoique je vive et travaille encore.
La mort ne me fait aucune impression tragique
Car je la pressens depuis longtemps.

Bien qu’il soit très pénible à la nature
De sentir sans cesse son propre cadavre,
Cela peut cependant être supportable lorsque la lumière de Dieu a pénétré l’âme,
Car en elle s’élève la foi, l’espoir l’amour et le repentir.

Je fais chaque jour de grands efforts
Afin de prendre part à la vie commune,
Et implorer ainsi des grâces pour le salut des âmes,
Les préservant par mon sacrifice du feu de l’enfer.

Car ne serait-ce que pour le salut d’une seule âme
Cela vaut la peine de se sacrifier toute la vie durant,
Et de supporter les plus grands sacrifices et les plus grands tourments,
Voyant quelle immense gloire Dieu en retire.

1435. Seigneur, quoique Vous me fassiez souvent connaître les foudres de Votre mécontentement, cependant Votre colère devant les âmes humbles. Bien que Vous soyez grand, Seigneur, Vous Vous laissez vaincre par les âmes humbles et pleines d’humilité. Si peu d’âmes te possèdent, ô humilité, la plus précieuse des vertus ! Je n’en vois partout que l’apparence, mais cette vertu elle-même, je ne la vois pas. Ô Seigneur, réduisez-moi à néant à mes propres yeux, afin que je puisse trouver grâce aux Vôtres !

1436. Veille de Noël 1937. Après la Sainte Communion, Notre Dame m’a fait connaître le souci qu’Elle avait au Cœur, concernant le fils de Dieu. Cependant ce souci était empreint d’un tel abandon à la volonté de Dieu que je parlerai de sujet de joie, plutôt que de sujet d’inquiétude. Elle m’a fait comprendre que mon âme devait accueillir toute volonté de Dieu, quelle qu’elle soit. Dommage que je ne sache écrire cela comme je l’ai discerné. Mon âme fut plongée tout le jour en un profond recueillement ; rien ne put m’en tirer, ni les rapports que j’eus avec des personnes laïques.

1437. Avant le réveillon de Noël, je suis entrée pour un moment à la Chapelle afin de rompre en pensée le pain azyme avec les personnes aimées et chères à mon cœur, éloignées par la distance plongée dans une profonde prière et j’ai demandé au Seigneur de leur accorder des grâces à toutes et ensuite à chacune en particulier. Jésus me fit savoir combien cela Lui plaisait ; et mon âme s’emplit d’une joie encore plus grande à la pensée que Dieu aime particulièrement ceux que nous aimons.

1438. Lorsque je suis entrée au réfectoire, au cours de la lecture, tout mon être s’est trouvé plongé en Dieu. Je voyais intérieurement le regard de Dieu posé sur nous avec une grande prédilection. Je demeurai seule à Seul avec le Père des Cieux. A ce moment là, j’ai approfondi ma connaissance des Trois Personnes Divines que nous contemplerons durant toute l’éternité. Et après des millions d’années, nous comprendrons que nous avons seulement commencé notre contemplation. Oh ! Que cette Miséricorde de Dieu est grande, qui permet à l’homme de prendre une si grande part à son Divin Bonheur. Mais en même temps quelle douleur aigue transperce mon cœur à la pensée que de nombreuses âmes dédaignent ce bonheur.

1439. Lorsque nous avons commencé à partager le pain azyme, un mutuel et sincère amour se mit à régner entre nous. La Révérende Mère me fit ce souhait : « Ma Sœur, les œuvres de Dieu avancent lentement, donc ne vous pressez point.» Toutes les Sœurs dans l’ensemble me souhaitèrent sincèrement le grand Amour Divin, ce que je désirais le plus. J’ai vu que ces souhaits venaient vraiment du cœur, sauf en ce qui concerne une Sœur, qui avait dissimulé une méchanceté sous ces souhaits. Bien que cela ne me fit guère de mal, tant mon âme était enivrée de Dieu, cela m’éclaira. J’ai compris que Dieu se communique si peu à cette âme parce qu’elle se recherche toujours elle-même, y compris dans les choses saintes. Oh ! Que le Seigneur est bon de ne pas permettre que je m’égare ! Je sais qu’Il me gardera jalousement, aussi longtemps que je resterai toute petite : car c’est avec de telles âmes que Lui, grand Seigneur aime à avoir commerce…quant aux âmes, Il les observe de loin et S’oppose à elles.

1440. Bien que j’eusse désiré veiller un peu avant la Messe de minuit, cela ne me fut pas possible: je me suis endormie immédiatement. Et je me suis quand même sentie très faible lorsque sonna la Messe de minuit ; je fus sur pied bien que je me sois habillée avec grande difficulté car je me trouvais mal à tout instant.

1441. À mon arrivée à la Chapelle, dès le début de la Messe de Minuit, je me suis toute plongée en un profond recueillement au cours duquel je vis la Crèche de Bethléem emplie d’une grande clarté. La Très Sainte Vierge enveloppait Jésus dans un lange toute pénétrée d’un grand amour ! Saint Joseph cependant dormait encore ; ce n’est que lorsque La Sainte Vierge eût déposé Jésus dans la Crèche, qu’à ce moment la clarté de Dieu éveilla Joseph qui se mit aussi à prier. Peu de temps après, je suis demeurée en tête-à-tête avec l’Enfant Jésus qui me tendait Ses petits bras et je compris bien que c’était pour que je Le prenne dans les miens. Il blottit Sa tête sur mon cœur et me fit comprendre de Son regard profond qu’Il se trouvait tout proche de mon cœur. A ce moment Jésus disparut à mes yeux ; c’était la sonnette pour la Sainte Communion, mon âme défaillit de joie.

1442. Cependant vers la fin de la Sainte Messe, je me suis sentie si faible que je dus sortir de la Chapelle et me rendre dans ma cellule car je ne me sentais déjà plus capable de prendre part au thé en commun. Cependant ma grande joie dura pendant toute la Fête, car mon âme était sans cesse unie au Seigneur. J’ai appris que toute âme aspire aux joies divines, mais la plupart ne veulent à aucun prix renoncer aux joies humaines, et cependant ces deux choses ne peuvent s’accorder.

1443. J’ai ressenti durant cette période de fête que certaines âmes priaient pour moi. Je me réjouis qu’il existe déjà ici, sur terre, de semblables connexions et une telle connaissance spirituelle. Hommage vous soit rendu, ô mon Jésus pour tout cela !

1444. Parmi les plus grands supplices spirituels, je compte ma continuelle solitude. Mais non, puisque je suis avec Vous, Jésus. Mais c’est des gens que je veux parler. Aucun d’eux ne comprend mon cœur et cela ne m’étonne plus maintenant, si cela m’a autrefois étonné, alors que mes intentions étaient blâmées et mal interprétées ; mais maintenant je ne m’en étonne plus du tout. Les gens ne savent plus percevoir l’âme, ils voient le corps et ils jugent d’après les apparences ; mais comme le ciel est au-dessus de la terre, de même les pensées de Dieu sont au-dessus de nos pensées. J’ai fait l’expérience que bien souvent cela se passe ainsi.

1445. Le Seigneur m’a dit : « La façon dont les autres se comportent ne te regarde pas. Tu dois te comporter comme Je te l’ordonne. Par l’Amour et la Miséricorde tu dois être Mon vivant reflet.» J’ai répondu : « Seigneur, c’est que bien souvent on abuse de ma bonté ! » - « Cela ne fait rien, Ma fille, cela ne te concerne pas ; Tu dois toujours être miséricordieuse envers tous et particulièrement envers les pécheurs.

1446. Ah, combien il m’est douloureux que les âmes s’unissent si peu à Moi au cours de la Sainte Communion. J’attends les âmes mais elles sont indifférentes envers Moi. Je les aime si tendrement, si sincèrement, et elles n’ont pas la foi en Moi. Je veux les combler de grâces, elles ne veulent pas les accueillir. Elles Me traitent comme quelque chose de mort et pourtant, J’ai le Cœur débordant d’Amour et de Miséricorde. Afin que tu connaisses, ne serais-ce qu’un peu, Ma douleur, imagine et considère la douleur de la plus tendre des mères chérissant ses enfants, mais dont les enfants méprisent l’amour. Personne ne peut la consoler. Ce n’est là qu’une bien pâle image de Mon Amour.

1447. Ecrit et parle de Ma Miséricorde. Dis aux âmes qu’elles doivent chercher consolation au Tribunal de la Miséricorde. C’est là que se réalisent et se renouvellent sans cesse les plus grands miracles. Point n’est besoin, pour obtenir ce miracle de faire de lointains pèlerinages, ni de faire étalage d’un quelconque cérémonial ; il suffit de se jeter avec foi aux pieds de Mon représentant, de lui dire sa misère et le miracle de la Miséricorde divine se manifestera dans toute son ampleur. Même si cette âme était déjà comme un cadavre en décomposition, et même si humainement parlant il n’y avait plus aucun espoir de réanimation, même si tout semblait perdu, il n’en est pas ainsi, avec Dieu : le miracle de la Miséricorde divine restaurera cette âme dans toute son intégrité. » Ô malheureux, qui ne profitez pas maintenant de ce miracle de la Miséricorde divine, en vain vous appellerez, il sera trop tard !

J.M.J.

ANNEE 1938

Premier Janvier

1448. Bienvenue à toi, nouvelle année au cours de laquelle va se parachever mon perfectionnement ! Je vous remercie à l’avance, ô Seigneur, de tout ce que m’enverra Votre bonté. Je Vous remercie pour le Calice de souffrance que chaque jour je boirai ! N’en diminuez pas l’amertume, ô Seigneur, mais fortifiez mes lèvres, afin qu’en le buvant, elles sachent être souriantes pour l’amour de Vous, mon Maître ! Je Vous remercie pour toutes les joies et toutes les grâces, que je suis incapable de compter et qui affluent tous les jours vers moi, telle la rosée matinale, silencieusement inaperçues, qu’aucun œil curieux ne saurait déceler et qui ne sont connues que de Vous et de moi, Seigneur ! Pour cela je Vous adresse dès aujourd’hui, mes remerciements ; car il se pourrait que mon cœur n’en soit plus capable au moment où Vous me tendrez le Calice.

1449. Aujourd’hui, toute consentante, je m’abandonne entièrement à Votre Sainte Volonté, ô Seigneur, ainsi qu’a Votre très sage jugement, tous deux étant toujours pour moi, la clémence et la miséricorde mêmes, bien que plus d’une fois je ne puisse ni les comprendre ni les bien saisir ! Voici que je Vous abandonne entièrement, mon Maître, le gouvernail de mon âme. Conduisez-la Vous-même, selon Vos divins désirs ! Je m’enferme en V